Hoffmann, Le violon de Crémone

Littérature

14 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Est-ce que quelqu'un peut affirmer ou infirmer une impression que j'ai?
La construction de la maison de Krespel fait en moi echo à quelque chose, je ne sais pas vraiment quoi. J'ai pensé qu'il y avait peut-être un lien avec la construction de la tour de Babel mais je ne sais pas ce qui réveilole ça en moi…
Pensez-vous que mes sens me font défaut, je vais essayer de retrouver ma Bible et je vais analyser cela d'un peu plus près. Mais ça vient peut-être du ton ou de du thème de la construction. Bon bref je ne sais pas.

Quelqu'un peut m'aider? A quoi fait référence ce passage du Violon de Crémone de Hoffmann si il fait effectivement référence à quelque chose…

Merci d'avance à vous tous.
Bonjour Méliepuce,

La construction fantasque du conseiller Crespel ne saurait, selon moi, rappeler la tour de Babel.
Dans la Bible, cette construction mythique, sans doute inspirée aux Hébreux par les ziggourats, est une dénonciation de l'orgueil humain qui veut aller jusqu'au ciel par ses propres forces.
1 ¶ Tout le monde se servait d’une même langue et des mêmes mots. 2 Comme les hommes se déplaçaient à l’orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s’y établirent. 3 Ils se dirent l’un à l’autre: Allons! Faisons des briques et cuisons-les au feu! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier. 4 Ils dirent: Allons! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre!
5 ¶ Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties. 6 Et Yahvé dit: Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux. 7 Allons! Descendons! Et là, confondons leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les autres. 8 Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville. 9 Aussi la nomma-t-on Babel, car c’est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c’est de là qu’il les dispersa sur toute la face de la terre.

Genèse chapitre 11
La maison bizarre
Toutes les difficultés se trouvèrent ainsi vaincues, et en peu de temps, il s’éleva une grande maison qui avait extérieurement l’aspect le plus bizarre, car toutes les parties y semblaient jetées au hasard, mais dont l’intérieur offrait mille agréments, et dont l’arrangement était d’une commodité extrême. Tous ceux qui la visitèrent furent d’accord en cela, et moi-même je ne pus en disconvenir lorsqu’une connaissance plus intime avec Crespel m’eut ouvert sa maison.

Le Violon de Crémone
Comme souvent dans les contes ou les histoires fantastiques, la demeure est à l'image des habitants, elle révèle (par ex. la Chute de la maison Usher de Poe) à celui qui sait voir le secret du propriétaire tant les murs sont habités par l'âme du maître des lieux, comme si les murs étaient le prolongement de l'esprit humain. Il y aurait un continuum entre le monde animé et le monde inanimé… De plus Hoffman en conteur avisé pique notre curiosité.
Merci Jean-Luc,

Je ne sais pas pourquoi les méandres de ma pensée (parfois tordue) m'ont fait penser à ça et comme ma Bible est chez moi je n'ai pas pu vérifier si il y avait ou non allusion, c'est peut-être le simple thème de la construction d'un édifice à l'image de l'homme ( tout comme la tour de Babel est à l'image de l'orgueil des hommes, la maison de Krespel est à l'image de son excentricité). Enfin merci de m'avoir remis sur le droit chemin encore une fois (on ne change pas les bonnes vieilles habitudes… 😉 )

Donc si j'ai bien compris ce continuum entre le monde animé et le monde inanimé se retrouve également dans ce fameux Violon de Crémone, quasi double de Anthonie qui la suit dans sa dernière demeure.
Pour la chute de la maison Uscher de Poe je dois également le lire dans le cadre d'une étude en littérature comparée sur Le chateau de Carpathes de Jules Vernes. Donc je vais voir si cette thématique du liens entre animé/inanimé se retrouve dans cette étude.

Merci pour la réponse et @+
Bonsoir Méliepuce,

Je suppose que tu as pensé à la tour de Babel parce que le début du conte fait allusion à la construction d'une sorte de tour élevée :
C’est ici, dit le conseiller, qu’il faudra placer les fondations de ma maison ; puis, je vous prierai d’élever les quatre murailles, jusqu’à ce que je vous dise : - C’est assez. - Sans fenêtres, sans portes, sans murs de traverse ? demanda le maçon presque épouvanté de la singularité de Crespel. - Comme je vous le dis, mon brave homme, répondit tranquillement Crespel […] Ainsi les quatre murailles montèrent dans les airs, avec une rapidité incroyable…
L'édifice offre de fait une hauteur déraisonnable puisque la porte d'entrée creusée sur les indications du propriétaire est plus que monumentale (ce qui laisse rêveur quant aux proportions du bâtiment) :
Dès qu’elle fut pratiquée, il entra dans la maison et se mit à rire d’un air satisfait, lorsque le maître maçon lui fit remarquer qu’elle avait juste la hauteur d’une maison à deux étages.
Je pense que tu as bien vu comment pouvait s'appliquer l'idée de continuum à la suite du conte, d'autant plus que la langue française (je ne connais pas l'équivalent allemand) parle de l'âme d'un violon.
Voilà ce qu'en dit Wikipedia pour la partie physique :
ici.
A l'intérieur du violon, on trouve l'âme et la barre d'harmonie, qui jouent un rôle essentiel au niveau acoustique. L'âme est un petit cylindre vertical en épicéa reliant la table d'harmonie et le dos. Située sous le côté droit du chevalet, elle n'est maintenue en place que par la pression exercée à ses deux extrémités. La barre d'harmonie est une barre de sapin collée à la table d'harmonie sous le côté gauche du chevalet.
Mais il est évident que Hoffman joue sur la dualité de sens du mot âme lorsqu'il fait chercher à Crespel le secret de fabrication du violon.

Ce même continuum existe dans La Chute de la maison Usher et dans Le château des Carpathes (sous une forme scientifique que je te laisse découvrir). Ces deux œuvres ont un autre point commun : le culte d'une morte.
Evidemment les livres commandés ne sont pas encore arrivés et moi qui ai déjà l'eau à la bouche, si je puis dire, je ne peux pas encore me pencher sur ce problème de littérature comparée qui me semble de plus en plus alléchant.

Dès que mes achats seront faits et mes lectures accomplies je ne manquerais sûrement pas de vous faire part de mes impressions et avec plus de certitude de mes questionnements… enfin comme d'habitude. En espérant que le sujet interesse quelques personnes.

A plus tard 😉 et encore merci!!!
Bonjour Méliepuce,

Je te joins quelques documents qui pourraient t'aider dans tes lectures sur le fantastique.

« Le fantastique présente un bouleversement, un déchirement, une irruption insolite presque insupportable dans le monde réel (…) c'est une agression, il bouleverse en avilissant et en décriant un ordre immuable, inflexible, que rien, dans aucun cas, ne pourrait modifier, et qui paraît la garantie même de la raison ». Enrico FULCHIGNONI
Quels rapports existent entre la réalité et le fantastique ?
Enrico FULCHIGNONI, tout en les opposant, affirme qu'il existe des liens étroits entre eux. A l'ordre rationnel et immuable du monde s'oppose le fantastique, qui de ce fait, apparaît comme étranger à notre monde habituel, fondé sur des certitudes scientifiques. Aussi le fantastique est-il l'irruption violente d'un univers primitif et inquiétant qui fait vaciller notre raison. Au bout du compte, nous ne savons plus que croire.
Le monde réel est nécessaire au fantastique. Le fantastique ne peut que se greffer sur un univers réel. Il en a besoin pour exister par différence.
Il faut aussi que notre intelligence puisse croire au récit bizarre, se laisser prendre sous peine de rejeter d'emblée une histoire incroyable.
Tout l'art du récit fantastique consiste à tourner nos préventions rationalistes. Une lente gradation, une préparation savante suivies d'un dénouement brutal préparent les failles par où fera irruption un univers barbare, soumis à des lois étrangères. A la fin, il nous reste le doute. Avons-nous été victimes d'une illusion ? La précision du décor, l'ambiguïté des explications permettent l'ébranlement de nos convictions intimes. Le charme du récit fantastique réside dans le délicieux frisson qu'il autorise. L'existence du doute nous invite à rêver à un autre monde possible, bien proche de celui de notre enfance où fiction et réalité n'étaient pas séparées par les frontières que notre éducation nous a depuis appris à dresser entre elles.

Roger Caillois donne ces deux ensembles qui caractérisent le GENRE fantastique.
Série 1.
Les lois humaines fondamentales
a. La catégorie du temps : le temps avance; il est impossible de revenir en arrière, revivre le passé ou rajeunir à volonté. De même, il est impossible de se projeter dans l'avenir autrement qu'en… imagination.
b. La catégorie de l'espace : un individu ne peut pas se trouver physiquement dans deux lieux distincts à la fois; s'il est présent en un lieu X, il ne peut qu'être absent d'un lieu Y
c. Les catégories de la vie et de la mort sont deux catégories "étanches": une fois mort, un être humain ne peut plus revenir à la vie.
d. Les catégories des êtres animés et de la matière inanimée sont également étanches : on ne passe pas de l'une à l'autre par le seul exercice de la volonté ou du désir. Les objets ne vivent pas, pas plus qu'ils ne se transforment, s'animent, disparaissent ou ne s'autonomisent.
e. Les catégories de l'humain et de l’animal ont leurs caractéristiques propres, et cela d'une manière définitive et incompatible. Ces caractéristiques ne peuvent pas s'échanger. La pensée, le désir et la mémoire sont des caractéristiques exclusivement humaines.
Série 2.
Les phénomènes de transgression à caractère surnaturel
1. Le lieu opaque ou la chambre, l'appartement, l'étage, la maison, la rue effacés de l'espace. Par exemple, certains lieux ne semblent pas perceptibles par tous; ils semblent disparaître ou n'avoir jamais existé.
2. L'arrêt ou la répétition du temps : à des minutes ou à des siècles d'intervalle, les mêmes faits se reproduisent dans le même ordre. Par exemple, une chronique relate avec exactitude un événement en train de se produire.
3. La statue, le mannequin, l'armure, l'automate, le tableau qui soudain s'animent et acquièrent une redoutable indépendance.
4. La "chose" indéfinissable et invisible, mais qui pèse, qui est présente, qui tue ou qui nuit.
5. La femme-fantôme, issue de l'au-delà, séductrice et mortelle : elle peut avoir l'apparence d'une renarde ou d'une araignée dont le regard est empreint d'une inexprimable douceur.
6. Le chevauchement des domaines du rêve et de la réalité : soudain, comme un iceberg qui bascule, la réalité se dissout, disparaît, submergée, pendant qu'à sa place, le songe acquiert l'écrasante solidité de la matière.
Les récits de ce type sont l'inverse de ceux où le lecteur est rassuré à la fin, se rendant compte qu'il ne s'agissait que d'un cauchemar. Ici, il s'agit au contraire d'un cauchemar qui se révèle soudain la réalité : d'où l'horreur
7. Les vampires : c'est-à-dire les morts qui s'assurent une perpétuelle jeunesse en suçant le sang des vivants.
8. La malédiction d'un sorcier qui entraîne une maladie épouvantable et surnaturelle.
9. L'âme en peine qui exige pour son repos qu'une certaine action soit accomplie : un défunt revient sur terre pour persécuter son meurtrier. Un châtiment attache un fantôme au lieu où il a accompli un forfait.
10. Le spectre condamné à une course désordonnée et éternelle.
11. Le pacte avec le démon.
D'après Roger Caillois, Images, images, © Gallimard.
Bonjour,
Bonsoir Minialoux,

Le violon de Crémone (Stradivarius) est d'abord le signe de la bizarrerie de Crespel, son désir fou de percer un secret, puis le succédané de la voix d'Antonia (le violon étant l'instrument le plus proche de la voix humaine). Le violon assure le fil conducteur de ce conte placé sous le signe de l'étrangeté.
Le clavecin (et non le piano) est l'instrument d'accompagnement d'Antonia, donc la tentation permanente et finalement fatale pour la jeune femme, d'autant plus qu'il est joué par son amoureux musicien.
Le violon est donc l'antidote alors que le clavecin est le poison.
Sinon, les adjuvants et ses opposants du violon dans ce recit sont lesquels car pour moi le pere fait partit des opposants ainsi qu'aux adjuvants mais il y a d'autre personnage comme m. B son fiancé je ne comprend pas trop ce qui l'ai adjuvants ou opposants ainsi que le Professeur ( j'ai oublié son nom).

Merci pour votre interet
Bonsoir Minialoux,

Dans le schéma actanciel, il te faut d'abord déterminer
le héros,
sa quête d'un objet.
ensuite les personnages, événements, ou objets positifs qui l'aident dans sa quête
les personnages, événements ou objets négatifs qui cherchent à empêcher sa quête.

Si le héros est le narrateur, sa quête est alors d'obtenir l'amour d'Antonia ou de satisfaire sa curiosité.
Si le héros est Krespel, sa quête est de préserver la vie de sa fille.
Dans ce dernier cas, le violon est un adjuvant, le clavecin et l'amoureux éconduit sont des opposants.
Bonsoir Minialoux,

Je te rappelle une règle importante de ce forum :
• Pour que les discussions demeurent intelligibles, les messages sont envoyés définitivement sur le forum. Vous pouvez cependant modifier vos messages. Néanmoins, si vous supprimez vos messages, votre compte sera désactivé. Si vous souhaitez que votre compte soit réactivé, envoyez une demande motivée au webmestre.
L'aide n'est pas individuelle ici, elle est généreuse et doit profiter à tous…

Muriel
bonjour, j'aimerai savoir si quelqu'un pourrais développer le rôle du violon dans ce texte car je n'ai pas bien compris ce qui est expliqué ci-dessus
et j'en ai besoin pour faire un commentaire composé.

merci d'avance de votre réponse
Je voudrais remercier Jean-Luc pour son regard pénétrant dans cette magnifique œuvre. J'en ai profité pour le resortir de ma bibliothèque. En allemand, le titre est simplement "Rat Krespel" (Le Conseiller -municipal, par exemple - Krespel). Par ce fait, le sujet n'était pas le violon à l'origine, quoique important comme symbole.
Ce fil a été regardé 1345 fois, preuve de son intérêt général.
Lors de ma première lecture (1979) j'avais souligné un passage: Es gibt Menschen, denen die Natur oder ein besonderes Verhängnis die Decke wegzog, unter der wir anderen unser tolles Wesen unbemerkte treiben.
Est-ce que ça se rend bien en français: il y a des Hommes desquels la Nature ou une fatalité particulière avait retiré la couverture, sous laquelle nous autres mènent notre folle existence sans se faire remarquer?
Est-ce que ça se rend bien en français:
Es gibt Menschen,
il y a des Hommes ja !
denen die Natur oder ein besonderes Verhängnis die Decke wegzog,
auxquels la Nature ou une fatalité particulière ONT retiré
la couverture = leur protection ?
unter der wir anderen unser tolles Wesen
sous laquelle nous autres MENONS notre folle existence
unbemerkte treiben.
sans NOUS faire remarquer