Hugo, William Shakespeare, première partie, livre II, 12

Entraide scolaire

4 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
Parmi mes textes a l'oral j'ai Shakespeare de Voltaire. Nous ne l'avons pas beaucoup travailler en classe.
J'aimerais bien que vous m'aider notamment sur la partie ou voltaire fait l'éloge de Rabelais.
Je vous remercie
Tout génie a son invention ou sa découverte ; Rabelais a fait cette trouvaille, le ventre. Le serpent est dans l’homme, c’est l’intestin. Il tente, trahit, et punit. L’homme, être un comme esprit et complexe comme homme, a pour sa mission terrestre trois centres en lui, le cerveau, le cœur, le ventre ; chacun de ces centres est auguste par une grande fonction qui lui est propre ; le cerveau a la pensée, le cœur a l’amour, le ventre a la paternité et la maternité. […]
[Mais le ventre, dit Hugo, est ce qui sans cesse rompt l’équilibre en l’âme et les corps…il peut, dans une civilisation prendre toute la place, et débaucher l’intelligence.]
Lois, meurs et croyances sont fumier. Totus homo fit excrementum. Au XVIe siècle, toutes les institutions du passé en sont là ; Rabelais s’empare de cette situation ; il la constate ; il prend acte de ce ventre qui est le monde. La civilisation n’est plus qu’une masse, la science est matière, la religion a pris des flancs, la féodalité digère, la royauté est obèse ; qu’est-ce que Henri VIII ? une panse. Rome est une grosse vieille repue ; est-ce santé ? est-ce maladie ? C’est peut-être embonpoint, c’est peut-être hydropisie ; question. Rabelais, médecin et curé, tâte le pouls à la papauté. Il hoche la tête, et il éclate de rire ; Est-ce parce qu’il a trouvé la vie ? Non, c’est parce qu’il a senti la mort. Cela expire en effet. Pendant que Luther réforme, Rabelais bafoue le moine, bafoue l’évêque, bafoue le pape ; rire fait d’un râle. Ce grelot sonne le tocsin. Hé bien, quoi ! j’ai cru que c’était une ripaille, c’est une agonie ; on peut se tromper de hoquet. Rions tout de même. La mort est à table. La dernière goutte trinque avec le dernier soupir. Une agonie en goguette ; c’est superbe. L’intestin côlon est roi. Tout ce vieux monde festoie e crève. Et Rabelais intronise une dynastie de ventres, Grandgousier, Pantagruel et Gargantua. Rabelais est l’Eschyle de la mangeaille ; ce qui est grand, quand on songe que manger c’est dévorer. Il y a du gouffre dans le goinfre. Mangez donc, maîtres, et buvez, et finissez. Vivre est une chanson dont mourir est le refrain. D’autres creusent sous le genre humain dépravé des cachots redoutables ; en fait de souterrain, ce grand Rabelais se contente de la cave. Cet univers que Dante mettait dans l’enfer, Rabelais le fait tenir dans une futaille. Son livre n’est pas autre chose. Les sept cercles d’Alighieri bondent et enserrent cette tonne prodigieuse. Regardez le dedans de la futaille monstres, vous les y revoyez. Dans Rabelais ils s’intitulent : Paresse, Orgueil, Envie, Avarice, Colère, Luxure, Gourmandise ; et c’est ainsi que tout à coup vous vous retrouvez avec le rieur redoutable, où ? dans l’église. Les sept péchés, c’est le prône de ce curé. Rabelais est prêtre ; correction bien ordonnée commence par soi-même ; c’est donc sur le clergé qu’il frappe d’abord.
De l'aide?
S'il vous plait… 😞 S'il vous plait 😞 . Je voudrais savoir ce qui est le plus important dans le texte pour l'oral. L'examen est dans quelques jours et il n'y que cet texte que je n'ai pas révisé. :/
Le professeur nous a dit très peu de chose dessus.
Bonjour,

D'abord corrigeons une erreur : ce n'est pas Voltaire mais Hugo qui a écrit Shakespeare.

Ce texte peut être compris comme un éloge de Rabelais et de son humanisme.

Remarquons en premier lieu une anthropologie ternaire : esprit, cœur, corps.
Cet aspect ternaire renvoie à l’équilibre. L’homme est un composé de trois natures : l’intellect, l’affectivité et l’animalité.
Il faudrait alors définir ce qu’est le « ventre » pour Hugo. Il est appétit, jouissance, instincts animaux et sexualité (la paternité et la maternité).
En premier lieu, le ventre est serpent, allusion au tentateur du jardin d’Eden.
Le ventre est ensuite mangeaille et goinfrerie. La goinfrerie est bien présente au point que pantagruélique ou gargantuesque sont devenus des qualificatifs pour la désigner.
D’une manière générale il apparaît comme la réhabilitation des fonctions naturelles et tu peux élargir la notion à tous les appétits.
Rabelais réhabilite aussi la sexualité, la scatologie.

Hugo dresse un constat critique du Moyen-âge où le ventre est devenu prédominant. Image d’un monde où l’esprit s’est obscurci dans une matière épaisse. Obscurantisme, vices, plaisirs débridés ont tout corrompu, c’est le « fumier ». Une attaque spéciale est adressée à l’Eglise.
Puis Hugo interprète le comique rabelaisien : plus que le signe d’une santé et d’un naturel, il pense y découvrir un rire tragique de fin de monde.
Le génie de Rabelais est d’avoir su juger son époque en dissimulant son pessimisme derrière ses « joyeusetés ». Finalement Hugo rapproche de manière inattendue Rabelais et Dante, allant jusqu’à placer l’humaniste français au cœur de l’enfer de la Divine comédie pour lui donner tout son sens : la condamnation du monde médiéval qui s’abîme sous le poids de ses sept péchés capitaux.
Nous avons là une vision romantique de l’Histoire, et même une vision hugolienne de la lutte entre l’Esprit et la Matière, entre l’ombre et la lumière, telle que le poète la développera dans la Légende des siècles.

Il peut être apprécié aussi dans son contexte, celui de la promotion du drame romantique.
Ici il y a Eschyle, poète tragique grec considéré comme le créateur de la tragédie et mangeaille, terme dépréciatif de manger.
Ainsi Rabelais serait le créateur d'une tragédie bouffonne qui traiterait des débordements de la table. Qu'est-ce qui est le plus important Eschyle ? Ou mangeaille ? Dans le premier cas, ce serait la nouveauté du sujet et du style qui serait mise en valeur ; dans le second cas, la trivialité et le burlesque…
Notons enfin qu’Hugo doit y reconnaître une des lignes de force du drame romantique qu'il défendait dans la préface de Cromwell : le mélange des genres. Dans cette préface, en même temps qu'il y combat les « deux unités » (temps et lieu), qu'il défend le mot propre et la couleur locale, Hugo affirme que le drame tel qu'il n'existe pas encore en France en 1827 a pour lui une tradition : celle d'une contre-culture, populaire et grotesque, qui « s'épanouit au XVIe siècle avec trois Homère grotesques, Rabelais, Shakespeare, Cervantes ».
Enfin, dans la préface de Ruy Blas, il va reprendre son anthropologie ternaire : « La foule demande au théâtre des sensations , la femme, des émotions ; le penseur, des méditations. Tous veulent un plaisir ; mais beaucoup, le plaisir des yeux ; celles-là, le plaisir du coeur ; les derniers, le plaisir de l'esprit. » Il affirme que seul le drame romantique est en mesure de satisfaire ces trois natures dans leurs besoins en particulier par l’alliance du comique et du tragique.
Je te remercie infiniment, et désolé pour l'erreur :/
Un grand merci.