Trop de cuisiniers gâte la sauce

Langue française

19 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

D'instinct, j'ai écrit "Trop de cuisiniers gâte la sauce", car c'est le fait qu'il y a plusieurs cuisiniers qui fait que la sauce est trop salée.
"Trop de cuisiniers gâtent la sauce" déplorerait que la formation professionnelle des marmitons laisse à désirer et que trop de cuisiniers ne connaissent pas leur métier.
Cependant, voulant connaître l'origine de cette expression, j'interroge monsieur Google qui me répond avec 262 citations avec le pluriel (et l'acception courante : un seul chef -- ou un seul patron -- est préférable) et 7 citations au singulier.

Rassurez-moi.

Merci.
430 Adverbe + pseudo-complément.

Les adverbes de degré suivis de de (parfois de des) servent de déterminants au nom. Celui-ci est le véritable noyau du syntagme et c’est lui qui est le donneur d’accord :
(…)
Trop de bonté est cruelle à la vanité d’autrui (Vercors, Marche à l’étoile).
(…)
Il arrive pourtant que l’accord se fasse avec l’adverbe, lorsque celui-ci exprime l’idée prédominante :
(…)
Trop de pudeur est bien plus dangereux que pas assez (Jouhandeau, Chaminadour )
(Grevisse)

Même présentation sur https://www.cordial.fr/grammaire/
La première fois que j'ai entendu cette expression, c'était en allemand.

Zu viele Köche verderben den Brei!

Trop de cuisiniers gâchent la bouillie. Verderben est à la troisième personne du pluriel. Verdirbt, troisième personne du singulier serait on ne peut plus fautif. C'est bien le fait qu'il y ait plus d'un cuisinier qui donne ce triste résultat. En français l'homophonie entre gâte et gâtent n'arrange pas la sauce 😉 .

Un petit détour par une langue étrangère aide souvent à mettre un peu de logique là où le français s'embrouillerait volontiers les pinceaux.
Impolitis a écrit :La première fois que j'ai entendu cette expression, c'était en allemand.

Zu viele Köche verderben den Brei!

Trop de cuisiniers gâchent la bouillie. .
Oui, mais je ne suis pas sûr que comparaison soit raison… Surtout en comparant deux langues différentes. Je pense que dans l'expression française en question c'est bien l'idée d'excès de cuisiniers qui prévaut ; le verbe est donc logiquement au singulier.

Prenons l'exemple tout à fait comparable de la plupart : si l'on veut s'épargner dans tous les cas la peine de réfléchir, il n'y a qu'à faire l'accord du verbe qui suit au singulier, puisque la grammaire l'autorise : la plupart des diplomates est tombée d'accord. Qui n'entend que c'est choquant ? Ce l'est moins dans La plupart des candidats a été reçue. Mais quand même… Ce sont des accords que l'on entend tous les jours à la télé.

Mieux vaudrait faire l'accord par le sens et dire,à mon sens de façon bien plus satisfaisante La plupart des diplomates sont tombés d'accord… et La plupart des candidats ont été reçus.

On aurait en allemand Die meisten + verbe au pluriel. L'allemand ne connait pas de tournure analogue qui se mette au singulier. La différence avec le français est patente. Elle l'est encore plus quand l'allemand dira C'est nous qui ont (avons est possible aussi) alors que le français ne connaît que C'est nous qui avons.

D'ailleurs la tournure allemande aboutit à une amphibologie, elle signifie aussi bien il y a trop de cuisiniers qui n'y connaissent rien que c'est l'excès de cuisiniers qui... Et puis l'allemand, aime beaucoup le pluriel. Qui ne connaît la tournure Es kommen Soldaten... Pas Es kommt.…, là où, à tout prendre, le français dirait Il vient des soldats. Non, je crois que l'appréhension de ces choses par les deux langues est trop différente pour que l'on puisse comparer…

Zorah


Edit. : Finalement l’allemand et le français rendent, l’un par le pluriel, l’autre par le singulier, l’idée de ce qui est en fait un collectif. Trop de cuisiniers, cela gâte la sauce, collectif. Le grec dit ?, les animaux, cela court, verbe au singulier malgré le sujet au pluriel, c’est un collectif, traduit en bon français par les animaux courent.

L’allemand pour sa part utilise le pluriel comme collectif. S'il existe une logique dans ces matières, force est de constater que c'est sans doute plus logique… Cela revient bien entendu exactement au même en ce qui concerne l'idée véhiculée.
Bonjour Bernard,

Dans cette acception
Vous avez écrit : Cependant, voulant connaître l'origine de cette expression, j'interroge monsieur Google qui me répond avec 262 citations avec le pluriel (et l'acception courante : un seul chef -- ou un seul patron -- est préférable) et 7 citations au singulier.
je mettrais sans hésiter le singulier, parce que c'est le fait qu'il y ait trop de cuisiniers qui gâche la sauce.

Je ferais la même chose ici :
- Trop d'enfants tuent "la" mère. (Dans le sens où "enfants" est sujet actif et tuent véritablement "la mère".) On se rend d'ailleurs compte qu'avec un accord au pluriel, l'emploi de la (mère) paraît incongru, comme dans votre exemple (tuentla sauce…) ; il faudrait à mon avis employer un autre déterminant…

- Trop d'enfants tue la mère. (Dans le sens où "enfants" n'est pas sujet actif, et ne tuent pas : c'est le fait de mettre au monde beaucoup d'enfants qui tue.) Avec un accord au singulier, on lit cette phrase comme un proverbe, comme une maxime…

Édit : Je viens de lire la réponse de Zohar, le remplacement par excès (qu'il propose) est encore plus parlant…

Édit 2 : On peut aussi faire précéder la phrase d'avoir ou d'être. (C'est possible avec le verbe au singulier ; c'est impossible avec le verbe au pluriel) :
- Trop de cuisiniers gâtent la sauce.
- Avoir/être trop de cuisiniers gâte la sauce.
- Trop d'enfants tuent la mère.
- Avoir trop d'enfants tue la mère.

Muriel
Sans contexte, il me parait difficile de savoir si c'est l'excès de cuisiniers qui gâte le métier ou si l'auteur déplore effectivement que trop de cuisiniers laissent des grumeaux dans leur béchamel !
Bonjour.

Pour souligner sans ambiguïté que c'est bien le trop grand nombre en lui-même qui est la cause des ennuis, il suffit d'écrire: "Trop de cuisiniers, ça gâte la sauce.", et "Trop d'enfants, ça tue la mère."

En revanche, si l'on veut plutôt déplorer que les gâte-sauce et les matricides se rencontrent trop fréquemment, il conviendrait, comme le propose Muriel, de changer le déterminant : "Trop de cuisiniers gâtent leur sauce." et "Trop d'enfants tuent leur mère."
Et pourquoi pas l'expression gâter la sauce (= compromettre le succès d'une affaire), le hasard faisant qu'elle s'applique aux cuisiniers ? Comme le gâte-sauce, qui du marmiton s'est généralisé à tous les corps de métiers.
Bonsoir Anne,

C'est exact… je ne connaissais pas cette expression. Dans ce cas, le la ne serait plus incongru avec le verbe au pluriel…

Muriel
Merci de vos avis éclairés.
L'expression est un proverbe qui exprime dans 99,9% des cas l'idée qu'il vaut mieux qu'il n'y ait qu'un seul directeur dans une organisation. Je me suis étonné que dans Google presque tous les exemples sont au pluriel.
Mais je reste sur "Trop de cuisiniers gâte la sauce", quitte à passer pour un étourdi qui n'a pas accordé gâte avec cuisiniers.
Je peux écrire "Trop de cuisiniers = soupe trop salée", mais je ne cite pas le proverbe traditionnel.
Je reviens sur l’aspect logique de la question posée.
La problématique est en fait introduite pas le « trop » en français.

Que signifie dans le fond cette expression ? Trop de cuisiniers gâte(nt) la sauce ?

Quel est l’information donnée ici ? C’est la multiplicité des cuisiniers qui fait que la sauce est ratée, chacun voulant y aller de sa façon particulière, qui produit un résultat non conforme. C’est la diversité des manières qui est en jeu, non la quantité. Si tous, fussent-ils nombreux, pratiquaient de la même manière, le problème du résultat n’existerait pas ; la sauce serait exquise.

En fait l’allemand dit : Plusieurs cuisiniers gâchent la bouillie…, ce qui est plus clair que trop, qui peut prêter à interprétations. Mais dans le sens que j’évoque, et c’est bien ainsi que je le comprends en allemand, le pluriel devient logique.
Bonjour, Impolitis.

D'accord : lorsqu'on est nombreux, on peut certes coordonner la diversité, comme dans un orchestre, et réussir la symphonie ou la sauce.
Disons tout de même que plus l'on est nombreux, plus les risques de couacs, d'incoordination et d'incohérence augmentent, c'est affaire de probabilité. "Trop" porte bien en soi la double notion de "grand nombre" et d' "excès".
Effectivement, ce n'est pas le nombre en soi (plusieurs) qui est dommageable… C'est lorsque le nombre devient excessif. C'est pour cela que je trouve ici "trop" préférable au "plusieurs" allemand.

Et la tournure que j'ai proposée plus haut ("Trop de cuisiniers, ça gâte la sauce") ne me semble pas ambiguë et sujette à diverses interprétations. On peut bien sûr être plus littéraire : "Pléthore de cuisiniers gâte la sauce." Abondance de tournures ne nuit pas…
Que dire alors en ce cas :

"Trop de funérailles sont arrêtées à l'entrée du cimetière.", ou bien, "Trop de funérailles est arrêtée à l'entrée du cimetière." ?
C'est autre chose, la phrase est ici comparable à "Trop de Français sont tués sur les routes".Ce sont les Français qui sont tués, pas l'excès (qui est simplement regrettable).

Une autre formulation pourrait se prêter à la discussion : Prenons l'exemple "Trop d'oeufs gâte/gâtent le gâteau". Là on ne peut plus dire, comme dans le cas des cuisiniers, que chaque oeuf met son grain de sel différent et que le goût du gâteau s'en trouve altéré, faute d'harmonie. Mais je pense que le singulier reste quand même de mise, puisque la phrase veut dire "Excès d'oeufs…". Mais le pluriel me choque bien moins que dans le cas des marmitons et de leur sauce.

Même chose avec beaucoup : beaucoup de soldats tués inquiète le pays. Logique, non ? Accord selon le sens : le fait que de nombreux soldats sont tués inquiète le pays. Comment dirait-on en Allemand ?

Edit. En fait je pense que l'on dirait Beaucoup de soldats tués cela inquiète le pays.Mais la phrase n'était qu'un exercice théorique.

Et je viens de voir, par pur hasard, une phrase en anglais, dans laquelle l'accord est choquant au premier abord : "Five dollars from the sale of each orchid photograph is donated to the American Orchid Society Orchid Conservation Fund".
Bonsoir,

Jehan : compris pour le ça, mais on ne dit pas : "Pierre qui roule, ça n'amasse pas mousse", la tournure est comme ça : "Trop de cuisiniers gâte la sauce". On peut toujours contourner une lacune d'orthographe en changeant la phrase, mais je voulais m'instruire.

Zorah : les oeufs c'est encore autre chose ; le pluriel ne va pas car un seul oeuf mauvais suffit à rendre le gâteau immangeable.

Bizarrement, pour "Trop d'impôts tue l'impôt (ou l'emploi)" monsieur Google donne 1200 occurrences au singulier (juste) et 500 au pluriel (fautif).
On trouve aussi "Trop d'impôt tue l'impôt" qui est juste (750 occurrences)
Bonsoir.

"Pierre qui roule" et "Trop de cuisiniers" sont deux cas différents.

"Pierre qui roule" : un seul accord possible par le sens : avec "pierre", singulier. Aucune raison dans ce cas de préciser le singulier par un "ça".

"Trop de cuisiniers" : deux accords possibles selon le sens : avec "cuisiniers", pluriel. Ou avec "trop", singulier à valeur de collectif. Si on veut préciser sans ambiguïté que le sujet est bien le "trop", on peut ici le reprendre par le pronom neutre singulier "ça". Mais je n'oblige personne, bien entendu… 🙂
Équivalent anglais: too many cooks *spoil the broth.
* Le verbe est au pluriel.

Les sens? Le fait d'avoir un nombre trop grand de cuisiniers pour préparer le bouillon risque d'avoir comme résultat un plat pas très bon. C'est un dicton/proverbe prévenant qu'il ne faudrait peut-être pas se mêler à tout; laisser agir un expert.
(Le corrolaire "many hands make light work" favorise pourtant le travail en équipe pour allèger la tache!!).

Curieusement, personne ne semble d'avoir soulevé un autre sens possible:
de tous les cuisiniers dans le monde, il y en a trop qui ratent leur plat. Heureusement, il y a ± d'autres qui ne le ratent pas.
Jehan : Oui, j'ai bien compris.

Ce que je veux dire c'est que l'on est tenu par la formule consacrée.
Je ne vois pas dire "Un 'tiens' a plus de valeur que deux 'tu l'auras'.
Ou bien "Tel qui rit jeudi, samedi pleurera".
Ou bien " Tant va l'amphore à l'eau qu'à la fin elle se brise".
Moi aussi, j'ai bien compris. Tu tiens à garder exactement la formule originelle, c'est tout à fait ton droit, et je ne te le conteste nullement. Elle a l'avantage d'être la plus concise. Mais en ajoutant un "ça", on ne rallonge vraiment pas beaucoup, le sens est davantage précisé, et les autres mots demeurent inchangés, contrairement à ce qui se passe dans les nouvelles formulations de proverbes que tu cites en contre-exemple. Je trouve cependant que de telles nouvelles formulations d'expressions consacrées, si le sens reste clair, peuvent constituer un effet de style intéressant. Dépoussiérer de façon plaisante les stéréotypes les plus "consacrés" n'est pas si sacrilège que ça.