Le plus beau vers de la langue française
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Ces merveilleux vers de pierre Perret, aujourd'hui honteusement accusé de plagiat.On voit pas qui il aurait pu plagier.
''Je suis plombier,bier,bier,bier,bier
C'est un beau métier
J'fais mon turbin, bin,bin,bin,bin
Dans les salles de bain''
Le dernier vers est d'une iréelle beauté.
Le plus beau je ne sais pas, mais un très beau couple de vers qui me vient immédiatement à l'esprit:
Resplendit à jamais comme un astre inutile
La froide majesté de la femme stérile.Nina7 a écrit :" j'aimais jusqu'à ses pleurs
que je faisais couler "
Néron, dans le
Britannicus de Racine.
Bien évidemment je citerai du Baudelaire 🙂
"Le souvenir de la jouissance exercera son éternelle tyrannie."
- Baudelaire, Les Paradis Artificiels
"Mon esprit est pareil à la tour qui succombe
Sous les coups du bélier infatigable et lourd."
- Baudelaire, Chant d'automne
Révélation! Nouveau coup de coeur en matière de poésie!
Je vais une fois de plus transgresser les règles et ne pas citer qu'un seul vers. Je vais même citer un passage extrait d'une chanson de Thiefaine. Quelque peu psychédélique,avec une profondeur inégalée dans une chanson,à mon sens.
"ce sont des loups frileux au bras d'une autre mort
piétinant dans la boue les dernières fleurs du mal
ils ont cru s'enivrer des chants de maldoror
& maintenant ils s'écroulent dans leur ombre animale"
Et pour ceux qui veulent le lire en entier:
https://musique.ados.fr/Hubert-Felix-Thiefaine/Les-Dingues-Et-Les-Paumes-t33109.html Les Dingues et les Paumés
Et même! Pour ceux qui veulent l'écouter:
[Lien invalide.]
On m'a dit que Thiefaine avait été interne dans un asile psychiatrique pendant quelques temps. Je ne peux en douter quand je vois ces lignes! Pas de simples métaphores fades et mièvres,pas de pseudos références, pas de simplicité: une réelle force!
Si je puis me permettre un conseil,il vaut mieux mettre le volume à fond si vous écoutez cette chanson…rien que pour mieux apprécier l'aérien et poignant crescendo vers la fin!
MelleY a écrit :Quelque peu psychédélique,avec une profondeur inégalée dans une chanson,à mon sens.
Allez faire un tour du côté de Léonard Cohen. Les paroles sont en anglais, mais question profondeur, je n'ai pas vu grand chose d'équivalent. A la base poète et écrivain, il s'est mis à la chanson, mettant en musique ses poèmes. Figure du post-modernisme canadien, il s'inspire notamment de Rimbaud, son poète préféré.
Si nous ne reconnaissons pas plus souvent le bonheur, c'est qu'il vient à nous avec un visage autre que celui que nous attendions!
J'aime beaucoup ces premiers vers du poème d'Arthur Rimbaud: LES ETRENNES DES ORPHOLINS:
La chambre est pleine d'ombre; on entend vaguement
De deux enfants le triste et doux chuchotement.
Leur front se penche, encore alourdi par le rêve,
Sous le long rideau blanc qui tremble et se soulève…
Dans le poème, c'est de l'innocense enfantine dont il s'agit, et comme elle est parfois la victime de terribles malheurs. Malheureusement pour ces orphelins que les yeux de Rimbaud ont croisés et pénétrés, ils n'ont pas de père ni de mère, donc pas de cadeaux ni de tendres caresses, ou baisers paternels; car ils sont livrés à leur propre sort.
Il y en aurait tant à citer!
J'aime :
"L'eau claire ; comme le sel des larmes d'enfance" (Rimbaud, "Mémoire")
"Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents" (Nerval, "Delphica")
"Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la sirène…" (Nerval, toujours, "El Desdichado")
Toute "La Chanson du Mal-Aimé" et en particulier :
"Moi qui sais des lais pour les reines
Les complaintes de mes années
Des hymnes d'esclave aux murènes
La romance du mal aimé
Et des chansons pour les sirènes"
mais aussi dans "Mai" :
"Et les roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes"
ou dans "La tzigane" :
"La tzigane savait d'avance
Nos deux vies barrés par les nuits
Nous lui dîmes adieu et puis
De ce puits sortit l'Espérance"
(toute la poésie d'Apollinaire, en fait…)
Toute "La mort des amants", dès le premier vers, "Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères"…
Bon j'arrête. L'exercice de sélection est trop difficile et je deviens hors-sujet…
Voilà, la première partie de la neige ( Vigny ) :
Qu'il est doux, qu'il est doux d'écouter des histoires,
Des histoires du temps passé,
Quand les branches d'arbres sont noires,
Quand la neige est épaisse et charge un sol glacé !
Quand seul dans un ciel pâle un peuplier s'élance,
Quand sous le manteau blanc qui vient de le cacher
L'immobile corbeau sur l'arbre se balance,
Comme la girouette au bout du long clocher !
Ils sont petits et seuls, ces deux pieds dans la neige.
Derrière les vitraux dont l'azur le protège,
Le Roi pourtant regarde et voudrait ne pas voir,
Car il craint sa colère et surtout son pouvoir.
De cheveux longs et gris son front brun s'environne,
Et porte en se ridant le fer de la couronne ;
Sur l'habit dont la pourpre a peint l'ample velours
L'empereur a jeté la lourde peau d'un ours.
Avidement courbé, sur le sombre vitrage
Ses soupirs inquiets impriment un nuage.
Contre un marbre frappé d'un pied appesanti,
Sa sandale romaine a vingt fois retenti.
Est-ce vous, blanche Emma, princesse de la Gaule ?
Quel amoureux fardeau pèse à sa jeune épaule ?
C'est le page Eginard, qu'à ses genoux le jour
Surprit, ne dormant pas, dans la secrète tour.
Doucement son bras droit étreint un cou d'ivoire,
Doucement son baiser suit une tresse noire,
Et la joue inclinée, et ce dos où les lys
De l'hermine entourés sont plus blancs que ses plis.
Il retient dans son coeur une craintive haleine,
Et de sa dame ainsi pense alléger la peine,
Et gémit de son poids, et plaint ses faibles pieds
Qui, dans ses mains, ce soir, dormiront essuyés ;
Lorsqu'arrêtée Emma vante sa marche sûre,
Lève un front caressant, sourit et le rassure,
D'un baiser mutuel implore le secours,
Puis repart chancelante et traverse les cours.
Mais les voix des soldats résonnent sous les voûtes,
Les hommes d'armes noirs en ont fermé les routes ;
Eginard, échappant à ses jeunes liens,
Descend des bras d'Emma, qui tombe dans les siens.
MelleY a écrit :Révélation! Nouveau coup de coeur en matière de poésie!
Et même! Pour ceux qui veulent l'écouter:
On m'a dit que Thiefaine avait été interne dans un asile psychiatrique pendant quelques temps. Je ne peux en douter quand je vois ces lignes! Pas de simples métaphores fades et mièvres,pas de pseudos références, pas de simplicité: une réelle force!
Wouah ! Merci infiniment MelleY pour cette découverte tant poétique que musicale ! J'avoue que, de Thiéfaine, je ne connaissais que La fille du coupeur de joints… Une toute autre facette se dévoile ici !
J'aimerais bien connaître ton interprétation de la chanson ? (peut-être en mp, pour ne pas trop s'écarter du sujet de cette discussion)
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne…
Poême d'Apollinaire
C'est Apollinaire !!!!
C'est vrai, c'est Apollinaire… Camarguais d'ailleurs a cité l'auteur.
Pour moi c'est le dernier vers de l'Albartros :
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
"Aimer est le grand point, qu'importe la maitresse ?
Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse ?"
(Alfred de Musset)
"Mais elle était du monde où les plus belles choses
Ont la pire des fins;
Et, rose, elle a vécu ce que vivent les roses,
L'espace d'un matin."
ces vers viennent de la Consolation à mr Perrier, de François de Malherbe et font partie, selon moi, des vers les plus chantants de la langue française. "Rome, l'unique objet de mon ressentiment,
Rome à qui vient ton bras d'immoler mon amant,
Rome qui t'a vu naître et que ton coeur adore,
Rome, enfin, que je hais parce qu'elle t'honore"
Des vers que j'aime beaucoup aussi, redécouverts et appris en prépa : C'est la tirade de Camille à son frère Horace, juste après que celui-ci ait tué Curiace, son fiancé. C'est cette déclaration qui mettra Horace hors de lui au point de la tuer… de Corneille évidemment
Consolation à mr Perrier, de François de Malherbe
Euh… Plutôt
monsieur Du Périer !
Ne pas confondre avec l'eau minérale… 😉
"Las de l'amer repos où ma paresse offense
Une gloire pour qui jadis j'ai fui l'enfance
Adorable des bois de rose sous l'azur
Naturel, et plus las sept fois du pacte dur
De creuser par veillée une fosse nouvelle
Dans le terrain avare et froid de ma cervelle"
Jehan a écrit :Consolation à mr Perrier, de François de Malherbe
Euh… Plutôt monsieur Du Périer !
Ne pas confondre avec l'eau minérale… 😉
Oups… merci Jehan…
"J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans"
-CB