La Fontaine, Les Compagnons d’Ulysse

Entraide scolaire

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je révise pour mon oral et suis tombé sur une question (déjà posée à l'orale) à laquelle je n'arrive vraiment pas à répondre…
La voici : "En quoi cette fable emprunte-t-elle des éléments au théâtre ?"
Ce serait vraiment gentil de m'aider 🙂


Les Compagnons d’Ulysse, après dix ans d’alarmes,
Erraient au gré du vent, de leur sort incertains.
Ils abordèrent un rivage
Où la fille du dieu du jour,
Circé, tenait alors sa Cour.
Elle leur fit prendre un breuvage
Délicieux, mais plein d’un funeste poison.
D’abord ils perdent la raison ;
Quelques moments après, leur corps et leur visage
Prennent l’air et les traits d’animaux différents.
Les voilà devenus Ours, Lions, Eléphants ;
Les uns sous une masse énorme,
Les autres sous une autre forme ;
Il s’en vit de petits, exemplum, ut talpa.
Le seul Ulysse en échappa.
Il sut se défier de la liqueur traîtresse.
Comme il joignait à la sagesse
La mine d’un Héros et le doux entretien,
Il fit tant que l’Enchanteresse
Prit un autre poison peu différent du sien.
Une Déesse dit tout ce qu’elle a dans l’âme :
Celle-ci déclara sa flamme.
Ulysse était trop fin pour ne pas profiter
D’une pareille conjoncture.
Il obtint qu’on rendrait à ces Grecs leur figure.
Mais la voudront-ils bien, dit la Nymphe, accepter ?
Allez le proposer de ce pas à la troupe.
Ulysse y court, et dit : L’empoisonneuse coupe
A son remède encore ; et je viens vous l’offrir :
Chers amis, voulez-vous hommes redevenir ?
On vous rend déjà la parole.
Le Lion dit, pensant rugir :
Je n’ai pas la tête si folle ;
Moi renoncer aux dons que je viens d’acquérir ?
J’ai griffe et dent, et mets en pièces qui m’attaque.
Je suis Roi : deviendrai-je un Citadin d’Ithaque ?
Tu me rendras peut-être encor simple Soldat :
Je ne veux point changer d’état.
Ulysse du Lion court à l’Ours : Eh ! mon frère,
Comme te voilà fait ! je t’ai vu si joli !
— Ah ! vraiment nous y voici,
Reprit l’Ours à sa manière.
Comme me voilà fait ? comme doit être un ours.
Qui t’a dit qu’une forme est plus belle qu’une autre ?
Est-ce à la tienne à juger de la nôtre ?
Je me rapporte aux yeux d’une Ourse mes amours.
Te déplais-je ? va-t’en, suis ta route et me laisse :
Je vis libre, content, sans nul soin qui me presse ;
Et te dis tout net et tout plat :
Je ne veux point changer d’état.
Le prince grec au Loup va proposer l’affaire ;
Il lui dit, au hasard d’un semblable refus :
Camarade, je suis confus
Qu’une jeune et belle Bergère
Conte aux échos les appétits gloutons
Qui t’ont fait manger ses moutons.
Autrefois on t’eût vu sauver sa bergerie :
Tu menais une honnête vie.
Quitte ces bois, et redevien,
Au lieu de loup, homme de bien.
— En est-il ? dit le Loup. Pour moi, je n’en vois guère.
Tu t’en viens me traiter de bête carnassière :
Toi qui parle, qu’es-tu ? N’auriez-vous pas sans moi
Mangé ces animaux que plaint tout le Village ?
Si j’étais Homme, par ta foi,
Aimerais-je moins le carnage ?
Pour un mot quelquefois vous vous étranglez tous :
Ne vous êtes-vous pas l’un a l’autre des Loups ?
Tout bien considéré, je te soutiens en somme
Que scélérat pour scélérat,
Il vaut mieux être un Loup qu’un Homme :
Je ne veux point changer d’état.
Ulysse fit à tous une même semonce,
Chacun d’eux fit même réponce,
Autant le grand que le petit.
La liberté, les bois, suivre leur appétit,
C’était leurs délices suprêmes :
Tous renonçaient au lôs des belles actions.
Ils croyaient s’affranchir suivants leurs passions,
Ils étaient esclaves d’eux-mêmes.
Prince, j’aurais voulu vous choisir un sujet
Où je pusse mêler le plaisant à l’utile :
C’était sans doute un beau projet
Si ce choix eût été facile.
Les compagnons d’Ulysse enfin se sont offerts.
Ils ont force pareils en ce bas Univers :
Gens à qui j’impose pour peine
Votre censure et votre haine.
J'ai peut-être deux petites idées et pas forcément très pertinentes (et surtout pas assez pour développer 10 minutes) : les didascalies sont remplacées "le lion pensant rugir"… +dialogue assez important

Si vous trouvez autre chose, merci de m'en faire part 🙂
Bonjour,
Il m'a été donné un sujet de commentaire sur le texte : "Les compagnons d'Ulysse" extrait de Fables XII de Jean DE LAFONTAINE.
J'aurais voulu savoir que mettre dans mon plan.
Merci d'avance pour vos réponses.
Bonjour,

Dans les strophes ci-dessous, où mettriez-vous les accents ? (s'il faut en mettre):

Dans les alexandrins suivants:
« Une Déesse dit tout ce qu'elle a dans l'âme »
« Il obtint qu'on rendrait à ces Grecs leur figure. »
« Délicieux, mais plein d'un funeste poison »

Et dans les octosyllabes suivants ?
« Où la fille du dieu du jour »
« Il fit tant que l'Enchanteresse »
« Celle-ci déclara sa flamme. »

Et lieriez-vous « sort » et « incertains » (sortincertains ?)
"devenus" et "ours" (devenuzours) ?

---

Je vous copie aussi le poème entier ci-dessous (j'ai mis les mètres entre parenthèses):

Les compagnons d'Ulysse, après dix ans d'alarmes,(12)
Erraient au gré du vent, de leur sort incertains. (12)
Ils abordèrent un rivage (8)
Où la fille du dieu du jour, (8)
Circé, tenait alors sa cour. (8)
Elle leur fit prendre un breuvage (8)
Délicieux, mais plein d'un funeste poison.(12 )
D'abord ils perdent la raison ;(8)
Quelques moments après, leur corps et leur visage(12)
Prennent l'air et les traits d'animaux différents : (12)
Les voilà devenus ours, lions, éléphants ;(12)
Les uns sous une masse énorme, (8)
Les autres sous une autre forme ; (8)
Le seul Ulysse en échappa. (8)
Il sut se défier de la liqueur traîtresse. (12)
Comme il joignait à la sagesse (8)
La mine d'un héros et le doux entretien, (12)
Il fit tant que l'Enchanteresse (8)
Prit un autre poison peu différent du sien.(12)
Une Déesse dit tout ce qu'elle a dans l'âme : (12)
Celle-ci déclara sa flamme. (8)
Ulysse était trop fin pour ne pas profiter (12)
D'une semblable conjoncture. (8)
Il obtint qu'on rendrait à ces Grecs leur figure. (12)
« Mais la voudront-ils bien, dit la Nymphe, accepter ? (12)
Allez le proposer de ce pas à la troupe ». (12)
Bonjour et bienvenue.

Je placerais les accents toniques ici :
"Une Déesse dit tout ce qu'elle a dans l'âme "
"Il obtint qu'on rendrait à ces Grecs leur figure."
" Délicieux, mais plein d'un funeste poison "

Mais tu auras peut-être d'autres avis…
Et lieriez-vous « sort » et « incertains » (sortincertains ?)
"devenus" et "ours" (devenuzours) ?
Les mots terminés par un t muet suivant un r ne se lient pas avec le t, mais avec le r :
Donc "sorincertains" et non sortincertains

Prononcer "devenu-ours" sans liaison.
J'ajouterais « funeste ». Aurais-je tort ? 🙂
Merci beaucoup Jehan !
J'ignorais la règle de la liaison des mots à lettres muettes.

Concernant la non-prononciation du "s" de ours, est-ce la même règle ?
Serait-il vraiment faux de lier "devenus" et "ours" en faisant sonner le s (z) ?

Pareil pour "lions" et "éléphants" ?

Bonne soirée 🙂

P.S: Claude Giroux, votre remarque paraît juste car le deuxième hémistiche de cet alexandrin semble régulier: "d'un funESte poiSON" !
Oui, Claude Giroux a raison, on peut rajouter un accent secondaire sur "funeste"

Je ne ferais pas de liaison entre un participe passé au pluriel et l'attribut qui le suit.
devenus / ours

Impossible de lier les s de "lions" (avant virgule) ou de "éléphants" (avant point-virgule).
Oui, mais en ne liant pas "devenus" et "ours", on crée un hiatus (ou alors faut-il attaquer le "ou" de "ours" sèchement ?)
Est-ce qu'il y a une règle dans ces cas-là ? (sur le fait notamment qu'on ne lie pas un participe passé ?)

Par ailleurs, j'ai cru apprendre (mais je n'en suis pas sûre) qu'il fallait lier les mots en poésie, malgré la présence de virgules. J'aimerais bien savoir s'il y a une règle de ce qui est "orthodoxe" en la matière…

Merci beaucoup !
C'est vrai que l'hiatus était proscrit en principe, comme l'indique la grammaire Riegel.
La poésie classique le permettait cependant (règle passablement artificielle) lorsqu'il était masqué pour l'œil par un h aspiré ou une lettre muette :
On trouve ainsi chez Racine "Troie ardente" et "à haïr", chez Boileau "trop hâtée" et "en chemin heurtée".
Mais, chose illogique, un hiatus intérieur, au milieu d'un mot, était pourtant parfaitement admis.
Je pense donc qu'attaquer sèchement "ours" est une diction très acceptable.

Je n'ai pas trouvé trace de la règle selon laquelle en poésie l'on devrait lier des mots séparés par une virgule. Même en poésie, toutes les liaisons ne sont pas licites…
Merci !
Cette grammaire Riegel dont vous parlez a l'air intéressante.
Bonne soirée 🙂
Oui, tout à fait. Elle est très complète.
Mais attention, seules les éditions les plus récentes (la mienne est celle de 2009) incluent un chapitre consacré à la versification.
J'avais cru apprendre qu'en poésie, il fallait lier les mots, même ceux séparés par des virgules. Mais cela ne semble pas s'appliquer de façon aussi systématique.

Par exemple:
Les voilà devenus ours, lions, éléphants > les voilà devenus-z-ours, lions-z-éléphants ?

Y a-t-il des règles de ce qui est orthodoxe en la matière ?

Merci !