El Desdichado de Nerval

Littérature

79 réponses · Page 3 / 4

Certes Muriel mais pour vous mettre sur la voie encore faut-il un guide
Sinon, OK le mot "fatras" est mal choisi. Je verrais une explication dans la double figure féminine Adrienne, Sylvie.
Adrienne les anges blonds et l'idéal de la Madone
Sylvie les dryades les esprits de la forêt tout le côté "païen" des légendes (le prénom n'est pas anodin)
Il n'y a qu'un seul guide : soi-même…
(voir la "signature" de Jean-Luc).
Je ne crois pas trop aux apprentissages (quels qu'ils soient) qu'on fait tout seul
Aller en soi-même oui, mais pas sans méthode et pas sans savoir ce qu'on y cherche et trouve
C'est en cherchant le rien qu'on trouve quelque chose.
Bonsoir Muriel
Je peux aussi dire (vision bouddhiste) que c'est en cherchant le rien qu'on trouve le tout
Mais je trouve que ces phrases très floues nous éloignent de la connaissance que pouvait avoir Nerval, laquelle sans doute nous restera imprécisable.
Une page interessante sur les recherches de Nerval dans l'Orient mystique, entremêlées -hélas- de ses délires

https://www.moncelon.com/aurelia.htm
bonjour,

je suis en train d'étudier ce sonnet et je me demandais quel cheminement suit nerval et sur quelle image de lui même finit-il part aboutir.
Il ne faut pas prendre le "je" seulement au pied de la lettre. Le "je", ici est aussi le lecteur, supposé, visé, et appelé à éprouver un certain état d'âme construit avec beaucoup de polysémie.
en lisant l'analyse j'aimerais tout de même attirer l'attention sur le fait qu'il ne faut peut-être vouloir à tout pris caser Nerval dans la catégorie "romantique".
pour ma part, ce qui me fait dire ça est qu'à mon avis, le poème comporte une bonne dose d'ironie. il n'y a peutêtre pas que la mélancolie mais justement un jeu sur ce je qui se perd, qui s'égare, qui fourvoie le lecteur.

et lorsque Nerval accumule les adjectifs qui vont dans le sens de la tristesse, en gradation, avec la mise en valeur du "veuf", ne se moque - t- il pas quelque peu de ces poètes romantiques et du ton grandiloquent?

pour moi, Nerval dépasse le romantisme. d'ailleurs, si vous lisez les Chimères, La Bohème Galante, il est aisé de voir que Nerval manie l'humour et la pique ironique avec dextérité
Ce n'est tout de même pas par hasard que c'est sur ce poème précisément qu'une dégelée de pastiches est tombée de l'Oulipo.
Je m'en souviens. A l'époque, je venais de m'abonner à la liste. Un jour j'ai vu sur mes e mails quelqu'un affirmer que Nerval avait imité Villon. Suivait un poème à la manière de Villon. Une heure après, je recevais un message affirmant que Villon avait imité Phèdre. Suivait un sonnet en latin. Le foisonnement était lancé comme pour "Vive les mots" sur ce site, et toute une dégelée de pastiches avait suivi pendant plusieurs semaines.
Pourquoi ? Ce n'est ni parce que c'est Nerval, ni parce que c'est romantique ou pas, mais parce que c'est particulièrement universel.
Je me souviens aussi de l'attitude d'Yves Bonnefoy pendant son séminaire au Collège de France. Un "invité" avait produit El Desdichado", et Yves Bonnefoy avait l'air interloqué. Il soulevait ses sourcils et disait "Polysémie, polysémie, il n'y a que de la polysémie !"
Comme disait Greenberg pour la peinture abstraite, il n'y a qu'un critère: "Çà marche". Comme pour ce sonnet:

"Les pantoufles chantaient dans l'azur famélique,
Au rythme entrelacé de mâles abricots,
Et les cochons, volant à l'entour des portiques,
Afin de mieux y voir enlevaient leur tricot.

C'est alors que parut un oncle d'Amérique,
L'œil vélocipédique et bourré d'asticots.
Portant sur un plat d'or des bémols arthritiques,
Et les poches bourrées de vieux os de gigot.

Soudain, il monta, pâle sur l'impériale,
Le baromètre à plumes en attrapa la gale,
Et passa subito de la vie à trépas.

Les péritoines bleus s'enfuirent en déroute,
Et le pétrole, assis sur le bord de la route,
Regardait d'un œil morne et ne comprenait pas."

N'allez pas chercher du côté de l'auteur pourquoi "çà marche". C'est du côté du lecteur qu'il faut chercher.
Une amie m'adresse cette référence.
Je suis à la recherche de l'origine de ce sonnet que j'avais appris par coeur il y a fort longtemps, probablement parce qu'il me permettait d'impressionner les filles (enfin, celles de l'époque).
Je parle, bien sur, non pas du Desdichado, qui avait aussi du succès, mais de la délicieuse conjonction des péritoines (les bleues) et du pétrole.
Pouvez-vous m'aider ?
Jean
Message cryptique s'il en fut…
Cryptique, oui, bien sur. Excusez-moi. Je vous éclaire :
Je rappelais un message de Putakli sur ce forum, daté d'un 3 novembre, mais de l'an dernier !
Le sonnet dont je cherche la trace est le suivant :

"Les pantoufles chantaient dans l'azur famélique,
Au rythme entrelacé de mâles abricots,
Et les cochons, volant à l'entour des portiques,
Afin de mieux y voir enlevaient leur tricot.

C'est alors que parut un oncle d'Amérique,
L'œil vélocipédique et bourré d'asticots.
Portant sur un plat d'or des bémols arthritiques,
Et les poches bourrées de vieux os de gigot.

Soudain, il monta, pâle sur l'impériale,
Le baromètre à plumes en attrapa la gale,
Et passa subito de la vie à trépas.

Les péritoines bleus s'enfuirent en déroute,
Et le pétrole, assis sur le bord de la route,
Regardait d'un œil morne et ne comprenait pas."

Qui ?
Quand ?
Comment (et pourquoi) "ça marche" ?

Jean
Bonsoir Jean,

Ce https://olga.bluteau.pagesperso-orange.fr/ORCULTURE/2005/29avril.htm lien lève une partie du voile, mais une partie seulement.

Quant à savoir pourquoi ça marche, il faut se rattacher à Lautréamont et à sa définition du Beau dans les Chants de Maldoror : "Beau comme la rencontre fortuite d'un parapluie et d'une machine à coudre sur une table de dissection". Cette capacité à engendrer le merveilleux par la surprise qui privilégie l'insolite ou le bizarre.
D'après mes souvenirs, le journal en question est le Concours Médical, où le sonnet était présenté comme un pastiche des surréalistes. Mais je n'ai jamais eu le journal entre les mains. Mon père recevait ce journal et je l'ai appris de lui qui le savait par cœur. C'est, en effet un remarquable exemple de tradition orale. L'œuvre de Nerval a été tellement charcutée, y compris par lui-même, que les mises à la suite qu'on peut lire sont des reconstructions. On démémbre même les sonnets des Chimères pour les rafisitoler en les mélangeant. D'ailleurs, dans sa vie, Nerval abordait, tous les témoins le disent, une liberté d'allure qui s'accommodait fort bien du changement d'humeur.

Ainsi, il est facile, par une simple sélection de faire de lui un personnage gai ou sombre, et cela devient fautif quand, sur cette sélection, on construit une théorie de sa personnalité. Il en est de nombreuses où je ne vois rien de Nerval et tout du théoricien, ou plutôt des théoriciens qui réduisent ce pauvre Gérard à devenir une illustration insérée dans un propos lourd pour l'aérer.

J'apprécie l'intervention de Muriel où elle parle des "élucubrations muliéresques", par des mots qui la mettent en syntonie avec Nerval, tout en restant dans l'esprit de sa signature Nietschéenne: aux gens qui veulent de la théorie, elle en fournit, mais c'est un jeu qui ne porte pas à conséquence, et elle se laisse emporter par son imagination, tout juste comme Nerval le demande à son lecteur et le suscite, et là où tel qui se voit devancer parce qu'il pense, décolle, il a lâché. Un tel accident est anodin, mais à se laisser aller aux disputes théoriques, on devient un cuistre, comme ce cousin que j'avais remis à sa place, justement à propos de Nerval, pour lui signifier qu'il était inconvenant de faire étalage de sa cuistrerie jusque dans des réunions de famille, ce qu'un colloque a voulu publier là
https://www.fabula.org/forum/colloque99/238.php
Expliquer un texte de Giraudoux comme un texte de Bossuet est une erreur, mais Giraudoux est toujours aérien et Bossuet est toujours terre à terre, même quand l'un parle de la guerre et l'autre de Dieu, tandis que Nerval est changeant.
Alors, quand Muriel écrit:
J'ai l'impression que la disparition physique de sa mère a généré en lui (et pour le reste de sa vie) l'impossibilité chronique de se "métamorphoser" en "Fleur"…Il n'est qu'un "prince d'Aquitaine"…
c'est bien une élucubration, mais elle est aussi nervalienne que murielesque, car il suffit de lire les odelettes pour voir qu'il est s'y quasiment métamorphosé en fleur dans la plupart des poèmes.
C'est lui la fleur impérissable, l'immortelle et non l'immortel car on est loin des stances à la marquise quand on lit:

Si tes attraits étaient flétris,
Si tu perdais ton doux sourire,
La grâce de tes traits chéris
Et tout ce qu'en toi l'on admire,
Va, mon coeur n'est pas incertain:
De sa sincérité tu pourrais tout attendre.
Et mon amour, vainqueur du Temps et du Destin,
S'enlacerait à toi, plus ardent et plus tendre!
Oui, si tous tes attraits te quittaient aujourd'hui,
J'en gémirais pour toi; mais en ce coeur fidèle
Je trouverais peut-être une douceur nouvelle,
Et, lorsque loin de toi les amants auraient fui,
Chassant la jalousie en tourments si féconde,
Une plus vive ardeur me viendrait animer!
"Elle est donc à moi seul, dirais-je, puisqu'au monde
Il ne reste que moi qui puisse encor l'aimer!"
Mais qu'osé-je prévoir? tandis que la jeunesse
T'entoure d'un éclat, hélas! bien passager,
Tu ne peux te fier à toute la tendresse
D'un coeur en qui le temps ne pourra rien changer.
Tu le connaîtras mieux: s'accroissant d'âge en âge,
L'amour constant ressemble à la fleur du soleil,
Qui rend à son déclin, le soir, le même hommage
Dont elle a, le matin, salué son réveil!
Merci pour tout !
L'amie à qui je dois cette réminiscence m'indique aussi une origine possiblement médicopoéticofarce mais cela ne dit rien ni de son auteur ni du phénomène par lequel son divertissement s'est ainsi distribué dans le temps et bien au delà des milieux médicaux : parmi mes amis 4 d'entre eux, de métiers divers, se souvenaient de l'avoir connu.
Donc, "ça marche".
Je vais rester attentif à ce forum. Il semble bien fréquenté.
Jean
Quand on bute sur la question "Pourquoi est-ce que çà marche ?", il n'est pas absurde de se demander "Comment çà marche ?" Ainsi la transmission orale qui intriguait peut expliquer et même suffire à expliquer.
Quand un discours bien solennel est prononcé, par exemple un discours politique, ce discours est attaché à une mise en scène avec estrade et pître, et le souvenir qu'on en garde est un ensemble dont les propos ne se détachent pas. Mais si un témoin, un journaliste, par exemple, extrait une phrase du discours en la coupant de son contexte, pour la faire apparaitre dans une autre mise en scène, la phrase devient une blague de comptoir qui se répand dans les cafés.
Il en va de même de la peinture abstraite. Des regards bovins l'interrogent pour essayer de comprendre ce que le tableau veut dire. Mais il suffit de penser au cas où vous êtes témoin d'une conversation que vous ne comprenez pas parce que ce sont des étrangers qui parlent entre eux dans leur langue, pour découvrir que la question était idiote. Les gens qui parlent entre eux ne veulent rien vous dire, et un peintre abstrait s'adresse à un autre peintre abstrait.
Alors, survient l'explicateur qui profite de la situation pour donner un sens à un tableau abstrait comme Lamartine en parlant du drapeau tricolore. Ce qui marche alors est rigoureusement symétrique de ce que je disais plus haut à propos des blagues de comptoir: le drapeau tricolore est au discours de Lamartine ce que la "petite phrase" pointée par le journaliste était au discours politique.
Il ne reste plus qu'à tricher, dire que l'extrait est représentatif de l'ensemble et que la signification artificiellement donnée à l'extrait donne la clé de l'œuvre. L'explication génère ainsi des cohortes d'explicateurs qui la répètent. Un exemple littéraire est le patchouli des genres (naturalistes, réalistes…) où s'enlisent tant de débats stupides parce que la classification est stupide.

Mais il reste quelques grammes de vérité. Quand on a à faire au public, dans le monde de la publicité, les facéties qu'on affirme passent plus ou moins bien. Dans la critique d'art, Clement Greenberg parle de l'efficacité de l'art abstrait. Cela signifie que l'explication est plus ou moins ingénieuse. Ce qui est parait par trop tiré par les cheveux ne prendra pas.

Le critère qui permet de s'y retrouver est presque toujours le même: on cherche dedans ce qui n'y est pas, mais autour, en périphérie. Par exemple, sur ce forum, je lis une énorme erreur à propos d'une explication de texte. Je ne la relève pas car l'erreur est d'expliquer ce texte découpé et sorti de son contexte. Ce n'est pas la khagneuse qui l'a commise, mais son prof qui l'a piégée, elle et l'explicateur qui vient à son secours. Et je n'ai pas relevé l'erreur pour ne pas l'aggraver, car contredire détourne l'attention de la compréhension et de l'observation attentive pour la fixer sur le jeu de la dispute et du dernier mot.
Le dieu Flemme est le plus puissant de tous les dieux. Chaque fois que quelqu'un dit qu'il a trouvé, c'est qu'il a la flemme de continuer à chercher. Presque tout le dispositif qu'on qualifie de "formation" tend à concentrer l'attention, ce qui produit une erreur systématique qu'on ne peut pas corriger (le dieu Flemme est trop puissant pour qu'on puisse s'opposer à lui), mais qu'on peut détecter assez facilement: la concentration a réduit le champ de l'observation, et pour comprendre, il suffit de l'ouvrir en commençant par la périphérie. C'est pourquoi je n'ai jamais accepté de travailler avec des gens qui ne réussissaient pas le test des 9 points de Meier. Mais il est arrivé qu'au bac on demande d'expliquer un texte découpé commençant par "Donc…".
Nerval est un cas particulier, je découvre sa poésie tardivement et je le regrette.
Jean Lestelle a écrit :Cryptique, oui, bien sur. Excusez-moi. Je vous éclaire :
Je rappelais un message de Putakli sur ce forum, daté d'un 3 novembre, mais de l'an dernier !
Le sonnet dont je cherche la trace est le suivant :

"Les pantoufles chantaient dans l'azur famélique,
Au rythme entrelacé de mâles abricots,
Et les cochons, volant à l'entour des portiques,
Afin de mieux y voir enlevaient leur tricot.

C'est alors que parut un oncle d'Amérique,
L'œil vélocipédique et bourré d'asticots.
Portant sur un plat d'or des bémols arthritiques,
Et les poches bourrées de vieux os de gigot.

Soudain, il monta, pâle sur l'impériale,
Le baromètre à plumes en attrapa la gale,
Et passa subito de la vie à trépas.

Les péritoines bleus s'enfuirent en déroute,
Et le pétrole, assis sur le bord de la route,
Regardait d'un œil morne et ne comprenait pas."

Qui ?
Quand ?
Comment (et pourquoi) "ça marche" ?

Jean
Bonjour Jean,

Je pense pouvoir vous éclairer.
De nombreuses versions circulent sur internet ainsi que de nombreuses suppositions autour de l'auteur. Ce sonnet à été écrit par mon grand-père, M.Roger Lefebvre, il y a bien longtemps. Il n'a a priori été publié qu'une fois, dans une revue médicale.

Bien à vous,
Aurélie
Pour le vers 14, la réponse se trouve notamment dans Sylvie : La sainte = Adrienne ; La fée = Aurélie (Jenny Colon), l'actrice, celle qui peut changer le réel…