Jules Barbey d’Aurevilly

Littérature

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Quels sont les auteurs, ses contemporains, qui partage ce premier plan? Et au deuxième plan, vous reléguez qui?

quels sont les critères objectifs de jugement critique qui permet à un auteur d'accéder "au premier plan"?

Le Rideau Crimoisé.
Pensées ad hoc, largement à partir de ma culture générale:
7 cordes de ma lyre: Orphée est réputé d'avoir porté la lyre de 5 à 7 cordes. Il est musicien et….poète. S'attribuer ces 7 cordes est aussi s'attribuer des dons de poète.
Ce niais de Goethe. Ce n'est pas en vilipendiant un autre auteur que l'on gagne en distinction soi-même.
Imiter le Maréchal de Saxe. Hors sa prouesse militaire, il avait innombrables maîtresses.
Mes plaisirs de mauvais sujet: un de ses innombrables euphémismes.
Pour qui est obligé comme je l'étais alors, d'y demeurer. C'était certainement la pire garnison où le hasard - que je crois le diable toujours, à ce moment-là ministre de la guerre - pût m'envoyer pour mon début. Tonnerre de Dieu! quelle platitude! Je ne me souviens pas d'avoir fait nulle part, depuis, de plus maussade et de plus ennuyeux séjour. Snobisme parisien.
Uniforme/ville/appartement/ennui : que des longueurs.
Lovelace de fatuité: référence à un personnage de "Les Mémoires du Diable" de Frédéric Soulié, 1838. (L'action du Rideau a lieu aux alentours de 1815+35 =1850. JBd'A écrit en 1874.
Tous ces hyperboles pour la main d'Albertine (Alberte). Qu'est-ce que peut générer une bise?
Infante Espagneule de Velasquez. Portraits..
Parquet point d'Hongrie. https://web.archive.org/web/*/https://www.parquet-beaudry.be/pages/g/ag1.htm
Elle n'avait rien de ces peurs vulgaires et osées: expression libertine et euphamistique pour 'conforme aux coutumes de la bonne société'!
Alberte se livre au Vicomte: rien de femme sur piédestal dans cela.
enlevée par les lèvres qui pénétraient les siennes en contradiction avec Et moi qui essayais d'être aussi impénétrable qu'elle, ?
Sept Dormants -7-
Fuir tout Chamboran. Phrase reprise en Un Dinêr chez les Athées.
Hussard.
Quand elle venait ainsi, ma première caresse, mon premier mouvement d'amour était pour ses pieds. Féthischiste?
On ne pouvait pas cacher la mort; mais le déshonneur, prouvé par le cadavre chez moi, n'y avait-il pas moyen de le cacher?… Question hyper morale. 😜
et on est toujours sentimental à dix-sept ans. Est-ce une raison pour laquelle les garçons de 17ans apprécient cette histoire?

Les interruptions du narrateur dans le conte me semble assez irritantes. Le récit du Vicomte n'avait guère besoin d'un encadrement assez lourd de légerté!

Récit assez gothique d'ailleurs. Mais ma réaction hésite entre l'amusement et le dédain.
Quels sont les auteurs, ses contemporains, qui partage ce premier plan? Et au deuxième plan, vous reléguez qui?

quels sont les critères objectifs de jugement critique qui permet à un auteur d'accéder "au premier plan"?
Les auteurs de l'époque qui trouvent que Barbey est un auteur de premier plan sont ni plus ni moins Baudelaire, Huysmans, Péladan, Bloy, Verlaine, Rémy de Goncourt, lorrain, Maupassant, Proust…

Ceux qui le mettent en second plan sont Hugo, Flaubert, Zola. Mais leurs critères renferment souvent une contre-critique souvent mal fondée et en dehors du texte (Zola critique que Barbey ait retiré son oeuvre, Les Diaboliques, pour satisfaire la censure ; Flaubert voit en lui un concurrent et un ennemi de "pays", Hugo n'a pas apprécié les critiques de ce dernier à son égard et répond viscéralement par le sobriquet : "Barbey d'or vieilli"…)

Pour répondre à la dernière question, je donne deux définitions à l'écrivain.

Il y a celui qui écrit comme il lit : il se met dans la tête du lecteur.

Il y a celui qui écrit en ayant ce recul : il se moque de l'esthétique de la réception. Jusqu'au bout.

A partir de là, j'ai noté que la seconde posture nourrissait la définition du grand écrivain : celui dont les oeuvres offrent plusieurs lectures. Barbey répond non seulement à cette posture mais il répond aussi à la définition balzacienne du grand écrivain : celui qui mêle l'image à l'idée et l'idée dans l'image, et la "seconde vue" qui permet de "voir" avant les autres.
Enfin, peut-être le grand écrivain est celui dont l'oeuvre peut se lire à voix haute. Poésie signifie création, après tout ; Et de style oral, il n'y a peu dans ses récits toujours appliqués.
Péladan, Bloy, Verlaine, Rémy de Goncourt, Lorrain
, sont-ils aussi de premier plan? Que vaut leur jugement?

Par contre Zola, Hugo, Flaubert…. On a vu beaucoup d'avances et modernité grâce à leurs écrits.

Pour information (car j'ai vu utiliser le mot trois fois récemment dans des contextes divers) Péladan, Bloy, Verlaine, Rémy de Goncourt, lorrain
https://www.cnrtl.fr/definition/visc%C3%A9ralement
https://www.cnrtl.fr/definition/viscère
On peut aussi discuter des oeuvres de Hugo ou de Zola (deux écrivains que je trouve surestimés ; Flaubert par exemple ne trouvait rien de génial dans Les Misérables : a-t-il la légitimité nécessaire pour en parler cette fois ? Est-il de premier plan pour pouvoir critiquer qu'une telle oeuvre ne mérite pas d'être au premier plan ?)

Un écrivain n'est pas un critique littéraire.
Un critique littéraire n'est pas un écrivain.

Pour les critères littéraires, je crois avoir dit ce que j'en pensais au-dessus.

Merci pour la remarque avec Viscéralement qui est un joli mot 😀
Jérémy a écrit :Un écrivain n'est pas un critique littéraire.
Un critique littéraire n'est pas un écrivain.
Très juste. 🙂
N'empêche que beaucoup d'écrivains au XIX[sup]ème[/sup] furent aussi journalistes, voire critiques artistiques.
[lien invalide]
https://www.cahiers-naturalistes.com/pages/chrono.html Zola 1866.
Puis JBd'A!! 26 vols de critique littéraire. donc peut-être pas écrivain? 😜
Bonjour à tous,

Trouvé dans Littérature française, Larousse (oui, ça date… (1949…)), tome second, page 352 :
[…]
Alors on aima ses romans, [de Barbey] « où les évènements, disait-il lui-même, sont aussi étonnants que les personnes » : des aventures inouïes, des histoires « diaboliques », des voluptés « torréfiantes », des passions « électriques », subites comme l'éclair, et plus fortes toujours que la mort ; des voluptés effroyables, d'extraordinaires prouesses physiques ; des conspirations gigantesques, des duels effarants, des funérailles inouïes, — des fous sublimes, des réprouvés formidables, des femmes qui sont des démons sensuels ou des anges de pureté, des prêtres apostats, de sombres athées, des mendiants tragiques, des sorcières…, tout un cortège de visions « frénétiques » et de « gueulades lyriques », dont, dès le lendemain de 1830, une partie du public français s'était lassé. C'est sur ce ton, et avec ce style que Flaubert [c'est moi qui souligne] débuta ; ses essais de jeunesse ont bien de la ressemblance avec les œuvres de la maturité de Barbey d'Aurevilly. […]
Recopié avec mon index, comme ça, juste pour lecture…

Muriel
Muriel H. a écrit :C'est sur ce ton, et avec ce style que Flaubert [c'est moi qui souligne] débuta ; ses essais de jeunesse ont bien de la ressemblance avec les œuvres de la maturité de Barbey d'Aurevilly. […]
Merci pour cet aperçu, Muriel. Heureusement, flaubert a su progresser!

Pour ce qui concerne Octave Mirbeau sur les deux auteurshttps://www.scribd.com/doc/2315232/Octave-Mirbeau-Barbey-dAurevilly-1882 1882.
Je dois maintenant lire Une Histoire sans Nom. :/
@JSC
J'aime bien débattre avec toi !

Il existe des critiques littéraires qui ont été écrivains bien sûr : Huysmans, Baudelaire, ce qui les rend d'autant plus "forts" car cela demande un recul par rapport à la réception et au support artistique.
Reste à savoir si lorsqu'ils critiquent ces oeuvres, ces écrivains le font avec leur regard de critique, ou avec leur regard artistique. Je considère comme Baudelaire qu'un artiste remplit tjrs une dualité.
Par contre Zola, Hugo, Flaubert…. On a vu beaucoup d'avances et modernité grâce à leurs écrits.
Depuis quand la modernité serait-elle un critère artistique de premier plan ? 😀
Le dédain pour répondre à celui de l'auteur… Si cela ne tient pas de la pose…

Je ne vois pas en quoi les jugements de Flaubert, Zola et Hugo, dont je ne remets pas en cause le talent, mais dont la prééminence s'est peut-être décidée sur un consensus démocratique, selon l'orientation idéologique et les postulations littéraires des intellectuels, comme c'est souvent le cas, prévaudraient sur ceux de Rémy de Gourmont, Bloy ou Huysmans. Si ces noms laissent sceptiques, il y a certes Proust et Baudelaire. Mais quel besoin de ces grands noms? Qui ne voit pas qu'il existe un courant sous-terrain de la littérature, refusant le matérialisme (et donc le naturalisme), un courant volontiers chrétien et fort peu humaniste (ajoutons Villiers de L'Isle Adam pour brosser le panorama de l'époque)? Il était fatal que des gens comme Zola ou Hugo n'apprécient pas et tentent de lui faire rentrer la tête dans les épaules. ça ne tient pas qu'à une question de qualité littéraire. A partir de là, les opinions des uns et des autres…

En revanche, il est parfaitement concevable que le mépris et l'affectation permanente de Barbey d'Aurevilly puissent agacer. La littérature véhicule parfois des poses - tu as eu raison JSC d'écrire qu'elles ne confirment pas le génie -, celle de Barbey d'Aurevilly manque à cet égard de discrétion. Oui, la pique adressée à Goethe n'est pas justifiée et elle est d'un goût brutal, mais pourquoi en tenir grief à l'auteur? Céline s'est moqué de Goethe aussi… et alors? Le narrateur est un personnage de l'histoire, on n'est pas obligé d'être d'accord avec ses jugements péremptoires d'ancien soldat - ni même de les relever. Quel intérêt d'ailleurs? Ce n'est pas la critique de Goethe qui rend Barbey d'Aurevilly si précieux. Par contre, ce genre d'éléments indiquent une ambiance, un milieu social, participent d'un portrait moral.

Je ne suis pas un inconditionnel, mais le rideau cramoisi m'a troublé, et je n'ai pas 17 ans. La femme est mise sur un piédestal à cause de son audace (la main sous la table): c'est elle qui domine le jeu de séduction. Elle décide, il suit. La virilité lui appartient. Son silence obstiné est censé frapper les esprits. Elle cache tout, ne dévoile rien. Il n'y a pas eu de dialogues préalables dans cet amour à la dérobée. Elle est muette. Il n'y a pas d'explication décisive au terme de la nouvelle. Le lecteur reste sur sa faim mais s'en trouve paradoxalement satisfait: la nature humaine n'est pas mise à nu, elle est évoquée sans excès de psychologie, sans tenter de donner un sens à tout, de tout expliquer. Le monde reste plein de mystères, d'énigmes. Voilà en quoi il s'oppose au naturalisme.
Jérémy a écrit :Depuis quand la modernité serait-elle un critère artistique de premier plan ? 😀
Philosophiquement parlant, la modernité est avant tout le projet d’imposer la raison comme norme transcendantale à la société.
Baudelaire a affirmé : "La modernité, c'est le fugitif, le transitoire, le contingent, la moitié de l'art, dont l'autre moitié est l'éternel et l'immuable." Le Peintre de la vie moderne,
Sans modernisme, tout stagne.
Il me semble aller de soi que l'on ne peu guère évaluer l'art contemporain sans prendre en compte….la modernité!
Alph a écrit :Le dédain pour répondre à celui de l'auteur… Si cela ne tient pas de la pose…
Le mot est peut-être maladroit. Je ne trouvais pas la bonne expression pour exprimer ma réaction "bof" après lecture de ce charmant récit. "Charmant"? P^robalement dans l'absolu, mais moi, je ne fut pas charmé. Élégant? Oui; comme les conversations souvent creuses de la "bonne société" à la fin du siècle, où tous les empires furent en train de se dissoudre, tout en parlant élégamment dans les salons de bonnes femmes.
Céline s'est moqué de Goethe aussi… et alors?
C'est censé à me faire aimer davantage cet esprit noir?
Le narrateur est un personnage de l'histoire,
Dans les deux cas (Voyage de Céline et le Rideau de JBd'A, le personnage est aussi l'auteur. Quand Hitchcock se met en scène, c'est d'une très grande discrétion.
….. ce genre d'éléments indiquent une ambiance, un milieu social, participent d'un portrait moral.
Peux-tu approfondir?
Je ne suis pas un inconditionnel, mais le rideau cramoisi m'a troublé, et je n'ai pas 17 ans. La femme est mise sur un piédestal à cause de son audace (la main sous la table): c'est elle qui domine le jeu de séduction. Elle décide, il suit.
Je ne crois pas que nous avons la même compréhension du concept piédéstalistique. La femme dans un certain genre de littérature, surtout du XIX[sup]ème[/sup] (Pré-raphaelite, par exemple) est considérée comme un objet de désir, non pas un corps à prendre. On l'admire de loin, comme on admirait une statue…sur piédéstal. Son hauteur lui donne une ascendance sur le mâle, son irreprochabilité une source de frustration. (Voir Vénus en fourures). Quand les deux se rencontrent, les étreintes amoureuses dans les règles de l'Art ne seraien pas à exposer dans les romans 'corrects'.
L'indécence de JBd'A est presque pornographique (et en effet attira l'ire du censeur de l'époque.)
Son silence obstiné est censé frapper les esprits. Elle cache tout, ne dévoile rien. Il n'y a pas eu de dialogues préalables dans cet amour à la dérobée. Elle est muette.
Un soldat, même cultivé, ne sait pas forcément s'exprimer, ni een parlant, ni en écrivant (voir par exemple lma lettre du Colonel).
Albertine ne peut pas parler devant ses parents. "Les enfants sont à regarder non pas à entendre parler".
{Alberte, féminisation d'Albert, est d'ailleurs une façon pour l'auteur de suggérer un désir homosexuel.}
Il me semble pas juste de parler d'amour quand il s'agit plutôt pour le Vicomte d'une première attraction. Il dit lui-même qu'il a connu l'amour par la suite, mais ne traite nullement ALberte comme "aimée".

En terminant, je voulais féliciter la qualité de ton post.
Barbey d'Aurevilly a écrit :Le calme était déjà revenu dans ce dandy, le plus carré et le plus majestueux des dandys, lesquels - vous le savez! - méprisent toute émotion, comme inférieure, et ne croient pas, comme ce niais de Goethe, que l'étonnement puisse jamais être une position honorable pour l'esprit humain.
Alph a écrit :Oui, la pique adressée à Goethe n'est pas justifiée et elle est d'un goût brutal, mais pourquoi en tenir grief à l'auteur?
Barbey d'Aurevilly développe ou plutôt rappelle ici un principe du dandysme, et par consequent, cette "pique" est tout à fait justifiée.
1 - A la lecture du poème cité par JSC, que je ne connaissais pas et que je trouve effectivement médiocre, sinon pîre, j'ai trouvé un intérêt qui fait écho à une autre expérience. En rapprochant la genèse de Carmen de celle de Hauteclaire, j'ai pensé à cette très longue gestation, à travers des essais successifs, en faisant varier les éclairages, les entourages, avec des passages d'un auteur à l'autre, parfois dans un autre genre ou un autre art, qui aboutissent, à force de persévérance à produire un mythe qui s'impose.
C'est aller à contresens de ce qu'on fait habituellement en remontant dans le passé pour aller y chercher les mythes comme dans le beau livre sur les mythes litéraires coordonné par Pierre Brunel. Mais la volonté créatrice vise à installer en l'air un mythe qui n'existe pas et qu'on mûrit jusqu'à ce qu'il puisse paraître au jour, avec l'espoir qu'un jour il saisisse tout le monde et se mette à rayonner. C'est un long travail souterrain.
Le mythe peut être posé par une phrase du Bonheur dans le crime: "Chez Hauteclaire, c'est surtout l'animal qui est superbe." Pour mettre en oeuvre cette idée-là et la faire passer, il s'agit avant tout d'écarter tout le reste. Comme dans le Rideau cramoisi que je trouve moins réussi, la même idée est présentée dans un autre cadre, mais on y retrouve, par exemple, le mutisme.
J'écarte donc tout ce qu'on peut lire sur la biographie, sur les attaches politiques ou sociales, ou sur ce qui a été écrit dans des travaux alimentaires, parce que ce qui m'intéresse le plus c'est de voir l'artiste à l'oeuvre. Comment fait-il ? Je crois qu'à ce moment là; Barbey d'Aurevilly se fiche complètement de la grammaire, du style, et même qu'il se laisse parfois aller à la préciosité par facilité, car ce n'est pas du tout de cela qu'il s'agit. Il s'agit de mise en scène. C'est là qu'il et à son fait, fait très attention et devient vertigineux.Son mythe n'est fait que de réflexions sur des miroirs qui nous le renvoient.

2 - Pour le reste je dirai seulement qu'il ne faut pas confondre une oeuvre d'art avec une copie de bachot ni une réaction d'auteur avec une correction de professeur.
a - Les propos qui ont été retenus comme des jugements sur l'oeuvre littéraire de Barbey d'Aurevilly sont en partie des réactions d'auteurs dont les oeuvres avaient été ciritiquées dans les journaux par le critique Barbey d'Aurevilly. Quand un auteur, dont une oeuvre est en vente, a une mauvaise critique, il est parfois mécontent.
b - Dans un premier stade, une oeuvre d'art ne se note pas, ne se classe pas, et il est même dans l'ordre des choses qu'elle choque et hérisse la plupart des gens. Elle n'est pas faite pour expliquer, mais pour inspirer, comme dans une course de relais. C'est seulement plus tard que la vulgarisation va se produire, mais généralement sur des malentendus. Et alors, on n'est plus dans la création, on est dans l'explication. C'est une autre chaîne de communication. La plupart du temps les deux mondes ne communiquent pas.
Merci, et aussi pour m'avoir appris quelque chose à propos du piédestal.

Ma remarque à propos de Céline ne visait ni à te faire aimer Barbey d'Aurevilly, ni même à amortir sa méchanceté au moyen d'un parallèle douteux avec les pratiques des autres. D'autant que je ne sais pas ce que tu penses de Céline. Mais enfin, ce dernier est généralement considéré comme un géant, et ses contradicteurs ne lui font pas un crime d'une remarque désobligeante.

La confusion entre narrateur et auteur est ici sans gravité; on a tous compris que Barbey mettait dans la bouche de son personnage ses propres opinions. Je pense comme toi, et je l'ai dit: Barbey manque de discrétion (mais en même temps, n'est-ce pas le fait de ne pas partager un même socle de valeurs qui nous rend si voyantes ses opinions?).

Sans même parler de Hitchcock, on peut penser à Flaubert. "C'est un homme à pensées rares": Barbey, avec ses gros sabots, n'aurait-il pas eu la finesse d'apercevoir la délicatesse et la discrétion de Flaubert? Il est permis de le croire, mais Barbey ne fait pas que se donner en spectacle (c'est là sa superficialité de dandy, non l'essence de son œuvre, qui est justement de creuser en douce les apparences).

Le personnage du rideau cramoisi est à l'image de ceux qu'affectionnent Barbey d'Aurevilly. S'il est question de baronne et de vicomte, de jeu de whist et de causeries brillantes, les anciens militaires ne manquent pas non plus à l'appel. Et leurs mœurs ne sont pas celles de Werther. Dans ma naïveté adolescente, je pensais Werther à l'image de tous les jeunes hommes cultivés du siècle. Or Les Diaboliques montrent qu'il n'en est rien. Le milieu dans lequel évolue le vicomte est moqueur, narquois, hostile à l'épanchement sentimental; on sait donc dès le début qu'il ne faut pas s'attendre à entendre conter fleurette. Un peu plus loin, dans le dîner d'athées, il est dit que des hommes attablés, dans l'absence de femmes pour calmer les débats, se livrent à des discussions de vieux soudards, grossières et tapageuses. Tu vois comme les réflexions péjoratives à propos de Goethe et de sa "niaiserie" prennent sens dans l'esthétique générale de l'œuvre. Il faut ajouter, comme le fait Roger de Beauvoir, que les dandys répugnent à l'abandon sentimental. Je ne partage pas ses opinions, mais je prends note de leur existence; Barbey représente un type d'écrivain qui est comme l'envers de Goethe.
Je suis content de vous lire, c'est vraiment intéressant.
Concernant la modernité, la définition que tu donnes varie de celle de Baudelaire à mon avis qui lui aussi n'hésitait pas à concilier le classicisme (les règles du sonnet) avec une nouveauté de ton.
Le paradoxe de la modernité est de vouloir faire de l'original à tout prix ; or, entre l'original et l'originel, il n'y a qu'un pas.
Roger de Beauvoir a écrit :Barbey d'Aurevilly développe ou plutôt rappelle ici un principe du dandysme, et par conséquent, cette "pique" est tout à fait justifiée.
Bonsoir, Roger de B.
En entrant "dandyisme principes" ou même "principles dandyism" dans Google, mes efforts ne furent guère couverts de succès. en effet, il semble que les Dandys n'ont pas fait beaucoup d'effort pour se définir ou se donner un contexte dans lequel ils puissent orbiter.
De mémoire donc, quelques caractéristiques des dandys:
- apparence, particulièrement vestimentaire. "Si on ne peut pas être une œuvre d'art, vaudrait mieux en porter une" (Wilde).
- beauté: cultiver le beau; être esthète.
- transcender l'ordinaire. Oscar Wilde non seulement manquait du goût nécessaire mais viola l'un des principes premiers du dandyisme: ce qui est de se mouvoir avec une grâce ineffablement supérieure dans une société limitée par les conventions." (Jugement un peu dur de la part de Dandyism.net!)
- "être" (ne pas devenir) un gentleman. Maniéré donc, précieux même, ou jusqu'à effémine…

Sans doute JMd'A a écrit quelques phrases sur ce que c'est d'être dandy: des phrases incompréhensibles dans leur gonflement.

Les pîques de ce genre, permets-moi de le dire, ne sont qu'enfantiles.
On ne devait pas céder aux basses tentations des êtres inférieurs.


Alph a écrit :je ne sais pas ce que tu penses de Céline
On a déjà eu des échanges à ce sujet sur un autre fil. Les fans de Céline n'arrivent pas de dire ses qualités d'écrivain (sur le plan d'être humain, c'est plus admirable) et ses détracteurs défendent leur point de vue avec des argumentations certaines.
ne pas partager un même socle de valeurs
De quelles valeurs s'agit-il? Ne pas confondre "pas partager" avec "se moquer de". Le premier serait un positionnement moral, le deuxième une pose.
c'est là sa superficialité de dandy
Un dandy peut paraître superficiel aux autres, mais pour lui cela n'arrête pas avec un vernis de politesse hautaine. Un vrai dandy ne joue pas; il est.
hostile à l'épanchement sentimental
et
Barbey d'Aurevilly a écrit :des dandys, lesquels - vous le savez! - méprisent toute émotion, comme inférieure,
semblent aller de paie, mais ne sont guère un attribut de Beau Brummel ou son contemporain Nash. S'agit-il d'une réaction épidermique contre le romantisme?
P.-S. Werther et le Baron n'appartient pas au même siècle!

Jérémy a écrit :la modernité, la définition que tu donnes varie de celle de Baudelaire
C'est que j'essaie de trouver LA modernité dans l'absolu. Baudelaire n'est plus contemporain et ne chercha que la modernité de SON époque.
perso, je suis méfiant à l'égard de la "modernité" et je l'assimile encore à du positivisme, sûrement à tort, comme expression esthétique. Je suis de ceux qui considèrent que le passé renferme des secrets…

Dans son Du dandysme et de George Brummel (on se dispute encore pour rajouter ou retirer un « l » à son nom), Barbey dresse un portrait presque naturaliste du « Beau Brummell » :
« Il n’était ni beau ni laid ; mais il y a avait dans toute sa personne une expression de finesse et d’ironie concentrée, et dans ses yeux une incroyable pénétration.[…] Il n’affectait pas d’avoir la vue courte ; mais il pouvait prendre quand les personnes qui étaient là n’avaient pas l’importance que sa vanité eût désirée, ce regard calme, mais errant, qui parcourt quelqu’un sans le reconnaître, qui ne se fixe ni ne se laisse fixer, que rien n’occupe et que rien n’égare. »

Toutefois, ce n’est ni l’habit, ni l’attitude du Nil mirari (« Ne se laisse troubler par rien ») qui résument au mieux une domination sur la médiocrité de ce XIXe siècle ennuyeux ; il s’agit de l’humour.

Et comme le décadentisme offre une vision pessimiste de l’Histoire, son humour sera de facto cynique et noir. Le sarcasme est l’insulte raffinée.Cet humour noir est révélateur d’une humeur, la mélancolie, sublimée en provocation. Mais l’art de la provocation dissimule une bien plus étrange disposition à rapprocher du sadisme. En contemplant la médiocrité, plutôt que le dégoût, les dandys choisissent la jouissance sans entrave mais avec retenue.

« l’indolence ne lui permettait pas d’avoir de la verve, parce qu’avoir de la verve c’est se passionner ; se passionner, c’est tenir à quelque chose, et tenir à quelque chose, c’est se montrer inférieur. »
Jérémy a écrit :perso, je suis méfiant à l'égard de la "modernité" et je l'assimile encore à du positivisme, sûrement à tort, comme expression esthétique. Je suis de ceux qui considèrent que le passé renferme des secrets…
Tout comme ce paragraphe! 😀
Dans son Du dandysme et de George Brummel (on se dispute encore pour rajouter ou retirer un « l » à son nom), Barbey dresse un portrait presque naturaliste du « Beau Brummell » :
« Il n’était ni beau ni laid ;
- ce n'est pas car un français écrit un livre sur Georges Brummel qu'on va changer son nom de baptême! George Brian Brummell.
- Mort à Caen en 1840 à l'âge de 61 ans, Brummell a pu rencontrer le jeune normand. Mais est-ce que un jh de 30 peut voir de la beauté dans un homme mourant et ruiné de 60?
- naturaliste? 9'aurait été très pré-moderne en 1845 quand il publia son bouquin!
mais il pouvait prendre quand les personnes qui étaient là n’avaient pas l’importance que sa vanité eût désirée, ce regard calme, mais errant,
Ah! Vanité. C'est en effet très vain être Dandy. 😂
Et comme le décadentisme offre une vision pessimiste de l’Histoire,
Décadentisme? Quoi? Qu'est-ce que cette manie de -ismes?
Mais l’art de la provocation dissimule une bien plus étrange disposition à rapprocher du sadisme.
sadisme: jouir sexuellement de la souffrance d'un autre.
Je me demande si tu as voulu dire 'domination'.
« l’indolence ne lui permettait pas d’avoir de la verve, parce qu’avoir de la verve c’est se passionner ; se passionner, c’est tenir à quelque chose, et tenir à quelque chose, c’est se montrer inférieur. »
Noir ne peut pas être une couleur car c'est l'absence de couleur, l'absence de lumière. Or une couleur résonne avec une fréquence dans le spectre lumineux. Mélanger toutes les couleurs et on obtient: le noir, qui ne peut pas être une couleur.
Je m'exprime mal et sans avoir beaucoup réfléchi, mais l'absurdité du sophisme que tu cites m'enrage!
semblent aller de paie, mais ne sont guère un attribut de Beau Brummel ou son contemporain Nash. S'agit-il d'une réaction épidermique contre le romantisme?
Je ne connais absolument pas le Nash dont tu parles, mais le dandysme du XIXème, avec sa froideur, son cynisme et son mépris des sentiments est bel et bien fidèle à l'attitude de Brummell.
Documenter cet avis STP.
Bonsoir, Roger de B.
En entrant "dandyisme principes" ou même "principles dandyism" dans Google, mes efforts ne furent guère couverts de succès. en effet, il semble que les Dandys n'ont pas fait beaucoup d'effort pour se définir ou se donner un contexte dans lequel ils puissent orbiter.
De mémoire donc, quelques caractéristiques des dandys:
- apparence, particulièrement vestimentaire. "Si on ne peut pas être une œuvre d'art, vaudrait mieux en porter une" (Wilde).
[…]
Je ne pense pas que l'on puisse définir le dandysme, car "définir c'est limiter" et limiter, c'est détruire. Néanmoins, on peut essayer de cerner la personnalité de dandies historiques ou littéraires, et je conseille à tous ceux qui s'intéressent au dandysme le https://francois.darbonneau.free.fr/ Site sur le dandysme de Wotk.
Documenter cet avis s’il te plaît.
Wokt, in "Savoir vivre ou mourir" a écrit :Froid, insolent, ironique, s'attachant à des détails vestimentaires parfois loufoques, Brummel créa petit à petit sa légende[…]L'assurance et l'arrogance du jeune homme étonnèrent les plus hautes aristocraties londoniennes ; sa retenue et sa froideur les fascinèrent.
Ditl.info a écrit :Mais loin d’être ostentatoire, le dandysme de Brummell et de Baudelaire ne doit pas convaincre par trop d’effet : Brummell, à qui un monsieur lui signalait son élégance et son goût, répondit : “ Hélas non, puisque vous l’avez remarqué ”.
Tout ça pour dire que le dandysme de Brummell et de Barbey d'Aurevilly, froid, plein de morgue et de vanité (du moins, au départ, pour George Brummel), contraste assez avec les dandies fin de siècle; Oscar Wilde, par exemple.