L’itinéraire de Candide s’apparente à une quête du bonheur

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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ma professeur m'a donne une dissertation question est : l'itinéraire de Candide s'apparente à une quête du bonheur. Discutez.
je sais il faut mettre la richesse, l'ambition politique, stabilité, la prestige.
Il serait bien que tu écrives ce que tu as déjà trouvé, tes recherches personnelles, tes idées… Ensuite, on pourra t'aider, te dire ce qui ne va pas trop et te conseiller.
La question est de savoir si l'itinéraire de "Candide" s'apparente à une quête du bonheur. Un peu mon neveu! Je dirais même que l'itinéraire parcouru par le héros est uniquement déterminé (malgré les apparences aléatoires), par la recherche du meilleur endroit sur la terre pour vivre heureux.
Sans en avoir l'air, Candide fait presque le tour de la Terre connue au XVIIIème siècle, sauf l'Asie et l'Amérique du Nord (L'Afrique sub-saharienne ne sera explorée par les Européens qu'au XIXème siècle). L'exception de l'Amérique du Nord est intéressante, car elle aurait pu représenter un idéal nouveau, une terre nouvelle pour la réalisation d'une société libérée des contraintes traditionnelles et incarnation des théories des Quakers que Voltaire admirait (V. la fondation de Philadelphie). Or "Candide" a été rédigé en 1758, c'est-à-dire avant l'indépendance des Etats-Unis (proclamée le 4-07-1876).
Si l'on suit chapitre après chapitre la géographie de "Candide", on se rend compte d'une sorte de plan général équilibré en trois parties à peu près égales:
1) Les dix premiers chapitres sont situés en Europe. C'est là, en Allemagne (Westphalie, région hyper pauvre avant l'exploitation du charbon de la Ruhr au XIXème siècle), que nait le héros. Sur ce continent affreux il y connait l'enrégimentement, la guerre, le sectarisme religieux, un tremblement de terre etc. Il est torturé par l'Inquisition, tue le Grand Inquisiteur et doit fuir en Amérique pour échapper à une mort certaine.
2) Les douze chapitres suivants sont consacrés à l'Amérique, y compris les voyages aller et retour. L'histoire de la Vieille à l'aller permet de parcourir toute la Méditerranée, y compris l'Afrique du Nord violente et cruelle, la partie orientale (Turquie), de remonter vers le Nord en Russie, dans les Etats qui bordent la Baltique, pour redescendre au Sud de l'Europe Occidentale par l'Allemagne et la Hollande. Partout, ce ne sont que guerres, pillages, exactions, viols etc. En Amérique du Sud, Candide et Cacambo passent par l'Etat jésuite du Paraguay, monstre d'injustice et de paternalisme théocratique, visitent les tribus Amérindiennes primitives (Oreillons) qui n'ont même aucune idée des moindres droits de la personne (surtout celle des femmes qui leur sont asservies et semblent aimer leur esclavage… Pierre dans le jardin du "bon sauvage" de Jean-Jacques Rousseau). L'Eldorado, le pays idéal, n'est même pas une solution. C'est là une des leçons les plus importantes du conte: l'Utopie n'existe pas et le pays où tout est fait prétendument pour le bonheur du peuple est une mystification totalitaire dont les habitants ne peuvent sortir (on les endoctrine pour cela, comme dans le meilleur des mondes communistes). Ayant fui la monotonie inhumaine et l'absence d'histoire du pays "idéal", ils traversent le Surinam pour rencontrer l'esclave noir estropié et sacrifié par d'honorables chrétiens pleins de componction et de bonne conscience…
3) Dans les huit derniers chapitres, Candide retrouve l'Europe, en commençant par la France où il est dépouillé, escroqué et où il perd son pucelage… Quand il quitte ce pays "Candide croyait être délivré de l'enfer" (Voltaire a particulièrement soigné le passage en France qui reste une description tout à fait actuelle et perspicace de notre pays). Ensuite le voyage-fuite se poursuit par l'Angleterre, beaucoup moins critiquée (monarchie constitutionnelle), par Venise en pleine décadence, pour aboutir à Constantinople où le héros trouve enfin un havre où se reposer. L'endroit y offre un climat doux, propice à la culture, au commerce et à l'artisanat. A condition de ne pas se mêler de politique politicienne, il est possible d'y vivre de façon paisible et honorable, à l'image du bon vieillard.
Il y a donc un début et une fin de ce voyage géographique et initiatique pour découvrir l'endroit du monde où il serait préférable de vivre. Candide a trouvé sa Thébaïde, comme Voltaire lui-même va bientôt trouver la sienne à Ferney, près de la frontière suisse et près du lac Léman qui ressemble à s'y méprendre à la Propontide.
Il est indéniable que la recherche du meilleur endroit pour vivre, la quête du bonheur, sont des enjeux primordiaux et principaux de "Candide", de même que la confrontation des expériences dans les différents pays visités avec les théories philosophiques incarnées par certains personnages. Le héros cherche le bonheur et il ne le trouve nulle part au cours de ses longs voyages, sauf dans le pis aller de la fin. Cruelle leçon de modestie et de stoïcisme devant l'existence. Le bonheur ne se conçoit pas sans un lieu et une grande partie de la Terre est encore à découvrir au XVIIIème siècle: la quête géographico-politique du bonheur était donc encore d'actualité!
Merci beaucoup pur ton long texte, cela m'a beaucoup aidé pour la question : en quoi est-ce un itinéraire initiatique ?
Bonsoir sunhine06,
Je suis heureux que mon texte sur la recherche du bonheur dans "Candide" t'ait servi pour un devoir sur le thème de l'itinéraire initiatique qui, effectivement, concerne la géographie du conte.
"Candide" est, évidemment, un roman initiatique. Au début, le héros est un puceau de l'existence. Il reste d'ailleurs longtemps dans cet état et ce n'est que lors de son passage en France, vers la fin de son périple, qu'il fait l'amour pour la première fois, en croyant qu'il a affaire à Cunégonde! Pendant ce temps là, sa Dulcinée passe d'un homme à l'autre… Cruelle désillusion.
Il faut comparer la situation du héros au début et à la fin. Au terme de ses multiples aventures et périples, Candide ne veut plus entendre parler de discours philosophique et idéologique. Il veut réfléchir et penser par lui-même et ne plus se fier aux prétendues autorités. Il est enfin parvenu à la maturité et ne compte plus que sur lui-même pour savoir ce qu'il a à faire. Il parle enfin et prend le pouvoir qu'il n'a jamais eu sur sa destinée au cours de sa vie. Là est la grande leçon philosophique du conte: ne se fier qu'à l'expérience et utiliser son cerveau pour réfléchir au lieu de suivre béatement les préceptes d'autrui. La leçon de Locke est ici primordiale.