Jeu de mots dans l’étymologie des personnages littéraires

Langue française

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir tout le monde,

En premier lieu, merci de venir lire cette discussion, je n'avais auparavant jamais pensé m'inscrire sur un forum littéraire alors que j'éprouve un véritable amour pour la langue française et ses mystères !

Passons au principal. J'aurais voulu savoir comment s'appelait le fait d'inventer des noms de personnages fictifs grâce à leurs traits de caractère, leur comportement, leur profil.
Je m'explique. Par exemple, Cervantes avait inventé le nom de Rocinantes dans son roman, Rocin signifiant rosse en espagnol - ce qui est tout à fait adapté à l'allure décrépite du cheval. On peut aussi évoquer des personnages tels qu'Astérix, faisant référence au terme "astérisque" qui renverrait à l'énergie du petit Gaullois toujours en mouvement.

Je vous remercie d'avance et vous souhaite à tous une bonne soirée

Cordialement,

MOLLA Jérémy
Pour moi Fabrice del Dongo évoque plus ou moins le mouvement , un peu diabolique
Et que dire de Marius le marseillais et Cosette ?
Bonsoir Léah,

Merci d'avoir répondu si vite.
Le cas de Cosette, personnage très prolixe, vaut aussi. Mais savez-vous comment s'appelle cette pratique qui consiste à donner un nom qui reflète les caractères du personnage à ce dernier ?

Cordialement,

MOLLA Jeremy
Désolée, j'ignore cela
(et…. le Marius de Hugo n'est pas marseillais 😉
Bonjour,

Merci quand même Léah.
En ce qui concerne Marius, pour ma part, je n'ai jamais dit qu'il était marseillais. Je n'ai même pas relevé la référence… :/

Cordialement,

MOLLA Jeremy
L'onomastique (du grec onoma : nom) est selon le Larousse la "branche de la lexicologie qui étudie l'origine des noms propres". Ce n'est pas le fait pour un auteur d'inventer des noms, mais c'est faire une analyse onomastique que de voir en "Astérix" la vivacité et le piquant du célèbre héros.

Est-ce le mot que tu cherchais ?

Il est très intéressant de constater que rares sont les noms de personnages qui sont choisis au hasard. Avec une connaissance suffisante du latin et du grec, on découvre des trésors…
Bonjour.

Ce n'est pas parce qu'Astérix est toujours en mouvement que Goscinny a choisi de l'appeler ainsi… D'ailleurs, un astérisque n'est qu'un signe typographique. En forme d'étoile, certes, mais pas spécialement en mouvement… Non, selon ses propres dires, plus prosaïquement, Goscinny voulait surtout un nom commençant par A pour être dans les premiers noms dans les listes d'albums par ordre alphabétique (Je n'ai pas dit Ordralfabétix !). Cela dit, Astérix au nom prédestiné est bien devenu une étoile de la bédé… Son gros copain Obélix, lui, a un nom bien en rapport avec son activité : à son retour de chez Cléopâtre, ne voulait-il pas tailler ses menhirs en forme d'obélisques ?

Ce fil est très intéressant. Je crois bien que je reviendrai !
Bonjour Jehan,

J'avoue ne pas avoir réalisé de recherches quant aux originies et aux raisons pour lesquelles Astérix s'appelle ainsi. Toutefois je trouvais intéressant que son nom ressemble étroitement à celui de l'astérisque que l'on voit dans certains textes. L'astérisque peut alors faire penser à un signe plein d'énergie. Toutefois, peut-être que je laisse mon imagination divaguer ?

Quoi qu'il en soit, je sais qu'il existe un terme pour parler de cette pratique littéraire. Je file faire une petite recherche dans mes anciens cours et vous en informe immédiatement !

Cordialement,

MOLLA Jeremy
Bonjour, Jérémie.

Pour nommer ses personnages, Goscinny a la plupart du temps une approche purement ludique, à partir d'un postulat de base : par exemple noms en -ix pour ses Gaulois, la plupart du temps dérivés de n'importe quel mot en -isque ou en -ique qui lui passait par la tête.

Outre Obélix, les seuls autres habitants du village gaulois dont le choix du nom ne me semble pas arbitraire sont Agecanonix, le doyen du village, qui affiche l'âge très canonique de quatre-vingt-treize ans, et le petit chien Idéfix, baptisé ainsi après avoir suivi avec obstination nos héros durant tout leur tour de Gaule dans l'espoir d'avoir un gros os à la fin !

Je n'ai toujours pas bien compris en quoi le signe * évoque particulièrement le mouvement et l'énergie. Car ce n'est même pas une étoile filante…

Dans la "grande" littérature, il n'y a peut-être pas autant d'arbitraire ludique (quoique !). Et il y a sûrement, c'est vrai, des recherches très intéressantes à faire.
Bonjour tout le monde,

Après quelques recherches qui se sont avérées fructueuses, je me suis rendu compte que ce que j'ai trouvé n'était pas tout à fait ce que j'imaginais.

Il s'agit de l'"onomastique", une science qui étudie l'origine, l'étymologie des noms propres, qu'il s'agisse d'un personnage, d'un lieu ou d'une personne morale.
A dire vrai, il me semblait que c'était simplement une pratique littéraire qui consistait à inventer un nom à partir de la personnalité (fictive) du personnage. On s'aperçoit alors que c'est quelque peu différent.

Toutefois, ce n'est pas totalement incongru d'en parler dans les oeuvres auxquelles j'ai fait référence ! En effet, René Goscinny ou Cervantes utilisent beaucoup ce que nous pourrions appeler la "création onomastique" puisqu'ils créent eux-mêmes le prénom (ou le nom), lui offrant ainsi une étymologie particulière et représentative du personnage.
Ainsi, on verra, par exemple, le personnage de Sancho de la panza - dans Don Quichotte - qui affiche une large bedaine et porte alors très bien son nom ("panza" signifiant "panse" en espagnol). J'énonçais également l'exemple du cheval Rocinantes mais on peut aussi relever celui de la "Dulcinea del Toboso" où on peut noter la ressemblance avec l'adjectif "dulce" qui signifie "douce".

Cette pratique est souvent utilisée par certains auteurs et créateurs de bandes dessinées ou oeuvres pour enfants. Inutile de rappeler sempiternellement Astérix et Obélix ou là, l'étymologie est quasi transparente pour certains personnages.

Je vous souhaite une bonne journée !

Cordialement,

MOLLA Jeremy
jeremy_molla a écrit :Bonjour tout le monde,

Après quelques recherches qui se sont avérées fructueuses, je me suis rendu compte que ce que j'ai trouvé n'était pas tout à fait ce que j'imaginais.

Il s'agit de l'"onomastique", une science qui étudie l'origine, l'étymologie des noms propres, qu'il s'agisse d'un personnage, d'un lieu ou d'une personne morale.
Oui, je l'ai écrit trois messages plus haut… 🙄 🙂
Bonjour Jeremy,
en ce qui concerne Asterix il s'agit tout simplement d'un calembour, en l'occurence fondé sur une paronomase Asterix/astérisque.
Pour le sens des noms propres c'est une pratique beaucoup plus large qui consiste pour le romancier à créer des noms qui soient pourvus d'un sens particulièrement fort et qui peuvent condenser tout le sens du texte (cf. Micromegas de Voltaire, héros d'un conte fondé sur le paradoxe et le renversement de perspectives): c'est ce que Barthes appelle "l'hypersémanticité". Cette pratique tend à conjurer l'arbitraire des signes pour créer un langage littéraire remotivé, que ce soit à visée ludique comme chez Voltaire (Micromegas, Candide, Pangloss) et dans les exemples que tu cites, ou à visée poétique comme chez Proust.
Si ce sujet t'intéresse je te conseille de lire le bel article de Roland Barthes "Proust et les noms" dans les Nouveaux essais critiques
Un autre exemple : Gulliver. Swift, à l'instar de Rabelais, était un grand créateur de mots et de langues imaginaires, avec des mots hybrides, des inversions de lettres… La partie "Gull" serait l'inversion de la racine germanique "lüg-"(mentir), le i central l'espagnol "y"(et), et la partie "ver" la racine latine ver- (vrai). Le sens "codé" de Gulliver serait donc "Mensonges et vérités"…
L'astérisque anglais semble d'avoir plus d'usages que sa sœur outre-Manche.
ASTERISK
dont plusieurs sont moins statiques que d'autres….
Cf. Astérisque.

Sans vouloir contredire Jehan, (qui prodigue des conditionnels de ses verbes prudemment) si on m'avait proposé d'examiner "Gulliver", j'aurais fait spontanément un rapprochement avec Gullible (=crédule, facile à duper) et le prénom Oliver (l'olivier a le rameau qui symbolise la paix).

Après recherche brève:
Gull (goéland) est d'origine celtique (Cf. gwylan en gallois).
Un deuxième sens, archaïque, de gull est (selon Collins) une personne facile à …..duper! <= Norse gul = jaune (la couleur d'un oiseau avant de pouvoir voler). Cet oiseau n'aurait pas encore de sens commun, pense-t-on.

Online etymological dictionary (2001) gives
Gulliver

Prénom masculin, de l'ancien français. goulafre "glouton," assez répandu, trouvé comme nom de famiille dans le Domesday Book (William Gulafra).
Charlie Chan est le détective dans les livres d'Earl Derr Biggers (1925-1932) Personnage chinois, sentencieux et sympathique, il est le héro de 49 films produits dans la période 1926-1949 ainsi qu'une bande dessinée!
Quelle origine de son nom? Allitération. Chan assez commun comme nom. Charlie occidentalise le personnage, le rendant plus approchable pour ses lecteurs américains. Charlie Chaplain tourne ses films les plus appréciés aussi de 1914 à 1949. Un clin d'œil?

Autre cas: selon Lucien Daudet, Proust cherchait dans le Gotha les beaux prénoms de quelques-uns de ses personnages.
Mais est-ce par hasard? Gilberte, Odette, Albertine.
Pour "Gulliver", je tiens à préciser que l'hypothèse n'est pas de moi, mais de Jacques Pons, qui en annexe des "Voyages" (collection Folio), a rédigé une "Note sur les procédés swiftiens de création linguistique", procédés variés et minutieusement analysés. Le tout est assorti d'un glossaire étymologique assez fourni des langues gullivériennes…

La signification "Crédule Olivier" me semble bien plate et beaucoup moins en rapport avec le sens de l'œuvre.
Et que Gulliver soit en sus un prénom réel n'infirme en rien l'hypothèse de Pons, tout à fait cohérente avec les procédés swiftiens de création linguistique. Swift fait ainsi d'une pierre deux coups : Gulliver = glouton… Un affamé de voyages… de voyages mensongers qui disent la vérité.
Et Lemuel?

Je serais bien crédule si je ne cherchais pas plus loin que Pons J et Pons E qui traduisent une œuvre dans une autre langue.
Les mots des langues gullivériennes (langues de Lilliput, de Laputa, etc) ainsi que les noms de personne et noms de lieux ne sont pas traduits dans le texte français. Cela n'interdit pas à un linguiste de les analyser en fin d'ouvrage. Ce sont souvent des sabirs ludiques à base d'anglais, de français, d'allemand, d'espagnol, de latin, voire de grec, avec des inversions de lettres, des consonnes de saupoudrage… ces langues étant souvent mélangées dans le même mot ou la même phrase. A propos de crédulité, crois-tu qu'il faille nécessairement être linguiste anglophone pour étudier valablement ces sabirs ?
Les Pons ont-ils aussi fait des recherches en sanskrit, tahitien, langue aboriginale d'australie? Il me semble que Swift en connaissait quelques bribes.
Ma seule intention en proposant une autre interprétation pour l'étymologie du nom Gulliver n'est point de reclamer de l'autenticité, mais pour que nos jeunes lecteurs ne se soumettent pas à une pensée unique.
Il est rare que tu m'écrives une réponse sans m'attribuer des attitudes et réflexions dont je ne suis pas l'auteur, je n'ai pas besoin que tu penses à ma place, merci.

George Sampson, Concise Cambridge History of English Litterature 3è Édition 1970
Toute discussion concernant les "sources" de Travels into Several Remote Nations of the World by Lemuel Gulliver est vaine. Ce qui est important pour un livre n'est pas d'où il vient, mais ce qu'il est.La source de l'immortalité de ce bouquin se trouve en Swift et uniquement en lui.
Pensée unique ? Pons ne prétend pas plus à l'authenticité que toi quant à l'interprétation des sabirs swiftiens. Ce ne sont, dit-il, que des hypothèses, ne prétendant pas "ouvrir toutes les portes".
Pour ma part, j'ai trouvé que l'hypothèse de Pons était plus cohérente que la tienne. J'ai bien le droit de le dire, il me semble. Nos jeunes lecteurs se feront leur opinion personnelle, je ne leur impose rien.
Dans quel sens faut-il comprendre SABIRS?
Ou est-ç'un mot technique, spécifiquement appliqué par les Pons en analysant Swift?