El Desdichado de Nerval
79 réponses · Page 1 / 4
Bonjour,
Jean-Luc nous offre une lecture savante (encore une fois !) de ce poème difficile à lire. Merci !
Je vous invite à poster vos commentaires sur ce poème et sur l'analyse de Jean-Luc dans cette discussion.
Bonne journée !
Wow ! Tout simplement génial ! Pour un débutant dans l'univers poétique c'est un flot de purs délices. J'adore ta technique d'analyse très explicative . Mais ne serait-il pas juste d'affirmer que la grande majorité des poètes du 19e siècle (et même la grande majorité des poètes de tous les temps) est inspirée par cette source féminine d'amour et de tourments ? Pas au point de dire que la poésie est seulement le reflet de milliers de coeurs brisés mais que cette teinte traverse les âges et les styles pour coloré le verbe de tous et chacun ?
P.S. Comme je suis nouveau sur le forum j'aimerais savoir s'il est possible de voir d'autres analyses de ce genre si oui, est-ce qu'il y un moyen d'y acceder facilement ?
Ti-Ron a écrit :[…] P.S. Comme je suis nouveau sur le forum j'aimerais savoir s'il est possible de voir d'autres analyses de ce genre si oui, est-ce qu'il y un moyen d'y acceder facilement ?
Bonjour Ti-Ron,
D'abord bienvenue à vous.
Vous pouvez lire les autres analyses de Jean-Luc à partir de cette page :
https://www.etudes-litteraires.com/plan/ (§ « Contributions des internautes »)
Bonne lecture !
Cyril
Excellente analyse cher Jean-Luc
Nerval, ayant perdu sa mère à l'âge de deux ans, élevé par sa famille maternelle dans le Valois (région qui lui restera chère toute sa vie) et dont le père était absent pour cause d'armée, restera (comme tous les enfants sans mère) accompagné sa vie durant par une absente irremplaçable. -On peut aussi penser à Mallarmé, privé de mère et quelques années plus tard de sa sœur aînée- La rupture sentimentale avec Jenny Colon n'a pu qu'ajouter au désarroi du poète. D'où les termes, très forts puisqu'avec majuscule, le Ténébreux le Veuf l'Inconsolé …/… la nuit du Tombeau.
L'enfant, sensible et rêveur, s'est construit une famille imaginaire. Le fait, dans l'enfance, n'est pas rare ; mais Nerval plus âgé est parti sur la piste d'ancêtres, qu'il aura cru trouver dans des familles nobles d'Aquitaine. La connaissance d'initié qu'il avait des arcanes du tarot, se croise ici avec son blason imaginé. D'autre part, la perte d'annoblissement de sa famille, l'attirance pour la caste noble et alors encore quasi intouchable (la figure d'Adrienne dans Sylvie en est un exemple) l'ont certainement incité à s'imaginer issu de famille princière. Et il a recherché cette ascendance jusque dans la famille des Lusignan, alliée à des reines (Sibylle, reine de Jérusalem ; le prénom de cette Reine ne pouvait laisser Nerval indifférent, les sibylles étant des prophètesses)
L'ensemble du recueil des Chimères est une recherche d'un syncrétisme religieux, au-travers de pistes poètiques et ésotériques.
Bonjour Léah,
Je suis heureux de te retrouver sur ce forum.
Merci pour les compliments. Merci aussi pour ce développement sur la fêlure affective de Nerval et sur la reconstruction par le rêve de sa vie insatisfaisante.
J'y reconnais les vibrations de ta sensibilité toute féminine parfaitement assumée - il ferait beau voir de se contredire ici 😉 - ! Il faut bien deux parents aimant (ou leurs substituts) pour permettre à un enfant d'accéder à sa maturité…
Tu as parlé de Mallarmé, j'évoquerais aussi les recherches mystiques de Baudelaire qui curieusement a connu un traumatisme semblable aux deux autres poètes : celui d'avoir perdu sa mère… par remariage avec Aupick (une trahison plus destructrice encore puisque la dure réalité ne permet plus l'évasion par le rêve…)
Avec toute mon amitié à une lectrice si attentive et si exigeante !
C'est un plaisir que d'avoir essayé d'ajouter quelques menues connaissances à ton commentaire ; qu'on ne peut que recommander aux étudiants en mal de copie, à la fois pour le contenu et pour la présentation. Ces connaissances n'étant d'ailleurs pas sorties du néant, il faut remercier l'édition de Nerval en Livre de poche ; ainsi que je ne sais qui dans je ne sais plus quel livre (hélas !) ; exégèse de Nerval qui apportait beaucoup d'éclaircissements sur les significations de Artémis
La Treizième revient… C'est encor la première
Cette "Treizième" serait non seulement l'arcane 13 du Tarot (la Mort, renouvellement du cycle) mais aussi le passage de l'ère des Poissons à l'ère du Verseau, cycle de la roue du Temps de l'Univers qui au bout des 12 ères (symbolisées par les signes du Zodiaque) revient au même point. La treizième heure, heure de la mort, est également le départ de l'âme pour un cycle de réincarnations (les croyances de Nerval pour la métempsychose se sont développées lors de son Voyage en Orient
Se contredire ici sur la féminité, tu dis cela à cause des chromosomes ? ou ferais-tu allusion à d'autres discuss sur la Micronésie ? (dont j'ignorerais alors que tu y participes !)
D'ailleurs, où puis-je faire une annonce pour que les personnes qui s'interessent à la poèsie découvrent la Micronésie poètique ? Merci !
Bonsoir Léah,
Je faisais un mauvais jeu de mots avec ce il fait "beau voir"…
Bonsoir…
Je ne voudrais surtout pas casser l'ambiance, mais… je ne peux m'empêcher de vous indiquer ce petit lien vers des réécritures de ce célèbre poème : il y a quelques temps déjà, j'avais acheté ce livre que je reprends les jours de cafard… pas l'original, bien sûr, mais les 101 avatars de Nerval "commis" , comme on dit plaisamment, par Camille Abaclar - pseudo derrière lequel se cachent une poignée d'Oulipiens 😉
Lisez bien les petites notes explicatives en bas de page indiquant la contrainte que s'est imposé le pasticheur (même si les titres valent à eux seuls le détour, parfois…)
Voilà … et pardon Gérard!
https://www.graner.net/nicolas/desdi/ avatars oulipiens du Desdichado
Au contraire, c'est très interessant et ça ne casse rien. C'est très bien de ne pas sacraliser la chose écrite, et de se la réapproprier.Et travailler avec contraintes est aussi une des traditions de notre littérature, les Baroques et les Précieux en attestent
Merci Kroa,
C'est parfois habile, parfois emprunté, parfois insupportable.
Il y a toujours un risque à enfiler les mots comme des perles au détriment du sens.
Au bout du compte, c'est bien Gérard que je préfère, parce que j'ai rare poète qui nerfs vale hors oulipienne trituration… 😜
Jean-Luc a écrit :
parce que j'ai rare poète qui nerfs vale hors oulipienne trituration…
Kroâ, elle te dit : "cabot" !
Le vers 4 (Porte le
Soleil noir de la
Mélancolie) fait référence à la gravure de Dürer ci-dessous: La Mélancolie.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Melencolia_de_D%C3%BCrerEffectivement Nerval est un écrivain représentatif du romantisme, mais je ne vois pas en quoi ? C'est compliqué à expliquer,non ?
En faite j'ai un corpus de document à faire.
Il faut montrer sa présence dans le Romantisme…surement car Nerval ressent un mal être romantique qui se double d'un crise d'identité, comme le suggère les douze sonnets des Chimères qui s'efforcent à la fois de décrire et de surmonter.
Enfin voila, j'aimerais si possible que pleuvent d'arguments du fait qu'il est dans le mouvement littéraire du Romantisme.
Bonjour Andréa,
Quelques pistes supplémentaires aux tiennes :
La passion douloureuse,
l'hypersensibilité, l'hypertrophie du moi,
la marque du destin,
la propension au rêve,
le goût de l'ailleurs (dans l'espace et surtout le temps)…
Merci bien, en effet, tout cela suggère que c'est du Romantisme
Merci encore
edit : une autre question, qu'ont en commun les personnages historiques ou légendaires ainsi que les lieux géographiques ou mythologiques évoqués au fil de ce poème ?
Je donne quelqes indications qui je l'espère vous seront utiles:
ténébreux = banni de l'univers de la lumière (positive et divine) nous renvoie au thème de l'exil de la lumière : posture caractéristique su romantisme (Satan = Luzifer)
Aquitaine = filiation des troubadours
Tour abolie = dissolution dans le néant : synecdote du château symbole des ambitions spirituelle sans doute démesurée et vouée au néant
Pausilippe = mystère et étrange par sonorité. Renvoie au monde antique à l'univers mythologique. A la fois souvenir de Virgile et de Pétrarque (qui y a planté un laurier) donc aux amours malheureuses avec Laure. + aux feux du Vésuve en parallèle avec la lumière d'Italie= feu est pour Nerval un élément divin symbole de l'inspiration + mouvement d'illumination, transmutation du négatif en positif (alchimistes)
Fleur= femme = mère
Pampre= monde masculin
Rose= monde féminin, mystique, la virge (rosa mystica = pureté et spiritualité)
Reine = Amour sûprême, élection prestigieuse, sacre
La grotte= nymphe: créature surnaturels, trésors ou mort, souvent équivalent du ventre maternel, le sépulcre.
Dans le folklore et inconscient collectif rêver dans la grotte = entrer en contact avec les forces cosmiques, zones peu accessibles et peut-être interdites à l'humanité.
sirène= beauté de la voix qui est également mortelle. Elle est la métaphore de la poésie qui pénêtre, séduit, mais est qqch de périlleux (poètes maudits!)
résseaux de termes: "sainte", "rose", "étoile", "reine"= grandeur, pureté, luminosité
et "fée", "sirène", "treille", "fleur" = forces naturelles, érotisme et magie.
Le cant du poète réunit deux aspects de la femme et du réel, deux postulation de l'âme de Nerval
Amour et Phébus, Lusignant, Biron= amour interdit, manqué
désolée pour la présentation!
Merci Anne-Sophie pour ces commentaires qui complètent et confirment ce qui a déjà été dit
Mais qu'ont en commun les personnages historiques ou légendaires ainsi que les lieux géographiques ou mythologiques évoqués au fil de ce poème ?
les personnages qu'il évoque ont tous connu des déboires amoureux comme Nerval, les lieux ont un rapport avec l'art et avec la mort aussi… Je ne sais pas si cela t'éclaire je ne comprends pas vraiment ta question qui semble pourtant simple. Un poème dégage un réseau d'images l'une amène l'autre souvent sans liens tangibles.
C'est un peu comme toi je ne comprends même pas cette question qui m'ai posé, pourtant elle est simple :s
edit : la suite de la question est : Quel est leur fonction ? Si ça peut t'aider