"Au final" et "au départ"

Langue française

74 réponses · Page 4 / 4

Voyez : si même ces rois du bon parler que sont les dirigeants ne savent plus dire qu'"au final" - qui, d'après ce qu'on a plus ou moins conclu, n'est pas "fautif" - c'est bien que le français parlé (et l'écrit, hélas) est en train de passer à la trappe maints autres mots de sens voisins.
Et il y a aussi tellement de mots de sens similaire à des termes actuels qui ont disparu sans dommage appréciable depuis le Moyen Âge… Et tellement d'autres mots nouveaux, tournures nouvelles et sens nouveaux qui sont apparus… Ainsi va la vie des langues. Ne pas tout interpréter comme un appauvrissement et comme une décadence.
Ce n'est pas une interprétation, c'est un fait. Si la langue s'appauvrit quelque part, elle s'enrichit autre part, c'est aussi un fait. Mais de quel dommage appréciable parles-tu ? Les premiers dictionnaires sont apparus, en France, après la fin dudit Moyen-Âge, et auparavant, aucun garant autre que les productions littéraires n'a témoigné du lexique et du vocabulaire. Comment estimer un dommage à cette époque "obscure" ? Sans pour autant être réticent à l'apport sans cesse renouvelé fournit par le dynamisme linguistique, je suis nostalgique de nombreux mots malheureusement désuets. Ne pas s'abandonner au fatalisme ratiocinant consistant à tout accepter comme inéluctable progression du monde.
De plus, le formatage - voyez comme je suis ouvert - médiatique du langage atteint une mesure sans précédent. Impossible à comparer, donc, aux phénomènes antérieurs.
La langue perd des mots - pas seulement sous l'effet des mass media (explicit, par exemple) -, et je le déplore, c'est tout.
Bonjour.

J'espère ne pas faire de "nécromancie" sur sujet, cela n'a pas l'air d'être proscrit.

Je voulais juste répondre aux attaques contre les journalistes : de ce à quoi je remonte, en vérité, l'expression "au final" ne vient pas des journalistes mais bien de la télévision. C'est plutôt de la traduction de finally, dans tous les films et séries anglophones : "finalement" nécessite quatre syllabes là où "au final" n'en demande que trois, tout comme finally.

Si vous regardez un film américain en version française - traduit donc - à plus grande raison une série policière, vous entendrez plusieurs fois ce fameux "au final". Le problème vient du fait que les traducteurs doivent tenter de coller le plus possible au nombre de pied récité par les acteurs d'origine, pour éviter les séquences où les doublures parlent encore alors que le plan ou la scène change. Ils ont ainsi créé plus d'une erreur ou d'une faute - ou transmis plus que créer.

Les autres médias, tels que les journalistes, ont permis de relayer l' "erreur" - n'ayant pas encore été admise par l'Académie, cela reste pour l'instant une faute ; nous verrons dans quelques années - qui ne sont hélas pas toujours très imaginatifs ou ne varient guère leurs structures - d'autant plus lorsqu'ils "pompent" les un sur les autres.
C'est une hypothèse intéressante mais qui ne me paraît pas convaincante. Vous écrivez :
"finalement" nécessite quatre syllabes là où "au final" n'en demande que trois, tout comme finally.
Mais si le doublage se fait en français de Paris ou du Nord, la prononciation de "finalement" sera en fait "final(e)ment", en trois syllabes, le "e" étant muet, ce qui est donc exactement identique à "au final".
Et je crois qu'il y a plus de séries américaines doublées avec l'accent standard qu'avec l'accent méridional !
Je me demande si on ne peut pas considérer "au final" comme une locution calquée sur l'espagnol "al final". Mais si on admet cette hypothèse, je ne vois pas comment cela a pu se répandre à ce point, l'espagnol n'étant pas une langue aussi dominatrice que l'anglais.
Pas con ça
En effet, ce n'est pas "bête" du tout.
Seul hic, si l'on suppose que les Américains prononcent ce "e" supposément muet de finalement, à la fin et probablement d'autres locutions adverbiales de sens voisin prennent également 3 syllabes.
Je doute également de l'hypothèse des séries américaines car on pourrait très bien traduire finally (3 syllables) par à la fin (3 syllabes).

Mais je doute encore plus de l'"origine musicale" de ce terme.
En effet, en musique, le finale d'une oeuvre fait partie intégrante de l'oeuvre; il ne s'agit pas de quelque chose qui vient après l'oeuvre. Sans être musicologue, je crois pouvoir dire que ce n'est pas non plus un aboutissement. Parfois le finale reprend un thème de l'ouverture. En tous cas le finale se termine par la dernière note.
Or il me semble qu' au final est habituellement utilisé pour désigner un résultat, c'est-à-dire un état, une situation …etc que l'on observe après quelque chose.
"Les ouvriers ont fait grève pendant 3 semaines et, au final, qu'ont-ils obtenu? Rien hormis des conditions de travail un peu meilleures."
"j'ai beaucoup travaillé et au final j'ai été reçu premier"…
Au final désigne quelque chose que l'on observe après la fin.
L'Académie française condamne au final et au départ aussi, me semble-t-il. Cependant, au final est toléré par les dictionnaires descriptifs… mais l'Académie prime, elle produit un dictionnaire normatif, académique, incontestable.
Quelques éléments complémentaires sur la locution au final sur mon site [voir profil].
Ça n'est pas mal, ça, au final… 😜
Marc81 a écrit :Que lui reproche-t-on, au juste ? De faire de l'adjectif final un substantif : au n'est-il pas la contraction de à le ? nous explique-t-on le nez plissé. Le masculin attendu excluant le substantif féminin finale, qui désigne la dernière épreuve d'une compétition sportive, l'homme de goût passera son chemin. Point final.
L'argument est de poids, assurément, mais ne saurait donner la mesure : les puristes font-ils autant de cas de l'expression en définitive, dûment consignée dans le Dictionnaire de l'Académie ? Si l'on accepte cette dernière locution mise pour « en sentence définitive », pourquoi refuser au final, que l'on peut voir comme une ellipse de « au temps final, au moment final » ?.
Notez qu'il y a une différence entre en final et au final.
En final a existé plus ou moins dans le sens qu'a maintenant au final et on en trouve plusieurs exemples au XIXe siècle : (1)(2)(3). Les dictionnaires du XIXe notent même le populaire en fin finale, dont peut-être ce en final est une version abrégée moins pléonastique.
En revanche, je ne trouve pas d'exemple au XIXe de au final dans un sens analogue : il a toujours le sens musical qu'il dérive du sens du substantif final, finale.
Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de continuité entre ces usages du XIXe siècle et l'usage moderne de au final, considéré comme fautif par l'Académie.
Un adjectif employé comme substantif ! Incroyable ! Tout fout le camp… Mais où va la langue, mon bon monsieur ? 🙂