Zola, Germinal, I, 1 - Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles…

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

J'étudie l'incipit de Germinal que je vous colle ci dessous :
Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d'arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres.
L'homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d'un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d'un coude, tantôt de l'autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d'est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d'ouvrier sans travail et sans gîte, l'espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D'abord, il hésita, pris de crainte; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.
Je dois en faire une étude linéaire. Bien sur, j'ai déja travaillé le texte, repéré la majorité des procédés mais je doute quelque peu quant au "découpage" (ce qu'on appelle les "mouvements" du texte) que j'ai fait (je n'ai pas vraiment l'habitude des études linéaires) et j'aurai aimé avoir un avis. Mon premier mouvement (grossièrement, ma première partie sur la description du paysage) va du début ("Dans la plaine rase") jusqu'à "aveuglant des ténèbres". Ensuite vient la description de l"Homme" ("L'homme était parti de Marchiennes […] faisaient saigner"). Ultimement, j'ai isolé d"Une seule idée" jusqu'à la fin du texte comme le rapport personnel et subjectif qu'entretient l'homme à l'atmosphère hostile (focalisation interne?).
Aussi, la problématisation du passage me pose problème. J'ai esquissé un "En quoi l'ambiguité de cet incipit entre réalité et sa représentation dresse un programme de lecture pour l'oeuvre?" Je ne vois pas trop comment relier une étude linéaire avec une problématique qui devrait la rendre dans sa globalité.

Merci d'avance de vos propositions.
Bonjour,

C'est bien analysé.
Seule la troisième partie me paraît un peu "torturée".
Je crois qu'il faudrait que tu analyses un incipit in media res.
Note aussi que le personnage est énigmatique parce qu'il n'est pas nommé, nous allons faire connaissance avec lui peu à peu. Il est simplement défini comme un misérable chômeur à la recherche d'un travail, comme un automate.
Pour ta problématique, je dirais "Dans quelle mesure ce texte est-il un incipit traditionnel de roman réaliste ?"
Regarde cette page https://lastrolabe.free.fr/incipit.htm ici, elle pourrait te donner des idées.
Merci bien pour la réponse et pour le lien.
La troisième partie se joindrait-elle à ma deuxième? Disons que je l'avais différenciée puisqu'il me semblait que l'on rentrait dans la tête du personnage et ses perceptions (il perçoit de loin la fosse, déjà inquiétante, d'ailleurs c'est dommage que je n'ai pas à commenter un peu plus loin dans le texte où cet aspect est encore plus appuyé)
Bonjour fm_doll,

Mais non, il faut garder cette 3e partie qui nous permet d'entrer dans la conscience somnambulique du personnage. Zola nous montre indirectement que la misère a réduit l'homme à la bête. Le marcheur est dans la survie, il fonctionne à l'instinct.
Et bien, je vous remercie encore. Je me mets à la mise en forme et la rédaction de tout cela! En vous souhaitant une bonne fin de journée.
Je doit chercher le point de vue et le statut du narrateur et j'ai trouvé que le narrateur était omniscient mais je saurai pas dire s'il est interne ou externe à l'histoire j'ai pas trop compris et même pour la focalisation zéro je suis pas sur de moi donc si quelqu'un pourrait m'aider s'il vous plaît.
Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d'arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres. L'homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d'un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d'un coude, tantôt de l'autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d'est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d'ouvrier sans travail et sans gîte, l'espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche, à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D'abord, il hésita, pris de crainte ; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains.
Un chemin creux s'enfonçait. Tout disparut. L'homme avait à droite une palissade, quelque mur de grosses planches fermant une voie ferrée; tandis qu'un talus d'herbe s'élevait à gauche, surmonté de pignons confus, d'une vision de village aux toitures basses et uniformes. Il fit environ deux cents pas. Brusquement, à un coude du chemin, les feux reparurent près de lui, sans qu'il comprit davantage comment ils brûlaient si haut dans le ciel mort, pareils à des lunes fumeuses. Mais, au ras du sol, un autre spectacle venait de l'arrêter. C'était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d'où se dressait la silhouette d'une cheminée d'usine; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d'un échappement de vapeur, qu'on ne voyait point.
Alors, l'homme reconnut une fosse. Il fut repris de honte : à quoi bon ? il n'y aurait pas de travail. Au lieu de se diriger vers les bâtiments, il se risqua enfin à gravir le terri sur lequel brûlaient les trois feux de houille, dans des corbeilles de fonte, pour éclairer et réchauffer la besogne. Les ouvriers de la coupe à terre avaient dû travailler tard, on sortait encore les débris inutiles. Maintenant, il entendait les moulineurs pousser les trains sur les tréteaux, il distinguait des ombres vivantes culbutant les berlines, près de chaque feu.
Concernant le statut du narrateur :
- si le narrateur est externe à l'histoire (ce n'est pas un personnage), il est dit "extradiégétique".
- si le narrateur est un personnage de l'histoire, il est dit "intradiégétique".

Concernant les focalisations:
Il y a trois points de vue possibles :
- point de vue omniscient (également appelé : focalisation zéro) : le narrateur sait ce que ressentent tous les personnages.
- point de vue interne : le narrateur raconte et décrit en prenant le point de vue d'un personnage. Il sait ce que ressent un personnage.
- point de vue externe : le narrateur raconte et décrit sans rien connaître des personnages. Il est comme un étranger, un inconnu qui arriverait quelque part et décrirait ce qu'il voit.

Pour trouver la focalisation, il faut donc se demander : qu'est-ce que le narrateur sait des personnages?
— "tout" = focalisation omnisciente
— "seulement un personnage" = focalisation interne
— "rien" = focalisation externe.
Merci beaucoup !!!
Bonjour ! je dois étudier : "Quels sont les différents points de vue adoptés dans le début du roman de Zola ? et Quels sont les effets produits par ces choix ?" AIDEZ MOI ! 🙂
"Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d'arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres. L'homme était parti de Marchiennes vers deux heures. Il marchait d'un pas allongé, grelottant sous le coton aminci de sa veste et de son pantalon de velours. Un petit paquet, noué dans un mouchoir à carreaux, le gênait beaucoup ; et il le serrait contre ses flancs, tantôt d'un coude, tantôt de l'autre, pour glisser au fond de ses poches les deux mains à la fois, des mains gourdes que les lanières du vent d'est faisaient saigner. Une seule idée occupait sa tête vide d'ouvrier sans travail et sans gîte, l'espoir que le froid serait moins vif après le lever du jour. Depuis une heure, il avançait ainsi, lorsque sur la gauche, à deux kilomètres de Montsou, il aperçut des feux rouges, trois brasiers brûlant au plein air, et comme suspendus. D'abord, il hésita, pris de crainte ; puis, il ne put résister au besoin douloureux de se chauffer un instant les mains."
Après avoir fait une lecture, j'en avais déduit qu'il fesait comme un zoom. Tout d'abord il est externe, puis interne, et enfin omnicient…