Oui, mais ça, c'est la forme, et ce n'est pas propre au Surréalisme.
Je ne suis pas d'accord avec "n'est pas commun au monde "réel" :
- on part bel et bien du réel (remonte la discussion)
- on aboutit au surréel, qui n'est pas la négation du réel, mais ce que notre regard fait de ce réel, un peu comme le rêve est fait d'images "réelles" mêlées et sans lien rationnel entre elles, mais réorganisées dans notre monde intérieur.
Ces images sont la seule vraie réalité pour les Surréalistes, et le réel en est l'image affaiblie, rendue rationnelle, "logique" par notre peur de la folie, notre conscience et, d'une certaine façon, la société.
Je dirai alors l’ecriture automatique et l’image verbale ?
Oui, du moins dans cette forme initiale de Surréalisme.
Mais l'enchaînement des images ne se fait pas que par le mot en lui-même (sauf peut-être ici, au début", avec le mot "nuit").
Mais ce n'est en rien un "jeu" sur les mots.
N'oubliez pas qu'il ne faut pas se contenter de généralités, mais étudier la matière du poème : vous tentez de cerner les caractères principaux du S. à travers ce poème, qu'il faut citer pour appuyer chaque argument.
Hommepoulet67,
Si tu rends ton devoir aujourd'hui, j'arrive sans doute trop tard, mais d'autres élèves se trouveront peut-être un jour dans la même situation que toi, à chercher une problématique, des axes, un plan, des parties, des sous-parties, si ces termes perdurent, et si l'on ne se contente pas de leur dire : Voici un texte. Commentez-le.
Je m'imagine donc l'un d'eux. Je me trouve devant ce poème, que je ne connais pas. Je suis contrainte de rédiger et de rendre un devoir. Un commentaire, composé qui plus est…
Voici ma démarche. Elle est naïve et fait abstraction de toute connaissance sur le surréalisme, sauf si j'ai eu un cours structuré et explicatif sur ce mouvement. Auquel cas, il me faudra en tenir compte. Mais j'imagine que c'est le jour du bac et qu'on ne m'a jamais parlé d'André Breton. Après tout, je suis en première, pas en khâgne ou en faculté de lettres.
Je lis donc le texte vers après vers, comme il se présente, plusieurs fois en entier, puis de façon plus progressive, sans chercher à l'expliquer, j'en serais bien en peine, puisque que son auteur n'a pas daigné me le rendre compréhensible.
Mais… je me trouve devant des mots, des expressions, des phrases, une ébauche de récit même…Je me forge des images, j'ai un ressenti, des réminiscences peut-être, une imagination ou un imaginaire qui vont influencer ma lecture. C'est peut-être fâcheux mais cela est…
Cela étant…commençons
Le grand frigorifique blanc dans la nuit de temps
Qui distribue les frissons à la ville
Chante pour lui seul
Et le fond de sa chanson ressemble à la nuit
Qui fait bien ce qu'elle fait et pleure de le savoir//
Premier arrêt.
Tiens, on dirait un éloge. Cela se fait bien en poésie. Ce frigorifique (adjectif substantivé ?), un réfrigérateur ?
S'agirait-il de l'éloge du frigo, comme d'autres ont fait l'éloge de la paresse ? Il est beau, grand et blanc, lumineux, généreux : il distribue des frissons certes, un terme qui n'est pas forcément positif, mais on parle plus loin de canicule…
Il est gai ou du moins harmonieux il chante. Ce qui semble démenti toutefois par le contexte de la solitude de son chant pour lui seul et la comparaison avec la nuit qui pleure. Chanson triste alors.
Poursuivons…
Une nuit où j'étais de quart sur un volcan
J'ouvris sans bruit la porte d'une cabine et me jetai aux pieds de la lenteur
Tant je la trouvai belle et prête à m'obéir//
Nouvel arrêt.
Voici l'ébauche d'un récit, uniquement relié à ce qui précède par le fil conducteur de la nuit.
Va-t-on me raconter une histoire ?
Histoire étrange certes, mais située dans l'espace et le temps, et je note l'irruption du pronom personnel de la première personne du singulier qui donne un tour plus intime (?) au poème, et les temps classiques du récit, imparfait et passé simple.
Je travaille, il est de quart. Sur un bateau ? Dans une usine ? Non pas ?
Sur un volcan, milieu inquiétant, dangereux, qui peut devenir brûlant, et dont les fumerolles sont toxiques. Il doit être en activité, ce volcan, sinon pourquoi le garder ? C'est bien là qu'on aurait besoin du grand frigorifique et de ses glaçons (tiens cela me rappelle autre chose…), mais il ne reviendra qu'à la fin, pour clore le poème…
En attendant, il n'y a qu'une cabine et une porte, objets incongrus qui me font furieusement penser à des tableaux de Dali… ou de Magritte plutôt, dans lesquels on voit des portes avec leur seul encadrement, au milieu de nulle part et qui ouvrent sur on ne sait quoi…
Mais le narrateur ne se retrouve pas face aux nuages "magrittiens", mais face à une déesse ! C'est du moins ainsi qu'apparaît la lenteur (allégorie ?) devant laquelle il se prosterne (elle est belle), dans une attitude de soumission toutefois en opposition avec le caractère de la déité (prête) et celui du je dominateur (m'obéir).
Le vers suivant pose problème. L'image se voile, c'est le cas de le dire, pourtant nous sommes toujours, me semble-t-il, dans le récit.
Ce n'était qu'un rayon de la roue voilée
Au passage des morts elle s'appuyait sur moi
Jamais les vins braisés ne nous éclairèrent
La progression est gênée. Une roue voilée…. Gênée aussi par le poids et l'obscurité. Le thème de la nuit revient en force.
L'image de la déesse a cédé la place à une faible femme dont je est le soutien. Je ne peux m'empêcher d'y voir l'image d' une Eurydice qu' Orphée essaierait d'arracher aux Enfers.
Eurydice… Orphée…
Orphée…le poète…
Mon amie était trop loin des aurores qui font cercle autour d'une lampe arctique
Au temps de ma millième jeunesse
J'ai charmé cette torpille qui brille
Nous regardons l'incroyable et nous y croyons malgré nous
Le thème de l'obscurité se confirme de même que l'impossibilité d'accéder à la lumière. Si la lumière a existé, elle appartient au passé comme le caractère séducteur et possessif du je
Comme je pris un jour la femme que j'aimais
Nous rendons les lumières heureuses
Elles se piquent la cuisse devant moi
Posséder est un trèfle auquel j'ai rajouté artificiellement la quatrième feuille
Passé et présent se mêlent. Positif et négatif également : J'aimais, heureuses ; mais : se piquent (idée de douleur quand même… et au présent) ; artificiellement. Le trèfle à quatre feuilles porte bonheur, mais ici, il est faux.
Les canicules me frôlent
Comme les oiseaux qui tombent
Une comparaison bien mortifère de la chaleur avec la mort. On aspire une fois encore à la fraîcheur du glaçon….on appelle le grand frigorifique des cinq premiers vers. Patience, il va revenir.
Sous l'ombre il y a une lumière et sous cette lumière il y a deux ombres
Tiens un chiasme. Une mise en relief qui saute aux yeux. La lumière existe certes, mais elle est cernée par la nuit, et paraît inaccessible à deux personnages, les mêmes que ceux évoqués auparavant ? dans ce qui m'a semblé être une quête…
Le fumeur met la dernière main à son travail
Il cherche l'unité de lui même avec le paysage
Il est un des grands frissons du grand frigorifique
Bon sang, mais qui est donc ce fumeur ? Le je, de quart sur son volcan, qui s'en grille une de temps en temps ?
Le volcan lui même qui fume bien sûr également…
L'identité du il qui a remplacé le je est assez incertaine. Cette incertitude n'est pas seulement la mienne. Lui aussi, il cherche, il se cherche ?
Il semble avoir trouvé : Il est
Mais ce qu'il est demeure énigmatique.
Le dernier vers renvoie au tout début du poème. Image positive que d'être un des grands frissons du grand frigorifique ?
Peut-être si l'on imagine une situation de chaleur intense où siroter un cocktail glacé rend le frisson plutôt agréable.
Attention, je n'explique rien, je lis, je me fais des images, c'est tout. Et ne puis que constater que le poème finit comme il a commencé. il se referme autour de…
Le grand frigorifique servirait en quelque sorte d'étui à une rêverie ? Une écriture sans queue ni tête ? Ou bien une écriture qui a une queue et une tête, mais volontairement élaborée pour désarçonner ? Ou encore (involontairement, mais j'ai du mal à y croire) pour le plaisir d'aligner les mots, de les reprendre, de les mêler, en une langue qui s'éloigne du vulgaire ?
Quant à trouver une problématique ?
Je crois que le poème entier en lui-même est problème.
Faut-il chercher un sens, faut-il décrypter ? Ou simplement observer ce qui nous est proposé à la lecture ?
Je pencherais pour la deuxième solution.
Quant au plan…
-Un ou des fils conducteurs.
-Le récit d'une aventure qui nous parle ou non selon les cas.
-Totalement irrationnel, et automatique, peut-être pas.
Pour les sous-parties, bien sûr je rends mon tablier, et je laisse le soin aux professeurs capables d'abandonner des élèves de première avec de telles exigences sur un poème de cette nature de les élaborer.
Voilà. Bien sûr, je n'ai pas passé des jours sur ce texte. Je l'ai lu hier, et j'avais écrit à peu près cela.
Mon omelette plaira ou ne plaira pas. c'est la mienne. 😉
En tout cas, je vous remercie de m'avoir fait découvrir ce texte que je ne connaissais pas.
Merci beaucoup, je ne l'ai pas rendu aujourd'hui finalement donc je vais pouvoir le perfectionner (: