Quelle est l’adaptation cinématographique d’une œuvre littéraire que vous avez le plus appréciée ?
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Pour ma part, la seule adaptation cinématographique qui ne m'ait pas déçue est Le Seigneur des anneaux (je sais, les élites intellectuelles hurlent au scandale, désolée !)
Et je crois qu'il faut mieux voir le film, avant de lire le livre. Le film est trop souvent moins réussi. Quand je peux voir le film avant, j'ai d'abord une surprise agréable, face à un film pas trop mauvais, et je peux ensuite lire le livre, pour être ravie, et me mettre à critiquer le film 😉
Pour le théâtre, à mon avis, la problématique est tout à fait l'inverse : peut-on lire une pièce de théâtre ?
Un autre point de vue serait de ne pas comparer l'adaptation à l'original! Croyez-vous que beaucoup d'américains ont lu Liaisons dangereuses?
Mais pour cela, il faut croire que la photographie et le cinéma sont des arts et donc que l'on puisse estimer leurs œuvres telles quelles.
Tout à fait d'accord avec vous !
Mais à partir du moment où on a décidé ou qu'on a eu l'occasion de faire les deux, on compare, forcément.
D'ailleurs, les meilleurs sont ceux qu'on ne peut pas comparer, à mon goût, car cela signifie que le réalisateur s'est tellement bien approprié l'oeuvre qu'il en a fait autre chose.
Un autre point de vue serait de ne pas comparer l'adaptation à l'original!
Oui, bonne idée… Il y a des adaptations d'oeuvres littéraires qui sont des oeuvres passionnantes en elles-mêmes. J'aime beaucoup le
Madame Bovary de Vincente Minelli, qui est très hollywoodien et paradoxalement très personnel, dans mon souvenir. La version des
Hauts de Hurlevent de Bunuel fait frémir les amateurs de l'oeuvre d'Emily Brontë, mais elle adopte aussi un point de vue intéressant : les lecteurs du roman se souviennent souvent de l'histoire d'amour entre Heathcliff et Cathy et tendent à oublier la deuxième partie du roman : la vengeance… Du coup, Bunuel choisit de mettre l'accent sur ce dernier aspect, quitte à prendre des libertés avec le roman. Pour autant, il respecte son esprit, prolonge sa réflexion sur les convenance sociales et les instincts… mais à la sauce Bunuel, forcément… C'est peut-être ça qui fait l'intérêt d'une adaptation cinématographique : la force du "point de vue" du metteur en scène, de sa "patte"… (Edit : je vois que Babylone a résumé cela entre temps…)
Et pour finir, une comparaison nettement favorable au cinéma :
Témoin à charge, de Billy Wilder, qui est considéré comme un chef d'oeuvre du film noir, est l'adaptation d'une nouvelle très courte et assez insignifiante d'Agatha Christie…
On n'adapte pas une oeuvre littéraire, on s'en inspire.
Pour le Bunuel, lors du générique, le mot est lâché : "inspiré de Brontë". (et ce film est d'une chianterie… mais c'est autre chose 😀 ).
Je citerai donc quelques trahisons utiles du cinéma (de genre) :
1) Shining, Kubrick.
2) Psychose, Hitchcock.
Jérémy a écrit :(et ce film est d'une chianterie… mais c'est autre chose 😀 ).
Belle critique…littéraire. 🙄
C'est drôle que personne ne veut justifier le cinéma en tant qu'Art….
moi sans hésiter, je dirai Le nom de la rose!!Le film est aussi savoureux que l'oeuvre d'Umberto Ecco.
Trainspotting et Seven, forcément différents mais étrangement assez complémentaires, chaque format donnant envie de (re)voir l'autre.
Jérémy a écrit :(et ce film est d'une chianterie… mais c'est autre chose 😀 ).
Belle critique…littéraire. 🙄
C'est drôle que personne ne veut justifier le cinéma en tant qu'Art….
Oh lalala… Pardon pardon… je vais faire plus nuancé et plus politiquement correct :
Bunuel réalise en 1954 ce film de commande qui souhaite respecter l'esprit du roman de Brontë, Wuthering heights.
Avec le recul, même si le roman a des qualités de narration indéniables (bien que trop oral), cette histoire larmoyante m'emmerde viscéralement. Son romantisme noir tempéré n'est pas assez travaillé pour provoquer le frisson, tragique ou terrifiant.
Alors, quand Bunuel tire au maximum sur les expressions torturées des personnages, on a l'impression d'être au théâtre. Bref, je me suis fait chier royal. ►
Le cinéma est un Art je ne vois pas de problème à cela sinon.
Il n'est pas certain que les frères Lumière se disaient "chouette! on va créer des œuvres dans une nouvelle catégorie de l'Art…
"7ème Art" ne tomba pas de leurs lèvres.
Je suis dans ma phase normale de 'il y a trop d'opinions reçues sans justification'. 🙂
Je me disais pareil concernant l'art du DJ… De la technique, c'est devenu un art.
De même pour l'écriture non ? etc
Un film réussit grâce à la rencontre heureuse de plusieurs talents dans des domaines divers comme mise en scène, acteurs musique, lumière, etc. Le scénario est l'un des points concernés et pour avoir un bon scénario il est tentant d'aller en chercher un dans la littérature. Beaucoup de classiques du cinéma ont utilisé pièce de théâtre ou roman même si les auteurs de ces pièces ou romans sont tombés eux, dans l'oubli.
Pour les grandes oeuvres littéraires, l'entreprise est un peu plus risquée car on parle vite de fidélité ou non, pour ne pas dire plus et dans ce cas les décors somptueux font parfois effet de cache-misère ou bien les multiples versions filmées deviennent de plus en plus audacieuses ou ridicules.
Comme exemples de réussite, et vu que JSC a déjà mentionné des films de James Ivory, je choisirai Henry V et Beaucoup de bruit pour rien.de Kenneth Branagh et un téléfilm de la BBC Orgueil et Préjugés..
L'adaptation cinématographique que j'estime être la plus juste est celle du roman de Truman Capote De sang-froid, porté à l'écran par Richard Brooks quelques années à peine après la sortie du livre. Le fait divers horrible dont l'histoire s'inspire étant encore très frais dans les mémoires, cela déclencha d'ailleurs une belle polémique à l'époque.
Je pense de manière plus générale qu'il est plus facile d'adapter une œuvre dont le style est (volontairement ou pas) sobre et concis, et dont la trame narrative est solide et facile à simplifier, comme c'est le cas du roman de Capote.
Pour les autres, il convient avant tout d'en respecter non pas la lettre, mais l'esprit. Ainsi je n'ai rien contre l'adaptation au cinéma du Seigneur des Anneaux, mais je pense qu'elle était a priori vouée à l'échec. Les scènes de batailles dans ce livre sont au total peu nombreuses ; les personnages passent beaucoup plus de temps à cheminer, à dialoguer, à se raconter des histoires et des légendes du temps jadis, à contempler leur monde qui disparaît doucement. Le Seigneur des Anneaux est avant tout un livre initiatique, où le ton dominant est la mélancolie ("le bonheur d'être triste" comme disait Hugo).
Cependant et par la force des choses, les 3 films ne pouvaient que se resserrer sur l'intrigue narrative, et donc les scènes d'action et de combat. Je le comprends, mais je le regrette aussi ; peut-être les adolescents qui ont vu le film seront-ils tentés de lire le roman, mais je crains que nombre d'entre eux ne soient rebutés par un ton totalement différent de celui du film. Quant à ceux qui n'auront pas vu le film, où seulement des bandes-annonces ou des extraits, ils resteront persuadés que Le Seigneur des Anneaux est une histoire pleine de testostérone, avec beaucoup d'"action" et d'effets spéciaux. Et franchement, ça me fait un peu mal au cœur.
O'Brien a écrit :L'adaptation cinématographique que j'estime être la plus juste est celle du roman de Truman Capote De sang-froid, .
Excellent film; mais traduit-il bien l'esprit du livre?
Il me semble que le livre exprime l'époque, l'environnement social d'une petite ville du mid-West et peint plusieurs personnages locaux. Le film passe beaucoup de temps dans la vie de TC et dans les cellules des condamnés, me semble-t-il.
J'ai beaucoup aimé Hiroshima mon amour d'Alain Resnais, sur le roman de Margueritte Duras. J'ai trouvé que ce film colle vraiment au récit.
O'Brien a écrit :L'adaptation cinématographique que j'estime être la plus juste est celle du roman de Truman Capote De sang-froid, .
Excellent film; mais traduit-il bien l'esprit du livre?
Il me semble que le livre exprime l'époque, l'environnement social d'une petite ville du mid-West et peint plusieurs personnages locaux. Le film passe beaucoup de temps dans la vie de TC et dans les cellules des condamnés, me semble-t-il.
Eh non, je ne parlais pas des deux récents films consacrés à Truman Capote (
Truman Capote et
Infamous), qui racontent la genèse de son chef d'œuvre
De sang-froid et de sa rencontre perturbante avec l'un des assassins, mais bien du film de Richard Brooks de 1967. Ce classique du genre aujourd'hui un peu oublié était bien une adaptation fidèle au livre, en ce sens où le personnage de Capote n'apparaissait à aucun moment et où (pour reprendre tes termes) il dépeignait l'environnement social de l'époque.
Portia a écrit :Un film réussit grâce à la rencontre heureuse de plusieurs talents dans des domaines divers comme mise en scène, acteurs musique, lumière, etc. Le scénario est l'un des points concernés et pour avoir un bon scénario il est tentant d'aller en chercher un dans la littérature. Beaucoup de classiques du cinéma ont utilisé pièce de théâtre ou roman même si les auteurs de ces pièces ou romans sont tombés eux, dans l'oubli.
Pour les grandes oeuvres littéraires, l'entreprise est un peu plus risquée car on parle vite de fidélité ou non, pour ne pas dire plus et dans ce cas les décors somptueux font parfois effet de cache-misère ou bien les multiples versions filmées deviennent de plus en plus audacieuses ou ridicules.
Comme exemples de réussite, et vu que JSC a déjà mentionné des films de James Ivory, je choisirai Henry V et Beaucoup de bruit pour rien.de Kenneth Branagh et un téléfilm de la BBC Orgueil et Préjugés..
Sinon dans les téléfilms anglais, je citerais aussi Bleak House ( La maison d'âpre vent), feuilleton assez fidèle au roman de Dickens et bien réussi, de plus les livres de Dickens étant à l'origine des feuilletons se prêtent assez bien au jeu.
A propos du Seigneur des Anneaux, je suis plutôt d'accord avec toi O'Brien. Il n'empêche que Peter Jackson, à mon goût, a su se servir des codes du cinéma pour s'inspirer de l'oeuvre de Tolkien (plutôt justement) et la rendre cinématographique.
Les dialogues sont aussi là, et le premier est d'ailleurs le meilleur sur ce point. Les deux derniers se recentrent sur les combats, qui ne sont pas non plus absents de la trilogie ! Dans le 2è et le 3è tome, il y a, aussi, beaucoup plus de scènes de combat !
hello! Je pense à Shining, ou comment un film peut rendre grossière l'oeuvre littéraire qui l'a inspiré.
"To kill a mockingbird" - bouquin parfait et adaptation parfaite aussi! ah oui, et "Pride and Prejudice", la version de BBC.