25p a écrit :Simple curiosité cher Arthur. Vous qui êtes en L1 avez-vous une idée d'un sujet sur lequel vous aimeriez travailler si vous décidez d'aller en Master ?Je ne suis pas en L1, mais en L3 (et en année préparatoire à la L3 pour le sanskrit, ainsi qu'en première année de l'ENS).
Je n'ai pas encore d'idée précise pour le master (je compte moi-même mettre à profit ces vacances pour avancer mon projet). L'Ecole pratique des hautes études permet à ses élèves de faire un seul mémoire en M2, ou un mémoire en M1 et un mémoire en M2. J'hésite encore entre les deux solutions (d'autant que je devrai passer ma L3 de sanskrit en même temps que le M1, et que je dois suivre un certain nombre de cours à Ulm).
Je suis très intéressé par tout ce qui a trait au comparatisme (linguistique, philologie, religion), principalement dans le domaine indo-iranien. Le plus urgent pour moi cette année est donc l'apprentissage des langues (surtout le sanskrit et l'avestique, de manière plus secondaire le moyen-perse et le persan moderne, et… l'allemand, pour lire les bibliographies =)).
En M1, deux personnes, peut-être trois, tous à l'EPHE, seraient susceptibles de me diriger ; l'un travaille sur l'histoire et la philologie de l'Iran pré-islamique, surtout sur les inscriptions (je suis son cours), un autre sur la grammaire comparée de manière plus général, notamment sur le grec et l'arménien (je suis aussi son cours), un autre principalement sur le tokharien et un peu sur le védique (je ne suis pas encore son cours mais devrais bientôt le rencontrer).
A partir de là, plusieurs possibilités s'offrent à moi :
- Une édition de texte (il y a beaucoup de textes qui restent inédits, plus encore non traduits et non étudiés, que ce soit dans le domaine indien ou indo-iranien). C'est un travail qu'on conseille en général à un débutant, parce qu'il permet d'aborder un peu tous les aspects d'une langue, de se former aux méthodes de travail (épigraphie, paléographie, règles d'édition, pratique de la traduction, du commentaire philologique, de l'herméneutique textuelle) ; et on est sûr de faire quelque chose d'utile et d'original. Pour l'instant je n'ai pas d'idée de texte en particulier (mes connaissances actuelles ne me permettent pas de travailler sur le védique ou sur l'avestique ancien ; ce serait donc plutôt sur l'avestique récent, ou sur un texte pehlevi ou sanskrit).
- Le domaine des langues autres moyen-iraniennes autres que le pehlevi / moyen-perse (sogdien, bactrien, khotanais, etc.) pourrait aussi être intéressant : il y a beaucoup de recherches récentes et importantes dans ce domaine. Je pourrais faire un travail de grammaire sur l'une de ces langues, ou un travail de grammaire comparée sur l'ensemble de ces langues. Ces langues sont assez mineures mais sont une source importante pour la dialectologie iranienne, et sont aussi des sources importantes en histoire des religions (textes manichéens et vecteur du bouddhisme).
- Enfin, je peux aussi prendre un thème (soit un point de grammaire, soit un élément "civilisationnel", c'est-à-dire essentiellement religieux) et étudier son traitement en indien et en iranien. Je suis surtout attiré par les questions de syntaxe et de poétique (pour ne pas entrer dans les détails, on décèle un usage parallèle de certaines figures de style dans l'Avesta et dans le Rg-Veda, jusque dans les épopées sanskrites ; certaines formules peuvent littéralement se traduire d'un texte à l'autre ; a contrario, des figures mythologiques, ou du moins "fonctionnelles" au sein du rituel, ont été inversées d'un texte à l'autre). C'est sans doute ce qui m'intéresserait le plus à l'heure d'aujourd'hui, mais c'est sans doute trop ambitieux pour une première année de recherches.
- Dans la suite logique de mon intérêt pour la syntaxe, je m'intéresse aussi beaucoup à la typologie linguistique, mais j'ai un peu de mal à m'y former pour l'instant (peu de cours, des approches assez différentes selon le département qui l'enseigne, et un degré de formalisation qui peut me dépasser parfois).
- Enfin, je ne connais rien au tokharien, pour l'instant, mais après tout, pourquoi ne pas découvrir… La tokharologie est une science jeune qui a suscité assez peu de vocations jusqu'ici ; il y reste beaucoup à faire.
Quant au M2, je le ferai normalement à Leiden, avec le professeur A. S. Lubotsky, si la Hollande veut bien de moi. 🙂
Et, last but not least, je devrai m'entretenir en latin et en grec dans la perspective de l'agrégation de grammaire.
Bref, ce que je recherche avant tout, c'est un sujet qui ne m'enferme pas dans une dimension trop technique de la recherche (c'est-à-dire principalement, en grammaire comparée, la phonétique historique). Mais il faut sans doute passer par-là avant de se lancer dans des choses plus exaltantes. :/
Par ailleurs, je dois naturellement m'initer à d'autres familles de l'indo-européen, et je suis attaché à poursuivre l'étude d'une ou deux langues non-indo-européennes, pour le dépaysement que leurs systèmes apportent : je continue cette année l'apprentissage du copte avec un intérêt certain (même si je ne me vois pas me spécialiser dans ce domaine-là), j'aimerais débuter l'hébreu biblique (pour les sciences religieuses et pour la linguistique) et peut-être le syriaque l'an prochain (un bon nombre d'ouvrages moyen-iraniens sont des traductions ou des adaptations du syriaque), voire peut-être en turc (là encore, il a une certaine influence sur les langues iraniennes, et sur d'autres zones comme celles du Caucase, des Balkans, linguistiquement très riches).
En s'éloignant un peu de cette perspective linguistique qui reste ma priorité et qui devrait m'occuper au moins une petite dizaine d'années (), je souhaiterais me former en sciences sociales, essentiellement en anthropologie religieuse : les problématiques du sacrifice (origine, structure, usages performatifs de la parole rituelle, fonction : "sacrifice primordial" fait une fois pour toutes, ou "sacrifice imparfait", contrat à renouveler selon le principe do ut des ?… et d'autres choses moins connues, comme le meurtre rituel du dieu, l'identité du sacrifiant selon les étapes du rituel, etc.), de la magie (notamment sa prohibition ; d'où l'idée de réforme, et les problèmes qu'elle pose dans le cas de celui qu'on appelle Zoroastre…).
Et je suis intéressé enfin, mais à plus long terme, par la théologie systématique et la dogmatique chrétiennes (notamment le calvinisme, Kierkegaard, le néo-calvinisme, Chestov, et la théologie dialectique). Un recoupement avec les autres domaines n'est pas à exclure… mais il reste à trouver.
Si tu as des questions (plutôt en privé, pour ne pas dévier le sujet de cette conversation dédiée aux lettres modernes, apparemment), n'hésite pas : elles m'aident à structurer mes propres idées et à hiérarchiser mes projets. =)
Bien cordialement.