André Breton, Le soleil en laisse

Entraide scolaire

45 réponses · Page 2 / 3

Vous ne m'ennuyez pas du tout. Il est très rare d'avoir un poème surréaliste à étudier, et j'ai beaucoup d'affinités avec le Surréalisme.
Malheureusement, je ne peux pas continuer l'échange dans l'immédiat.

D'autres peuvent prendre le relais.

Quand je parle de voile déchiré, c'est plus général. Je me refuse à imposer un sens à tel ou tel vers.

Dites-le dans le commentaire, du reste : si vous risquez une interprétation (je ne sais pas ce qu'attend votre prof), soyez prudent et ne donnez surtout pas l'impression que cette sorte de texte est un message "crypté" ou un jeu de l'esprit.

Cet texte a néanmoins un centre, une cohérence : ce ne sont pas des mots tirés d'un chapeau, des phrases sans suite, mais il ne nous appartient pas de dire : ce centre, c'est ceci ou cela, sous peine de retomber dans une rationalisation banalisante et finalement dommageable. Ces poèmes, comme ceux de Mallarmé et ceux de Rimbaud, doivent conserver leur pureté : ils se suffisent à eux-mêmes.

Votre commentaire, néanmoins, doit avoir un minimum d'organisation.


Plutôt qu'opposition, il faut parler de juxtaposition, ou plutôt de passage insensible d'un notation à l'autre, d'une image à l'autre. En ce sens, on est bien dans la mécanique du rêve que vous évoquiez, sans être toutefois dans sa relation pure et simple, comme c'est le cas dans les textes qui ouvrent le recueil.

Quels sont les autres textes qui composent votre objet d'étude ?
Pas de souci, merci énormément pour l'aide que vous m'avez apportée.
Je n'ai que ce poème pour faire le commentaire.
no151120003 a écrit :OK donc si je comprend bien, dans ce poème, il y a pas mal " d’oppositions " avec en effet, le grand frigorifique, lampe arctique et canicule ( je me suis permis de rajouter " volcan " ), Lumière et nui, le temps des verbes.
Quand vous parlez du voile enfin déchiré, faite-vous référence au vers 9 ?
J'ai partiellement répondu à ce pb d'opposition. Il ne faut pas y voir un procédé de composition : je préfère les termes de glissement ou de fusion d'éléments qui nous apparaissent en opposition, voire contradictoire.
En revanche, à la fin, le contraste lumière/ombre n'est pas destiné à se fondre, mais à rester perceptible, au contraire :

Sous l'ombre il y a une lumière et sous cette lumière il y a deux ombres

no151120003 a écrit :Je vais me faire une feuille sur laquelle je vais mettre les réponses aux questions que vous avez mis par rapport au surréalisme, pour m'aider.
Très bonne méthode. Attention, ce "mouvement" a évolué : ici, il s'agit des débuts, avec Breton, Soupault, Éluard, Desnos, Perret, Noll, etc…
Le texte théorique fondateur est le premier Manifeste du Surréalisme (1924), légèrement postérieur à ce poème (1922).
no151120003 a écrit :Ensuite, on peut dire que le fait que le frigorifique distribue les frissons à la ville et chante v. 2,3 se rapporte au surréalisme ? ( bien sur je rédigerais )
Je ne vois pas ce que vous voulez dire.
no151120003 a écrit :pour la partie que vous avez mis :

Tant je la trouvai belle
( vous aviez mis d'autres vers mais je ne me souvient plus )
je ne sais pas ce que je peux dire dessus, je bloque un petit peu.
Vous avez plusieurs thèmes : l'attirance, le désir, en même temps une opposition à noter entre la prosternation (je me jetai aux pieds de la lenteur) et la domination (prête à m'obéir).
Il y a aussi le thème solaire (cf. le titre) qui se profile dans Ce n'était qu'un rayon…et, plus généralement, une quête de la lumière.

pour les vers 10, 11 :
no151120003 a écrit :" Au passage des morts elle s'appuyait sur moi
Jamais les vins braisés ne nous éclairèrent "

Que puis-je dire là-dessus ?
Peut-être y a-t-il ici une superposition entre ce qui est vécu (terrasse d'un café du port avec une amie qui rapportera par la suite la fascination du poète pour le "grand frigorifique " et les scènes "rêvées". C'est la dissolution de la frontière entre la vie réelle et la vraie vie qui est au centre de l'expérience surréaliste. La vraie vie n'est pas dans un hypothétique ailleurs, mais bel et bien dans la vie d'ici-bas.
no151120003 a écrit :Au début je pensais que le poète mourrait peu à peu mais en y réfléchissant, ça me parait absurde.
Du coup ces 2 vers me bloquent également.
Ne reconstituez pas une "histoire" du je ; la tentative serait vaine. Il y a une épaisseur temporelle qu'on peut saisir dans la mesure où un souvenir se déclenche (cf l'usage du passé simple), mais le "je" reste immuable face au monde (cf. Au temps de ma millième jeunesse et la fin)
no151120003 a écrit :Pour le vers 12,

" Mon amie était trop loin des aurores … "

Peut-on l'interpreter sous une forme de solitude du poète ?
Je ne pense pas.
no151120003 a écrit :V 15, 16
Nous regardons l'incroyable et nous y croyons malgrès nous
Comme je pris un jour la femme que j'aimais

Le poète parle bien d'une femme. Dans ces cas la, on pourrait penser qu'il sait que cette relation est vouée à l'echec mais ne peut s'empecher de " craquer ", avec le mot de comparaison " comme "
Ne banalisez pas !
no151120003 a écrit :" Nous rendons les lumières heureuses
Elles se piquent la cuisse devant moi "

J'ai cherché s'il y avait une mythologie autour des lumière, je n'ai rien trouvé, j'ai cherché si " se piquer la cuisse " était une expréssion je n'ai pas trouvé, je ne sais pas quoi dire sur ces deux vers.
Je sais que c'est frustrant, mais on ne peut pas tout "traduire" ainsi. On n'est pas chez Baudelaire !

Le vers 19 " Posséder est un trèfle auquel j'ai rajouté artificiellement une quatrième feuille " rejoint ce que j'ai dis précédement avec les vers 15 et 16.
no151120003 a écrit :" Les canicules me frôlent comme les oiseaux qui tombent "

"Sous l'ombre il y a une lumière et sous cette lumière il y a deux ombres "

Je ne sais pas quoi tirer de ces deux vers.
Le premier contient à la fois une idée de sensualité et de quête avortée : il intervient après Posséder est un trèfle… et s'accompagne de la comparaison Comme les oiseaux qui tombent.

Le second nous transpose de la scène onirique, à laquelle cette vision appartient peut-être encore, à la scène "réelle" : des ouvriers qui s'affairent dans l'entrepôt, image de l'homme-poète et de sa situation, non face au monde, mais dans le monde (Il est un des frissons du grand frigorifique).


no151120003 a écrit :Et donc les 3 derniers vers nous renvoi au poète.
Le poète ne déprimerait-t-il pas ? Il se decrit dans son poème. Serait-ce un signe de tristesse ?
Non, au contraire !
no151120003 a écrit :Je suis désolé de vous embêter avec tout ça mais j'ai vraiment envie de comprendre ce poème et aussi de réussir mon devoir mdr
Vous êtes dans quelle classe ?
Bon ok je vais me poser pour tout relire et noter les idées.
Pour vous répondre, je suis en Première générale.

et pour cette partie :

Ensuite, on peut dire que le fait que le frigorifique distribue les frissons à la ville et chante v. 2,3 se rapporte au surréalisme ? ( bien sur je rédigerais )

Je reviens à ce que vous aviez dit :

Il y a aussi autre chose, particulièrement important, bien que moins représenté, c'est la notion de chant. Chez un poète, c'est banal, mais ici au v. 3, c'est le frigorifique qui chante. Cela signifie que l'objet, pour Breton, semble fournir sa propre transfiguration pour peu qu'on porte sur lui un regard qui n'est pas celui de la vie quotidienne. C'est en cela que réside une des clés du Surréalisme.

et pour ce que vous avez dis :

(terrasse d'un café du port avec une amie qui rapportera par la suite la fascination du poète pour le "grand frigorifique " et les scènes "rêvées"

Comment vous savez ça ????
Eh bien parce que j'y étais.

Non, je plaisante. C'est un témoignage rapporté par une amie de la jeune femme avec laquelle Breton se trouvait à Lorient, et qui est cité par un critique dont je vous ai donné le nom : Marguerite Bonnet, qui a publié les œuvres du poète dans la collection de la Pléiade (NRF Gallimard).
AH d'accord mdr

Bon du cou j'ai fais ça :

🙂 Le Soleil 🙂 en laisse

Le grand frigorifique blanc dans la nuit de temps
Qui distribue les frissons à la ville
Chante pour lui seul
Et le fond de sa chanson ressemble à la nuit
Qui fait bien ce qu’elle fait et pleure de le savoir
Une nuit j’étais de quart sur un volcan
🆒 J’ouvris 🆒 sans bruit la porte d’une cabine et me 🆒 jetai 🆒 aux pieds de la lenteur
[ (Tant je la 🆒 trouvai 🆒 belle )et prête à m’obéir ]
Ce n’était qu’un 🙂 rayon 🙂 de la roue voilée
--- Au passage des morts elle s’appuyait sur moi
Jamais les vins braisés ne nous 🆒 éclairèrent 🆒 ---
(Mon amie ) était trop loin des aurores qui font cercle autour d’une lampe arctique
Au temps de ma millième jeunesse --> HYPERBOLE " Millième jeunesse "
J’ai charmé cette torpille qui brille
Nous regardons l’incroyable et nous y croyons malgré nous
(Comme je pris un jour la femme que ) j’aimais
Nous rendons les lumières heureuses
Elles sepiquentla cuisse devant moi
Posséder est un trèfle auquel j’ai ajouté artificiellement la quatrième feuille
Les canicules me frôlentcomme les oiseaux qui tombent
Sous l’ombre il y a une lumière et sous cette lumière il y a deux ombres
Le fumeur met la dernière main à son travail
Il cherche l’unité de lui-même avec le paysage
Il est un des frissons du grand frigorifique.



Jaune : Tout les mots qui se " jouxtent "

Bordeaux : Présent / Passé qui se jouxtent aussi

Le grad friforifique [ … ] Chante pour lui seul : Notion de chant ( banal chez un poète ) mais sur ce veers, c'est le frigorifique qui chant. L'objet semble fournir sa propre transfiguration. On émet donc un regard qui n'est pas celui du quotidien.

[ ] : Opposition entre prosternation " je me jetai aux pieds de la lenteur " et domination " Prête à m'obéir "

( ) : Attirance, désir

Bleu foncé : Ce contraste n'est pas destiné à se fondre mais à rester perceptible. Transpose la scène onirique à laquelle cette vision appartint peut-être encore à la scène " réelle " .

🙂 … 🙂 : Thème Solaire. Quête de lumière ?

--- …. --- : Peut-être superposition entre ce qui est vécu et les scènes " rêvées "

Bleu turquoise : Donne un sens assez immédiat. Véritable crédo du mouvement, si l'on donne à " nous " son sens de " nous humains " + le présent qui renforce l'idée de sentence.

Comme : Comparaison

🆒 …. 🆒 : Souvenir qui se déclenche ( usage du passé simple )

3 derniers vers : Rapport entre l'homme et le monde


PS :Il y a aussi le " je " qui reste immuable fac au monde " au temps de ma millième jeunesse, j'ai charmé cette torpille qui brille )

Les canicules me frôlent comme les oiseaux qui tombent : sensualité + quête avortée : intervient après " posséder est un trèfle … " et s'accompagne de la comparaison " comme les oiseaux … "

Et je crois que y a tout ( en tout cas tout ce que j'ai compris )
Et ce que j'ai tout pour commencer mon devoirs ??

PS : Il y a des " a " que je n'ai pas pu mettre en couleur
Un travail artistique qui correspond bien à l'esthétique du dédicataire du poème ! 😀

Plus sérieusement, il va falloir à présent trouver une "problématique" et une organisation. J'y réfléchirai de mon côté, mais somme toute, demain (après-midi pour moi), c'est la rentrée !!!

Est-ce pour une explication orale ou pour un commentaire composé ?

La piste que je vous indiquais est peut-être un peu bateau. Pourquoi ne pas partir du titre du recueil Clair de terre ?
Voici comment Breton lui-même l'explique dans une préface du recueil: "La terre brille dans le ciel comme un arbre énorme au milieu des étoiles. Notre globe projette sur la lune un intense clair de terre." Cela signifie que l'image que l'on a d'une réalité varie suivant le point de vue qu'on adopte.
Voilà de quoi "entrer" dans l'univers du poème et nous faire appréhender autrement la matérialité du frigorifique.
Vous pouvez ainsi énoncer les thèmes découverts comme autant de facettes qui se dégageraient peu à peu de l'objet, en s'opposant, en se télescopant, en se fondant.

Et à ce sujet, le statut du "je" doit être précisé : il est à la fois subjectif, puisque cette vision est étroitement dépendante de sa conscience (ou de son inconscient, plutôt), au point qu'on ne peut pas vraiment "expliquer" certaines visions ou certaines associations, et objectif puisque ce "je" n'interpose aucun "état d'âme", aucun jugement entre cette vision et sa relation (la parfaite objectivisation du sujet est bien sûr illusoire, mais les Surréalistes insistent là-dessus). En clair, chanter la beauté d'un clair de lune, c'est du Romantisme, de l'élégie, transcrire la vision d'un clair de terre, c'est du Surréalisme.

Je jette juste des idées, c'est décousu, mais vous en ferez votre profit.

Un dernier mot sur l'absence de ponctuation, dont il faudra tirer parti. C'est Apollinaire qui en est le précurseur (plus de fluidité, passage sans transition d'une image à l'autre, cubisme, "simultanéisme", etc… Pensez à Picasso).

Bon travail. J'espère que ce n'est pas pour demain.
Je n'ai pas lu entièrement ce que vous avez mis mais je réponds à vos questions. C'est un commentaire à l'écrit et je dois le rendre mardi prochain, j'ai encore le temps.
Bonjour ,

Après nombreuses réflexions je ne parviens toujours pas à trouver une problématique alors que j’ai un commentaire écrit à rendre pour demain, je suis perdu …
Si quelqu’un peut me venir en aide j’accepterai avec plaisir 🙂
Bonjour.

Si cela concerne bien "Le soleil en laisse" d'André Breton, peut-être la lecture des précédents messages de cette discussion te donnera-t-elle déjà des idées..
Je vois que le rapport entre le jour et la nuit, enfin le coté sombre et lumineux sinon j'en ai aucune idée je suis nul pour ça 😞
Pour aborder la poésie surréaliste, il te faut déposer la raison, la logique dans un coin de ta tête et accepter l'imaginaire, l'inattendu, le coq à l''âne, l'association d'idées, le décousu, des images nouvelles, bref entrer dans une autre réalité.
Le titre déjà t'invite à vagabonder comme le soleil dans sa course apparente dans le ciel.
I Première impression donc : l'incompréhension, le désordre, la surprise
II. Puis, à y regarder de plus près, des associations, des réseaux et des contraires. Tu peux exploiter les allusions à la nuit qui s'opposeront aux étoiles, aux lumières, l'idée du froid …/…
III. Une poésie qui invite à reconsidérer nos attentes, à bousculer nos regards, notre vision du monde, notre réalité, à accepter le rêve, l'inconscient.
Merci de l'aide, si j'ai bien compris la c'est le plan que vous m'avez donné ?
C'est juste une suggestion. Il y en avait d'autres dans ce fil.
Ok je vois et du coup pour la problématique je peux mettre : Comment André Breton montre que son poème est surréaliste ?
Je sais pas trop je trouve ça un peu confu
Il te faut trouver une vraie problématique. Relis bien l'intitulé exact du sujet posé par ton professeur.
Je crois vous avoir donné pas mal d'éléments, nous n'allons pas revenir là-dessus.

Vu le caractère particulier de la poésie surréaliste, je ne crois pas qu'on soit trop exigeant sur le plan. Il est beaucoup plus important de dégager des idées appuyées sur le texte.

Il est d'autre part contraire à mes principes de donner un plan "tout fait" : d'une part, c'est loin d'être mon point fort, d'autre part, je ne veux pas paraître "figer" l'approche d'un poème dont nous n'avons pas toutes les clés. Il m'arrive de dire qu'il n'y a pas plus clair qu'un poème surréaliste ; c'est en partie une boutade, mais c'est aussi pour montrer que le poète, dans ce genre de productions, nous livre une vision qui se veut absolument pure, authentique et "vraie", à condition de ne pas donner à la vérité le sens de copie de la réalité visible par tous. Donc ce n'est pas forcément clair pour nous, ni surtout "interprétable" comme s'il s'agissait d'un cryptogramme.

Je vais cependant vous donner une petite piste.

Pourquoi ne pas pas partie, justement, de cette "réalité", puisqu'un témoignage la confirme ? Le début et la fin du poème évoquent ce fameux "frigorifique" à la fois centre et point de départ du poème.

Dans d'autres parties, vous évoquez la transfiguration de l'objet, qui donne matière à des images, des thématiques variées que nous avons passées en revue. Vous évoquez à ce propos l'écriture "objective" du moi qui ne cherche ni à nous délivrer un message clair, ni à nous émouvoir (vous vous demanderez du reste en conclusion ce que le lecteur peut bien tirer de sa lecture). Vous pouvez enfin tenter de faire une synthèse en rapprochant ces thèmes du titre du poème et de celui du recueil afin de cerner d'un peu plus près le "projet surréaliste", qui ne consiste nullement à aligner des idées disparates, mais à mettre au jour une cohérence dont nous n'avons pas conscience dans la vie quotidienne, et qui est celle de notre vie intérieure, dont les rêves sont une des émanations.


Nous allons tenter un "cri du soir" (Jehan et les anciens du site, vous vous rappelez ?)

JEAN-LUC, VIENS A NOTRE AIDE ! 😂
Du coup en problematique j’ai mis en quoi ce poème est-il une illustration de la poésie surréaliste , j’espère que ça va
Oui, fais au plus simple.
Quelles sont les caractéristiques de la poésie surréaliste d'après toi (si l'on se base sur ce poème, évidemment) ?
pas de ponctuation, vers libre, tout ce qui n’est pas commun au monde réel pas de rime