coucou, j'ai un commentaire d'un texte de Baudelaire (dans "Les Fleurs du Mal") si cela peut t'aider.
Texte de Baudelaire
Sujet
Vous commenterez le poème de Baudelaire : « La servante au grand cœur… ».
Texte d'étude
La servante au grand cœur dont vous étiez jalouse
Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
Et quand Octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
Son vent mélancolique à l'entour de leurs marbres,
Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
De dormir, comme ils le font, chaudement dans leurs draps,
Tandis que, dévorés de noires songeries,
Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
Vieux squelettes rongés travaillés par le ver,
Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver
Et le siècle couler, sans qu'amis ni famille
Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.
Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
Calme, dans le fauteuil je la voyais s'asseoir,
Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
Grave, et venant du fond de son lit éternel
Couver l'enfant grandi de son œil maternel,
Que pourrai-je répondre à cette âme pieuse,
Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse ?
Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal, LXIX, 1857.
Texte de Baudelaire
Pistes méthodologiques
Analyser le sujet
Il est demandé de faire un commentaire du poème de Baudelaire « La servante au grand cœur… ». On rappellera qu'un commentaire de texte littéraire doit s'efforcer de montrer comment l'écriture est à l'origine des effets produits par la lecture. Commenter un texte consiste toujours à proposer une interprétation qui se fonde sur le repérage précis d'éléments du texte que l'on cite dans le devoir. Par ailleurs, le développement ne doit pas être juxtalinéaire mais doit s'élaborer à partir d'axes de lecture.
Dégager les axes de lecture
Une grande partie du texte est consacrée à la description des souffrances éprouvées par les morts dans leurs tombes. Mais le poème ne parle pas seulement des morts puisque les vivants, en tant que destinataires de ces vers, se voient reprocher leur ingratitude. Il convient de montrer de quelle façon l'auteur s'y prend pour évoquer cette relation complexe qui existe entre les morts et les vivants. Tel sera le premier axe de lecture. On tentera ensuite, en suivant un second axe de lecture, de réfléchir à l'identité du destinataire de ce poème (« dont vous étiez jalouse ») afin de mettre en évidence la dimension autobiographique du poème.
Éléments de corrigé
Introduction
La perte d'un proche et le deuil qui l'accompagne causent d'ordinaire une grande tristesse pour ceux qui restent. Pourtant, dans « La servante au grand cœur », poème extrait des Fleurs du Mal, Baudelaire exprime une vision plus complexe, et comme inversée, des relations qui existent entre les vivants et les morts. La première strophe offre ainsi une description poignante de la souffrance ressentie par les morts du fait de l'absence des vivants. Dans la deuxième strophe, en revanche, Baudelaire met en scène, sur un mode hallucinatoire, la visite de la servante décédée. Une histoire singulière, celle de l'auteur, apparaît donc en filigrane de cette méditation sur le sort des morts. Quelle est la vision des relations entre les morts et les vivants évoquée dans ce texte ? À qui s'adresse véritablement le reproche qui traverse tout ce poème ? Telles sont les deux questions auxquelles on s'efforcera de répondre dans le développement qui suit.
Plan du développement
1. Les souffrances endurées par les morts
D'ordinaire, la mort est associée à l'insensibilité et à la perte de la conscience. Or, dans son poème, Baudelaire décrit les souffrances physiques et morales qu'éprouvent les morts. Les morts « sentent » (v. 12), ils pensent, ils ressentent de « grandes douleurs » (v. 4). Cet état, profondément pathétique, explique qu'ils sont à plaindre (« les pauvres morts » v. 4).
Le champ lexical de la souffrance est donc omniprésent. Pour une part, il renvoie aux souffrances physiques. Les morts ont froid (« Ils sentent s'égoutter les neiges de l'hiver » v. 12). Ils ont aussi les « squelettes rongés travaillés par le ver » (v. 11). Les mots employés sont très concrets, le poète évoque la réalité de la mort de façon crue.
Mais la souffrance dont il est question est surtout morale. En effet, les morts, tels qu'ils sont décrits par le poète, ne cessent point de penser. À la décomposition des corps semble correspondre celle des âmes (« dévorés par de noires songeries », v. 9). Dans le fond, on comprend donc que la plus grande douleur provient de la solitude dans laquelle se trouvent les défunts (« sans compagnon de lit » ; « sans bonnes causeries »).
Pour évoquer le sort des morts, Baudelaire utilise une expression figurée (le sommeil des morts) dans son sens propre. Sa servante « dort son sommeil » (v. 2), dans son « lit éternel » (v. 18). Mais ce sommeil est troublé, comme on va le voir, par l'attitude des vivants.
2. Le reproche adressé aux vivants
La situation des morts est d'autant plus cruelle qu'elle contraste avec celle des vivants. Eux, ont la chance de « dormir […] chaudement dans leurs draps » (v. 8) et ils ne sont pas seuls, ils sont entre « amis », « en famille » (v. 13).
Baudelaire suggère donc que les tourments des morts trouvent leur origine dans l'ingratitude des vivants. Le vers 7 constitue à cet égard un moment clé du poème (« Ils doivent trouver les vivants bien ingrats ») puisqu'il permet de comprendre que la description dissimule un reproche : si les morts sont à plaindre, c'est aussi parce que les vivants ne remplissent pas leurs obligations.
L'ingratitude se manifeste de façon concrète dans le fait que l'on ne fleurit plus les tombes (« nous devrions […] lui porter des fleurs », v. 3). Les fleurs, fréquemment renouvelées, attestent de la vitalité du lien qui unit les vivants et les morts. En revanche elles deviennent, lorsqu'elles fanent, le symbole d'une nouvelle étape dans l'existence post mortem : après avoir disparu une première fois physiquement, les morts disparaissent une seconde fois de la mémoire des vivants. Tel est sans aucun doute le drame le plus important, semble nous dire Baudelaire. Les fleurs, symbole de vie, deviennent symbole de mort et de déliaison et sont comme des « lambeaux qui pendent à leur grille » (v. 14).
3. La dimension autobiographique du poème
Les considérations générales sur la mort sont encadrées par une référence à une histoire plus particulière (« la servante ») qui met en évidence la dimension autobiographique de ce poème.
Les thèmes de l'ingratitude et de l'oubli peuvent être mis en relation avec la biographie de Baudelaire. Le ton de reproche perceptible prend tout son sens à la lecture de la Lettre du 11 janvier 1858 où Baudelaire explique à sa mère qu'il fait allusion à des « détails intimes de leur ancienne vie » dans le poème que nous étudions. Baudelaire désigne ainsi la relation entre lui et sa mère qui fut troublée par la venue d'un tiers, le général Aupick, son beau-père. Les souffrances des morts semblent ainsi correspondre à celles ressenties par Baudelaire lors du remariage de sa mère.
On comprend mieux ainsi que l'ingratitude des vivants vis-à-vis des morts soit associée à la relation complexe qui se tisse entre une figure maternelle et un enfant. La servante dont il est question représente pour Baudelaire un pôle maternel (« couver l'enfant grandi de son œil maternel », v. 20). Le souvenir personnel se mêle ainsi à l'imaginaire poétique.
La fin du poème, présente une scène imaginaire (le retour de la servante décédée) qui opère la synthèse entre le particulier et le général, entre le biographique et le philosophique. Si nous avions à rendre compte de notre ingratitude devant les morts, que pourrions-nous dire ? Rien, vraisemblablement, tout comme Baudelaire face au retour insistant de celle qui a disparu. Ce douloureux silence est exprimé par une question sans réponse qui clôt le poème : « que pourrais-je répondre ? ».
Conclusion
Ce poème peut donc se lire à deux niveaux. Il possède d'abord une valeur générale puisqu'il se présente comme une sombre méditation sur le lien qui unit les morts aux vivants. Le poète, semble rappeler les vivants à leurs obligations. Sa capacité à imaginer et à faire exister par des mots les souffrances ressenties par les morts est sans nul doute stimulée par la mélancolie éprouvée par Baudelaire en voyant sa mère s'éloigner de lui. Le poète projette ici sur la servante décédée sa souffrance personnelle qui fait de lui comme une sorte de mort-vivant parmi les vivants.