Salut !
Je dois faire un comentaire sur l'incipit de
La peste d'Albert Camus. Voilà le texte. Si vous pouvez m'aider en me donnant quelques informations ou quelques idées. Merci d'avance.
Someone914
Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran. De l’avis général, ils n’y étaient pas à leur place, sortant un peu de l’ordinaire. À première vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu’une préfecture française de la côte algérienne.
La cité elle-même, on doit l’avouer, est laide. D’aspect tranquille, il faut quelque temps pour apercevoir ce qui la rend différente de tant d’autres villes commerçantes, sous toutes les latitudes. Comment faire imaginer, par exemple, une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes ni froissements de feuilles, un lieu neutre pour tout dire? Le changement des saisons ne s’y lit que dans le ciel. Le printemps s’annonce seulement par la qualité de l’air ou par les corbeilles de fleurs que des petits vendeurs ramènent des banlieues; c’est un printemps qu’on vend sur les marchés. Pendant l’été, le soleil incendie les maisons trop sèches et couvre les murs d’une cendre grise; on ne peut plus vivre alors que dans l’ombre des volets clos. En automne, c’est, au contraire, un déluge de boue. Les beaux jours viennent seulement en hiver.
Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville, est-ce l’effet du climat, tout cela se fait ensemble, du même air frénétique et absent. C’est-à-dire qu’on s’y ennuie et qu’on s y applique à prendre des habitudes. Nos concitoyens travaillent beaucoup, mais toujours pour s’enrichir. ils s intéreSSent surtout au commerce et ils s’occupent d’abord, selon leur expression de faire des affaires. Naturellement ils ont du goût aussi pour les joies simples, ils aiment les femmes, le cinéma et les bains de mer. Mais, très raisonnablement, ils réservent ces plaisirs pour le samedi soir et le dimanche, essayant, les autres jours de la semaine, de gagner beaucoup d’argent. Le soir, lorsqu’ils quittent leurs bureaux, ils se réunissent à heure fixe dans les cafés, ils se promènent sur le même boulevard ou bien ils se mettent à leurs balcons. Les désirs des plus jeunes sont violents et brefs, tandis que les vices des plus âgés ne dépassent pas les associations de boulomanes, îes banquets des amicales et les cercles où l’on joue gros jeu sur le hasard des cartes.
On dira sans doute que cela n'est pas particulier à notre ville et qu'en somme tous nos contemporains sont ainsi. Sans doute, rien n'est plus naturel, aujourd'hui, que de voir des genstravailler du matin au soir et choisir ensuite de perdre aux cartes, au café, et en bavardages, le temps qui leur retse pour vivre. Mais il est des villes ou des pays où les gens ont, de temps en temps, le soupçon d'autre chose. En général, cela ne change pas leur vie. Seulement, il y a eu le soupçon et c'ets toujours cela de gagné. Oran, au contraire, est apparemment une ville sans soupçonq, c'est-à-dire une ville tout à fauit moderne. Il n'est pas nécessaire, en conséquence, de préciser la façon dont on s'aime chez nous. Les hommes et les femmes, ou bien se dévorent rapidement dans ce qu'on appelle l'acte d'amour, ou bien s'engagent dans une longue habitude à eux. Entre ces deux extrêmes, il n'y a pas souvent de milieu. Cela non plus n'est pas original. A Oran comme ailleurs, faute de temps et de réflexion, on est bien obligé de s'aimer sans le savoir.
Bonjour,
L'incipit de La Peste est un texte que je présente au bac oral de français. Or nos cours de français sont très légers et j'ai peur d'oublier dans mes révisions des aspects importants du texte ! Pourriez-vous me dire si je suis passée à côté de quelque chose svp ? Merci beaucoup !Voici déjà le texte :
Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran. De l’avis général, ils n’y étaient pas à leur place, sortant un peu de l’ordinaire. À première vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu’une préfecture française de la côte algérienne.
La cité elle-même, on doit l’avouer, est laide. D’aspect tranquille, il faut quelque temps pour apercevoir ce qui la rend différente de tant &autres villes commerçantes, sous toutes les latitudes. Comment faire imaginer, par exemple, une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes ni froissements de feuilles, un lieu neutre pour tout dire ? Le changement des saisons ne s’y lit que dans le ciel. Le printemps s’annonce seulement par la qualité de l’air ou par les corbeilles de fleurs que de petits vendeurs ramènent des banlieues ; c’est un printemps qu’on vend sur les marchés. Pendant l’été, le soleil incendie les maisons trop sèches et couvre les murs d’une cendre grise ; on ne peut plus vivre alors que dans l’ombre des volets clos. En automne, c’est, au contraire, un déluge de boue. Les beaux jours viennent seulement en hiver.
Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville, est-ce l’effet du climat, tout cela se fait ensemble, du même air frénétique et absent. C’est-à-dire qu’on s’y ennuie et qu’on s’y applique à prendre des habitudes. Nos concitoyens travaillent beaucoup, mais toujours pour s’enrichir. Ils s’intéressent surtout au commerce et ils s’occupent d’abord, selon leur expression, de faire des affaires. Naturellement, ils ont du goût aussi pour les joies simples, ils aiment les femmes, le cinéma et les bains de mer. Mais, très raisonnablement, ils réservent ces plaisirs pour le samedi soir et le dimanche, essayant, les autres jours de la semaine, de gagner beaucoup d’argent. Le soir, lorsqu’ils quittent leurs bureaux, ils se réunissent à heure fixe dans les cafés, ils se promènent sur le même boulevard ou bien ils se mettent à leurs balcons. Les désirs des plus jeunes sont violents et brefs, tandis que les vices des plus âgés ne dépassent pas les associations de boulomanes, les banquets des amicales et les cercles où l’on joue gros jeu sur le hasard des cartes.
On dira sans doute que cela n’est pas particulier à notre ville et qu’en somme tous nos contemporains sont ainsi. Sans doute, rien n’est plus naturel, aujourd’hui, que de voir des gens travailler du matin au soir et choisir ensuite de perdre aux cartes, au café, et en bavardages, le temps qui leur reste pour vivre. Mais il est des villes et des pays où les gens ont, de temps en temps, le soupçon d’autre chose. En général, cela ne change pas leur vie. Seulement il y a eu le soupçon et c’est toujours cela de gagné. Oran, au contraire, est apparemment une ville sans soupçons, c’est-à-dire une ville tout à fait moderne. Il n’est pas nécessaire, en conséquence, de préciser la façon dont on s’aime chez nous. Les hommes et les femmes, ou bien se dévorent rapidement dans ce qu’on appelle l’acte d’amour, ou bien s’engagent dans une longue habitude à deux. Entre ces extrêmes, il n’y a pas souvent de milieu. Cela non plus n’est pas original. À Oran comme ailleurs, faute de temps et de réflexion, on est bien obligé de s’aimer sans le savoir.
Ce qui est plus original dans notre ville est la difficulté qu’on peut y trouver à mourir. Difficulté, d’ailleurs, n’est pas le bon mot et il serait plus juste de parler d’inconfort. Ce n’est jamais agréable d’être malade, mais il y a des villes et des pays qui vous soutiennent dans la maladie, où l’on peut, en quelque sorte, se laisser aller. Un malade a besoin de douceur, il aime à s’appuyer sur quelque chose, c’est bien naturel. Mais à Oran, les excès du climat, l’importance des affaires qu’on y traite, l’insignifiance du décor, la rapidité du crépuscule et la qualité des plaisirs, tout demande la bonne santé. Un malade s’y trouve bien seul. Qu’on pense alors à celui qui va mourir, pris au piège derrière des centaines de murs crépitants de chaleur, pendant qu’à la même minute, toute une population, au téléphone ou dans les cafés, parle de traites, de connaissements et d’escompte. On comprendra ce qu’il peut y avoir d’inconfortable dans la mort, même moderne, lorsqu’elle survient ainsi dans un lieu sec.
Ces quelques indications donnent peut-être une idée suffisante de notre cité. Au demeurant, on ne doit rien exagérer. Ce qu’il fallait souligner, c’est l’aspect banal de la ville et de la vie. Mais on passe ses journées sans difficultés aussitôt qu’on a des habitudes. Du moment que notre ville favorise justement les habitudes, on peut dire que tout est pour le mieux. Sous cet angle, sans doute, la vie n’est pas très passionnante. Du moins, on ne connaît pas chez nous le désordre. Et notre population franche, sympathique et active, a toujours provoqué chez le voyageur une estime raisonnable. Cette cité sans pittoresque, sans végétation et sans âme finit Par sembler reposante et on s’y endort enfin. Mais il est juste d’ajouter qu’elle s’est greffée sur un paysage sans égal, au milieu d’un plateau nu, entouré de collines lumineuses, devant une baie au dessin parfait. On peut seulement regretter qu’elle se soit construite en tournant le dos à cette baie et que, partant, il soit impossible d’apercevoir la mer qu’il faut toujours aller chercher.
Arrivé là, on admettra sans peine que rien ne pouvait faire espérer à nos concitoyens les incidents qui se produisirent au printemps de cette année-là et qui furent, nous le comprîmes ensuite, comme les premiers signes de la série des graves événements dont on s’est proposé de faire ici la chronique. Ces faits paraîtront bien naturels à certains et, à d’autres, invraisemblables au contraire. Mais, après tout, un chroniqueur ne peut tenir compte de ces contradictions. Sa tâche est seulement de dire : « Ceci est arrivé », lorsqu’il sait que ceci est, en effet, arrivé, que ceci a intéressé la vie de tout un peuple, et qu’il y a donc des milliers de témoins qui estimeront dans leur cœur la vérité de ce qu’il dit.
Du reste, le narrateur, qu’on connaîtra toujours à temps, n’aurait guère de titre à faire valoir dans une entreprise de ce genre si le hasard ne l’avait mis à même de recueillir un certain nombre de dépositions et si la force des choses ne l’avait mêlé à tout ce qu’il prétend relater. C’est ce qui l’autorise à faire œuvre d’historien. Bien entendu, un historien, même s’il est un amateur, a toujours des documents. Le narrateur de cette histoire a donc les siens : son témoignage d’abord, celui des autres ensuite, puisque, par son rôle, il fut amené à recueillir les confidences de tous les personnages de cette chronique, et, en dernier lieu, les textes qui finirent par tomber entre ses mains. Il se propose d’y puiser quand il le jugera bon et de les utiliser comme il lui plaira. Il se propose encore… Mais il est peut-être temps de laisser les commentaires et les précautions de langage pour en venir au récit lui-même. La relation des premières journées demande quelque minutie.
Les seuls éléments que je possède sont :
ce texte répond aux fonctions normales d'un incipit : présenter le lieu (Oran), annoncer l'action, définit le livre comme une chronique…
mais il est également original car : il ne présente pas les personnages (statut ambigu du narrateur-personnage-historien), il décrit une ville neutre…
Voilà tout ce que j'ai, et franchement je n'y comprends rien, j'ai vraiment besoin d'aide pour le bac svp !! Merci beaucoup !
Je te file mon plan fait en classe
I Un incipit "curieux"
1-des éléments romanesques traditionnels
2-une description banal du cadre spatial
3-de "curieux" événements
II Un narrateur étrange
1-le désir d'objectivité du narrateur
2-une présence ambiguë du narrateur
III Le début de la tragédie
1-la question des personnages
2-un univers absurde
bonjour je travaille sur ce texte et je voudrai savoir si mon plan est bon:
I- un incipit traditionnel:
- un cadre réaliste
-une existence routinière
II un incipit annonciateur
- un cadre déprécié
- l'archinarrateur et le soucis d'objectivité
III un fait absurde
- un effet d'immobilisme
-un cadre imprévu
Bonjour, merci beaucoup pour ton plan lefandebleach !! Juste une question : qu'est ce que tu mets dans "la question des personnages" svp ? Le fait qu'on ne les connaisse pas particulièrement ? Merci d'avance !
Re,
Vu que j'ai rien à faire je te développe tout ça 😀
La question des personnages
Les personnages dont-il est question sont les vendeurs de fleurs qui apparaissent à la ligne 16, on voit donc que l'action se situe en ce début de roman non-pas dans un plan individuel mais sur un plan collectif.
De plus, c'est l'avis général qui est évoqué à la ligne 2.
Le récit ne se situe donc pas dans la perspective d'un seul personnage mais sur le plan de l'avis général c'est-à-dire du peuple d'Oran.
On voit également que le deuxième paragraphe s'ouvre par le mot "cité" en grec polis, qui donne un premier indice sur la dimension politique de l'intrigue.
On comprend que la peste va soulever la question de la vie en communauté.
L'incipit semble également faire référence à l'univers de la tragédie notamment à la pièce de Sophocle "Oedipe-roi", dans laquelle la peste s'abat sur la ville de Thèbes.
J'ai eu l'avantage de lire très récemment La Peste de Albert Camus. Donc je pense pouvoir donner quelques pistes pour l'étude de son incipit, connaissant l'homogénéité thématique de l'oeuvre, ses caractéristiques générales, le style de Camus, que l'on retrouve du début à la fin.
A propos de la description de la ville d'Oran : elle est définie comme une unité administrative et territoriale ("une préfecture française de la côte algérienne"). Mais c'est "à première vue". Alors qu'est-ce-qu'il y a d'original dans cette présentation de la ville ? Elle est décrite par un observateur pas complètement objectif : le narrateur. "La cité elle-même, on doit l'avouer, est laide". Pourquoi la dégrader ? Parce que c'est un "lieu neutre". Dès le prime abord, la ville s'impose comme un lieu déshumanisé et presque antinaturel ("Comment faire imaginer, par exemple, une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l'on ne rencontre ni battements d'ailes, ni froissements de feuilles". Il n'y a pas de végétations, aucun signe de vie. Comment une telle ville peut-elle avoir une âme, peut-elle vivre ?). A mon avis, ce qu'il est important de noter, c'est que Oran n'est comparable à aucune autre, elle est unique, ce qui manifeste un réel enfermement. Tout est prêt pour qu'un événement extraordinaire éclate, mais ne dépasse pas les frontières de la ville. Regardons : les conditions atmosphériques ne sont pas favorables ("Pendant l'été, le soleil incendie les maisons trop sèches"; "en automne, c'est, au contraire, un déluge de boue"). La ville est sans pittoresque, elle n'attire pas l'attention, ne charme, ni n'amuse par son aspect original. Il n'y a aucune couleur. Au contraire, cette ville repousse. On s'ennuie ferme.
A propos des habitants : c'est la routine qui pousse l'activité des hommes ("Nos concitoyens travaillent beaucoup, mais toujours pour s'enrichir"). Camus semble même plaquer la théorie des libéraux des XVIIIème et XIXème siècles : le travail est fait pour s'enrichir. Tout homme est mû par l'appat du gain. Autrement, les habitants font les choses comme si ils les avaient toujours fait. Rien d'extraordinaire, rien de pittoresque.
personne pour me dire si mon plan est bon ou mauvais 😞
Merci pour toutes vos réponses, qui m'ont bien aidée !! 😀
Pour ton plan soso1945, je pense que c'est à peu près bon, mais je ne suis pas une experte ! Mais qu'est ce que tu veux dire quand tu parles d'archi-narrateur ??
en cherchant le mot polyphonie je l'ai trouvé, il réfère à un narrateur qui a plusieurs statuts dans le même texte, tantôt il est impliqué dans le texte (interne) tantôt il est objectif tantôt il sait plus que les personnages 🙂
soso1945, je pense que ton plan est pas mal, mais à mon avis, il faut que tu insistes plus sur le statut du narrateur, très particulier, puisqu'il est censé relater des faits en toute objectivité. Mais manifestement il ne peut s'empêcher de banaliser le cadre spatial, voire de montrer un enfermement de la ville sur elle-même (par exemple, au lieu de se tourner vers la baie, symbole de fraicheur, la ville lui tourne le dos), embryon d'un malaise certain que la peste accroitra. A mon avis, dans tes titres, il faudrait mentionner le caractère symbolique de la description : Oran, malgré l'intention manifeste de la banaliser, est tout sauf une ville banale. Cette façon de la montrer comme dénuée d'originalité en fait justement une ville originale !
merci Aristote disciple, voilà le nouveau plan en tenant compte de vos remarques et vos suggestions:
I- un incipit annonciateur
- un cadre réaliste et l'envie de vraisemblance
-une existence routinière
II- le narrateur analyste
- un archi-narrateur
- le soucis de l'objectivité
III- un fait absurde
- Oran: cadre banal et inattendu
-le symbolisme de la description
Ton plan me parait plutôt bien. Je l'ai étudié cette année pour mon oral de français. En I on a mis "un cadre réaliste", en II on a parlé du narrateur, sa posture, son ironie… Et en III du côté symbolique du texte (donc en parlant de la comparaison avec la seconde guerre mondiale et de l'occupation).
salut ecriture ! Je voulais juste te poser une question : qu'est-ce-que tu mets dans la partie sur le narrateur ironique ? qu'est-ce-qu'il a d'ironique ? Parce que je ne suis pas sûr mais je crois que c'est le fait que le narrateur banalise le décor ("naturellement").
Bonjours je dois repondre à quelque questions concernant ce texte "De curieux événements dans une ville ordinaire" mais je n'y arrive pas donc si quelqu'un pourrait m'aider svp les questions sont :
- Comment sont dépeints ses habitants ? Comment se déroule leur existence ?
- Que signifie le terme de "chronique" ? Quel repère temporel et quels temps verbaux justifient l'emploi de ce terme ?
Merci de repondre rapidement svp
Bonjour, j'aimerais savoir quel est le statut du narrateur dans le texte ci-dessous ?
Merci beaucoup pour vos réponses.
"Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran. De l’avis général, ils n’y étaient pas à leur place, sortant un peu de l’ordinaire. À première vue, Oran est, en effet, une ville ordinaire et rien de plus qu’une préfecture française de la côte algérienne.
La cité elle-même, on doit l’avouer, est laide. D’aspect tranquille, il faut quelque temps pour apercevoir ce qui la rend différente de tant d’autres villes commerçantes, sous toutes les latitudes. Comment faire imaginer, par exemple, une ville sans pigeons, sans arbres et sans jardins, où l’on ne rencontre ni battements d’ailes ni froissements de feuilles, un lieu neutre pour tout dire ? Le changement des saisons ne s’y lit que dans le ciel. Le printemps s’annonce seulement par la qualité de l’air ou par les corbeilles de fleurs que des petits vendeurs ramènent des banlieues ; c’est un printemps qu’on vend sur les marchés. Pendant l’été, le soleil incendie les maisons trop sèches et couvre les murs d’une cendre grise ; on ne peut plus vivre alors que dans l’ombre des volets clos. En automne, c’est, au contraire, un déluge de boue. Les beaux jours viennent seulement en hiver.
Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt. Dans notre petite ville, est-ce l’effet du climat, tout cela se fait ensemble, du même air frénétique et absent. C’est-à-dire qu’on s’y ennuie et qu’on s’y applique à prendre des habitudes. Nos concitoyens travaillent beaucoup, mais toujours pour s’enrichir. Ils s’intéressent surtout au commerce et ils s’occupent d’abord, selon leur expression, de faire des affaires. Naturellement ils ont du goût aussi pour les joies simples, ils aiment les femmes, le cinéma et les bains de mer. Mais, très raisonnablement, ils réservent ces plaisirs pour le samedi soir et le dimanche, essayant, les autres jours de la semaine, de gagner beaucoup d’argent. Le soir, lorsqu’ils quittent leurs bureaux, ils se réunissent à heure fixe dans les cafés, ils se promènent sur le même boulevard ou bien ils se mettent à leurs balcons. Les désirs des plus jeunes sont violents et brefs, tandis que les vices des plus âgés ne dépassent pas les associations de boulomanes, les banquets des amicales et les cercles où l’on joue gros jeu sur le hasard des cartes.
On dira sans doute que cela n’est pas particulier à notre ville et qu’en somme tous nos contemporains sont ainsi. Sans doute, rien n’est plus naturel, aujourd’hui, que de voir des gens travailler du matin au soir et choisir ensuite de perdre aux cartes, au café, et en bavardages, le temps qui leur reste pour vivre. Mais il est des villes et des pays où les gens ont, de temps en temps, le soupçon d’autre chose. En général, cela ne change pas leur vie. Seulement, il y a eu le soupçon et c’est toujours cela de gagné. Oran, au contraire, est apparemment une ville sans soupçons, c’est-à-dire une ville tout à fait moderne. Il n’est pas nécessaire, en conséquence, de préciser la façon dont on s’aime chez nous. Les hommes et les femmes, ou bien se dévorent rapidement dans ce qu’on appelle l’acte d’amour, ou bien s’engagent dans une longue habitude à deux. Entre ces extrêmes, il n’y a pas souvent de milieu. Cela non plus n’est pas original. À Oran comme ailleurs, faute de temps et de réflexion, on est bien obligé de s’aimer sans le savoir.
Ce qui est plus original dans notre ville est la difficulté qu’on peut y trouver à mourir. Difficulté, d’ailleurs, n’est pas le bon mot et il serait plus juste de parler d’inconfort. Ce n’est jamais agréable d’être malade, mais il y a des villes et des pays qui vous soutiennent dans la maladie, où l’on peut, en quelque sorte, se laisser aller. Un malade a besoin de douceur, il aime à s’appuyer sur quelque chose, c’est bien naturel. Mais à Oran, les excès du climat, l’importance des affaires qu’on y traite, l’insignifiance du décor, la rapidité du crépuscule et la qualité des plaisirs, tout demande la bonne santé. Un malade s’y trouve bien seul. Qu’on pense alors à celui qui va mourir, pris au piège derrière des centaines de murs crépitants de chaleur, pendant qu’à la même minute, toute une population, au téléphone ou dans les cafés, parle de traites, de connaissements et d’escompte. On comprendra ce qu’il peut y avoir d’inconfortable dans la mort, même moderne, lorsqu’elle survient ainsi dans un lieu sec.
Ces quelques indications donnent peut-être une idée suffisante de notre cité. Au demeurant, on ne doit rien exagérer. Ce qu’il fallait souligner, c’est l’aspect banal de la ville et de la vie. Mais on passe ses journées sans difficultés aussitôt qu’on a des habitudes. Du moment que notre ville favorise justement les habitudes, on peut dire que tout est pour le mieux. Sous cet angle, sans doute, la vie n’est pas très passionnante. Du moins, on ne connaît pas chez nous le désordre. Et notre population franche, sympathique et active, a toujours provoqué chez le voyageur une estime raisonnable. Cette cité sans pittoresque, sans végétation et sans âme finit par sembler reposante, on s’y endort enfin. Mais il est juste d’ajouter qu’elle s’est greffée sur un paysage sans égal, au milieu d’un plateau nu, entouré de collines lumineuses, devant une baie au dessin parfait. On peut seulement regretter qu’elle se soit construite en tournant le dos à cette baie et que, partant, il soit impossible d’apercevoir la mer qu’il faut toujours aller chercher.
Arrivé là, on admettra sans peine que rien ne pouvait faire espérer à nos concitoyens les incidents qui se produisirent au printemps de cette année-là et qui furent, nous le comprîmes ensuite, comme les premiers signes de la série des graves événements dont on s’est proposé de faire ici la chronique. Ces faits paraîtront bien naturels à certains et, à d’autres, invraisemblables au contraire. Mais, après tout, un chroniqueur ne peut tenir compte de ces contradictions. Sa tâche est seulement de dire : « Ceci est arrivé », lorsqu’il sait que ceci est, en effet, arrivé, que ceci a intéressé la vie de tout un peuple, et qu’il y a donc des milliers de témoins qui estimeront dans leur cœur la vérité de ce qu’il dit. Du reste, le narrateur, qu’on connaîtra toujours à temps, n’aurait guère de titre à faire valoir dans une entreprise de ce genre si le hasard ne l’avait mis à même de recueillir un certain nombre de dépositions et si la force des choses ne l’avait mêlé à tout ce qu’il prétend relater. C’est ce qui l’autorise à faire œuvre d’historien. Bien entendu, un historien, même s’il est un amateur, a toujours des documents. Le narrateur de cette histoire a donc les siens : son témoignage d’abord, celui des autres ensuite, puisque, par son rôle, il fut amené à recueillir les confidences de tous les personnages de cette chronique, et, en dernier lieu, les textes qui finirent par tomber entre ses mains. Il se propose d’y puiser quand il le jugera bon et de les utiliser comme il lui plaira. Il se propose encore… Mais il est peut-être temps de laisser les commentaires et les précautions de langage pour en venir au récit lui-même. La relation des premières journées demande quelque minutie"
"Les curieux événements qui font le sujet de cette chronique se sont produits en 194., à Oran."
Tu peux commencer par chercher les définitions de chronique et chroniqueur.
Bonjour,
Je dois faire un commentaire de texte sur l'incipit. Je pensais à lier mon travail avec la philosophie de l'absurde. Un argument serait le rapport à l'existence et l'autre serait sur le style de Camus. Pourriez-vous m'aider pour développer ses arguments ?
Cordialement
S'agit-il d'un commentaire dans le cours de français ?