Aymerick a écrit :Pour être un petit peu plus précis ce seraient des poèmes qui rappellent le "cyan" le "magenta" et le "vert".
Encore deux pour le vert :
Au Cabaret-Vert, cinq heures du soir. (Arthur Rimbaud)
Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottines
Aux cailloux des chemins. J'entrais à Charleroi.
- Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
Du beurre et du jambon qui fût à moitié froid.
Bienheureux, j'allongeai les jambes sous la table
Verte : je contemplai les sujets très naïfs
De la tapisserie. - Et ce fut adorable,
Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,
- Celle-là, ce n'est pas un baiser qui l'épeure ! -
Rieuse, m'apporta des tartines de beurre,
Du jambon tiède, dans un plat colorié,
Du jambon rose et blanc parfumé d'une gousse
D'ail, - et m'emplit la chope immense, avec sa mousse
Que dorait un rayon de soleil arriéré.
L'heure verte (Charles Cros)
Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d'absinthe se noie.
Et l'absinthe pénètre l'air,
Car cette heure est toute émeraude.
L'appétit aiguise le flair
De plus d'un nez rose qui rôde.
Promenant le regard savant
De ses grands yeux d'aigues-marines,
Circé cherche d'où vient le vent
Qui lui caresse les narines.
Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l'opale
De la brume du soir. Vénus
S'allume dans le ciel vert-pâle.
Mais pour le cyan et le magenta… Cela risque d'être bien plus malaisé à trouver !
Je n'ai réussi à trouver un "magenta" que dans cette strophe d' Aragon (dans le poème "Le Paysan de Paris chante") et là, ce n'est même pas la couleur !
Ce jour-là vous rendrez voulez-vous ma complainte
A l'instrument de pierre où mon cœur l'inventa
Peut-on déraciner la croix du Golgotha
Ariane se meurt qui sort du labyrinthe
Cet air est à chanter boulevard Magenta