Souffrir de quelque chose

Langue française

16 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Salut tout le monde,

Après avoir découvert ce forum, qui ma foi est très intéressant, j'ai repensé à une question que je me suis souvent posée :
On utilise le plus souvent souffrir sous cette forme : souffrir de quelque chose. Par exemple : souffrir du froid, de la chaleur, etc.
Mais peut-on utiliser souffrir sous la forme suivante : souffrir quelque chose. Je rencontre très souvent cette "tournure" dans plusieurs livres - le premier qui me vient à la tête est le collier de la reine d'A DUMAS.

Je souhaiterai donc savoir si cette forme est ancienne ou si elle est encore "d'actualité", et quand est-ce qu'on peut l'utiliser. Quelques exemples seraient les bienvenus.

Merci d'avance!
Bonsoir Mhdi,
Mais peut-on utiliser souffrir sous la forme suivante : souffrir quelque chose.
Oui, ce verbe peut s'employer transitivement. Regardez ici : souffrir (flèche rouge de gauche), et vous vous apercevrez qu'il faut tenir compte du contexte pour lui trouver l'exact synonyme tellement il possède de nuances…

Muriel
Voici ce qu'écrit le Robert 2007 sur le mot souffrir :
"I ) 1- LITTER. Supporter (qqch. de pénible ou de désagréable)."

Il donne également quelques exemples :
"Qui sait tout souffrir peut tout oser" Vauvenargues
Il "n'avait nul sens du comique, ne pouvait souffrir la caricature" A. France
Et il me semble qu'on dit encore couramment (en parlant de quelqu'un qu'on n'aime pas) : « Je ne peux pas le souffrir ! ».
Et aussi : « Ces nouvelles dispositions (ou règles) ne souffriront aucune exception. »
Bonjour à tous,

J'ai une question simple mais qui me préoccupe. Si songer à (qque chose) est COI avec transitivité indirecte, pourquoi dans le dictionnaire du cnrtl "souffrir de" avec emploi prépositionnel nominal est rangé dans la catégorie intransitif ?
https://www.cnrtl.fr/definition/souffrir

Cordialement,
Parce que dans "souffrir du froid", le froid n'est pas l'objet de la souffrance mais sa cause.
Merci beaucoup je comprends mieux maintenant ! Du coup quelle serait la fonction du complément prépositionnel, complément circonstanciel intégré ?


J'ai tout de même du mal à conceptualiser l'idée d'objet, même en employant la transitivité comme illustration comme par exemple "je souffre le calvaire"
Dans le cas de "Je souffre le calvaire", on parle plus précisément de "complément d'objet interne".
Oui, en fait j'ai pris cet exemple au hasard, je voulais surtout illustrer l'idée que j'avais du mal à me représenter l'idée d'objet par rapport à la cause où à d'autres compléments circonstanciels précisément dans ces cas-là. En fait, je crois que cela vient du fait que je confonds assez l'emploi de la préposition de avec le COI. Pour moi on souffre nécessairement de quelque chose et malgré qu'il soit intransitif, je perçois cela comme un COI. Pour moi l'objet n'est ici pas si éloigné de la cause. Auriez-vous un exemple, une astuce ?

Concernant ma question surtout le complément circonstanciel intégré, je posais la question parce dans la grammaire de Denis / Sancier, on parle de complément intégré surtout pour des verbes locatifs ou de mesure (ex : j'habite à paris), mais je n'ai vu aucune référence à d'autres compléments prépositionnels où l'idée de nécessité du complément intégré (j'habite*) apparaît moins évidente comme ici avec l'exemple de souffrir* qui trouble l'esprit puisqu'il s'emploie en intransitif (donc pas d'objet) mais admet un complément prépositionnel comme les verbes locatifs. Du coup ce complément prépositionnel n'est pas intégré puisqu'il n'est pas nécessaire. Qu'est-il malgré tout, puisqu'on ne peut le déplacer, mais que dans le même temps, il peut, contrairement à un complément avec verbe locatif, disparaître aisément ? Je m'exprime peut-être mal ou bien chacun comprend mon problème ?
Denis Sancier & co donne un critère pour distinguer les transitives employés absolument (sans complément d'objet) des intransitifs : le changement de sens. Il s'applique bien à souffrir : souffrir quelque chose vs souffrir de quelque chose.

Il n'est pas toujours facile avec la grammaire traditionnelle de classer surement les différents verbes. Si tu n'avais pas demandé pourquoi il était considéré comme intransitif, j'aurais peut-être aussi répondu qu'il s'agissit d'un COI !
Selon les grammaires et leurs date, on trouve différente "solution". Ainsi le grand Robert, à propos d'habiter :
Intransitif :
1 Avoir sa demeure (en un lieu, quelque part). => Demeurer, loger, résider, vivre; crécher (fam.). => Habiter à la ville, en ville, dans une ville, à New York…

Transitif :
1 Occuper (une habitation, un logis) de façon durable. […]
Littér. Sujet n. d'abstraction (le complément désignant le lieu où se trouve le domicile, la résidence). Avoir sa demeure dans. => Il habite Liège, Québec…
Le différence de sens est vraiment mince !

Aujourd'hui au collège, on réserve le terme de complément circonstanciel au complément de phrase, et pour le complément "circonstanciel intégré" on parle ce complément essentiel de verbe. Mais cela ne résout pas le problème des frontières entre chaque catégorie.
Merci pour ton honnêteté je me sens moins "à côté de la plaque". Cependant j'ai l'impression que tu n'as pas vraiment répondu à ma question. Je m'explique.

Tu me dis comment reconnaître l'emploi en transitivité absolue d'un emploi intransitif grâce au changement de sens, d'accord. Donc Je souffre = Je souffre qque chose = transitivité (absolue dans le premier cas) VS Je souffre de qque chose.

Néanmoins le problème soulevé est le suivant, comme tu le dis dans ton autre exemple la différence de sens est minime, surtout lorsque l'emploi est en transitif absolu ! : je souffre = j'ai mal / je souffre de qque chose = j'ai mal (d'une maladie au ventre).
Du coup, l'ajout du complément essentiel n'est pas si "essentiel" que cela.
J'en ai pour preuve avec le cnrtl (je crois qu'il provient du TLF non ?) :
I - emploi transitif
2. [Avec une idée d'effort et d'endurance dans l'épreuve] Synon. de supporter.Souffrir des contrariétés, des déconvenues. Je sais que son altesse souffre avec impatience tout ce qui n'est pas elle (Montherl.,Reine morte, 1942, ii, 1ertabl., 1, p. 166).
Empl. abs. Supporter la douleur, la fatigue. Le sport influe grandement sur les qualités de persévérance et de volonté, de courage et d'audace: le sportif doit savoir souffrir et vaincre sa souffrance, il doit savoir oser et cependant mesurer ses efforts (R. Vuillemin,Éduc. phys., 1941, p. 105).
ET
I. − Empl. intrans.
A. − [Le suj. désigne un être animé]
1.
a) Qqn souffre.Éprouver une douleur physique ou morale. Synon. pâtir.C'est que j'ai souffert depuis dix mois, horriblement − souffert à devenir fou et à me tuer! (Flaub.,Corresp., 1871, p. 238).L'homme qui a beaucoup souffert est pareil à celui qui connaîtrait beaucoup de langues, et serait capable de comprendre tous les hommes (Van der Meersch,Invas. 14, 1935, p. 300).
Entre supporter et éprouver ! Mon dieu ! C'est une plaisanterie ! (j'ajoute que jamais personne n'est capable de saisir la nuance et n'est allé regarder dans les profondeurs d'un TLF…)



Par contre, en ce qui concerne la différence COI avec "de" (ou autre préposition) et complément essentiel avec "de", je pense effectivement que la meilleure solution reste de faire appel à la distinction "objet" de "circonstanciel", ici avec la définition de Condillac (Le Robert) : "élément de l'énoncé dont le sens est analysé comme l'objet sur lequel porte l'action exprimée par le verbe" le sujet et l'objet du procès

La comparaison avec "se souvenir (de)" est plus simple >
Je me souviens de qque chose (objet du procès; on pourrait résumer ça par un dessin avec une flèche et destination > o)
Je souffre de qque chose (cause ou nature du procès; on pourrait résumer par l'inverse, l'origine puis la cause o <)
J'ai bon ?

Maintenant, je mets au défi quiconque d'enseigner cela à des 4ème… J'ai failli dire "COI" et puis j'ai eu comme un doute. J'ai voulu faire un relevé des COI dans un texte car cela créait une figure d'accumulation, et j'ai eu comme un doute. Du coup maintenant j'hésite à leur faire relever le verbe souffrir.
Entre supporter et éprouver ! Mon dieu ! C'est une plaisanterie ! (j'ajoute que jamais personne n'est capable de saisir la nuance et n'est allé regarder dans les profondeurs d'un TLF…)
Je ne comprends pas.
Peut-être quelque chose m'a-t-il échappé dans le message précédent.
Mais il me semble que la nuance existe. et je ne me suis pas plongée dans un TLF.

On supporte quelqu'un ou quelque chose.
On éprouve un sentiment ou une sensation. (on peut aussi éprouver quelqu'un bien sûr, mais là, on s'éloigne du sujet)

Je dirai donc : J'éprouve de la sympathie pour X, et non je supporte de la sympathie pour lui.(?)
Je dirai en revanche : Il a supporté les pires maux. il les a ressentis, éprouvés et s'en est accommodé.
Il a éprouvé les pires maux, il ne peut plus les supporter.

Le verbe supporter implique l'idée d'une acceptation qui, me semble-t-il, ne se trouve pas dans éprouver (dont le synonyme dans les exemples cités est ressentir)

Quant à souffrir : On souffre d'un mal.
Mais on peut trouver fréquemment ce verbe dans son emploi transitif.
Comment peut-on souffrir cela ?(= comment l'accepter ?)
Ou encore : Je ne puis le souffrir. (= je ne l'aime pas, il m'est insupportable.)
Il me semble que ce sont deux emplois bien distincts du verbe.

Si je suis hors-sujet, veuillez considérer ce message comme nul et non avenu.
Laoshi a écrit :
Quant à souffrir : On souffre d'un mal.
Mais on peut trouver fréquemment ce verbe dans son emploi transitif.
Comment peut-on souffrir cela ?(= comment l'accepter ?)
Ou encore : Je ne puis le souffrir. (= je ne l'aime pas, il m'est insupportable.)
Il me semble que ce sont deux emplois bien distincts du verbe.

Si je suis hors-sujet, veuillez considérer ce message comme nul et non avenu.
Bien sûr je suis d'accord avec toi nul besoin du TLF, sauf que ici tu évoques souffrir dans son acception ancienne : je ne peux le souffrir (= je ne peux le supporter). Relis en particulier ce que j'ai cité dans mon message précédent.


Je reprends le TLF :
1° Emploi transitif absolu > Supporter la douleur, la fatigue
ex : Il faut souffrir pour être beau (=supporter la douleur)

2° Emploi intransitif > éprouver une douleur physique ou morale
ex : Il souffre (=éprouve une douleur)

Il y a nuance, c'est un fait, je le concède, d'autant plus avec le contexte du premier exemple. Mais je voulais dire que entre supporter la douleur et l'éprouver, lorsque le contexte ne s'y prête pas, la nuance ne peut être perçue aisément. D'autant que dans le premier exemple, ils donnent l'exemple d'un emploi transitif absolu avec un complément circonstanciel, le but étant de comprendre.
Mais si je dis "je souffre", ai-je voulu dire :
1° je supporte ?
2° j'éprouve ?
Mais bon, c'est le problème de l'emploi en transitif absolu, on s'éloigne un peu de la problématique. Ce que je voulais dire initialement si je me souviens bien, c'est que l'interférence de la nuance me fait me tromper sur le "faux" COI qui s'avère être un complément essentiel de cause. Je finis par m'y perdre moi-même.

Du reste, sans ta lumineuse intervention, Anne, j'y serais encore. Je retiens "la cause de la souffrance" et "l'objet de la souffrance." Et la définition de Condillac sur "l'objet du procès." Il est vrai que si j'avais réfléchi par rapport au procès et à son objet, on souffre bien "qque chose" mais pas "de qque chose", à l'inverse on se souvient "de qque chose." J'espère que cette méthode ne souffrira pas quelque exception 🙄
Mais si je dis "je souffre", ai-je voulu dire :
1° je supporte ?
2° j'éprouve ?
Eh bien, cela dépend. Si tu souffres en silence, tu supportes. 😉
Dans tous les cas, tu éprouves de la douleur. 🙂
Laoshi a écrit :
Mais si je dis "je souffre", ai-je voulu dire :
1° je supporte ?
2° j'éprouve ?
Eh bien, cela dépend. Si tu souffres en silence, tu supportes. 😉
Mais si tu dis "je supporte", as-tu voulu dire :
1° je soutiens ?
2° je tolère ?
😉
Les deux, mon Général ! 😉