Blaise Pascal

Littérature

51 réponses · Page 2 / 3

Je ne vois rien qu'on puisse qualifier d'humaniste chez Pascal.
merci quand même
mais si vous avez d'autres réponses

Allez-y
Excuse moi, mais cette question me parait aussi absurde que : qu'est ce qui fait que Céline est romantique? Ou bien : qu'est ce qui fait que Breton est symboliste? Qu'est ce qui fait de Nietzsche un penseur des lumières? Etc.
Et pourquoi n'y aurait-il pas un humaniste en Pascal? Dépoussiérez-vous du carcan de vos certitudes scolaires, cherchez un peu par vous-même, remettez-vous en question, soyez autodidacte, osez sincèrement être le seul à penser ce que les autres réfutent, si c'est avec votre cœur… et cessez de vous écouter réciter votre savoir car on ne sait rien, laissez ces étiquettes, apprenez à lire et à vivre, vous en serez moins ridicule.
Je ne vois pas non plus en quoi Pascal serait un humaniste, dans l'acception littéraire et historique du terme. D'autant plus que le jansénisme est intrinsèquement pessimiste, l'homme étant inexorablement corrompu. L'humanisme vise à l'amélioration de l'homme, or le jansénisme explicite le fait que seule la grâce divine sauvera l'homme, et donc l'homme seul ne peut s'améliorer.
un passant a écrit :Et pourquoi n'y aurait-il pas un humaniste en Pascal? Dépoussiérez-vous du carcan de vos certitudes scolaires, cherchez un peu par vous-même, remettez-vous en question, soyez autodidacte, osez sincèrement être le seul à penser ce que les autres réfutent, si c'est avec votre cœur… et cessez de vous écouter réciter votre savoir car on ne sait rien, laissez ces étiquettes, apprenez à lire et à vivre, vous en serez moins ridicule.
La notion d' "humanisme" est précisément une invention scolaire destinée à servir de point de repère. C'est toi qui est ridicule de rechercher en elle ce qui n'est pas. Tu te moques des gens qui pensent par étiquette, mais ta question se borne à vouloir décoller une étiquette pour la recoller autre part, en nous demandant de te passer la colle. C'est cela qui est supposé nous sortir de nos carcans, et nous inciter à de grandes réflexions?
Peut être ma question te semble ridicule mais pourquoi prend tu le temps alors de me répondre… laisse faire les gens qui ont quelques choses qui pourrait m'aider.
Ma question n'est pas simple mais il me semble que c'est un humaniste seulement je ne sais pas comment l'expliquer. POURQUOI?
C'est sûrement un humaniste mais d'une façon particulière, pas comme ont l'apprend à l'école.
Pichoto a écrit :Peut être ma question te semble ridicule mais pourquoi prend tu le temps alors de me répondre… laisse faire les gens qui ont quelques choses qui pourrait m'aider.
Je n'empêche personne de s'exprimer; si quelqu'un me contredit, ce ne sera pas le première fois, et je n'y vois aucun mal. Si je prends la peine de te répondre, c'est que ta question me semble découler d'une erreur ou d'une confusion, que j'ai du mal à saisir, car tu as de la peine à exprimer ta pensée. Pointer l'erreur de départ, voire le ridicule, est une manière de répondre tout à fait sérieuse.
Mais il me semble que si tu essayais de dire dans quel sens tu emploies "humaniste", cela ferait peut être évoluer la question.
76man a écrit :seule la grâce divine sauvera l'homme, et donc l'homme seul ne peut s'améliorer.
C'est justement à l'homme de tendre vers Dieu, c'est la seule voie qui l'extraira de sa misère. C'est ce que dit Pascal et c'est en ce sens qu'on peut le qualifier d'humaniste, désespéré certes mais justement d'autant plus humaniste.
Donnons chacun les fruits de nos réflexions, Pichoto en fera le tri. Mais arrêtons de casser l'autre de façon systématique, c'était le sens de mon invective.
Merci pour ton intervention 76man, je vois qu'il y a des gens qui réfléchissent sur ce site.
Je laisse la colle et les étiquettes à ceux qui en ont tant besoin. Que seraient-ils sans elle?
C'est à l'homme de tendre vers Dieu, La formulation est ambigüe, et je ne pense pas qu'on en trouve de telles chez Pascal. Tendre vers Dieu, est-ce s'approprier, au moins partiellement, les attributs divins comme la connaissance, la toute puissance, l'infini? Il me parait au contraire que ce genre de confiance dans les possibilités humaines n'est pas présente chez Pascal. Témoin, la manière dont il oppose ceux qui croient savoir, et les sceptiques (comme Montaigne). Le scepticisme met en lumière l'incapacité de l'homme à connaitre par lui même. La seule position qui va transcender les positions opposées est celle du pari, ou de la foi. Mais ce pari ne constitue pas une connaissance à proprement parler. L'homme n'a pas le moyen par lui-même d'accéder à une connaissance des choses, et même une simple connaissance de soi. En donnant un salut exclusivement à l'homme, Pascal est le contraire même de l'humanisme. Et tendre vers Dieu, sera plutôt compris comme, se soumettre davantage à dieu, quoi qu'il soit caché, et non accessible à des raisonnements de savants.
un passant a écrit :
76man a écrit :seule la grâce divine sauvera l'homme, et donc l'homme seul ne peut s'améliorer.
C'est justement à l'homme de tendre vers Dieu, c'est la seule voie qui l'extraira de sa misère. C'est ce que dit Pascal et c'est en ce sens qu'on peut le qualifier d'humaniste, désespéré certes mais justement d'autant plus humaniste.
Ce qui me gêne ici, c'est que l'homme peut bien sûr tendre vers Dieu, mais la pensée janséniste à laquelle se rattache en grande partie le pascalisme voit dans la grâce divine non pas un objet accessible par dévotion ou volonté mais bien un don de Dieu. En ce sens, c'est Dieu qui choisit à qui il donnera sa grâce, sans considération aucune pour les efforts de l'homme, irréversiblement corrompu par le péché originel d'Adam. On aurait pu dire qu'il se serait agi d'un certain humanisme, très particulier, si l'homme pouvait obtenir la grâce par son action. Or l'homme n'a aucune prise sur le don divin, et donc ne pourra jamais s'améliorer par lui-même. Je rejoins donc Lucretius sur le fait que Pascal ne soit pas humaniste, tout bonnement parce que le jansénisme est une pensée terriblement pessimiste quand à la nature humaine depuis la chute pécheresse. Je vois bien l'aspect humaniste que vous pouvez trouver chez Pascal, mais je pense que c'est une erreur si l'on se réfère à l'Augustinius de Corneille Jansen, bible des jansénistes.
Il me semble, à la lecture des Pensées, que, si présent que soit le dogme janséniste de la prédestination, de la grâce ou de la disgrâce dispensée par Dieu aux hommes, de la misère de ces derniers, il me semble que Pascal va plus loin et donne au lecteur (qui se sent réellement apostrophé) une porte de sortie, une ouverture, comme si rien n'était absolument perdu. Cela suppose de rechercher cette grâce divine dont Jésus-Christ, homme, nous montre le chemin. Peut-on dire que Jésus n'était pas un humaniste? Dieu a placé l'homme au centre de la création, l'homme par sa chute s'est avili, Jésus vient annoncer l'Evangile qui peut sauver l'homme. Voilà l'humanisme que je perçois chez Pascal.
J'appelle ça du christianisme, mais on ne va pas se chamailler sur des étiquettes. Remarquons bien que l'humanisme et le christianisme ne sont pas incompatibles, mais cela ne signifie pas qu'il suffise d'être chrétien pour être humaniste.
Je te laisse le dernier mot Lucretius car il est évident que c'est uniquement ce que tu recherches, quelque soit le thème abordé sur ce site, quelque soit l'interlocuteur. Patience, tout se soigne, à condition parfois de faire le premier pas, si tu vois ce que je veux dire. Bon vent…
Pichoto a écrit:
Ma question n'est pas simple mais il me semble que c'est un humaniste seulement je ne sais pas comment l'expliquer. POURQUOI?
C'est sûrement un humaniste mais d'une façon particulière, pas comme ont l'apprend à l'école.
Je ne pense pas que qui que ce soit discute de ce que Montaigne soit un humaniste. Or Pascal est nourri de Montaigne et, en quelque sorte habité par sa pensée. Il se place dans son mouvement pour penser, et c'est à partir de cette position qu'il aborde la religion chrétienne de l'extérieur dans la perspective d'un jeu auquel on se prête ou pas comme quand on fait un pari.
Oui, c'est bien une manière d'être humaniste, une manière particulière qui n'est pas simple.
Je ne pense pas que qui que ce soit discute de ce que Montaigne soit un humaniste. Or Pascal est nourri de Montaigne et, en quelque sorte habité par sa pensée.
Détrompe-toi, c'est une question particulièrement discutée. Mais le raisonnement me semble curieux. Montaigne est lui même habité par Plutarque, qui est habité par Platon, qui est habité par Pythagore etc. Pascal est-il pythagoricien pour autant ? A quoi bon forger des points de repères, si c'est pour ensuite les ruiner en raison des diverses affiliations? L'affiliation ne signifie pas qu'on pense de la même manière, et Pascal, nourri par Montaigne, ne pense pas comme Montaigne.
Je ne sais pas répondre aux attaques de biais. Je crois pouvoir répondre sur Pascal à Pichoto comme je crois pouvoir répondre à Lucrétius sur Fred Vargas parce que le rayon qui relie Pichoto à Pascal, comme le rayon qui relie Lucrétius à Fred Vargas me paraissent accessibles. Mais je n'ai pas connaissance qu'un rayon quelconque relie Lucretius à Pascal ni Pichoto à Fred Vargas, et s'il y en a, je ne les vois pas.
Quant à la discutaille et au dernier mot, ce n'est pas mon affaire.
Le lien qui relie Pascal à Montaigne, n'est pas d'après moi, un lien d'égalité. Si on considère Montaigne comme humaniste (soit), et Pascal comme un grand lecteur de Montaigne (bien sûr), je ne pense pas qu'on puisse en déduire l'humanisme de Pascal, pas plus qu'on ne pourrait dire que Montaigne soit Plutarquiste, ou Plutarque platonicien, ou Platon pythagoricien.
Je définirais l'humanisme comme un mouvement de redécouverte des textes anciens. La base en est un intérêt savant, et les premières manifestations en sont des éditions et des commentaires. On édite beaucoup d'auteurs anciens, on traduit beaucoup d'auteurs grecs en latin. On tâche de revenir à un style correct, et on essaie d'avoir un rapport au savoir qui ne soit pas remâché par les compilations. Partant de bases apparemment modestes d'érudition, de traduction, et de réflexion linguistique, les humanistes en arrivent à remettre en question tout le système de pensée de l'époque, basée sur l'autorité de la scolastique. Il s'agit de rejeter les arguties verbeuses, pour remonter aux sources du savoir, quitte à les contredire parfois. Aristote jouit toujours d'une grande réputation, mais on se permet davantage de le contredire. Et surtout on ridiculise ceux qui le suivent aveuglément.
Les humanistes proposent donc une révolution de la connaissance, qui passe par une éducation totalement repensée. Ils distillent un certain doute sur les certitudes théologiques. Érasme va jusqu'à proposer une traduction à lui du nouveau testament.
Pour un humaniste, l'étude des belles lettres, et de l'élégance littéraire doit servir l'étude des textes religieux. Ils ne se voient pas comme des opposants de la foi. Mais les conservateurs les ressentent comme dangereux.
C'est cet ensemble, dont je n'ai pas dit tous les éléments, qui forme un mouvement d'après moi historiquement daté. Après la Réforme, les guerres de religions et Montaigne (car il y a déjà chez ce dernier une remise en question de certains fondements de l'humanisme), les problèmes ne se posent plus de la même manière. Les traductions du grec se font beaucoup moins. Les grandes éditions critiques et philologiques ne sont plus au premier plan intellectuel. Le rapport entretenu avec les penseurs anciens n'est plus le même. Qu'on compare justement la place des citations antiques chez Pascal ou Montaigne. Je ne pense pas qu'on puisse définir l'humanisme comme une doctrine précise sur l'homme, même si l'humanisme est sous-tendu par une certaine confiance dans les capacités humaines, comme en témoigne les réflexions profondes qui ont été faites sur l'éducation, et comme en témoigne aussi un certain refus de la dogmatique. C'est un mouvement culturel et intellectuel d'une grande importance. Si on le fait déborder hors de ses limites temporelles, on lui fait perdre toute sa spécificité.

Pour en revenir plus précisément Putakli, à la question du pari, tu dis que la pensée de Pascal se situe dans le mouvement de celle de Montaigne, et qu'elle considère la religion extérieurement. Je pense que tu as raison sur ce point, à savoir que Pascal prend en compte le doute, et on pourrait dire que le doute est son point de départ. Montaigne n'est pas appelé "humaniste" par Pascal, mais "pyrrhoniste". Au lieu de vouloir partir de la recherche de la certitude, comme Descartes, il part de la situation fondamentale de méconnaissance, pour mieux rétablir ensuite la révélation. Il oppose donc cette vérité cachée à l'idée que les savants se font de Dieu. Dans une logique de persuasion, on adopte provisoirement le point de vue contraire à la religion, pour affirmer que celui ci est compris et dépassé par celui de la révélation. La pensée de Pascal n'aurait pas pu être sans l'humanisme, mais elle s'en démarque très nettement, et construit autre chose.
76man a écrit :
un passant a écrit :
76man a écrit :seule la grâce divine sauvera l'homme, et donc l'homme seul ne peut s'améliorer.
C'est justement à l'homme de tendre vers Dieu, c'est la seule voie qui l'extraira de sa misère. C'est ce que dit Pascal et c'est en ce sens qu'on peut le qualifier d'humaniste, désespéré certes mais justement d'autant plus humaniste.
Ce qui me gêne ici, c'est que l'homme peut bien sûr tendre vers Dieu, mais la pensée janséniste à laquelle se rattache en grande partie le pascalisme voit dans la grâce divine non pas un objet accessible par dévotion ou volonté mais bien un don de Dieu. En ce sens, c'est Dieu qui choisit à qui il donnera sa grâce, sans considération aucune pour les efforts de l'homme, irréversiblement corrompu par le péché originel d'Adam. On aurait pu dire qu'il se serait agi d'un certain humanisme, très particulier, si l'homme pouvait obtenir la grâce par son action. Or l'homme n'a aucune prise sur le don divin, et donc ne pourra jamais s'améliorer par lui-même. Je rejoins donc Lucretius sur le fait que Pascal ne soit pas humaniste, tout bonnement parce que le jansénisme est une pensée terriblement pessimiste quand à la nature humaine depuis la chute pécheresse. Je vois bien l'aspect humaniste que vous pouvez trouver chez Pascal, mais je pense que c'est une erreur si l'on se réfère à l'Augustinius de Corneille Jansen, bible des jansénistes.
Intéressant. Mais ramener systématiquement Pascal au jansénisme est négliger considérablement son génie. A travers Dieu, Pascal s'intéresse à l'homme.
Son humanisme est pessimiste mais aussi mystique.
Jérémy a écrit :Intéressant. Mais ramener systématiquement Pascal au jansénisme est négliger considérablement son génie. A travers Dieu, Pascal s'intéresse à l'homme.
Son humanisme est pessimiste mais aussi mystique.
Je suis tout à fait d'accord avec vous. Mais Pascal écrit ses deux principales œuvres littéraires et philosophiques en partie en réponse à la persécution des jansénistes. Donc je pense, comme vous, que ramener Pascal à l'unique croyance janséniste est réducteur, mais il faut nécessairement prendre en compte la pensée de Port-Royal, au risque de passer à côté de nombreux éléments de sa pensée et de sa formation. Pour ce qui concerne l'humanisme de Pascal, je pense tout comme Lucretius qu'il s'inscrit dans une continuité mais que ce n'est pas pour autant qu'il est humaniste. D'ailleurs, je peux vous renvoyer au très bon ouvrage de Pierre Mari, Humanisme et Renaissance, qui déclare en conclusion que l'humanisme ne peut être appliqué qu'au "beau XVIe", soit la première partie du XVIe; pour lui, Montaigne n'appartient pas au mouvement humaniste mais "post-humaniste", qui n'est déjà plus la pensée des très grands humanistes.