Bonjour @zlabn
Un très bon commentaire
Voir cette page pour complément
https://www.etudes-litteraires.com/bac-francais/2012/
Je corrige quelques erreurs mineures
I/ Une esthétisation de l’enterrement
a.Une scène anormalement enjouée
->Un portrait harmonique de cette cérémonie qui se fait par un lexique des plus laudatifs :
-Comparaison (l1) qui établit une analogie paradoxale entre le divertissant connoté par le qualificatif mélioratif "gai" et le COD "un enterrement", adverbe "allègrement"(v4)
-Figures d’exagérations qui disent l’allégresse poétique propre à cet événement : vocabulaire hyperbolique qui donne un aspect léger et spectaculaire aux funérailles "brille", "chante" (l2) (sorte de synesthésie qui mêle l’élément sonore et visuel en donnant un aspect éclatant) -> une vraie hypotypose qui les mettent en scène, le rythme léger qui fait glisser mélodieusement les propositions (choix de l’asyndète pour les 4 premiers vers, pour produire des images immédiates) -> une connotation énergique aux antipodes de la dialectique du pathétique et du moribond que le lecteur attendrait avec un rythme lent et chaste à l’image de ce prompt cérémonial
b.Le jeu des sonorités et des mots
->Une musique entraînante qui dit le bonheur, la pureté de cet instant, en donnant une dimension musicale, digne d’une chorodie où les voix se mêlent nous rappelant le motif du religieux propre à l’enterrement -> assonance en [i] et [r] dominante("brille", "prie", "surplis","fossoyeur", "cloche", "air") (pour les R il faut parler d’allitération), homéotéleute (on ne parle pas de cette figure quand il s’agit de poésie) qui fait s’amplifier mélodiquement au long des lignes cette notes "chante" et "pioche" ->rimes internes riches qui mêlent les chants qui forment une harmonie imitative en faisant appel à l’ouïe, comme une musique qui rythme cette cérémonie -> sonorité plutôt souggérant une sorte de candeur "douilletement", "éboulement", comme une berceuse
c.Le détournement d’une scène conventionnel
->L’isotopie mise ne place par Verlaine ne connote aucunement le cortège funéraire, et n’évoque quasiment pas le défunt :
-Les tableaux descriptifs des personnages sont en rupture avec le cérémonial habituel, c’est à se demander s’ils ne font pas partie d’une comédie : "qui prie allègrement" (PSR), "le mol éboulement" (GN), la périphrase "édredon du défunt" reliée à "terre" nous donnant quelques images de suavité, c’est comme si ils (s’ils) étaient venus lui chanter une chanson pour l’endormir, une douce berceuse, à ce dernier , "cet heureux drille", portrait un peu grossier de ce grand garçon, bien heureux comme le suggère l’adjectif éponyme -> c’en est presque un baptême d’un nouveau-né comme l’évoque la thématique du sommeil qui ne relève pas ici du mortifère, absence totale de pleurs, le paysage-concerto fait état d’âme, fait corps, en choeur avec ce personnel d’enterrement
Trans : Tant d’éloges ne peuvent qu’être l’antichambre d’une réalité tout autre, de fait Verlaine cherche aussi à traiter de sujets moins légers
II/ Le tableau ironique et satirique de cette mise en scène sacrée
a. L’approche non dénuée d’ironie adoptée par Verlaine
->Malgré la quasi-divinisation et l’embellissement apparents Verlaine se réserve quelques calembours -Usage de la première personne du singulier "je" nous rappelant que c’est bien le poète qui dialogue avec le lecteur dans une sorte de double énonciation poétique, les nombreux jeu de mots qui disent de façon irrésistible et transgressif le ridicule propre à cet cérémonie qui est ô combien sérieuse car religieuse : paronomase entre "surplis" et "prie" , anacoluthe (v7-8), la rupture syntaxique est provocante, dire quelque chose dont on aurait pu se passer pour apporter à nouveau des éléments supplémentaires à ce portrait à charge nombreuses antiphrases pour bien énoncer à travers des phrases-constats : "Tout cela me paraît charmant, en vérité !"
b.Le personnel religieux corrompu
->Censé faire figure de pieux et de bonnes valeurs morales, la peinture du prêtre ou encore du croque-mort, est mordante, à plus d’un mot :
-Le champ lexical de l’abondance et du frais pour peindre l’Eglise en antithèse avec sa chasteté (plutôt compoction ou recueillement ou gravité) apparente : isotopie visuelle qui se fait cette foi-ci virulente : "tout rondelets", "frac écourté", expansions du nom péjoratives en accumulation qui en élargissant la phrase disent l’écartement des bonne valeurs pieuses : où sont donc passés les vœux de pauvreté, l’emploi de la préposition "sous" ou encore du participe passé "écourté" renforcent le sentiment d’hypocrisie propre à ce personnel nous donnant l’image de procédés cachés, non-avoués, honteux, quasi-ellipse au vers 11 : on s’attend après le COI "par les pourboires" au COS "alcools, vins,…", au terme revoyant à l’alcoolisme formant un zeugma se rapportant à "rougi" attribuant à l’Eglise une image encore plus controversée
c.Une mise en scène savamment orchestrée
->Le tout est trop lisse, trop beau pour être vrais-semblant :
-Un déroulé scrupuleusement trop lisse et calculé : Une écriture trop fluide, l’enchaînement des propositions se fait de façon ordonnée, calculée , régulière (alexandrins), asyndète (il n’y en a pas) ou polysyndète (2 dernières strophes : "Et puis", qui plus est en anaphore) on s’attendrait à des péripéties, des effusions lyriques mais rien de cela, à l’inverse une période posée par l’auteur dès les premières lignes qui programme en quelque sorte ce récit, chaque personnage joue un jeu, un scénario dicté par Verlaine, en ce sens, les religieux sont les acteurs d’une troupe de théâtre, l’acmé "poétique" avec "les beaux discours" dont la longueur et la performativité sont en antithèse ("plein de sens") jusqu’à l’acmé "fronts où flotte plein de gloire" : qui d’autres que "héritiers resplendissants" ! (À noter la force de rupture de l’octosyllabe).