Ionesco, Le roi se meurt - Commentaire de la tirade sur le chat

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je suis en 1ère et j'étudie en ce moment la pièce "le Roi se meurt" de Ionesco. J'ai un commentaire à faire sur la tirade sur le chat dont l'extrait est ci-dessous:
J'avais un petit chat tout roux. On l’appelait le chat juif. Je l’avais trouvé dans un champ, volé à sa mère, un vrai sauvage. Il avait quinze jours, peut-être plus. Il savait déjà griffer et mordre. Il était féroce. Je lui ai donné à manger, je l’ai caressé, je l’ai emmené. Il était devenu le chat le plus doux. Une fois, il s’est caché dans la manche du manteau d’une visiteuse, Madame. C’était l’être le plus poli, une politesse naturel, un prince. Il venait nous saluer, les yeux tout engourdis, quand on rentrait au milieu de la nuit. Il allait se recoucher en titubant. Le matin, il nous réveillait pour se coucher dans notre lit. Un jour, on a fermé la porte. Il a essayé de l’ouvrir, il la poussait avec le derrière, il s’est fâché, il a fait un beau tapage ; il a boudé une semaine. Il avait très peur de l’aspirateur, c’était un chat poltron, un désarmé, un chat poète. On lui a acheté une souris mécanique. Il s’est mis à la renifler d’un air inquiet. Quand on a tourné la clef et que la souris s’est mise à marcher, il a craché, il s’est enfui, il s’est blotti sous l’armoire. Quand il a grandi, des chattes rôdaient autour de la maison, lui faisaient la cour, l’appelaient. Cela l’affolait, il ne bougeait pas. On a voulu lui faire connaître le monde. Nous l’avons mis sur le trottoir près de la fenêtre. Il était atterré. Des pigeons l’entouraient, il avait peur des pigeons. Il m’a appelé avec désespoir, gémissant, tout collé contre le mur. Les animaux, les autres chats étaient pour lui des créatures étranges dont il se méfiait ou des ennemis qu’il craignait. Il ne se sentait bien qu’avec nous. Nous étions sa famille. Il n’avait pas peur des hommes. Il sautait sur leurs épaules sans les avertir, leur léchait les cheveux. Il croyait que nous étions des chats et que les chats étaient autre chose. Un beau jour, tout de même, il a dû se dire qu’il devait sortir. Le gros chien des voisins l’a tué. Il était comme une poupée-chat, une poupée pantelante, l’oeil crevé, une patte arrachée, oui, comme une poupée abîmée par un enfant sadique.
J'i un problème pour commencer mon commentaire. Je ne sais pas ce que représente cette figure du chat (incarne-t-il l'amour du Roi et de la Reine?).
Pourriez-vous me donner quelques pistes qui me permettraient d'avancer dans mon commentaire?

Merci d'avance pour votre aide!
Avez-vous lu le livre en entier pour les cours ?

Parce que s'il s'agit d'un simple commentaire de texte, ca devrait pas être très long, ni très difficile, mais en revanche si vous avez lu le livre, il faut rajouter d'autres élements, ce qu'on sait du roi, de la reine, la singularité de la tirade du Roi à ce moment précis etc…
Bonjour, je présente en lecture analytique pour l'oral de français plusieurs extraits du Roi se meurt de Eugène Ionesco dont celui-ci. Je dois avouer que, malgré l'analyse faite en cours, des éléments reste encore assez sombres à mes yeux. Voici le texte :

[quote="Le Roi se meurt, Ionesco]
LE ROI
J’avais un petit chat tout roux. On l’appelait le chat juif. Je l’avais trouvé dans un champ, volé à sa mère, un vrai sauvage. Il avait quinze jours, peut-être plus. Il savait déjà griffer et mordre.Il était féroce. Je lui ai donné à manger, je l’ai caressé, je l’ai emmené. Il était devenu le chat le plus doux. Une fois, il s’est caché dans la manche du manteau d’une visiteuse, Madame. C’était l’être le plus poli, une politesse naturelle, un prince. Il venait nous saluer, les yeux tout engourdis, quand on rentrait au milieu de la nuit. Il allait se recoucher en titubant. Le matin, il nous réveillait pour se coucher dans notre lit. Un jour, on a fermé la porte. Il a essayé de l’ouvrir, il la poussait avec le derrière, il s’est fâché, il a fait un beau tapage ; il a boudé une semaine. Il avait très peur de l’aspirateur, c’était un chat poltron, un désarmé,un chat poète. On lui a acheté une souris mécanique. Il s’est mis à la renifler d’un air inquiet. Quand on a tourné la clef et que la souris s’est mise à marcher, il a craché, il s’est enfui, il s’est blotti sous l’armoire. Quand il a grandi, des chattes rôdaient autour de la maison, lui faisaient la cour, l’appelaient. Cela l’affolait, il ne bougeait pas. On a voulu lui faire connaître le monde. Nous l’avons mis sur le trottoir près de la fenêtre. Il était atterré. Des pigeons l’entouraient, il avait peur des pigeons. Il m’a appelé avec désespoir, gémissant, tout collé contre le mur. Les animaux, les autres chats étaient pour lui des créatures étranges dont il se méfiait ou des ennemis qu’il craignait. Il ne se sentait bien qu’avec nous. Nous étions sa famille. Il n’avait pas peur des hommes. Il sautait sur leurs épaules sans les avertir, leur léchait les cheveux.Il croyait que nous étions des chats et que les chats étaient autre chose. Un beau jour, tout de même, il a dû se dire qu’il devait sortir. Le gros chien des voisins l’a tué. Il était comme une poupée-chat, une poupée pantelante, l’œil crevé, une patte arrachée, oui, comme une poupée abîmée par un enfant sadique.

MARIE, à Marguerite.
Tu n’aurais pas dû laisser la porte ouverte ; je t’avais avertie.

MARGUERITE
Je détestais cette bête sentimentale et froussarde.

LE ROI
Ce que j’ai pu le regretter ! Il était bon, il était beau, il était sage, toutes les qualités. Il m’aimait, il m’aimait. Mon pauvre chat,mon seul chat.

Cette tirade du chat doit être dite avec le moins d’émotion possible ; le Roi doit la dire en prenant un air plutôt d’hébétude, avec une sorte de stupeur rêveuse, sauf peut-être cette toute dernière réplique qui exprime une détresse.

LE MÉDECIN
Je vous dis qu’il retarde.

MARGUERITE
J’y veille. Il est dans les délais réglementaires. Je vous dis que c’était prévu.

LE ROI
Je rêvais de lui… Qu’il était dans la cheminée, couché sur la braise, Marie s’étonnait qu’il ne brûlât pas ; j’ai répondu « les chats ne brûlent pas, ils sont ignifugés ». Il est sorti de la cheminée en miaulant, il s’en dégageait une fumée épaisse, ce n’était plus lui, quelle métamorphose ! C’était un autre chat, laid, gros. Une énorme chatte. Comme sa mère, la chatte sauvage. Il ressemblait à Marguerite.

Juliette laisse quelques moments le Roi dans son fauteuil roulant, au milieu, sur le devant du plateau, face au public.[/quote]

Je me suis permis de marquer en bleu les éléments qui me posent problème. Tout d'abord le "Madame" : notre professeur nous a dit que cette expression était une exclamation exprimant une surprise, une admiration. Cependant, je n'ai trouvé cette définition nulle part sur internet, ni sur le Larousse en ligne, ni sur le CNRTL. Dès lors, je me demande si on ne pourrait pas l’analyser autrement, comme étant par exemple le "titre" de la visiteuse, mais dont Bérenger a simplement oublié le nom de famille, focalisé sur le souvenir du petit chat tout roux ? Qu'en pensez-vous ?

Mon second doute concerne le motif onirique qu'évoque finalement Bérenger. Notre professeur nous a bien sûr parlé du passage du masculin au féminin, du chat roux qui en devient un autre, ressemblant à sa mère puis à Marguerite (comique). On n'a cependant pas vraiment interprété cette métamorphose, au motif qu'il n'y a pas de rationalité dans un rêve. Je le comprends parfaitement, mais dans ce cas, je ne vois pas du tout l'intérêt de ce passage pour le spectateur, pour la pièce, à part le comique à travers la comparaison avec Marguerite. J'ai bien trouvé https://abouhey1.free.fr/ionesco_roi.htm#des cette analyse tirée d'une maîtrise de lettres modernes, mais je ne sais qu'en penser. Auriez-vous un avis particulier ?

Merci !
Sur Madame, je partage l'avis de ton professeur, mais en effet, il n'y a pas de trace de cet usage dans les dictionnaires.
S'agissant du passage final, je pense qu'il consacre l'identification de Bérenger à ce chat ; cette identification avait été préparée dans les dernières lignes de la grande tirade, où le chat est présenté comme une "poupée" qui a perdu son être et son intégrité. La régression à l'état infantile s'est déjà présentée auparavant quand Bérenger a dit à Marie : "Un enfant ! Un enfant ! Alors je recommence ! Je veux recommencer. Je veux être un bébé, tu seras ma mère." Mais ici, le chat (ou plutôt la chatte) est un mélange de fragilité et de sauvagerie (par sa mère). La suite de la "scène" va du reste éclairer ces aspects contradictoires du roi.
Ah oui je vois, c'est intéressant comme point de vue. Merci beaucoup.