Faut-il se fier aux notes obtenues en licence de lettres modernes ?

La filière littéraire

31 réponses · Page 2 / 2

Je ne crois pas qu'on connaisse le sens du mot "concours" après quelques années d'études à la fac.
Peut-être. Tu as tout à fait le droit de ne pas être d'accord avec moi.
Qu'il me soit donc permis de déplorer l'ignorance du sens des mots et de la réalité, ainsi que l'inconséquence de ces "on" que tu mentionnes.
Je suis d'accord avec Artz. Il y a un pas entre la perception lointaine du concours que peuvent avoir les jeunes bacheliers et les jeunes étudiants ne passant pas par la voie de la prépa, et l'appréhension concrète de ce que représentent la préparation et le passage d'un concours.
Si je me fie à mon expérience, beaucoup d'étudiants ne saisissent pas trop comment fonctionnent (réellement) les études si on ne leur expose pas clairement les enjeux et les savoirs plus ou moins implicites. C'est d'autant plus vrai à une époque où le bac n'est plus, pour beaucoup, un repère, à l'instar de la licence (dans le domaine des lettres).
@ gabiana : Je ne crois pas que ça soit de l'inconséquence, ça repose seulement sur la bizarrerie du système français. Imaginons : vous êtes une bonne élève en philosophie en terminale L. Vous savez que c'est une filière bouchée, mais enfin, vous avez vraiment une passion pour la discipline et d'excellentes notes. Vous allez donc à la faculté de philosophie, parce que personne ne vous a parlé de la prépa, ou parce qu'on vous l'a déconseillée, parce que ça fait peur, parce que vous ne vous sentez pas légitime, parce qu'on ne vous a pas expliqué que derrière la prépa, il y avait la formation pour les épreuves de l'agrégation, et que derrière l'ENS, il y a des contrats doctoraux. Bref, vous allez à l'université Là, pendant trois ans vous tournez, mettons, entre 14 et 18. L'institution vous envoie donc des signes pour vous dire que ça marche. A ma connaissance, à l'université, personne ne vous parle de votre avenir (et je crois que c'est partiellement voulu : comment remplir un amphithéâtre en philosophie si on montre aux étudiants les statistiques ?), personne ne mentionne la différence avec les concours. D'ailleurs, ces concours, ils sont difficiles, mais vous avez de bonnes notes, donc en quoi cela serait-t-il différent ?

Bref, il me semble que pour connaître ce qu'est un concours, il n'y a que deux choix : soit, être dans une formation "honnête" (ou brutale, comme la prépa) ; soit, vous êtes d'un milieu social favorisé qui vous donne les codes de ces institutions. Si vous êtes optimiste, vous pouvez ajouter ce forum ou ses équivalents comme une troisième voie.

Je pense sincèrement que le système français, parce qu'il est extrêmement complexe, perd des gens. Et la différence entre un concours et un examen (une différence qui, à ma connaissance, n'existe quasiment pas dans les pays voisins), elle s'apprend, parfois à notre détriment.
@ gabiana : Je ne crois pas que ça soit de l'inconséquence, ça repose seulement sur la bizarrerie du système français…A ma connaissance, à l'université, personne ne vous parle de votre avenir
Je ne comprends pas pourquoi tu t'obstines à prendre le contre-pied de tout ce que je dis, Artz.
Je ne sais de quoi on parle à l'université. Mais on est censé y transmettre des connaissances.
Quant à notre avenir, s'il ne dépend pas uniquement de nous, mais de multiples contingences, il est quand même un peu notre affaire.
La plupart des lycéens ne vivent pas hors du monde, et les sources d'information sont légion.
A dix-sept ou dix-huit ans, il y a longtemps que l'on manie l'outil informatique.
On ne s'engage pas inconsidérément dans telle ou telle voie, sans s'être renseigné, et aujourd'hui, il est sûrement plus facile qu'autrefois d'obtenir des informations. Google est ton ami.
Pour savoir ce que représente tel concours par rapport à un examen, il suffit de savoir le nombre de places qu'il offre par rapport au nombre de candidats qui s'y présentent.
Si l'on aime la philosophie et qu'on veut l'enseigner dans le secondaire, ignore-t-on qu'elle ne se pratique qu'en classe de terminale, et que les postes offerts seront forcément moins nombreux qu'en mathématiques ?
Si un étudiant n'est pas à même de savoir faire ça, c'est triste. On peut bien sûr se tromper.
Quant à savoir si c'est la faute du système éducatif français, on peut en discuter. Il est certain que distribuer des bacs avec mention à tour de bras peut s'avérer trompeur.
Si l'on aime la philosophie et qu'on veut l'enseigner dans le secondaire, ignore-t-on qu'elle ne se pratique qu'en classe de terminale, et que les postes offerts seront forcément moins nombreux qu'en mathématiques ?
Si un étudiant n'est pas à même de savoir faire ça, c'est triste. On peut bien sûr se tromper.
Si je peux me permettre, je connais un bon nombre d'étudiants plutôt sérieux et investis dans leur apprentissage qui se lancent dans des voies "bouchées"/difficiles sans avoir jamais été informés qu'elles l'étaient. Je rejoins l'avis d'Artz.
En ce qui me concerne, c'est uniquement depuis que je fréquente ce forum que j'ai une idée plus précise de quels sont les domaines littéraires "bouchés"/comment y accéder et espérer avoir un poste/sur quoi se joue la sélection.

Les sites sur l'orientation ne donnent qu'une vision floue des choses. Ils n'évoquent jamais le peu de débouchés de certaines filières, comme si c'était un peu un sujet tabou. Ou alors ils indiquent simplement :"Il n'y a pas beaucoup de postes", Sans forcément préciser comment faire pour trouver un poste : quels concours passer/taux de réussite/comment s'insérer dans la vie professionnel.
Pour avoir de vraies infos fiables, il faut chercher beaucoup ! Ne pas s'arrêter aux premières informations, et donc faire preuve de beaucoup de vigilance. Et en général, on fait preuve de beaucoup de vigilance quand on a déjà été informé que le domaine dans lequel on se lançait était compliqué/quand on a derrières soi des parents inquiets vis-à-vis de notre avenir (car à 18 ans, on n'est pas toujours très mature). Donc oui, le milieu social y est pour beaucoup, malheureusement. La plupart des personnes que je connais qui se projettent maître de conférence avec leur 13 en L1 d'anglais viennent d'un milieu modeste.
La plupart des personnes que je connais qui se projettent maître de conférence avec leur 13 en L1 d'anglais viennent d'un milieu modeste.
Parce que dans leur milieu modeste, on sait ce qu'est un maître de conférence ?
Parce qu'ils n'ont pas la possibilité d'aller sur le site de l'ONISEP pour en savoir un peu plus ?

Attention ! Nulle intention de ma part de nier l'importance du milieu social pour le choix de l'orientation, la réussite dans les études et l'entrée dans la vie active.
Je suis la première à reconnaître que l'ascenseur social fonctionne plus mal que jamais.
Dans mon milieu modeste, on ne savait pas ce qu'était le Latin, le lycée, et ne parlons pas des classes préparatoires, où je me suis inscrite en catastrophe et totalement par hasard. Je ne disposais pas non plus de télévision, ni d'ordinateur, à peine peut-être de maigres brochures, alors, les informations, pour être floues, elles étaient floues, sûrement plus qu'aujourd'hui. Mais je ne me comportais pas en assistée, je cherchais à savoir, et cela avant d'avoir 18 ans. Il vient un temps où, surtout si l'on vient d'un milieu modeste, la principale préoccupation est de savoir comment on va subvenir à ses besoins et cela au plus vite. Et je maintiens que c'est de l'inconséquence que de rejeter sans cesse la faute sur les autres.
Maintenant, il est évident que, mal guidé, mal conseillé, on peut faire des erreurs. Et je ne suis pas sans en avoir fait moi-même l'expérience. Il est humain de se tromper. Et les contingences de la vie ne nous aident pas toujours, comme je l'ai déjà dit. On ne fait pas toujours ce qu'on veut. On fait bien souvent seulement ce qu'on peut.
C'est pourquoi, je crois qu'il est très important d'explorer toutes les possibilités d'information dont nous pouvons profiter aujourd'hui plus qu'autrefois, en essayant bien sûr de trier et de faire la part des choses.
@ gabiana : Je ne m'acharne pas contre vous, je pense simplement que nous ne sommes pas d'accord. Et j'essaye de justifier mon point de vue. Rien de personnel et au contraire, je trouve que la richesse de ce forum tient à ce que les gens ne soient pas d'accord et puissent en parler. Si vous avez l'impression que je fais preuve d'agressivité ou d'acharnement, je vous prie de m'en excuser et de croire que c'est bien involontaire.

Bien sûr, toutes les informations se trouvent sur internet, mais il demeure qu'on ne comprend rien. Personnellement, quand j'ai cherché ce qu'était une prépa, ça m'a pris des mois à comprendre, et je n'avais pas la moindre idée de ce qu'était l'ENS avant d'arriver en hypokhâgne. Par ailleurs, quel khâgneux connait l'existence des allocations doctorales spécifiques ? Quel khâgneux connaît les critères de recrutements des maîtres de conf' en philosophie ? Moi, en tout cas, je n'étais pas ce khâgneux. Et pourtant, je suis fils d'agrégé, donc bien, bien ancré dans le système.

Et puis, les chiffres bruts, ça ne veut rien dire. Prenons l'ENS Ulm, 75 postes pour 1500 candidats. Bon, en réalité, ces 1500 candidats, ils ont déjà été sélectionnés sur les hypokhâgneux, eux-mêmes sélectionnés par dossier. Mais a contrario, combien de ces candidats sont sérieux ? Combien ont vraiment travaillé les six disciplines pour obtenir l'ENS, vont rester jusqu'au bout de toutes les épreuves, ont travaillé les oraux ? Je n'en sais rien : pas plus maintenant qu'avant.

Alors oui, chacun est libre de trouver tout ce qu'il cherche. Mais il faut pour cela savoir ce qu'on cherche, oser le chercher, comprendre le fonctionnement, et parfois, lire entre les lignes (parce qu'entre les discours officiels sur ce qu'il faut pour être maître de conf' et la réalité du machin). Et je me méfie comme la peste du terme "assisté", très connoté politiquement.
Je ne t'en veux pas bien sûr. Je me suis sans doute montrée simpliste.
Je lis au contraire avec intérêt ton message qui me permet de prendre conscience que les progrès technologiques sur quarante ans n'ont pas changé fondamentalement les problèmes d'orientation, et que trouver des détails précis concernant certains domaines demeure difficile si on n'a pas déjà un pied dans la maison.
Il ne faut pas sur-estimer les progrès technologiques dans ce domaine, et considérer l'orientation de manière organique, en lien avec le reste, bref, la remettre dans un cadre.
Quand je considère la majorité de mes étudiants de L2, lorsqu'ils sont sérieux (ce n'est pas forcément le cas, hum hum), je vois qu'ils sont préoccupés avant tout par leurs résultats semestriels (en les considérant globalement, puisqu'ils sont plutôt dans l'optique de restreindre la casse dans certaines matières, dont la mienne, plutôt que d'essayer d'aller plus loin). Quand bien même ils ont maintenant une UE de pré-professionnalisation (ou approchant cette idée), ils ne sont pas forcément bien au fait de leur orientation. D'ailleurs, les nouvelles maquettes que propose ma fac risquent d'offrir quelques désillusions aux étudiants : certaines voies (métiers du livre), certaines matières (ce qui concerne la littérature jeunesse par exemple), risquent d'en attirer pas mal, qui vont finir par revenir vers la voie de l'enseignement, par nécessité (parce que le reste sera bouché)…
Mais c'est sans doute la voie de l'enseignement-recherche, agrégation/doctorat, qui demande le plus d'explications, parce qu'il y a beaucoup d'implicite et de non-dit en général. J'ai fait quelques entrevues avec des étudiants de licence (dans le cadre de leur PPE - projet professionnel de l'étudiant) pour leur expliquer comment les choses fonctionnent, et ils ont trouvé cela intéressant, instructif (et sans doute un peu terrifiant).
Tout le monde ne vient pas sur ce genre de forum, et tous les étudiants n'ont pas la chance d'avoir une discussion directe pas trop courte (il faut un minimum de temps pour expliquer les subtilités de l'affaire) avec un enseignant… Enfin, pour revenir au début de mon propos, beaucoup d'étudiants n'arrivent pas à comprendre tout à fait ce qu'on attend d'eux durant l'année (en dépit même de propos très clairs), ou sont un peu trop distraits pour envisager complètement cela…
Par ailleurs, quel khâgneux connait l'existence des allocations doctorales spécifiques ?
Je n'ai jamais pensé au doctorat (pas une seule fois) quand j'étais en khâgne. Je pensais au concours de l'ENS et au fait d'avoir les meilleurs résultats possibles. Je n'ai commencé à réfléchir sérieusement à l'orientation que tardivement, ce qui ne m'a pas posé de problème parce que j'ai été, disons, repéré en master sans avoir eu besoin de forcer le destin. Mais si je pense aux cas similaires au mien, qui donneraient l'impression d'une orientation assez naturelle, un peu "sans y penser", je me dis que c'est bien sûr un luxe permis par des conditions favorables : la possibilité de faire une ou deux années de prépa agrég sans travailler à côté (donc venir d'un milieu social au moins un peu favorisé), le fait d'être dans une université où il n'y a pas une "concurrence" énorme (quand je pense à l'obtention d'un contrat doctoral, je me dis que ce doit être plus dur à Paris que dans une grande fac de province, non ?). Ainsi, évidemment, il faut penser à son orientation.
Je suis étudiante en L1 à Lyon 3, et je n'ai pas l'impression que l'on me cache les difficultés du concours qu'est l'agrégation. Parce que oui, à la fac (même si ce n'est que la fac apparemment ..) on nous parle de concours, de la difficulté et de l'investissement qu'il faut fournir. Bien sûr que nos professeurs nous encouragent. Pour ma part j'ai validé mon premier semestre avec presque 17 de moyenne et je ne pense pas obtenir l'agrégation avec les mêmes notes ni en claquant des doigts haha.. 😜
@ Ascagne : Je me demande si c'est plus facile d'avoir une bourse de thèse en province qu'à Paris… Je suppose que c'est plus facile de se faire repérer, mais il y a moins de bourses… Je crois que ce sont en réalité deux types de carrière : sur Paris, on ne peut quasiment pas avoir de postes ensuite, avant plusieurs années, donc on espère que le prestige de la Sorbonne pèsera pour trouver un poste ailleurs ; en province, il y a un effet de localité (on soutient les gens qui sont du coin, ce qui est légitime me semble-t-il). Bref, je n'ai pas grand chose à ajouter à ton propos, si ce n'est que je m'interroge !

@Winter69 : Que ça soit clair, nous n'étions pas en train d'attaquer la fac. Au contraire, nous avons également dit que la prépa était aveugle à ces interrogations. Le propos était au-delà de la question fac/prépa. Si on vous prépare à l'idée de l'agrégation, tant mieux ! Je pense qu'il faut se préparer, parce que c'est un petit peu violent, ce truc là… En tout cas, ça l'a été pour moi.