Je pense que le plaisir de Salomé est de nature narcissique
Cette histoire est pleine de symboles qui s'enchevêtrent.
L'inceste, bien sûr, (qui plus est double !) : l'attirance d'Hérodiade pour son beau-frère et oncle, et celle de Hérode pour sa nièce. En premières noces, Hérodias avait épousé un autre oncle…
Bonjour,
Attention chez Laforgue, Salomé est la fille du Tétrarque, ce lien est nouveau car, dans la tradition, elle n'est que sa nièce, fille de son frère et sa petite-nièce, fille de sa femme elle-même sa nièce. Laforgue fait de Salomé une enfant gâtée.
Bonjour Jean-Luc
Lui dit-elle “mon père” dans le sens de père biologique ou d'époux de sa mère ? Et le personnage de Salomé me paraît plus subtil que celui d'enfant gâtée. En faire l'annonciatrice de la mort du Baptiste, par son aspect morbide, lui donne une coloration qui dépasse le simple caprice. Salomé apparaît à la fois comme une victime et comme une bacchante. Voici l'histoire du mythe de Salomé
Le mythe de Salomé sera une source d'inspiration constante pour les peintres, les poètes et les musiciens occidentaux.
Hérode Antipas, tétrarque de Galilée, était le fils d'Hérode le Grand, le tyran qui avait ordonné le massacre des Innocents après avoir reçu les rois Mages. L'historien romain Flavius Joséphe décrit ce fils comme un souverain paisible. Selon la tradition chrétienne, il fera arrêter le prophète Jean-Baptiste qui dénonçait son adultère avec Hérodiade, l'épouse de son propre frère. L'Evangile selon Saint Luc (III, 19-20) rapporte ainsi l'événement :
Mais Hérode, le tétrarque, prouvé coupable par lui au sujet d'Hérodiade, la femme de son frère, et de tous les méfaits qu'Hérode avait commis, ajouta encore à tous celui de faire enfermer Jean en prison.
Flavius Joséphe nous apprendra que le roi craignait davantage le rôle de meneur de Jean, qui rassemblait des foules toujours plus nombreuses et menaçait son pouvoir. Le prophète sera enfermé dix mois. Hérode, qui viendra souvent s'entretenir avec son prisonnier, trouvera dans ces entretiens un étonnant mélange de plaisir et de perplexité. Jean-Baptiste suscitera la haine d'Hérodiade en condamnant sa conduite au nom de la loi juive qui interdisait d'épouser la femme de son frère. Cette dernière, petite-fille d'Hérode le Grand, était à la fois la nièce d'Hérode Antipas et sa belle-soeur. Pour l'épouser, le tétrarque avait dû non la faire divorcer répudier sa propre femme.
Le prophète sera décapité aux alentours du mois de mars 29, dans la citadelle de Machaerous, au bord de la Mer Noire. L'épisode de la décollation de Jean-Baptiste, comprenant le récit de la danse de Salomé, est mentionné que par deux des quatre évangélistes, Matthieu et Marc.
"En ce temps-là, le tétrarque Hérode apprit la renommée de Jésus et dit à ses familiers : "C'est Jean-Baptiste ! Il est ressuscité des morts ; voilà pourquoi se manifeste en lui le pouvoir des miracles". (Matthieu XIV, 1-12)"
Hérode fera arrêter Jean à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe ; car Jean lui disait : "Il ne t'est pas permis de l'avoir pour femme".
La fille d'Hérodiade, invitée à danser au cours de l'anniversaire d'Hérode, séduira ce dernier qui s'engagera par serment à lui donner tout ce qu'elle demanderait. Elle répondit, à l'instigation de sa mère: "Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste". Le roi, attristé, ordonnera de décapiter Jean dans sa prison. Sa tête sera apportée sur un plat à la jeune fille, qui l'apportera à sa mère. Les disciples de Jean enseveliront le cadavre et l'ensevelirent, puis informeront Jésus. Le nom de Salomé n'est pas mentionné dans le récit de Matthieu.
"Le roi Hérode entendit parler de Jésus, car son nom était devenu célèbre, et l'on disait : "C'est Jean-Baptiste ressuscité d'entre les morts ; voilà pourquoi se manifeste en lui le pouvoir des miracles". D'autres disaient : "C'est Elie". D'autres encore : "C'est un prophète comme les autres prophètes". Entendant ces mots, Hérode disait : "C'est Jean que j'ai fait décapiter. Il est ressuscité".
En effet, Hérode avait fait arrêter Jean, l'avait fait charger de chaînes et jeté en prison, à cause d'Hérodiade, la femme de son frère Philippe, qu'il avait épousée. Car Jean disait à Hérode : "Il ne t'es pas permis d'avoir la femme de ton frère". Ainsi Hérodiade le haïssait-elle et elle aurait bien voulu le faire mourir, mais elle ne le pouvait pas, car Hérode craignait Jean, sachant que c'était un homme juste et sain, et il le protégeait. Quand il l'avait entendu, il restait fort perplexe, et cependant il l'écoutait avec plaisir.
Mais vint un jour propice, lorsque Hérode, pour son anniversaire, donnait un banquet à ses dignitaires, à ses officiers et aux notables de Galilée. La fille d'Hérodiade entra, dansa et plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit alors à la jeune fille : "Demande-moi ce que tu voudras et je te le donnerai". Et il lui en fit serment : "Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, fût-ce la moitié de mon royaume". Elle sortit donc et dit à sa mère : "Que dois je demander ?". Celle-ci répondit : "La tête de Jean-Baptiste". En toute hâte, elle revint auprès du roi et lui fit cette demande : "Je veux qu'à l'instant tu me donnes sur un plat la tête de Jean-Baptiste". Le roi fut contristé, mais à cause de son serment et des convives, il ne voulut pas refuser. Et aussitôt il envoya un garde avec l'ordre d'apporter la tête de Jean. Celui-ci alla le décapiter dans sa prison, puis il apporta la tête sur un plat, la donna à la jeune fille et la jeune fille la donna à sa mère. A cette nouvelle, les disciples de Jean vinrent prendre son cadavre et le mirent au tombeau. (Marc VI, 14-29)"
Cet épisode semble avoir partiellement été inspiré par les récits des chroniqueurs romains. Flavius Joséphe, l'historien du peuple juif qui sera le premier à nommer Salomé, évoquera l'exécution en la présentant comme un crime politique.
Salomé, fille d'Hérodiade et de son premier époux Hérode Philippe, épousea son oncle Aristobule III, tétrarque de l'Iturée, puis le roi de la Petite Arménie, qui lui donna trois garçons. Décédée en 72, elle devait être très jeune au moment de la décapitation de Jean Baptiste.
Les historiens estiment qu'il semble improbable qu'une princesse ait pu danser seule devant un banquet d'hommes. Les usages de la cour de Galilée devaient proscrire de telles pratiques. Renan affirmera, dans sa Vie de Jésus, que la danse avait un caractère "qu'on ne considère pas en Syrie comme messéante à une personne distinguée".
Le mythe de Salomé semble être l'oeuvre des Pères et des Docteurs de l'Eglise qui mettaient ainsi en garde les croyants contre les effets pervers de la danse et de la séduction féminine. Salomé devaient, à leurs yeux, apparaître impudique, cruelle et lascive. Saint Ambroise, l'un des grands moralistes chrétiens du IVème siècle, précisera que la danse dévoilait "les parties de son corps que les moeurs apprennent à cacher".
Les auteurs germaniques enrichiront le mythe, au XIXème siècle, de l'amour de Salomé pour Jean-Baptiste et du scandaleux baiser à la tête coupée. Oscar Wilde inventera ensuite l'expression de la Danse des sept voiles.
(Insecula)
Bonsoir Léah,
Je regrette d'insister, mais dans cette moralité, Salomé est la fille excentrique et gâtée du Tétrarque Émeraude-Archetypas. Il n'est point question d'Hérodias. Enfin Laforgue est dans le registre parodique. Vouloir interpréter ce texte comme une énième mouture du récit évangélique serait une erreur.
Comme quoi, à chacun sa lecture 🙂
(Il n'est pas besoin d'Hérodias pour voir le côté morbide de l'apparition de Salomé, souligné par de nombreuses images)
Le comportement morbide de Salomé est indéniable. Laforgue se moque, au travers de ce personnage, des raffinements délétères du décadentisme…
Sans doute, mais est-il impossible d'y voir un parallèle avec la mort prochaine du Baptiste et avec le Christ crucifié, aux pieds exsangues car cloués ?
Il est vrai que le https://www.laforgue.org/mora43.htm texte complet est beaucoup plus ironique que le passage à étudier, mais pour le commentaire, il faut s'en tenir au seul extrait proposé, où l'ironie n'est pas flagrante ; l'allusion à l'Alcazar ne permet pas facilement de comprendre qu'il s'agit d'un spectacle (Mais de quelle époque ? Laforgue laisse planer une ambigüité sur la scène, est-ce une représentation de l'histoire de Salomé ? Certains indices le confirment, notamment les montres que regardent les spectateurs ; il y a comme une confusion entre les spectateurs d'une scène moderne et ceux de l'événement à l'époque historique)
bonjour, je suis entrain de rédiger une lecture analytique sur ce texte écrit en 1887 de Laforgue, c'est le moment ou salomé entre. je dois en faire une lecture analytique mais je sèche complétement ,j'ai pu relevé des idées de parodie de la Salomé de Flaubert , il ironise , la tourne en dérision , en rajoute ( avec tout les adjectifs = texte bondé ect ) mais je n'arrive en aucun cas a formuler une problématique ainsi qu'un plan.. pensez-vous pouvoir m'aider à trouver quelques pistes ? je suis en première L et c'est une préparation de littérature . merci beaucoup
Et enfin voici qu'un silence s'élargit, comme un épervier à mailles pâles jeté aux soirs de grande pêche ; on se levait ; il paraît que c'était Salomé.
Elle entra, descendant l'escalier-tournant, raide dans son fourreau de mousseline ; d'une main elle faisait signe qu'on se recouchât ; une petite lyre noire pendait à son poignet : elle détacha du bout des doigts un baiser vers son père.
Et elle vint se poser, en face, sur l'estrade devant le rideau tiré de l'Alcazar, attendant qu'on l'eût contemplée de tout son coeur, s'amusant par contenance à vaciller sur ses pieds exsangues aux orteils écartés.
Elle ne faisait attention à personne. - Saupoudrés de pollens inconnus, ses cheveux se défaisaient en mèches plates sur les épaules, ébouriffés au front avec des fleurs jaunes, et des pailles froissées ; ses épaules nues retenaient, redressée au moyen de brassières de nacre, une roue de paon nain, en fond changeant, moire, azur, or, émeraude, halo sur lequel s'enlevait sa candide tête, tête supérieure mais cordialement insouciante de se sentir unique, le col fauché, les yeux décomposés d'expiations chatoyantes, les lèvres découvrant d'un accent circonflexe rose pâle une denture aux gencives d'un rose plus pâle encore, en un sourire des plus crucifiés.
Oh ! le céleste gentil être d'esthétiques bien comprises, la fine recluse des îles Blanches ésotériques !…
Hermétiquement emmousselinée d'une arachnéenne jonquille à pois noirs qui, s'agrafant çà et là de fibules diverses, laissait les bras à leur angélique nudité, formait entre les deux soupçons de seins aux amandes piquées d'un oeillet, une écharpe brodée de ses dix-huit ans et, s'attachant un peu plus haut que l'adorable fossette ombilicale en une ceinture de bouillonnés d'un jaune intense et jaloux, s'adombrait d'inviolable au bassin dans l'étreinte des hanches maigres, et venait s'arrêter aux chevilles, pour remonter par derrière en deux écharpes flottant écartées, rattachées enfin aux brassières de nacre de la roue de paon nain en fond changeant, azur, moire, émeraude, or, halo à sa candide tête supérieure ; elle vacillait sur ses pieds, ses pieds exsangues, aux orteils écartés, chaussés uniquement d'un anneau aux chevilles d'où pleuvaient d'éblouissantes franges de moire jaune. https://blog.crdp-versailles.fr/1eres4michelet/public/Salome/texte_3_Laforgue.pdf
Bonjour aacc,
Je suis exactement dans le même cas de figure que toi, je dois rédiger une lecture analytique complète et je peine pour trouver un plan et une problématique. Enfin si, j'en ai une mais je ne sais pas du tout si elle est bien: Comment Laforgue brosse-t-il dans son poème un portrait de Salome a la fois splendide et ridicule? Ce qui ouvre le texte à une certaine dualité.