L’Enterrement de Paul Verlaine

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,
Je suis en première et j'ai un commentaire sur l'Enterrement de Paul Verlaine.

J'ai mes 2 axes et j'ai mis quelques idées dedans. Pouvez-vous me dire si elles vous semblent bonnes ?

Axe 1 : le tableau d'un enterrement
- une description précise du cadre d'un enterrement
- la chronologie des faits d'un enterrement
- ? je ne sais pas

Axe 2 : le sens de l'ironie
- une première phrase qui place directement dans le contexte ironique
- un enterrement tourné à la dérision
- ? (j'hésite à mettre : une critique de l'Eglise, mais est-ce que Verlaine critiquait l'Eglise ?)
Merci d'avance pour votre aide.
a+++
romain

Voici le poème :
Je ne sais rien de gai comme un enterrement !
Le fossoyeur qui chante et sa pioche qui brille,
La cloche, au loin, dans l’air, lançant son svelte trille,
Le prêtre en blanc surplis, qui prie allègrement,

L’enfant de chœur avec sa voix fraîche de fille,
Et quand, au fond du trou, bien chaud, douillettement,
S’installe le cercueil, le mol éboulement
De la terre, édredon du défunt, heureux drille,

Tout cela me paraît charmant, en vérité !
Et puis, tout rondelets, sous leur frac écourté,
Les croque-morts au nez rougi par les pourboires,

Et puis les beaux discours concis, mais pleins de sens,
Et puis, cœurs élargis, fronts où flotte une gloire,
Les héritiers resplendissants !
Salut romain , je sais que ton message a été écrit il y a 2 ans mais est-ce que tu connaîtrais par chance le nom du recueil et la date de parution de ce poème ? stp j'en ai vraiment besoin ! merci bcp
Bonsoir,

Ce poème ne figure dans aucun des recueils. Il a été publié dans deux revues : L'Écho de Paris (10 mai 1891) et La Plume (février 1896).
La date de composition est incertaine.
Source : Verlaine. Œuvres poétiques complètes, La Pléiade, note p. 1091.
Bonjour, juste pour apporter un élément ce poème est extrait des Poèmes Saturniens !
Bonjours alors je viens d'avoir ce texte pour mon bac de français étant donné que je suis en filière ES.
ce poème appartient au recueil Poèmes Saturniens et il a été écrit en 1866. Voilà, j'espère que ça t'aidera 🙂
Lusitanaa a écrit :Bonjours alors je viens d'avoir ce texte pour mon bac de français étant donné que je suis en filière ES.
ce poème appartient au recueil Poèmes Saturniens et il a été écrit en 1866. Voilà, j'espère que ça t'aidera 🙂
Eh non ! Comme l'avait déjà écrit Muriel…
https://www.rue89.com/2012/06/20/une-erreur-dans-un-intitule-du-bac-de-francais-s-et-es-233208
Bonjour,

Oui, et pour compléter cet extrait de l'article donné par Polo :
[…] « Le rattachement au recueil vient en fait du biographe et ami de Verlaine, Edmond Lepelletier, qui assure que Verlaine avait projeté de l’y insérer pour l’en retirer ensuite. Peut-être. » […]
https://www.rue89.com/2012/06/20/une-erreur-dans-un-intitule-du-bac-de-francais-s-et-es-233208
je donne intégralement copie de la partie de la note de la Pléiade consacrée à ce sujet :
L'Écho de Paris, 10 mai 1891, dans un article de Lepelletier, avec la date : 5 juillet 1865.
La Plume, 1-28 février 1896 avec la date : 5 juillet 1864.
Les deux dates sont inexactes. Suivant H. de Bouillane de Lacoste, ce sonnet est postérieur aux Poèmes saturniens, bien que Lepelletier prétende que Verlaine, d'accord avec lui, supprima cette pièce des Poèmes saturniens à cause de la récente mort de son père.
[…]
Source : Verlaine. Œuvres poétiques complètes, La Pléiade, note p. 1091.
Je précise que le père de Verlaine est mort le 30 décembre 1865.

Muriel

Bonjour,Je relance cette discussion après maintes années x) , pourriez-vous néanmoins donner votre avis sur le plan détaillé que j’ai établi :I/ Une esthétisation de l’enterrement a.Une scène anormalement enjouée ->Un portrait harmonique de cette cérémonie qui se fait par un lexique des plus laudatifs :-Comparaison (l1) qui établit une analogie paradoxale entre le divertissant connoté par le qualificatif mélioratif "gai" et le COD "un enterrement", adverbe "allègrement"(v4)-Figures d’exagérations qui disent l’allégresse poétique propre à cet événement : vocabulaire hyperbolique qui donne un aspect léger et spectaculaire aux funérailles "brille", "chante" (l2) (sorte de synesthésie qui mêle l’élément sonore et visuel en donnant un aspect éclatant) -> une vraie hypotypose qui les mettent en scène, le rythme léger qui fait glisser mélodieusement les propositions (choix de l’asyndète pour les 4 premiers vers, pour produire des images immédiates) -> une connotation énergique aux antipodes de la dialectique du pathétique et du moribond que le lecteur attendrait avec un rythme lent et chaste à l’image de ce prompt cérémonialb.Le jeu des sonorités et des mots ->Une musique entraînante qui dit le bonheur, la pureté de cet instant, en donnant une dimension musicale, digne d’une chorodie ou les voix se mêlent nous rappelant le motif du religieux propre à l’enterrement -> assonance en [i] et [r] dominante("brille", "prie", "surplis","fossoyeur", "cloche", "air"), homéotéleute qui fait s’amplifier mélodiquement au long des lignes cette notes "chante" et "pioche" ->rimes internes riches qui mêlent les chants qui forment une harmonie imitative en faisant appel à l’ouï, comme une musique qui rythme cette cérémonie -> sonorité plutôt souggérant une sorte de candeur "douilletement", "éboulement", comme une berceusec.Le détournement d’une scène conventionnel->L’isotopie mise ne place par Verlaine ne connote aucunement le cortège funéraire, et n’évoque quasiment pas le défunt :-Les tableaux descriptifs des personnages sont en rupture avec le cérémonial habituel, c’est à se demander s’ils ne font pas partie d’une comédie : "qui prie allègrement" (PSR), "le mol éboulement" (GN), la périphrase "édredon du défunt" reliée à "terre" nous donnant quelques images de suavité, c’est comme si ils étaient venus lui chanter une chanson pour l’endormir, une douce berceuse, à ce dernier , "cet heureux drille", portrait un peu grossier de ce grand garçon, bien heureux comme le suggère l’adjectif éponyme -> c’en est presque un baptême d’un nouveau-né comme l’évoque la thématique du sommeil qui ne relève pas ici du mortifère, absence totale de pleurs, le paysage-concerto fait état d’âme, fait corps, en choeur avec ce personnel d’enterrementTrans : Tant d’éloges ne peuvent qu’être l’antichambre d’une réalité tout autre, de fait Verlaine cherche aussi à traiter de sujets moins légersII/ Le tableau ironique et satirique de cette mise en scène sacrée a. L’approche non dénuée d’ironie adoptée par Verlaine->Malgré la quasi-divinisation et l’embellissement apparents Verlaine se réserve quelques calembours :-Usage de la première personne du singulier "je" nous rappelant que c’est bien le poète qui dialogue avec le lecteur dans une sorte de double énonciation poétique, les nombreux jeu de mots qui disent de façon irrésistible et transgressif le ridicule propre à cet cérémonie qui est ô combien sérieuse car religieuse : paronomase entre "surplis" et "prie" , anacoluthe (v7-8), la rupture syntaxique est provocante, dire quelque chose dont on aurait pu se passer pour apporter à nouveau des éléments supplémentaires à ce portrait à charge nombreuses antiphrases pour bien énoncer à travers des phrases-constats : "Tout cela me paraît charmant, en vérité !"b.Le personnel religieux corrompu->Censé faire figure de pieux et de bonne valeurs morales, la peinture du prêtre ou encore du croque-mort, est mordante, à plus d’un mot :-Le champ lexical de l’abondance et du frais pour peindre l’Eglise en antithèse avec sa chasteté apparente : isotopie visuelle qui se fait cette foi-ci virulente : "tout rondelets", "frac écourté", expansions du noms péjoratives en accumulation qui en élargissant la phrase disent l’écartement des bonne valeurs pieuses : où sont donc passés les veux de pauvreté, l’emploi de la préposition "sous" ou encore du participe passé "écourté" renforcent le sentiment d’hypocrisie propre à ce personnel nous donnant l’image de procédés cachés, non-avoués, honteux, quasi-ellipse au vers 11 : on s’attend après le COI "par les pourboires" au COS "alcools, vins,…", au terme revoyant à l’alcoolisme formant un zeugma se rapportant à "rougi" attribuant à l’Eglise une image encore plus controverséec.Une mise en scène savamment orchestrée ->Le tout est trop lisse, trop beau pour être vrais-semblant :-Un déroulé scrupuleusement trop lisse et calculé : Une écriture trop fluide, l’enchaînement des propositions se fait de façon ordonné, calculé, régulière (alexandrins), asyndète ou polysyndète (2 dernières strophes : "Et puis", qui plus est en anaphore) on s’attendrait à des péripéties, des effusions lyriques mais rien de cela, à l’inverse une période posée par l’auteur dès les premières lignes qui programme en quelque sorte ce récit, chaque personnage joue un jeu, un scénario dicté par Verlaine, en ce sens, les religieux sont les acteurs d’une troupe de théâtre, l’acmé "poétique" avec "les beaux discours" dont la longueur et la performativité sont en antithèse ("plein de sens") jusqu’à l’acmé "fronts où flotte plein de gloire" : qui d’autres que "héritiers resplendissants" !

Bonjour @zlabn

Un très bon commentaire

Voir cette page pour complément

https://www.etudes-litteraires.com/bac-francais/2012/

Je corrige quelques erreurs mineures

I/ Une esthétisation de l’enterrement

a.Une scène anormalement enjouée

->Un portrait harmonique de cette cérémonie qui se fait par un lexique des plus laudatifs :

-Comparaison (l1) qui établit une analogie paradoxale entre le divertissant connoté par le qualificatif mélioratif "gai" et le COD "un enterrement", adverbe "allègrement"(v4)

-Figures d’exagérations qui disent l’allégresse poétique propre à cet événement : vocabulaire hyperbolique qui donne un aspect léger et spectaculaire aux funérailles "brille", "chante" (l2) (sorte de synesthésie qui mêle l’élément sonore et visuel en donnant un aspect éclatant) -> une vraie hypotypose qui les mettent en scène, le rythme léger qui fait glisser mélodieusement les propositions (choix de l’asyndète pour les 4 premiers vers, pour produire des images immédiates) -> une connotation énergique aux antipodes de la dialectique du pathétique et du moribond que le lecteur attendrait avec un rythme lent et chaste à l’image de ce prompt cérémonial

b.Le jeu des sonorités et des mots

->Une musique entraînante qui dit le bonheur, la pureté de cet instant, en donnant une dimension musicale, digne d’une chorodie où les voix se mêlent nous rappelant le motif du religieux propre à l’enterrement -> assonance en [i] et [r] dominante("brille", "prie", "surplis","fossoyeur", "cloche", "air") (pour les R il faut parler d’allitération), homéotéleute (on ne parle pas de cette figure quand il s’agit de poésie) qui fait s’amplifier mélodiquement au long des lignes cette notes "chante" et "pioche" ->rimes internes riches qui mêlent les chants qui forment une harmonie imitative en faisant appel à l’ouïe, comme une musique qui rythme cette cérémonie -> sonorité plutôt souggérant une sorte de candeur "douilletement", "éboulement", comme une berceuse

c.Le détournement d’une scène conventionnel

->L’isotopie mise ne place par Verlaine ne connote aucunement le cortège funéraire, et n’évoque quasiment pas le défunt :

-Les tableaux descriptifs des personnages sont en rupture avec le cérémonial habituel, c’est à se demander s’ils ne font pas partie d’une comédie : "qui prie allègrement" (PSR), "le mol éboulement" (GN), la périphrase "édredon du défunt" reliée à "terre" nous donnant quelques images de suavité, c’est comme si ils (s’ils) étaient venus lui chanter une chanson pour l’endormir, une douce berceuse, à ce dernier , "cet heureux drille", portrait un peu grossier de ce grand garçon, bien heureux comme le suggère l’adjectif éponyme -> c’en est presque un baptême d’un nouveau-né comme l’évoque la thématique du sommeil qui ne relève pas ici du mortifère, absence totale de pleurs, le paysage-concerto fait état d’âme, fait corps, en choeur avec ce personnel d’enterrement

Trans : Tant d’éloges ne peuvent qu’être l’antichambre d’une réalité tout autre, de fait Verlaine cherche aussi à traiter de sujets moins légers

II/ Le tableau ironique et satirique de cette mise en scène sacrée

a. L’approche non dénuée d’ironie adoptée par Verlaine

->Malgré la quasi-divinisation et l’embellissement apparents Verlaine se réserve quelques calembours -Usage de la première personne du singulier "je" nous rappelant que c’est bien le poète qui dialogue avec le lecteur dans une sorte de double énonciation poétique, les nombreux jeu de mots qui disent de façon irrésistible et transgressif le ridicule propre à cet cérémonie qui est ô combien sérieuse car religieuse : paronomase entre "surplis" et "prie" , anacoluthe (v7-8), la rupture syntaxique est provocante, dire quelque chose dont on aurait pu se passer pour apporter à nouveau des éléments supplémentaires à ce portrait à charge nombreuses antiphrases pour bien énoncer à travers des phrases-constats : "Tout cela me paraît charmant, en vérité !"

b.Le personnel religieux corrompu

->Censé faire figure de pieux et de bonnes valeurs morales, la peinture du prêtre ou encore du croque-mort, est mordante, à plus d’un mot :

-Le champ lexical de l’abondance et du frais pour peindre l’Eglise en antithèse avec sa chasteté (plutôt compoction ou recueillement ou gravité) apparente : isotopie visuelle qui se fait cette foi-ci virulente : "tout rondelets", "frac écourté", expansions du nom péjoratives en accumulation qui en élargissant la phrase disent l’écartement des bonne valeurs pieuses : où sont donc passés les vœux de pauvreté, l’emploi de la préposition "sous" ou encore du participe passé "écourté" renforcent le sentiment d’hypocrisie propre à ce personnel nous donnant l’image de procédés cachés, non-avoués, honteux, quasi-ellipse au vers 11 : on s’attend après le COI "par les pourboires" au COS "alcools, vins,…", au terme revoyant à l’alcoolisme formant un zeugma se rapportant à "rougi" attribuant à l’Eglise une image encore plus controversée

c.Une mise en scène savamment orchestrée

->Le tout est trop lisse, trop beau pour être vrais-semblant :

-Un déroulé scrupuleusement trop lisse et calculé : Une écriture trop fluide, l’enchaînement des propositions se fait de façon ordonnée, calculée , régulière (alexandrins), asyndète (il n’y en a pas) ou polysyndète (2 dernières strophes : "Et puis", qui plus est en anaphore) on s’attendrait à des péripéties, des effusions lyriques mais rien de cela, à l’inverse une période posée par l’auteur dès les premières lignes qui programme en quelque sorte ce récit, chaque personnage joue un jeu, un scénario dicté par Verlaine, en ce sens, les religieux sont les acteurs d’une troupe de théâtre, l’acmé "poétique" avec "les beaux discours" dont la longueur et la performativité sont en antithèse ("plein de sens") jusqu’à l’acmé "fronts où flotte plein de gloire" : qui d’autres que "héritiers resplendissants" ! (À noter la force de rupture de l’octosyllabe).