Blaise Pascal

Littérature

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J'avoue connaître moins Montaigne ; mais il est clair que l'humanisme de Rabelais n'a rien à voir avec l'humanisme de Pascal (que je considère comme un humaniste malgré tout). De même que l'humanisme de Rabelais n'est pas celui de More etc…
Ce qui m'intrigue chez Rabelais par exemple est cette foi dans le progrès… N'est-il pas ce qu'on appellera plus tard le positivisme ?
En tous les cas, je ne crois pas que Rabelais eût été positiviste au 19e siècle.
Je dis cela par caprice… temporel.
Rabelais est comme Montaigne un auteur particulièrement retors et complexe, je n'ai pas noté de "foi dans le progrès", mais cela fait longtemps que je l'ai lu, et cela a pu m'échapper.
Ce qui fait de Pascal un humaniste à mes yeux, c'est qu'il est moins janséniste qu'avocat des jansénistes, comme on pourrait dire avocat des pauvres. Saint Cyran ou Arnauld ne sont pas humanistes, mais leur avocat l'est.
Il y a des politicards qui disent aujourd'hui que la politique de la culture doit tendre au plurilinguisme. Mais c'est de l'arrivisme, donc de l'égoïsme, de la débrouillardise. L'humanisme réside plutôt dans la traduction qui fait cadeau d'une œuvre à ceux qui ne peuvent pas la lire dans l'original, ce qui suscite un mouvement général d'ouverture sur d'autres gens, vivant ou ayant vécu d'autre manière, en les intégrant à notre manière de vivre et de penser de manière à en faire des amis. C'est les relever d'un préjugé d'altérité qui comporte une condamnation a priori, ou, du moins une certaine distance irrémédiable.
Assez pertinent comme angle Putakli. Mais, tout de même, il ne faut pas omettre que si Pascal était l'avocat des jansénistes, c'est parce qu'il était animé de leur "pensée". C'était un avocat consentant, ce qui est, en effet, louable et rare pour un avocat (voire oxymorique…)
Cela me parait plus ingénieux que pertinent (comme définition générale de l'humanisme). A ce compte là Lucrèce traduisant Épicure est un humaniste, Cicéron donnant un aperçu des philosophes grecs est un humaniste, Plutarque est un humaniste, Voltaire vulgarisant les concepts des lumières est humaniste, les auteurs de manuels scolaires sont humanistes, tout le monde est humaniste, alléluia!
Et Lovecraft n'est pas humaniste. 🙂
Et puis, il y a des déshumanistes qui déshumanisent. Il faut voir comment, du bout des doigts, ils prennent un texte et prétendent le servir au consommateur, en n'en montrant que la croute, dont ils font valoir qu'elle est rissollée.
Pour faire rire, on peut dire que tout le monde est humaniste. Encore faudrait-il en excepter ceux qui ne le sont pas, les amateurs de calomnie, de dénigration, de dénonciation, et ceux qui les félicitent et les prolongent par des procès tonitruants et solennels, où se prononcent des excommunications qui les envoient en enfer au nom de la religion du jour, et puis ceux qui marchent avec eux, dans la hurle médiatique et le sacrifice des boucs émissaires.
Il y a une certaine trace d'humanisme dans le simple fait d'écrire et de publier, qui suffit à produire la rage des critiques.
Putakli a écrit :Il y a une certaine trace d'humanisme dans le simple fait d'écrire et de publier.
Oui, certains écrits sont humanistes, pas tous (pour grossièrement caricaturer, Mein Kampft n'est pas humaniste), tout dépend du contenu. Pour en revenir à Pascal, on peut voir en lui un certain humanisme, d'accord, mais pas d'Humanisme.
Pas mal : sauver par le symbolisme, ça me plait. Merci au nervalien ! 😀

Car j'allais ajouter concernant Pascal : il n'est pas Humaniste dans le sens où un Humaniste place l'homme au-dessus de tout, et Pascal met bien Dieu au-dessus, et l'homme, roseau pensant, en bas, ou à côté.
Après, il existe une question qui n'est pas à retirer : les grands humanistes, les plus grands, ne sont-ils pas ceux qui détestent les hommes ? Ne faut-il pas aussi se méfier du candide humaniste, optimiste dans l'âme ? Et l'humanisme est-il nécessairement optimiste ?
Certes, je développe une position qui respire la pensée chrétienne…
Mais qu'on me propose quelque chose de plus véritable et je ne lirais plus jamais de Pascal !
Il y a trop de malentendus.

Le premier désaccord porte sur Dieu.
Lecretius a écrit : "Tendre vers Dieu, est-ce s'approprier, au moins partiellement, les attributs divins comme la connaissance, la toute puissance, l'infini?"
Mais il ne s'agit pas de ce Dieu là; il s'agit de Jésus-Christ. La différence consiste à faire de l'homme la mesure de toute chose. Cette vision humanisée de Dieu n'est pas du tout celle d'un Dieu faible et vaincu. Au contraire, elle tient tête à la démesure et la bafoue dans l'esprit où Pascal écrit "S'il se vante, je l'abaisse; s'il s'abaisse, je le vante et le contredis toujours jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il est un monstre incompréhensible". On est après le Concile de Trente, et à une époque où les gens parlaient des patois qui suffisaient pour se comprendre verbalement dans le cadre d'un canton, un lien social plus étendu comme le religare de la religion reposait beaucoup sur l'image. L'académie des arts graphiques fondée par les Carrache, inspirée par le cardinal Paleotti, archévèque de Bologne, une grande voix du Concile de Trente, combattait le maniérisme pour sortir de la démesure et du grandiose et faire rentrer dans l'ordre la vision au sens propre et au sens figuré de vision du monde et de la vie. En France, ni le Concile de Trente, ni l'art n'avaient les mêmes résonances qu'en Italie où il y avait le Pape mais pas de roi puissant et absolu, mais il y avait des analogies.

Le deuxième désaccord porte sur l'humanisme.
Lucrétius a écrit: "La notion d' "humanisme" est précisément une invention scolaire destinée à servir de point de repère", puis précise en parlant d'étiquettes. L'humanisme serait, d'après lui une sorte de catalogue, de corpus, qu'il consent tout de même à caractériser : "Je définirais l'humanisme comme un mouvement de redécouverte des textes anciens."
Mais la différence entre l'humanisme et l'école des chartes, c'est qu'une charte n'est pas un homme, et que l'humanisme n'est pas du tout une redécouverte ni une relecture, mais une découverte et une ouverture. Il ne s'agit pas de textes oubliés ou mal compris mais de textes inconnus qui apportent une ouverture sur un monde civilisé et païen. La découverte humaniste n'est pas celle de textes, mais au-delà des textes la découverte d'une vie humaine épanouie dans des civilisations qui ne sont pas confinées en dévotion. Et si on veut absolument noyer Pascal dans le jansénisme, encore faut-il considérer que Port Royal différait de la Sorbonne par la nature de ses travaux. La Grammaire raisonnée, la Logique de Lancelot, les Petites Ecoles n'étaient pas tournés vers la spéculation métaphysique pointilleuse, mais vers l'efficacité scolaire.
Quand je dis que l'humanisme est au départ un mouvement de redécouverte des textes antiques, notamment grecs, je n'affirme pas non plus que le mouvement se limite à cela, même si je considère que c'est un des éléments premiers et constitutifs. Qu'il représente une certaine "ouverture" à des représentations autres que celles qui étaient véhiculées par les théologiens en place, c'est incontestable. J'ai parlé d'ailleurs des implications importantes de l'humanisme dans le domaine de l'éducation, par exemple. Tu as tronqué ma caractérisation, qui pourtant était déjà bien sommaire. L'humanisme d'après moi n'est pas une doctrine, comme l'Épicurisme. Les divers écrivains humanistes peuvent partager certains gestes, certaines valeurs, certains horizons culturels, mais ils n'ont pas formé une école avec un système de pensée défini et facilement identifiable. Je ne considère pas non plus l'humanisme comme une sorte de vertu atemporelle que partageraient les esprits ouverts, érudits, et soucieux de rendre accessible le savoir, quelle que soit l'époque, et quel que soit le contenu. L'humanisme est d'après moi un mouvement culturel historiquement daté, et dont le corpus est effectivement fermé, quoique déjà bien vaste, et loin d'être défriché. Le même genre de glissement de sens se produit avec le romantisme: c'est un mouvement culturel, qui n'a pas de doctrine facilement identifiable, mais qui concerne un moment important de l'histoire intellectuelle et artistique. Dans les deux cas, il y a le problème des cas-limites, qui engendre bien des discussions oiseuses. Le terme "romantisme" comme le terme "humanisme" sert ensuite à caractériser des attitudes plus diffuses, et sans référence à l'époque. Certains films sentimentaux sont qualifiés de "romantiques", certaines formes de galanterie, de révolte ou d'ambition, sont également caractérisés ainsi. Quant à l'humanisme, il désigne souvent de nos jours un genre d'amour de l'humanité, de son potentiel, et de l'ouverture aux cultures et à la connaissance. Trop souvent l' "humaniste" est une personne qui fait son préchi précha pour la culture et le progrès humain. On ne peut pas empêcher les termes d'évoluer ou de dévier. Mais dans une discussion qu'on voudra un peu précise, il me semble préférable de ne se référer qu'au sens premier, car sinon on perd l'objet même de la discussion. De la même façon, si on veut parler précisément de la gravitation, on ne va pas parler de "poids" comme on le ferait tous les jours, en le confondant avec la masse.
Mais sur le fait qu'il y ait des malentendus, je te rejoins entièrement Putakli, puisque nous ne nous accordons pas sur le sens du mot.
Dans le cas de Pascal je ne vois pas d'humanisme, ni dans le sens donné en histoire des mouvements culturels, ni dans la notion diffuse d'optimisme progressif plein de confiance dans la valeur humaine, qu'on peut se faire aujourd'hui. Je ne vois pas un Pascal en simple transmetteur de la doctrine janséniste, car il développe un mode de persuasion, un cheminement intellectuel qui n'appartient qu'à lui (contrairement par exemple à Lucrèce qui reprend tout l'argumentaire du maitre Épicure, et s'en démarque bien plus par une mise en forme poétique, que une innovation des concepts), et il me semble que de toutes façons ce rôle de transmission est insuffisant pour parler d'humanisme.