Bonjour,
Je n'ai pas mieux, comme garantie à la pertinence de mes remarques.
Mais quelque chose me dit que ce plan _ où figurent nombre de remarques intéressantes et des exemples que je n'aurais pas pu mieux choisir moi même (attention le coup de l'or et de la boue ce n'est pas Baudelaire, c'est Balzac !!!^_^') ce plan ne demande qu'à être approfondi et traité de manière à décliner véritablement toutes les implications du sujet.
Tu as fort bien fait d'évoquer dans la première partie l'idée d'harmonie comme critère de référence du "beau" et du "non beau". Si elle est sujet à caution dans un débat, elle est parfaitement légitime ici et se justifie : un poème c'est un travail sur la forme, un travail d'harmonisation du discours pour susciter dans le lecteur l'impression du beau, de l'achevé c'est à dire d'une forme impérissable. Mais il n'est pas question ici de
forme, mais d'i
nspiration. Par définition, une "source" d'inspiration est un matériau de base : elle n'entre en rien dans l'exécution technique qui constitue le travail de mise en forme du poète. Une source d'inspiration n'est donc en rien obligée au beau. Commencer par parler de forme dans un tel devoir, c'est déjà frôler l'hors sujet _ un jeu dangereux. Tandis qu'admettre d'emblée le schisme entre matières brutes, thème, motif du poème (ou je ne sais quelle expression l'éducation nationnale a décidé de trouver à la mode cette année), et son exécution finale, achevée, contrainte à certaines exigences d'harmonie et de rhétorique, te permettra de libérer le champs à une réflexion différente, dotée d'un peu plus de recul.
Car ton plan pour bon qu'il soit, colle trop à mon goût au modèle thèse anti-thèse synthèse des deux et va pour le juste milieu; tandis que tu m'as l'air doté d'assez de pertinence pour trouver mieux et pénétrer plus avant ton problème. Je ne peux naturellement pas le faire à ta place. Je ne peux que t'aider à visualiser les différentes directions de réflexion qu'ouvre un tel sujet.
Par exemple les sources d'inspiration. Le terme a été laissé vague à dessein : il FAUT le creuser. Que sont-elles, d'où nous viennent elles et dans quelle mesure elles imprègnent un poème? Un poème est forcément hors du temps, hors de la vie : il ne vieillit pas, il ne se dégrade pas : la Marie de Ronsard est pour toujours immortelle et immaculée : tandis que la
vraie Marie vivante, celle à qui le poète consacrait toutes ses pensées tous ses soupirs a dépéri, fané, déchu, elle était peut être dans la vie la plus insupportable raseuse qui soit. N'importe : elle a INSPIRE le joyau de l'oeuvre de la Pléiade, c'est à dire que sa triste et raseuse réalité a été transposée sur le mode beau et sous cette forme a gagné l'immortalité. La source d'inspiration c'est donc quelque chose de la vie réelle, changeante et ambigue, de la vie soumise aux interprétations, où les absolus n'existent pas; et auquel on S'ABREUVE, pour canaliser cette capacité de sublime que recèle chaque poète, pour y investir les absolus que l'on charrie en pure perte et qui sans ce réceptacle seraient aussi abstraits que les notions de beau et de non-beau.
Question : par définition, existe-t-il une réalité belle ou laide ?
Le beau, le laid, n'est ce pas la volonté du poète qui l'insuffle ?
si tu cherches de nouveaux exemples, un peu moins usités je te conseille d'aller voir du côté de DuBellay.
https://www.bonjourpoesie.fr/lesgrandsclassiques//lesgrandsclassiques/poemes/joachim_du_bellay/comme_un_qui_veut_curer_quelque_cloaque_immonde.html
J'ai en mémoire en outre, un sonnet qui serait l'illustration parfaite : l'exquis raffinement de la forme, mis au service de la laideur la plus prononcée : un sonnet décrivant partie par parties, amoureusement le corps de la dame _ laquelle s'avère être au moins une septuagénaire, décrépite et noircissante. Si j'arrive à retrouver un lien je le mettrai. (ô ma fichue mémoire)
La différence avec la charogne de Baudelaire ? Simple. La charogne de Baudelaire, si elle est laide, ouvre une réfléxion. La laideur sert à considérer l'ensemble de la vie, et la leçon finale que l'on en tire est que finalement, la beauté avec ce qu'elle comporte de charmant et d'attractif n'est pas très supérieure à la laideur. Elles "valent" autant, et il n'y a que le point de vue qui les envisage qui en fait la distinction. Le point de vue volontairement froid et observateur de Baudelaire ne distingue pas. Beauté et laideur sont logées à la même enseigne. finalement c'est un plaidiyer pour la relativité de ces deux choses.
Avec les sonnets de DuBellay, au contraire, le contraste est accusé, mis en lumière. C'est le triomphe du schisme entre beauté et laideur. Tout est périssable en ce monde, et la beauté deviendra laideur C'EST POURQUOI IL FAUT CELEBRER LA BEAUTE TANT QU'ELLE EST, et la fixer, dans un forme immortelle, le plus beau et le plus immortel des sonnets PARCE QUE LA BEAUTE EST SUPPERIEURE A LA LAIDEUR.
C'est donc moins la beauté et la laideur qui inspirent séparément et réciproquement, comme deux rivales qui se défient, que
leur réciprocité même. Elles ne sont pas rivales, elle ne se conçoivent pas séparément !!! Voilà encore un point qui pourrait constituer une partie : la beauté et la laideur sont elles séparables dans l'esprit du poète ? Evoquer l'une, n'est ce pas se permettre le droit d'appréciation sur l'autre? N'est ce pas les prendre ensemble quoiqu'il en soit ? ("Beau laideron" ! comme dit Rimbaud.)
rhâ ! j'ai retrouvé mon lien pour du Bellay :
https://www.bonjourpoesie.fr/lesgrandsclassiques//lesgrandsclassiques/poemes/joachim_du_bellay/o_beaux_cheveux_d_argent_mignonnement_retors.html
je crois que c'est vraiment à propos avec un sujet comme celui là. Sérieusement si tu as l'occasion de l'utiliser n'hésite pas : c'est quand même plus original que la charogne et les profs aiment l'originalité.
Dans l'effet inverse je te recommande celui ci :
https://www.bonjourpoesie.fr/lesgrandsclassiques//lesgrandsclassiques/poemes/arthur_rimbaud/mes_petites_amoureuses.html
antithèse du premier : où ici Arthur Rimbaud s'empare de toutes ces jolies mignonnes auxquelles, s'il était de la Pleiade il devrait rendre hommage, et qu'il traite de laiderons, de mochetées, qu'il enlaidit par la rudesse de sa langue et de sa forme. Ici la source d'inspiration est belle, et la forme la rend monstrueuse.
Enfin pour la question de la sublimation,
je te recommande vivement un poème issu de la légende des siècles de Victor Hugo
dans lequel il est illustré que la perfection de l'industrie poétique transforme le vulgaire en objet de pur rayonnement, tandis que l'inverse… enfin,, rien que pour la culture, lit-le :
[Lien invalide.]
voilà quelques refléxions qui peuvent t'aider à orienter différemment ta pensée. Le reste t'appartient bien sûr. Ce ne sont que des pistes et je te fais confiance pour les approfondir à ta manière. Par ailleurs je suis fatigué d'écrire. ^_^ tsssssst Pas sérieux tout ça !
il ne me reste encore qu' à te préciser que du temps de ma scolarité le plan en trois parties trois sous parties était apprécié et même requis. Je le crois un assez bon canevas, et je te recommanderai assez de ne pas t'en éloigner. Deux sous parties font un peu pauvre….
Bon courage !