La postérité connaît-elle des modes ?
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Je suis un jour tombé inopinément sur ce commentaire d'un internaute réagissant à un texte d'un philosophe contemporain. La formule m'a marqué. L'auteur du billet disait qu'Anatole France, dont le philosophe rappelait l'impopularité, valait mieux que les critiques qui lui ont été adressées par les surréalistes et l'oubli dans lequel il est tombé. Il suggérait donc que la postérité répondait à des modes, des affinités plus ou moins partielles et temporaires à l'idéologie du moment. Qu'en pensez-vous? Y a-t-il des auteurs dont la postérité vous semble douteuse ou susceptible de changement?
Et, question subsidiaire, que pouvez-vous dire de l'évolution de la cote de popularité de certains classiques depuis leur parution jusqu'à nos jours?
Dans les autres Arts, il semble d'y avoir un effet de mode.
Bach était considéré comme "vieille perruque" par ses propres fils car il continuait à écrire (magnifiquement bien) dans le style baroque, or eux, ils étaient" à la mode" dans le style préclassique.
Bach était oublié pendant plus de 50 ans après sa mort. Puis, avec Mendelssohn et des grands festivals choraux, on a résuscité ses œuvres. Problème: o,n les donnait avec peu d'importance arttaché à l'autenticité de l'interprétation. La vision et version romantique des œuvres barques furent courantes jusqu'en 1950 quand on commençait une recherche pour l'authenticité.
Van Gogh n'était pas tout de suite apprécié, et ne vendait qu'un seul tableau de son vivant. le mouvement impressionniste devient "à la mode" et subitement ses toiles se vendent…de plus en plus chers…..les œuvres d'art deviennent ainsi (que?) des investissements.
Parfois la postérité (d'aileurs elle n'a pas encore pris fin 😜) oublie vite des artistes à la mode pendant leur vivant. Très très souvent, la postérité a eu raison. 😮
Bien sur que la postérité fonctionne selon des modes. Par exemple Colette : il y a 20 ans elle était étudiée dans toutes les classes, aujourd'hui elle est à peine évoquée, même dans les études littéraires.
Chénier, longtemps ignoré, est aujourd'hui considéré comme le premier auteur engagé.
Tous passe par la mode, d'un coté c'est bien, ça permet de reparler de temps en temps de ceux que l'on avait oubliés.
MODE: (Mod.) Goûts collectifs, mannières passagères de vivre, de sentir qui paraissent de bon ton dans une société déterminée.
(Merci Petit Robert).
Maintenant faut-il savoir ce qui est 'de bon ton' et comment le déterminer.
Voici ce que je peux dire de l'état des classiques aujourd'hui:
1°Les universités françaises ne parlent plus beaucoup de Sartre, Camus et encore moins de Malraux depuis qu'elles se sont entichées du nouveau roman. Beaucoup de professeurs ont vécu de plein pied l'époque de la nouvelle critique, du formalisme et tutti quanti. Cela se ressent sur les programmes: la littérature semble former une bulle étanche, un monde auto-référentiel. Le vent tourne néanmoins…
2°Ce qui ne change pas, c'est le pesant mépris avec lequel les universitaires ont enterré le romantisme. C'est comme si Lamartine, Musset et Vigny n'avaient jamais existé. On connaît les attaques de Flaubert contre Lamartine, celles de Baudelaire contre Musset…
3°Dans certains milieux on voue un culte à l'écrivain victime d'un complot du silence (selon lui): Léon Bloy. Les amateurs d'invectives et de criailleries semblent le regretter.
4°Nos traditionnels Candide et Princesse de Clèves se portent toujours aussi bien.
5°Pour ce qui est des "contemporains" (parfois morts, mais contemporains d'esprit) qu'il est de bon ton d'apprécier, je citerai Ponge, Michaux, Butor, Volodine et Pierre Michon (ce dernier vraiment excellent)
Alph a écrit :1°Les universités françaises ne parlent plus beaucoup de Sartre, Camus et encore moins de Malraux
2°Ce qui ne change pas, c'est le pesant mépris avec lequel les universitaires ont enterré le romantisme. C'est comme si Lamartine, Musset et Vigny n'avaient jamais existé.
Fais-tu un Mémoire ou une Thèse sur le contenu de tous les programmes universitaires pour arriver à des telles conclusions?
5°Pour ce qui est des "contemporains" (parfois morts, mais contemporains d'esprit) qu'il est de bon ton d'apprécier, je citerai Ponge, Michaux, Butor, Volodine et Pierre Michon (ce dernier vraiment excellent)
Sont-ils tous pour autant des "classiques"? Comment décide-on de cette appellation?
Pas de formation littéraire et ne pas sachant ce qui es de bon ton, je me permets d'apprécier "Le Tronc d'arbre", "La Mousse" et "La Famille du Sage" de Francis Ponge, tout en gardant une mécompréhension totale de comment on pourrait qualifier (j'ai presque dit 'taxer') "La Lessiveuse" de poésie. En revanche, j'ai du mal de savoir en quoi les trois premiers poèmes cités représentent une avance sur Rimbaud, bien qu'il n'eût jamais choisi ces titres banaux.
Je ne rédige ni thèse ni mémoire, mais ce serait intéressant de faire un état des lieux.
Je me suis étonné de l'absence de certains auteurs au programme de mon université, de l'oubli relatif dans lequel ils semblaient être tombés, voilà pourquoi, par curiosité, j'ai cherché à prendre connaissance du panorama intellectuel de la France en ce siècle naissant et j'en suis arrivé à ces quelques constats sommaires.
Pour le 5°, c'est une erreur de ma part de l'avoir subsumé dans le même ensemble que les 4 points précédents; il ne s'agit évidemment pas de classiques. Il est trop tôt pour en répondre.
A mon avis on parle de classique lorsque l'héritage est repris en charge par des auteurs contemporains, lorsque l'influence persiste -mais la vive admiration pour un auteur déjà ancien peut sans doute suffire, indépendamment de tout critère plus objectivable. Quoiqu'il en soit j'avoue que la constitution d'un corps d'œuvres dits classiques reste quand même une énigme. Il y a un processus sur le long terme qui, je pense, est naturel et quasi irréfléchi. Ce coté organique de l'élaboration de la culture me fascine.
Alph a écrit :A mon avis on parle de classique lorsque l'héritage est repris en charge par des auteurs contemporains, lorsque l'influence persiste
Je trouve cela très bien (même si j'aurais préféré "compte" que "charge").
Un Programme ne peut pas inclure tous les auteurs, ni littéralement, ni souhaitables, mais devrait présenter des auteurs et des œuvres représentatifs. Si on me donnait "Les Illuminations" à étudier, je ne pouvais pas m'empêcher de lire l'intégrale de Rimbaud ainsi que deux biographies et d'autres œuvres d'analyse littéraire. Puis Verlaine, évidemment, avec son 'manifeste'. Poursuivre les influences qu'ils a exercé et les raisons pour lesquelles il arrête d'écrire! Puis la situation des Arts à l'époque, puis comment vivent les vers de Rimbaud à nos jours (il n'est pas oublié par les artistes de variété ni par les compositeurs tels Benjamin Britten).
En somme, je ferais moi-même un Programme pour moi! 🙂
A la question initiale, bien sûr que oui.
Ce qui est même intéressant est de voir aussi qu'on associe un auteur a d'autres genres, selon le siècle :
Voltaire est perçu comme un historien, puis un dramaturge et aujourd'hui comme un pamphlétaire et l'auteur de Candide (comme quoi les "programmes scolaires" forgent ce qu'on désigne par "littérature").
Parfois c'est bien car certains écrivains disparaissent (je ne citerai pas de nom) mais aussi d'autres apparaissent (comme Lautréamont, tant mieux). Mais ce n'est pas non plus parce qu'ils réapparaissent qu'ils resteront : c'est à nous de les préserver si on les aime. Un site te donnera une idée "très objective" de l'évolution dans la réception des écrivains :
[lien invalide]
Choisis les manuels, et compare la place qu'occupe les écrivains dans chaque. Tu vois que certains écrivains considérés comme les plus importants à un moment donné finissent par disparaître complètement !
Voici un exemple dans le lien suivant :
[lien invalide]
Je suis désolé. Le fonctionnement du premier lien et le résultat du deuxi-me me sont totalement ioncompréhensibles.
D'ailleurs, ton argument fut originalement basé sur les textes étudiés actuellement dans les univesités.
il y a un non sequitur qq part.
?
Ce site s'appuie sur des manuels de littérature, dont le Lagarde et Michard. Si le site est unversitaire, il ne se base pas sur "les textes étudiés dans les universités", ce n'est pas son propos. Il s'agit de présenter objectivement ce que contiennent les différents manuels "à travers les âges".
Excuse-moi. Fatigue.
Je te confonds avec Alph (msg #5).
Néanmoins tes liens ne me sont pas 'lisibles' après les avoir ouvert.
Au fait -et ceci en guise de publicité- un livre de chevet (j'entends: mon chevet) a quasiment disparu du panthéon littéraire -encore qu'il n'y ait tenu qu'une maigre place et pendant un temps si court que sa présence fut plus remarquable que son absence: Oberman, de Senancour, qu'on écrit parfois Sénancour. Contemporain du René de Chateaubriand, le roman par lettres (qui n'a rien de romanesque) de Senancour est aussi, comme René, un livre précurseur du romantisme et une première symptomatique du mal du siècle. On dit qu'il a inventé la prose poétique, avant Flaubert. Avec tant d'innovations, on s'étonne qu'il n'ait point demeuré en plus grande estime. Mais c'est qu'il est lent, vide de tout événement et résolument pas in. Cela dit c'est beau, et pour les contemplatifs qui aiment que se dilate le temps, c'est l'éternité à claire-voix. Avec par dessus tout une étrange vertu, une mesure dans toute chose…
Alph a écrit :On dit qu'il a inventé la prose poétique, avant Flaubert. Avec tant d'innovations, on s'étonne qu'il n'ait point demeuré en plus grande estime. ……….
Cela dit c'est beau,
Bonjour, Alph.
Ton plaidoyer est fort et presque convaincant!
Encyclopédie Universalis en dit que "Oberman fut publié en 1804 sans aucun succès! Son impopularité ne date pas donc d'hier ou avant-hier. 🙂
En quoi, seules l'invention et l'innovation ne sont pas suffisantes pour qu'un style dure dans le temps.
A propos, ton post me fait songer aux autres innovations: celles qui mènent à la construction de ponts et barres et tours (et même des pavillons) dans les années 1970, qui de nos jours tombent d'eux-mêmes ou sont démolis avant de tomber.
Les maisons en pierre ne 'tombent' pas dans cette catégorie novatrice.
Le mouvement expressionniste, me semble-t-il avait comme premier but de décrier les 'progrès' du XIXe s.
Précurseur du Romantisme?
Je ne cesse pas de dire que la France n'y est pas pour grand-chose! Pour moi, l'un des grandes œuvres romantiques (qui n'est pas dépourvu de 'Angst' - l'un des éléments nécessaires pour le mal du siècle) qui a exercé une grande influence européenne dans le style littéraire est "Les Souffrances du Jeune Werther" de Goethe (1774).
Sainte-Beuve (est-il aussi tombé de grâce?) et Sand ont loué "Oberman", Nerval, Balzac et Proust aussi. Mais aurait-on repris sa lecture s'il n'y avait pas des célébrations nationales de son centenaire en 2004?
P.-S. "Oberman" me fait penser à "homme supérieur"; mais c'est sans doute avec la connaissance de Nietzsche et autres Hitlers plus récents que notre cher Etienne Pivert de S. 😉
Je voulais dire romantique en France. Sinon l'Allemagne est effectivement la vraie patrie du romantisme. J'ajoute qu'Oberman est un grand livre sur la nostalgie -ou de nostalgie. Une interprétation hardie veut qu'il s'agisse aussi d'un livre sur l'onanisme…autant dire qu'il reste discret sur ce point.
Pour ce qui est du titre, ce ne serait pas plutôt überman, s'il avait voulu dire "homme supérieur"? Oberman, phonétiquement, se rapproche d'Otherman -un homme autre, différent. Peut-être Ober, dans la langue suisse, est-il l'équivalent d'over et un faux-ami de über? Il n'est pas tellement question de supériorité en effet, mais de solitude.
Alph a écrit :Sinon l'Allemagne est effectivement la vraie patrie du romantisme.
N'oublions pas Samuel Taylor Coleridge (1772-1834), William Turner (1775-1851) et John Constable (1776-1837) dans cette histoire, ni les poètes francais "emigrés" en Angleterre plutôt qu'en Allemagne!
Henry Fuseli (1741-1825) peintre suisse qui prit comme thèmes les personnages de Shakespeare de façon romanticisée avant 1800.
Précurseur: James Macpherson (1736-96)
dont l'
Ossian (1761) => Walter Scott (1771-1832) et….Goethe!
ober est bien le préfixe allemand = supérieur!
Oberarm=bras supérieur
Oberst=Commandant (Major).
oben = en haut ( en allemand)
Est-il sûr dans ce contexte que le préfixe évoque " l'homme supérieur" au sens de Übermensch?
Le livre n'établit-il pas un rapport entre le héros, sa nostalgie ou sa rêverie, la soif d'élévation de l'âme et les montagnes, les sommets suisses ?
Alph, il n'existe pas de langue suisse : il y a quatre langues officielles en Suisse: l'allemand, le français, l'italien et le romanche ( parlé par une toute petite minorité de personnes). L'allemand parlé est différent de celui de l'Allemagne ( on parle du Schwyzerdütsch , ou Schweizerdeutsch), mais officiellement ( administrations, institutions , etc) c'est l'allemand standard qui est reconnu .
Oberman comme l'homme des hauteurs, des alpages? Pas mal…
Zarathrustra, ne voyait-il pas le monde d'en haut?
Senancour: 1770-1846
Nietzsche : 1844-1900
L'un naît au moment où l'autre meurt. Les notions et références ne sont pas les mêmes…
Pour étayer ton idée, il faudrait avoir lu le livre Oberman et argumenter à partir de son contenu. Personnellement, je ne l'ai pas lu. Mais, rien dans les analyses de ce livre n'indique cette idée .