Étude littéraire sur Sade. Appel à vos avis…

Littérature

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je me permets de lancer un article sur Sade – écrivain (et non sur sa vie et ses scandales mais bien sur ses œuvres littéraires). Il s’agit d’évoquer une expérience littéraire et d’écriture : la vôtre.
J’effectue une étude sur cet écrivain – étude littéraire de critique – et j’aimerai vivement connaître et apprécier vos réactions au sujet de sade. J’aimerai donc des réponses franches, assez précises et surtout sérieuses.

Je sollicite vos expériences, vos avis et votre idée de Sade, de ses œuvres, de ce qu’il peut dégager, de son écriture, de son style.

Je fais appel à ceux qui l’ont lu, ceux qui aiment, ceux qui n’aiment pas, ceux qui en ont peur, jusqu’à avouer vos préjugés.

Je fais aussi appel à tout bon lecteur de Sade qui a donc lu la troisième Justine et surtout son grand roman Juliette j’aimerai également connaître vos réactions et avis –positifs et négatifs sur ces deux immenses œuvres.

Je terminerai par le cas des sadiens lecteurs et admirateurs de Sade s’il y en a :
Dites-moi comment vous considérez cet écrivain, ses pratiques, sa « philosophie » sadienne, en quoi vous l’admirez, en quoi vous l’ « imitez », jusqu’à quel point sa littérature envahit vos actes, votre vie, votre pensée.

Pour tous donc, que vous l’ayez lu ou non, apprécié ou pas, bien lu ou non :
* concevez-vous Sade comme un grand écrivain ?
* Que vous inspire son œuvre littéraire (et non le personnage : nous parlons écriture et littérature et pas d’actes) ?
* Quel effet vous donne d’entendre, de lire ou d’avoir entre vos mains un livre de Sade ?
* Quelle lecture en faites-vous ?
* Quelle jouissance ou quel dégoût éprouvez-vous ?
Le plus drôle pour moi est l'anticonformisme d'un noble de l'ancien régime!
Si Dieu n'existe pas, il n'y a que nos passions qui nous règlent. ce n'est pas pour autant qu'il se débarasse de valets, maîtresses, droits de cuissage et d'autres "avantages" en nature de sa position.
S'il fut emprisonné, c'est probablement car sa famille le trouvait embarassant plutôt que la soci"été le jugeait trop libertin.

Sa logique, à premier abord répugnante, demande de la réflexion.
La seule chose certaine dans la vie d'un homme est sa mort. La Nature choisit le plus souvent le moment et la façon de mourir. La mort est naturelle. Pourquoi donc serait le meutre contre nature? Pourquoi lma société, a-t-elle besoin d'inventer des droits contre nature?

La peine de la mort est la sanction légale de peutre, dit-il. Si le meutre devrait être copnsidéré comme anti-social, la peine capitale devrait l'être aussi.

Rousseau pense: Tant que n’est pas opérée une redistribution équitable des richesses le droit de propriété ne fait qu’instituer les inégalités et transforme en propriété légale (donc défendue par la force commune) ce qui ne fut d’abord qu’une appropriation violente qui dérobait aux autres la jouissance de la terre commune.
C'est l'apologie du vol!
Mais il ne va pas aussi loin que les révolutionnaires auraient voulu en donnant le droit de propriété à tous.
De Sade va plus loin dans ce sens.

J'adore sa comâraison (Justine) entre une prostituée orphéline et une comptesse avec des milliers de livres de rente. Elles agissent, pour lui, dans la même façon!
* concevez-vous Sade comme un grand écrivain ?

Non. Que ce soient des journées, des dialogues, de vraies narrations, rien n'est novateur ni exquis. Son style ne m'a jamais semblé très recherché, ni ses évocations poignantes (sujet mis à part, évidemment). Très répétitif en somme.

* Que vous inspire son œuvre littéraire (et non le personnage : nous parlons écriture et littérature et pas d’actes) ?

D'un point de vue philosophique, même si l'on est pas étouffé par la masse des idées ni par leur mise en place conceptuelle ou logique, sa liberté est vertigineuse et grisante.
D'un point de vue littéraire, je préfère de très loin l'Heptaméron, le Décaméron, les romans d'apprentissage de Rousseau ou les dialogues de Diderot.

* Quel effet vous donne d’entendre, de lire ou d’avoir entre vos mains un livre de Sade ?

Des effets inavouables quand j'étais ado et que je le lisais ses Pléïade dans les rayons de la bibliothèque, sans jamais oser l'emprunter.
L'entendre, je ne sais pas. Je pense que le ridicule de certaines situation (de couture notamment…) m'apparaîtrait de façon flagrante, et que la lourdeur parfois des passages théoriques me sauterait à la gorge.
Quant à le voir, je n'ai pas supporté 'Salo' de Pasolini, et je n'ai pas tenu plus de quelques minutes. Je suppose que la mise en scène du sadisme est beaucoup plus violente que ses textes, qui sont souvent totalement déréalisés pour moi (mais je ne crois pas que cela soit un échec de Sade: la liberté absolue ne peut qu'être un fantasme)

* Quelle lecture en faites-vous ?

aujourd'hui, aucune. Ado, outre le plaisir fantasmatique, ses livres ont suscité beaucoup de nouvelles interrogations morales (et en partie la morale en terme de la liberté, et non de bien/mal ou de devoir, ce qui n'avait pas vraiment effleuré le jeune homme de 15 que j'étais alors.)

* Quelle jouissance ou quel dégoût éprouvez-vous ?

Pas de dégoût, mais pas de jouissance non plus: l'intérêt pour les mises en scène relativement topiques ayant décru, j'y recherche des choses qui ne s'y trouvent pas, ou que j'échoue à voir (une subtilité de la pensée, une philosophie derrière les enchaînements acrobatiques, un programme littéraire, une écriture - même une musique du "vis" dans le pire des cas!)
Un grand merci à vous deux et à Tyagin pour ses réponses très intéressantes et détaillées.

Au plaisir de lire de nouveaux avis…

une petite question à Tyagin s'il veut bien : comment en es-tu arrivé à lire et à connaître Sade ? Etait-ce dû à l'attrait de l'interdit et du sulfureux, en tant qu'adolescent ?
Une fois le "fantasme" -- de l'adolescent ou de l'érotomane -- tombé, (ou bien l'imagination ennuyée qui ne suit plus), penses-tu qu'on ne puisse plus lire sade ?
En tant cas merci beaucoup de nous avoir fait part de ton expérience riche et très intéressante.
J'avoue que je ne me souviens pas de ce qui m'a poussé à lire Sade jeune. Tout ce que je savais de lui en 4°, c'est qu'il n'avait pas voulu sortir de la Bastille où il s'était constitué une bibliothèque de textes (d'ailleurs, je ne sais pas s'il s'agit d'une réalité historique ou d'un joli mythe…), et qu'il faisait de la liberté absolue d'atteindre au plaisir individuel le seul fondement de sa morale, tous les autres préceptes moraux échouant à reposer sur quoi que ce soit. Une image assez caricaturale finalement.
Il faisait aussi partie des auteurs cités au XVIII°, et c'est sans doute cela aussi qui m'a amené à regarder de quoi il était question. Ce qui m'a retenu en revanche, et qui aujourd'hui ne me retient plus, c'est la sexualité fantasmée que j'y développais en le lisant.

Est-ce qu'on peut le lire en dehors de ces fantasmes? Pour moi, clairement, non. Si je n'avais encore rien lu de lui, je crois que c'est une lacune que je comblerais, au même titre que j'ai lu du Houellebecq, totu en étant conscient qu'aucun des deux romans que je lisais ne pourrait se prêter à ue seconde lecture.
Je me suis intéressé (en fait c'est touours d'actualité) un moment à l'écriture en cornice (à un niveau, comme le Décaméron, ou beaucoup plus, comme le Mahabharata), et j'ai essayé de relire alors les 120 journées. Ce fut un échec: peu d'intérêt au cornice, pas de souci d'écriture ou d'auteur à retrouver dans tout ça.
Mais comme je l'ai dit dans mon message précédent, je crois que je suis passé à côté de quelque chose. Il faut qu'il y ait autre chose que ces fantasmes sadiques pour que les Surréalistes l'aient exhumé! Après tout, les textes libertins - au sens du XVIII° - ne manquent pas! et beaucoup d'autres sont en outre exquisement illustrés! alors pourquoi François Donatien?

je reste à ta disposition pour d'autres questions, auxquelles cependant je ne pourrai pas répondre aussi rapidement.
* Concevez-vous Sade comme un grand écrivain ?
Dans les idées probablement, quelques notions novatrices, mais d'un point de vue stylistique, son écriture demeure relativement conforme à son époque.

* Que vous inspire son œuvre littéraire (et non le personnage : nous parlons écriture et littérature et pas d’actes) ?
Un grand respect, tant de textes me laissent bouche bée depuis plusieurs années.

* Quel effet vous donne d’entendre, de lire ou d’avoir entre vos mains un livre de Sade ?
On a parfois le coeur qui bondit, la nausée (je pense particulièrement à la scène finale de La Philosophie dans le Boudoir), de l'excitation parfois pour des choses que certains jugent malsaines (on se découvre en quelque sorte un nouveau moi), on se laisse facilement bercer par les long passages 'moralisateurs'. On s'amuse du regard de notre voisin de bus ou de train, qui ouvre de grand yeux apercevant la couverture du dit-bouquin…
Au niveau visuel c'est amplement différent, j'ai eu l'occasion de voir le film américain qui n'a pas éveillé chez moi un grand intérêt, le réalisateur s'intéresse beaucoup plus aux maux de l'homme plutôt qu'à ses mots.

* Quelle lecture en faites-vous ?
Sade est bien un des seuls auteurs avec qui je n'aime pas passer des heures d'affilée, je traine un peu sur les bouquins, j'y reviens, je note ce qui me surprend, me fait réfléchir ou me plaît.

* Quelle jouissance ou quel dégoût éprouvez-vous ?
Peut-être s'agit-il plus de curiosité dans ce cas. Il est rare que j'en vienne à 'fantasmer' sur une scène de Sade. Malgré tout les images restent et se reproduisent parfois dans la vie. Le dégout ne se fait que très rare, dans certaines scènes 'extrêmes', à chacun de se créer sa propre échelle du supportable. La jouissance provient essentiellement des discours philosophiques enflammés, auxquels on ne peut finalement qu'adhérer étant donné la ferveur de la déclamation.
Merci Tyagin de rester à ma disposition pour d'autres questions, un grand merci pour ton aide. 🙂
Et merci à poupinou pour l'ajout d'enrichissants avis.

En attendant d'autres expériences et aides…
Je trouve très enrichissant de lire vos échanges!

J'ai effectivement lu quelques écrits de Sade mais je ne crois pas être en mesure de pouvoir en parler avec autant de rigueur!

Au départ j'ai voulu lire Sade car c'était "en quelque sorte" braver un interdit car j'étais assez jeune à l'époque.
C'était faire preuve d'une certaine effronterie.
J'aimais dire que je lisais Sade!Mais en vieillissant mon intérêt a faibli du fait de la disparition de ce sentiment.

En revanche d'y avoir repenser m'a donné l'envie de me replonger dans cet univers si particulier!
Ahhhh très bien myrrha86 !!!! 🙂 Tu pourras ainsi nous faire part de tes impressions et répondre à mes questions 😉

C'est bien que tu ais ainsi l'envie de redécouvrir Sade. Il s'agira de voir si ce sera une déception, une belle redécouverte…

A bientôt alors.