Meursault : victime ou criminel ?

Littérature

25 réponses · Page 1 / 2

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Je viens de terminer la lecture de l'Étranger de Camus (Oui, je commence seulement à m'intéresser à la littérature française).
Malgré les opinions négatives envers Meursault, personnellement, je trouve qu'il est quand même victime dans ce livre, vous ne trouvez pas ?
Par exemple, ce n'est pas parce qu'il ne pleure pas à l'enterrement de sa mère qu'il est forcément sans coeur ou insensible.
Mais d'un côté, cette histoire du soleil qui lui tape sur le visage et qu'il la obligé a tirer sur l'Arabe ne me pas convaincue !

Bref, je voudrais savoir si vous pensiez comme moi ou pas. Si vous étiez présents à son procès, vous auriez défendu ou accusé Meursault ?
ça fait longtemps que j'ai lu l'étranger, et je vais laisser d'autres répondre plus précisément ; mais face à ton post, j'avais envie de réagir. Je pense qu'il ne faut pas forcément réfléchir à l'histoire sur ce degré-là : ce n'est pas une enquête policière, et l'histoire du soleil qui tape ne sert pas juste à légitimer son geste ; c'est aussi un moyen de créer une image forte, poétique, symbolique.
Camus a aussi écrit Le mythe de Sysiphe, que je connais mieux : le mythe de Sisyphe raconte l'histoire de cet homme qui est condamné à rouler un rocher jusqu'en haut d'une colline. Arrivé en haut, le rocher dévale la colline de l'autre côté, et Sisyphe doit recommencer. L'absurdité du monde ; l'homme déterminé par sa condition d'être humain…
je me trompe peut-être, mais je crois qu'il faut porter un regard plus général sur le roman, et chercher à voir ce que l'auteur a voulu dire sur la condition humaine.
Il est vrai qu'à travers L'Etranger, Camus a cherché à montrer l'absurde. Meursault ne trouve aucun sens à la vie, mais doit-on trouver un sens à la vie pour pouvoir l'apprécier? En voyant Meursault subvenir aux besoins de son corps (lorsqu'il se trouve dans la salle d'audience et qu'il ne pense qu'à la chaleur étouffante, ou avec le soleil), je me suis dit qu'il était assez spécial, il ne prend pas assez (ou trop?) de recul par rapport aux situations et surtout celles où son physique souffre.
Je pense que si j'étais à son procès j'aurais une vision neutre de lui, il ne m'inspire ni haine ni compassion. Je le comprends dans le sens où il souhaite trouver un sens à sa vie mais en même temps, je pense que le but de l'homme est de découvrir les gens, de nouvelles choses, de s'ouvrir au monde et de partager. J'ai l'impression que toutes ces choses passent à côté de Meursault (ou l'inverse) et c'est cela que je trouve dommage même si je suis tout à fait d'accord dans le fait que Camus a fait le personnage de cette façon pour transmettre un message.
J'ai étudié ce livre cette année avec le roman et j'ai 5textes sur lui pour l'oral de français.
Comme beaucoup, lors de ma première lecture, je me suis clairement dis: "c'est quoi ce type !"
Puis les analyses en cours m'ont incroyablement aidé (normal 🙂 ) et j'ai franchement été convaincu.
J'ai notamment comme texte a l'oral le passage où Meursault "tue" l'arabe.
Notre professeur nous a très bien expliqués que Meursault est victime lors de cette scène, relis le passage, tu verras bien qu'il ne tue pas, mais il subit tout au long de scène.
Par exemple il ne tire pas mais Camus utilise "la gâchette a cédé".
L'importance du soleil est aussi fondamental, il subit ce soleil parallèlement au début du roman lorsqu'il assiste à l'enterrement de sa propre mère.
Meursault ne veut pas tuer l'arabe, il est entraîné.
Quand au but de l'Homme comme tu dis, Meursault lui reste lui même et ne se conforme pas aux autres, il ne "joue" pas, il est d'une incroyable logique.
Logique, c'est je crois un caractère fondamental du personnage, logique à l'extrême même.
Il ne se conforme point au système des hommes, et reste absurde, c'est à dire que la vie de l'homme n'a pas de but précis.
Meursault est opposé a la société des hommes, il est à part, il ne fait pas comme eux, il ne fait pas semblant et reste logique: cela est manifesté par les mots, toujours juste et jamais utilisé à torts et à travers.
Il est simple, il aime la nature (la plage, les étoiles ds le dernier texte, camus parle de la "terre" au sens propre).
Il se fie à des composantes élementaires, obejectives et incontestable (la nature, la terre, les émotions) opposés aux valeurs de l'homme,corrompues, fausses et totalement subjective où l'on est obligé de "jouer" (la religion, le mariage, le tribunall)et de perdre une certaine logique chère au personnage.

Bon je me suis un peu enflammé mais c'est pour le bac de français 😜
Meursault est selon mon point de vue un criminel, le style de Camus nous laisse croire le contraire mais il ne faut pas s'y méprendre. Meursault est tout de même bien conscient de ces faits et gestes, et il ne vas pas voir l'arabe innocemment, c'est prémédité..
Bien entendu cela reste un point de vue strictement personnel.
Meursault est un éternel innocent, naïf et candide. Il est gouverné par ses sens, il a un rapport sensuel aux choses. C'est pour cela qu'il a tué, il a tué car le soleil, la chaleur l'attaquaient. Il n'est pas coupable.
De plus, il refuse tous les codes sociaux, le théâtre social, les illusions du monde absurde. C'est pourquoi au début de la deuxième partie, il refuse d'entrer dans l'univers du mensonge de la justice partiale. Il refusera toujours de jouer un rôle social.
Aleksander a écrit :Meursault est selon mon point de vue un criminel, le style de Camus nous laisse croire le contraire mais il ne faut pas s'y méprendre. Meursault est tout de même bien conscient de ces faits et gestes, et il ne vas pas voir l'arabe innocemment, c'est prémédité..
Qu'est-ce qui permet de dire ça? C'est un livre, le personnage n'existe pas en dehors de ce que l'auteur nous en montre. Si Camus ne lui prête pas d'intentions criminelles, alors c'est qu'il n'en a pas.

Sinon, personne n'a songé que, par le biais de l'absurde, Camus se livrait à un réquisitoire contre la peine de mort?
Alph a écrit :Sinon, personne n'a songé que, par le biais de l'absurde, Camus se livrait à un réquisitoire contre la peine de mort?
Je ne suis pas convaincue que l'on puisse dire cela de Camus et de son œuvre L'Etranger. Camus tente d'expliquer à travers ce "roman" que le monde est absurde, les gens se laissent bercer par leurs illusions. Pour lui, rien n'a plus d'importance que quelque chose d'autre, rien n'a plus de valeur. Camus tente d'expliquer que tous les hommes sont condamnés à mort, donc toutes les vies se valent, la vie n'a aucun sens, l'existence est dérisoire. Donc je ne pense pas que Camus critique ici la peine de mort. Il critique les sociétés (conventions sociales et morales, rôles théâtraux…), la justice (mensonge, injustice…), l'institution judiciaire (comédie, jeu de rôles…) mais il n'est, à mon avis, pas question d'accuser la peine de mort : tout le monde est condamné à la peine de mort.
Aleksander a écrit :Meursault est tout de même bien conscient de ces faits et gestes, et il ne vas pas voir l'arabe innocemment, c'est prémédité..
C'est faux, Aleksander. Rien n'était prémédité dans ce "meutre". Le seul adversaire de Meursault est le soleil. Ce héros absurde agit instinctivement, tel un animal. Il se sent agressé par son ennemi et se défend. Bien sûr, il se rend vite compte qu'il a tué un homme, mais il est innocent, ce n'était pas l'Arabe contre qui il tentait de se défendre.

Le meurtre de l'Arabe est le résultat d'un "malentendu". Camus nous fait passer le message que parfois, l'existence humaine bascule dans la tragédie à cause de malentendus insignifiants : la vie est fragile, rien n'est acquis.
Je maintiens ma position, alors pourriez vous m'expliquer pourquoi Meursault emprunte un revolver, et va à l'encontre de l'arabe tout juste après son altercation avec celui-ci ?
Je suis d'accord que Meursault ne correspond a aucun critère sociale, aucun archétype et qu'il est gouverné par ses sens.
Cependant on ne peut nier sa préméditation. Vous m'excuserez de mon entêtement mais je persiste à croire qu'il est bel et bien coupable.
N'avez vous jamais envisagé que c'est le style camussien qui nous range du côté de Meursault et qui altère notre jugement ?

Cordialement Aleksander
J'ai étudié cette œuvre au cours de l'année, Aleksander. Je vous parle en connaissance de cause. Meursault n'a pas "emprunté" un revolver, il a pris celui de Raymond, comme pour éviter que ce dernier ait un problème. De plus, il ne va pas en l'encontre de l'Arabe, il se promenait sur la plage, le soleil et la chaleur sont devenus menaçants (toutes les métaphores concernant la douleur, les sensations, le combat le prouvent), et c'était une lutte contre ces éléments, un combat épique donc qu'il menait. Il voyait la source au loin, et désirait s'y reposer, pour échapper au soleil. S'en approchant, il fit un pas en avant, qui fut (mal) interprété par l'Arabe comme une offensive. Ce dernier sortit son couteau de sa poche, le soleil s'y reflétait et atteignit le front douloureux de Meursault tel une arme le blessant : il en conclu que l'Arabe était du côté ennemi, du soleil. Instinctivement, son doigt se pressa sur la gâchette du revolver de Raymond. Quatre coups (il y a d'ailleurs une métaphore très bien faite à la fin de ce chapitre comparant ces quatre coups tirés aux quatre coups sur la porte du malheur). J'ai écrit ce court résumé pour vous dire que Meursault n'est pas coupable (bien sûr, il a tué un homme et il en conscient), le meurtre de l'Arabe n'était en aucun cas prémédité.

En quoi le style de Camus nous forcerait-il à nous ranger du côté de Meursault ? Son écriture, pour ce livre, est extrêmement dépouillée, dénuée de sentiments, objective en tout point. Pourquoi donc serions-nous poussés à compatir et à innocenter Meursault ?

Je pense que Camus nous montre un héros absurde qui bascule dans la tragédie à cause d'un malentendu insignifiant.
Je me suis mal fais comprendre, je voulais dire que Camus nous fais ranger du côté de Meursault. Enfin cela fait beaucoup de coïncidence à mon goût. Ceci dit je n'ai pas vraiment étudier le passage à fond alors je vais me ranger de votre avis, cependant une dernière question me turlupine: Pourquoi avoir tiré quatre fois de plus sur l'arabe, c'est cela que je trouve intriguant et qui me laisse croire que Meursault a l'âme d'un criminel.

Bonne soirée à tous, demain le baccalauréat l'adrénaline monte.

Cordialement Aleksander
Je prends note de cet échange. Ce qui a été avancé à l'encontre de mon hypothèse sur la peine de mort est intéressant et pertinent. Il est vrai que la sentence n'est ici qu'un engrenage absurde parmi tant d'autres.

Le débat sur la culpabilité de Meursaut est lui-même frappé d'une absurdité; ce serait comme d'opposer quelqu'un qui veut à tout prix donner du sens (et donc supposer des motivations) à quelqu'un qui n'en voit aucun. Il est difficile de trancher.
Mais enfin il s'agit quand même d'un Français qui va tuer un Arabe sur la plage en Algérie, un Arabe qui ne l'a absolument pas provoqué…
Allez discuter de ce roman dans les pays d'Afrique du Nord, n'importe qui vous dira que ce roman est raciste, voire colonialiste. Meursault vit dans un monde de Blancs, et au premier Arabe qu'il rencontre, il le tue… ne peut-on pas voir ça comme l'image la plus puissante du racisme inconscient chez l'auteur blanc du 20è ?
Laura Palmer a écrit :un Arabe qui ne l'a absolument pas provoqué…
Meursault vit dans un monde de Blancs, et au premier Arabe qu'il rencontre, il le tue…
Je crois que tu n'a pas bien lu ce que j'ai écrit avant…
Laura Palmer a écrit :ne peut-on pas voir ça comme l'image la plus puissante du racisme inconscient chez l'auteur blanc du 20è ?
A cette époque, non, ce n'était vu comme cela, désolée. Aujourd'hui, ce serait interprété comme ça, oui.
Aleksander a écrit :Je me suis mal fais comprendre, je voulais dire que Camus nous fais ranger du côté de Meursault.
Oui oui, j'avais bien compris, ne vous inquiétez pas 🙂.
Aleksander a écrit :cependant une dernière question me turlupine: Pourquoi avoir tiré quatre fois de plus sur l'arabe, c'est cela que je trouve intriguant et qui me laisse croire que Meursault a l'âme d'un criminel.
En effet, cette question est celle que tous les lecteurs "attentionnés" se posent, c'est une question qui reste en suspend, on ne le saura jamais. C'est vrai que c'est intrigant. Mais Meursault n'en est pas pour autant un criminel.
Alph a écrit :ce serait comme d'opposer quelqu'un qui veut à tout prix donner du sens (et donc supposer des motivations) à quelqu'un qui n'en voit aucun. Il est difficile de trancher.
Que voulez-vous dire ? Je n'ai pas très bien saisi, désolée
Titigoth a écrit :
Laura Palmer a écrit :un Arabe qui ne l'a absolument pas provoqué…
Meursault vit dans un monde de Blancs, et au premier Arabe qu'il rencontre, il le tue…
Je crois que tu n'a pas bien lu ce que j'ai écrit avant…
Euh si, merci. Les explications sur l'Arabe qui a sorti le couteau (quoi de plus naturel quand on voit un Blanc arriver sur la plage et investir ton espace vital - revoyez la notion de proxémique) me semblent tirées par les cheveux, et ce n'est pas faute d'en avoir lu des dizaines. J'ai moi-même lu le roman une bonne dizaine de fois, donc pas la peine de prendre ce ton de donneur de leçons.
Titigoth a écrit :
Laura Palmer a écrit :ne peut-on pas voir ça comme l'image la plus puissante du racisme inconscient chez l'auteur blanc du 20è ?
A cette époque, non, ce n'était vu comme cela, désolée. Aujourd'hui, ce serait interprété comme ça, oui.
Ah, parce qu'il y a une époque particulière pour le racisme ?! Tuer un Arabe sans raison en 42, c'est pas raciste, mais en 08 ça le serait ?!
Les Maghrébins considèrent ce roman comme raciste depuis sa sortie… tout dépend aussi des valeurs qu'on a dans le crâne. Et malheureusement, force est de constater que la majorité des gens nient complètement une réalité qui pourtant crève les yeux (un Blanc tue un Arabe, de quatre coups de revolver - lorsqu'il s'agit d'un accident, on ne tire qu'une fois -, alors que l'Arabe en question n'avait lui qu'un petit couteau… et tout cela se passe, évidemment, en terre colonisée) simplement parce que Camus est l'image-même de l'intellectuel de gauche, qu'on veut absolument idéaliser.
Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi il n'y a jamais de personnages Arabes dans ses romans ? Pas un Arabe dans L'ETRANGER ou LA PESTE, deux romans situés en Algérie…
Titigoth a écrit :
Alph a écrit :ce serait comme d'opposer quelqu'un qui veut à tout prix donner du sens (et donc supposer des motivations) à quelqu'un qui n'en voit aucun. Il est difficile de trancher.
Que voulez-vous dire ? Je n'ai pas très bien saisi, désolée
Je voulais dire que quand on cherche à responsabiliser un individu, on y parvient toujours. On s'évertue à lui donner des motivations - qu'il n'avait peut-être pas. Ceci est valable pour la vie quotidienne. A l'inverse, dans l'optique de l'absurdité, les mêmes faits et gestes semblent immotivés, ils ne sont pas le produit d'une conscience "engagée", mais d'une simple contingence.

Sinon, la polémique sur le racisme a ceci d'embêtant qu'elle vous renvoie bêtement dos à dos selon le modèle "discours du colonisateur" vs "discours du colonisé". Et je ne suis pas sûr de choisir ici le discours du colonisé: on peut évidemment relever l'indifférence de Meursault à l'égard de l'arabe, mais comme celle-ci frappe indistinctement toute chose et toute vie, elle ne nous renseigne pas davantage sur le racisme éventuel de l'œuvre. Son indifférence n'est pas exclusive, comme l'est le racisme. L'attitude raciste suppose un positionnement très ferme des valeurs (même si elles sont exécrables), or le propre de Meursault est de ne pas en avoir. La raison qui a poussé Camus à prendre pour cadre une Algérie peuplée de blancs et à faire tuer l'arabe par son personnage est à trouver ailleurs. Peut-être a-t-il été tenté de mettre en scène la cruelle indifférence de l'européen face à qui dépend de lui (en l'occurrence une colonie). Peut-être aussi a-t-il simplement représenté le paysage de son enfance (famille blanche en Algérie).

En général, ce genre de discussion finit par l'étalage de la mauvaise foi du colonisateur et, de l'autre coté, par l'épanchement d'une basse idéologie victimaire… Souhaitons que cela ne tourne pas vinaigre😉
Laura Palmer a écrit :J'ai moi-même lu le roman une bonne dizaine de fois, donc pas la peine de prendre ce ton de donneur de leçons.
Je le répète, j'ai étudié ce livre cette année, donc si tu penses mieux le connaitre que ma prof de français, c'est ton affaire. En quoi ais-je pris un ton de donneur de leçons ?
Ah, parce qu'il y a une époque particulière pour le racisme ?! Tuer un Arabe sans raison en 42, c'est pas raciste, mais en 08 ça le serait ?!
Bien sûr que non, le racisme a toujours existé, je n'ai pas voulu dire qu'à l'époque, il n'y en avait pas.
Les Maghrébins considèrent ce roman comme raciste depuis sa sortie… tout dépend aussi des valeurs qu'on a dans le crâne.
Des valeurs qu'on a dans le crâne ? Que veux-tu dire ? Que je suis raciste peut-être ? Si c'est le cas, tu jugent les gens bien vite et bien mal…
Et malheureusement, force est de constater que la majorité des gens nient complètement une réalité qui pourtant crève les yeux (un Blanc tue un Arabe, de quatre coups de revolver - lorsqu'il s'agit d'un accident, on ne tire qu'une fois -, alors que l'Arabe en question n'avait lui qu'un petit couteau… et tout cela se passe, évidemment, en terre colonisée) simplement parce que Camus est l'image-même de l'intellectuel de gauche, qu'on veut absolument idéaliser.
Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi il n'y a jamais de personnages Arabes dans ses romans ? Pas un Arabe dans L'ETRANGER ou LA PESTE, deux romans situés en Algérie…
En effet, le fait que Meursault ait tiré quatres fois sur l'Arabe n'a pas d'explication. J'ai déjà expliqué l'histoire du couteau précédemment.
Oui, peut-être que tout le monde cherche à idéaliser Camus, mais penses-tu que, s'il était "raciste", il aurait écrit ce passage ? Cela aurait paru justement "trop raciste". Pourquoi ferait-il de la discrimination alors qu'il a grandi en Algérie (colonisée, j'en conviens, donc peuplée aussi de Blancs) ?
Je n'ai pas de réponse à ta question ("Ne t'es-tu jamais demandé pourquoi il n'y a jamais de personnages Arabes dans ses romans ?"), en effet, je ne me suis moi-même jamais vraiment posé la question (car il me semble évident que Camus n'est en aucun cas "raciste").
Alph a écrit :Je voulais dire que quand on cherche à responsabiliser un individu, on y parvient toujours. On s'évertue à lui donner des motivations - qu'il n'avait peut-être pas. Ceci est valable pour la vie quotidienne. A l'inverse, dans l'optique de l'absurdité, les mêmes faits et gestes semblent immotivés, ils ne sont pas le produit d'une conscience "engagée", mais d'une simple contingence.
D'accord, je comprends mieux, merci !
on peut évidemment relever l'indifférence de Meursault à l'égard de l'arabe, mais comme celle-ci frappe indistinctement toute chose et toute vie, elle ne nous renseigne pas davantage sur le racisme éventuel de l'œuvre. Son indifférence n'est pas exclusive, comme l'est le racisme. L'attitude raciste suppose un positionnement très ferme des valeurs (même si elles sont exécrables), or le propre de Meursault est de ne pas en avoir.
Tout à fait ! Mais pour Laura Palmer, non, le vilain Camus, reconnu comme grand écrivain de l'absurde et de l'existentialisme, résistant de la Seconde Guerre Mondiale, politiquement engagé, est un raciste !
Souhaitons que cela ne tourne pas vinaigre😉
Je m'arrêterai dans le discussion si cela en arrive là ! Aucun intérêt à débattre dans ces conditions !
j'ai pas eu le temps de lire toutes les réponses précédentes, mais dire que Camus est raciste est comment dire …. complètement absurde ?
Camus est un véritable amoureux de l'Algérie. Il suffit de lire "les Noces" ou il inscrit son amour pour Tipassa dans l'éternité etc. De plus pour ceux qui ont lu le livre, le fait de vivre parmis les blancs dans des villes comme Paris, qu'il considère d'ailleurs comme une cité de tristesse et grise, lexcècre Meursault. On voit ca au moment ou Marie le demande en mariage.
Dans tous les cas, il est très ridicule et infondé de dire que Camus est raciste.

Enfin, je crois qu'à un moment quelqu'un disait que Meursault était candide. Je ne crois pas, au contraire s'il veut monter à l'échafaud sous "des cris de haine", c'est parce-qu'il a accédé à la connaissance. Il méprise à la fin du roman les hommes, car il les trouve plutôt stupide de ne pas savoir que la vie est absurde (au sens philo du terme). Aussi, le fait de dire que Meursault a commandité le meurtre est un peu déconcertant. Au contraire, comme Meursault est un sensuel (très lié au soleil, aux différents éléments), et que ses sens sont brouillés dans la fin de la 1ere partie, il est victime du soleil, qui pourrait à mon sens symboliser la société. C'est une forme de tragédie…

Voilà, je m'excuse de ma réponse qui n'est pas du tout organisé, mais j'avais envie de dire quelque-chose qui pourrait ammener certains à voir qui est vmt Meursault.

A+
Titigoth a écrit :
Laura Palmer a écrit :J'ai moi-même lu le roman une bonne dizaine de fois, donc pas la peine de prendre ce ton de donneur de leçons.
Je le répète, j'ai étudié ce livre cette année, donc si tu penses mieux le connaitre que ma prof de français, c'est ton affaire.
Si tu veux aller par là, c'est un prof de fac de Lettres Modernes, qui m'a donné sa vision de L'ETRANGER en licence. Et qui nous a expliqué que personne ne s'interroge jamais sur le fait qu'un Blanc tue un Arabe, dans un roman où les personnages arabes sont inexistants.
Par ailleurs, je n'ai jamais dit que Camus était méchant, j'ai juste dit qu'il avait dans la tête un schéma de société où les Arabes n'étaient pas des êtres humains au même titre que les autres. Et qu'en ce sens, il a certes planté le décor de ses romans an Algérie car il aime ce pays, mais pour lui, il n'y a que des Français en Algérie, pas d'Algériens.
Faut pas oublier qu'on est 20 ans avant la décolonisation… à l'époque, pour tout le monde, même pour l'engagé de gauche qu'était Camus, l'Algérie était française, point barre.
Je ne nie pas qu'il y a une autre interprétation, sur l'absurde du monde, etc etc. Etant moi-même enseignante (et oui…), j'ai vu LA PESTE avec mes élèves, ai parlé de L'ETRANGER, et je pense les connaître plutôt bien.
Maintenant j'ai juste envie que certains s'interrogent sur ce qu'ils lisent… on ne se pose jamais la question de savoir si les présupposés idéologiques d'un auteur sont les mêmes que les nôtres. Et je n'ai jamais voulu te traiter de raciste, je voulais simplement te montrer que comme on t'a toujours dit que Camus était un intellectuel de gauche, tu ne t'es jamais dit qu'il pouvait éventuellement être raciste. Et comme tu es un Blanc en France, lire un roman où un Blanc tue un Arabe en Algérie ne te choque pas - et ça ne me choquait pas, moi non plus, avant que je connaisse ce prof qui nous a fait découvrir L'ETRANGER sous un autre jour. Alors qu'à l'inverse, un Arabe qui lit Camus voit tout de suite du racisme dans ses écrits…
Bref là-dessus je m'arrête, je vois que vous prenez très mal ce que je dis, ce qui est très dommage. En tout cas la thèse de L'ETRANGER comme roman colonialiste n'est pas de moi, mais existe bel et bien, et est enseignée dans de nombreuses facultés de lettres. A bon entendeur…
personnellement, je trouve l'analyse de Laura tres intéressante et nouvelle, je ne voyais pas l'Etranger sous ce jour, et c'est aussi a remettre dans un certain contexte

mais j'aimerais tout de meme poser une question: Laura, est ce que tu ne te serais pas trop faîte influencer par ton professeur? parce que tout meme, en depit de cette analyse fort plausible, la façon dont tu la présentes peut rencontrer des points de critique, et la mauvaise compréhension de ta these par les lecteurs est à mon sens justifiée
et même question pour Titigoth, ca vous arrive de vous dire que les profs de lettres ne sont pas la science infuse et que VOUS avez aussi une reflexion propre et personnelle?
ça n'engage que moi, mais beaucoup de ce que j'ai lu sur les analyses de l'etranger en premiere page, notamment le fait que Camus dénonce les gens bercés par les illusions m'a tout l'air d'être un cour recraché


quant au sempiternel débat coupable/innocent, je trouve qu'il est plutot absurde de vouloir déterminer de quel côté penche la balance. c'est justement cela la force du bouquin: ce dilemme structure le personnage de Meursault
et en ce qui concerne le fait que Camus innocente totalement son personnage, il ne faut pas exagèrer non plus. non mais attendez , imaginez une seconde que vous êtes juge, et que l'accusé vous dit "j'ai tiré parce que j'avais le soleil dans les yeux"' et vous y croyez une seconde?

ce n'est pas pour rien qu'on qualifie la littérature camusienne d'absurde: cet argument est parfaitement absurde (dans les deux sens du terme, c a d , à la fois "discordant" et sans aucun sens, et donc sans poids), tout comme la question posée 'coupable/innocent'

c'est un peu comme si on se demandait si oedipe est coupable ou victime du destin