Citation de Voltaire : "Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu’il soit instruit"

Littérature

13 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour !
Je voulais vous demander quelque chose au sujet d'une citation que j'ai trouvé de Voltaire (dans le dictionnaire des citations). Celui ci disait : ""il est a propos que le peuple soit guidé, et non pas qu'il soit instruit"
Or cette citation m'étonne. En effet Voltaire, favorisant le projet de l'encyclopédie et créant même le dictionnaire philosophique était dans un sens pour l'instruction du peuple…
Suis-je passée a côté de quelque chose? Cette instruction ne s'appliquait-elle qu'aux lettrés?
pourriez-vous m'éclairer s'il vous plaît ? je vous remercie d'avance 🙂
A mon avis (je n'en suis pas sure) il considère que tous le monde ne pouvait s'instruire, alors il préfère guider le peuple devant l'impossibilité de vraiment les instruire. En plus, à ce moment là, il y avait beaucoup de préjugés, en partie dus à l'Eglise : pas d'éducation pour les femmes…Il est donc impossible d'instruire le peuple, surtout s'il est impossible pour la moitié de la population n'en a pas le droit!
Bonjour,

Voltaire se méfie du peuple, il reste un intellectuel bourgeois en lutte contre l'absolutisme, l'aristocratie et l'obscurantisme. Ce n'est pas un révolutionnaire socialiste du XIXe siècle. Il ne s'est pas particulièrement bien comporté dans ses affaires personnelles et à l'égard de ses propres employés.
Ainsi selon Voltaire, toutes ces revendications contre l'absolutisme politique ou l'obscurantisme religieux n'aurait d'intérêt que pour une société bourgeoise et lettrée? Le peuple serait donc mis de côté ?
Non, on ne peut être aussi brutal. Voltaire veut le bonheur du peuple.
Mais il veut en même temps que ce dernier reste à sa place, bien obéissant. Je cite de mémoire une autre affirmation de ce grand cynique : "que m'importe que mon tailleur croit ou non en Dieu, pourvu qu'il ne me vole pas !"
N'oublions pas que Voltaire n'est pas un égalitariste . Il affirmera d'ailleurs que "l'agriculture a besoin de bras".
Il a surtout condamné "la tyrannie sur les âmes" , c'est à dire la persécution des catholiques vis à vis d'autres religions et recommandé la tolérance . C'est l'un des défenseurs de la liberté de culte/ de religion/ d'expression/d'entreprendre.
L'idéal pour lui est la monarchie éclairée , à savoir un gouvernement où le roi gouverne en vue du bonheur de ses sujets et non pas comme un tyran.
AH ! Ok je saisis je vous remercie beaucoup ! 🙂 😀
"Il est à propos que le peuple soit guidé et non pas qu’il soit instruit"

Voltaire (lettre à M. Damilaville, 19 mars 1766)

Il est significatif qu’un homme épris de justice et de progrès comme Voltaire ait montré de la répugnance à la perspective d’instruire le peuple. A toutes les époques, dans toutes les sociétés du passé, une minorité riche a imposé sa volonté à la multitude. Pendant de nombreux siècles, l’ignorance et la crédulité de cette multitude furent considérées comme les précieux garants de sa docilité. Mais la complexification de l’univers technique, l’essor de la grande industrie, et la diffusion des idées démocratiques ont fini par imposer la généralisation de l’instruction dans les pays riches. Les besoins en cadres et en chercheurs de toutes sortes et de tous niveaux se sont accrus considérablement. Que tout le monde sache lire, écrire, compter n’était plus suffisant. Après l’instauration d’un enseignement élémentaire obligatoire, on a donc assisté à un essor spectaculaire des enseignements secondaire, technique et supérieur. Contraints d’instruire le peuple, les dominants ont découvert la merveilleuse vertu du gavage.

Source https://lmsi.net/ Têtes bien pleines ou têtes bien faites?
Voltaire est plutôt pour éduquer les talents naturels, dirais-je.
bonsoir ! je pense avoir un début d'explication pour cette citation étonnante. Sous un régime traditionnel royaliste, Voltaire était pour la monarchie éclairée, ce qui était déjà une avancée exceptionnelle par rapport à l'idée de "monarchie de droit divin": le roi décide tout par la volonté de Dieu, il détient son pouvoir de Dieu même. L'idée de la monarchie éclairée de Voltaire était de fournir un panel de réflexion supplémentaire à l'aide d'idées plus ouverte. C'était pour Voltaire une étape intermédiaire. Les peuples n'accèdent pas tout de suite à la démocratie, c'est souvent le fruit d'une maturation LONGUE! Les Athéniens ont soit disant inventé la démocratie, mais ce qu'ils appelaient démocratie était basé sur l'élite qui gouvernait (500 non pas élus mais…tirés au sort!!) et sur une société d'esclaves et de clients (nos lobbies actuels). La citation de Voltaire m'a aussi disons…étonnée. Voilà ma modeste opinion que je voulais partager avec vous!

Bien cordialement,
Gridon
De 1750 à 1753, soit pendant 13 ans, Voltaire était à la cour du roi de Prusse, Frédéric II, dont le style de gouvernement était non seulement autoritaire, mais militaire. Il ne se défendait pas du tout d'être un despote, mais il prétendait être un despote éclairé, comme on disait au siècle des "lumières", Voltaire étant, en quelque sorte, préposé à l'éclairage.
A la même époque, les institutions qui dispensaient l'enseignement étaient religieuses, et dispensaient un enseignement religieux.
La citation n'a rien d'étonnant.
"il est a propos que le peuple soit guidé, et non pas qu'il soit instruit"

Je ne connais pas l'histoire de Voltaire mais je vous fais partager mon avis.
Pour moi cette citation n'aurai eu aucun sens mais depuis une expérience personnel elle en prend un.

Pour moi le peuple doit être guidée pour qu'il prenne leur propre initiative et qu'une réflexion se face et voir les problèmes rencontrés, qu'il agisse pense puis re-agisse et non qu'il se face transmettre des informations.

Je sais que je ne suis pas très clair mais bon je vais vous ilustrer tous ça par d'autre citation.

"A vouloir enseigner on empéche bocoup d'apprendre"
"Il faut tout un village pour eduquer un enfant"

Le poteau indicatuer ne montre pas toujour la route a prendre (je ne la connais plus exactement)
Les auteurs des siècles passés, au premier rang desquels Platon, mais aussi la plupart de ceux de l’Humanisme puis des Lumières, jugeaient – évidemment à regret – que l’esprit philosophique, le « naturel philosophe », était l’apanage d’un petit nombre. Ainsi l’auteur de Sein und Zeit réservait l’engagement dans la pensée « au petit nombre » (M. Heidegger, Qu’appelle-t-on par penser ?, II, ii ;nous proposons ici notre propre traduction de Was hei?t denken ?). Formulation proche de celle des Pythagoriciens : « Seul un petit nombre est capable de penser et d’avoir des opinions fondées. » (Jamblique, Vie pythagorique, § 200).

La thèse post-moderne de l’universalité « démocratique » de la philosophie découle logiquement du postulat de l’universalité de la raison ; il s’agit d’une foi, reconnaît Jean-François Robinet : « cette foi fonde à la fois la démocratie et l’ouverture de la philosophie au plus grand nombre » (communication personnelle). C’est à tort qu’on a osé attribuer une telle foi à Diderot ; l’auteur de Jacques le fataliste pensait au contraire que : « Celui qui osera prononcer dans une question qui excède la capacité de son talent naturel, aura l’esprit faux. Rien n’est si rare que la logique : une infinité d’hommes en manquent. » (Diderot, Réfutation de l’ouvrage d’Helvétius intitulé L’Homme, IV ; je remercie Marianne Monteiller, professeur de philosophie, de m’avoir signalé ce passage).

Et Voltaire, justement : « Quand la populace se mêle de raisonner, tout est perdu. » (Lettre à Damilaville, 1er avril 1766). Selon le philosophe et médecin La Mettrie (1709-1751), la philosophie ne peut se communiquer qu’aux esprits déjà éclairés (Œuvres philosophiques, « Discours préliminaire »). Écrivant à Voltaire, Jean-Jacques Rousseau se désolait de la montée en puissance de nombreux types III hésiodiens (ceux qui ne pensent pas par eux-mêmes et ne savent pas profiter de la pensée des autres, les esprits faux): « En ce siècle savant, on ne voit que boiteux vouloir apprendre à marcher aux autres. Le peuple reçoit les écrits des sages pour les juger, non pour s’instruire. » (Lettre du 10 septembre 1755 ; probablement une réminiscence de Blaise Pascal, « un esprit boiteux dit que c’est nous qui boitons », Pensées, Br II, 80).

Selon Kant,

« Un public ne peut accéder que lentement aux Lumières. Une révolution n’entraînera jamais une vraie réforme de la manière de penser ; de nouveaux préjugés tiendront en lisière, aussi bien que les anciens, la grande masse irréfléchie. » (Qu’est-ce que les Lumières ?).
Ben10 a écrit :Pour moi le peuple doit être guidée pour qu'il prenne leur propre initiative et qu'une réflexion se face et voir les problèmes rencontrés, qu'il agisse pense puis re-agisse et non qu'il se face transmettre des informations.
Logiquement, ce serait plutôt le contraire. La brebis guidée ne prend pas d'initiative (et remarquez que quand il y a un guide, il y a aussi un chien de troupeau quelque part) alors qu'un homme informé peut prendre des décisions personnelles - ou pas.

J'en profite pour faire remarquer que la sentence de Pascal (comme quoi un esprit boiteux attribue son handicap aux autres) est de nature si générale qu'elle est parfaitement réversible (parole de l'un contre parole de l'autre). De même la réflexion de Diderot (un talent borné se trompe quand il cherche à excéder ses limites) est sans doute vraie dans l'absolu, mais dans la vie courante, c'est une réflexion facile pour mépriser et remettre à sa place quelqu'un qu'on pense résolument inférieur. Or, il arrive que cette prétendue infériorité soit inférée d'un préjugé millénaire. Une vision d'ensemble trop grossière du peuple, qui tient compte de l'ivraie sans voir le bon grain, suffit à alimenter ces idées péremptoires. Et on sait que quand il s'agit du peuple, on ne regarde jamais au détail.