Recherche de textes littéraires écrits au conditionnel

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23 réponses · Page 2 / 2

et voilà , c'est ce que j'aime , la touche magique de monsieur juan c'est ce qui m'avait manqué durant cette période ,merci !
Pas "Juan"… "Jehan" ! 😉
Bonjour,

je réponds, bien des années après, pour enrichir cette discussion qui m'a bien aidé dans ma recherche de textes au conditionnel. Pour ceux que cela intéresserait, j'ai également trouvé un poème de Jules Laforgue qui emploie l'irréel du passé, "trop tard":
Ah que n'ai je vécu dans ces temps d'innocence,
Lendemain de l'An mil, où l'on croyait encore!
Où Fiesole peignait loin des bruits de Florence
Ses anges délicats souriants sur fond d'or.

Ô cloîtres d'autrefois! Jardins d'âmes pensives,
Corridors pleins d'échos, bruits de pas, longs murs blancs,
Où la lune le soir découpait des ogives,
Où les jours s'écoulaient monotones et lents.

Dans un couvent perdu de la pieuse Ombrie,
Ayant aux vanités dit un suprême adieu,
Chaste et le front rasé, j'aurais passé ma vie
Mort à la chair et mort au monde, tout à Dieu!

J'aurais peint d'une main tremblante ces figures
Dont l'oeil pur n'a jamais réfléchi que les cieux!
Au vélin des missels fleuris d'enluminures,
Et mon âme eut été pure comme leurs yeux.

J'aurais brodé la nef de quelque cathédrale,
Ses chapelles d'ivoire et ses roses à jour.
J'aurais donné mon âme à sa flèche finale,
Qu'elle criât vers Dieu tous mes sanglots d'amour!

J'aurais percé ses murs pavoisés d'oriflammes,
De ces vitraux d'azur peuplés d'anges ravis
Qui semblent dans l'encens et les cantiques d'âmes
Des portails lumineux s'ouvrant au paradis!

J'aurais constellé d'or de rubis et d'opales
La châsse où la Madone en habits précieux
Tenant un lis d'argent dans ses fines mains pâles,
Si douloureusement lève ses regards bleus!

J'aurais aux angélus si doux du crépuscule
Senti fondre mon coeur vaguement consolé
J'aurais poussé le soir du fond de ma cellule
Vers les étoiles d'or un sanglot d'exilé!

Et consumant mes nuits en d'austères pensées
Près d'un crâne terreux riant sur mon cercueil,
Frappant mon front brûlant sur les dalles glacées,
Sous les clous de la haire écrasant mon orgueil,

Jeûnant et méditant dans ma foi solitaire,
J'aurais, brisant mon âme aux élans du saint lieu,
Et, macérant la chair qui l'attache á la terre,
Avancé chaque jour sa délivrance en Dieu.

Alors, alors, un soir dans le vaste silence
De ma cellule étroite, á genoux, muet, seul,
Sentant, morte á mon corps, que mon âme s'élance
Et veut monter, laissant sa dépouille au linceul,

Entendant éclater les orgues d'allégresse,
Et voyant s'enfoncer autour de moi le mur,
Et les anges de feu d'où la foule se presse,
Gravir vers l'Eternel les escaliers d'azur

Et des anges plus doux que des communiantes
Et moi faisant tourner au seuil du firmament
Sur leurs gonds de clarté les portes flamboyantes,
J'aurai pris mon essor, ivre ! - éternellement -
Cordialement