Accord - Tel / Telle ?
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Dans ma lecture du Portrait de Dorian Gray, je retrouve cette phrase :
"Les faits fuyaient devant elle, telles les bêtes apeuraient des bois"
Telles est correct.
Mais n'est-ce pas "apeurées" ?
Eh bien non !
Inquiétant…
Effectivement, inquiétant !
Comment des bêtes peuvent-elles effrayer des bois ?
Mauvaise traduction ? Licence poétique ? Humour britannique ?
Qui aurait la phrase en anglais ?
Malheureusement, la lecture alléchante du livre m'a empêché de noter la page où se trouve cette phrase. Je télécharge donc une version net pour retrouver la faute en question, avec aussi une phrase qui contient "toute autre chose" avec un "toute" qui m'avait alerté. Je tiens au courant.
Retour de mes péripéties livresques : la phrase dans ma traduction internet est celle-ci :
"Les faits fuyaient devant elle comme des nymphes effrayées." Ils ne prennent plus de "risque" 😀
Tu n'as pas l'original en anglais Jeremy ?
Voici très exactement la phrase en anglais signée par Oscar Wilde :
"Facts fled before her like frightened forest things." (chapter 3, the picture of Dorian Gray)
et voici le lien :
https://www.yeoldelibrary.com/text/WildeO/dorian/003.htm
Ensuite, concernant ma phrase tirée du livre que j'ai acheté, c'est une faute de ma part, il y a bien écrit : "Les faits fuyaient devant elle, telles les bêtes apeurées des bois…" Mea culpa.
😉
Merci Edy pour ce beau florilège !
Puis-je cependant ajouter que les écrivains tordent le cou à la grammaire et à la syntaxe uniquement parce qu'ils maîtrisent, en général, la langue ; de même que Picasso a pu se jouer en peinture de toute règle ?
Ma race ne se souleva jamais que pour piller : tel les loups. (Rimbaud. Saison en enfer. Mauvais sang)
Magnifique ! je retiens. Le problème avec tel, c'est qu'il a à la fois valeur d'adjectif (on peut le décliner) et d'adverbe, ayant le sens de "comme" ou "ainsi"
Ma race ne se souleva jamais que pour piller : ainsi les loups. (Rimbaud. Saison en enfer. Mauvais sang)
Bonsoir à tous,
Comme "Jérémy", j'ai un gros doute sur l'accord / tel. Je viens d'avoir à poser une évaluation négative à un vendeur sur un site de ventes aux enchères. J'ai écrit ceci : "Verrez-vous cette ROUGE, sous le sable où vous avez la tête, tel une autruche."
Non content de me retourner la pareille, il me fait des remarques acerbes sur l'orthographe de "tel", me disant que si mon esprit est au niveau de mon orthographe… bla-bla-bla…
Bref, quand j'ai écrit cette phrase, il n'y avait aucun doute dans ma réflexion, "tel" était employé comme un outil de comparaison, un peu comme "pareil", et je l'ai accordé spontanément avec le comparé, exactement de la même façon que si j'avais eu à écrire : "Ce vendeur, "PAREIL" à une autruche"… IL ne me viendrait pas à l'idée cette formulation : "Ce vendeur, "PAREILLE" à une autruche… J'ai suivi ma logique irréfléchie…
La remarque de ce vendeur m'a fait douter. J'ai cherché une réponse, mais rien trouvé de bien clair… Je suis "tombée" sur cette discussion… Je doute encore plus, bien que ma logique se défende…
Ce qui est curieux, c'est qu'habituellement, la grammaire est très logique (j'ai toujours dit à mes enfants que c'était la mathématique du français, surtout en matière d'accords, mais dans ce cas-là… non… pas de logique… ou plutôt, une drôle de logique…
Donc, ma question : la situation a-t-elle évolué depuis vos derniers messages ?
Bonne soirée à tous et merci d'avance de vos éventuelles réponses.
Muriel
Bonsoir
Je m'adresse à Edy pour cette réponse qu'il propose :
* Tel utilisé comme comparatif pose un problème d'accord : doit-on écrire "il court tel ou telle une fusée" ?
Ce petit problème strictement graphique est généralement résolu au profit de l'accord avec le second terme (le féminin dans l'exemple choisi).
Voilà qui me trouble !!!
Je pencherais pour : il court tel une fusée, car tel possède à mon avis la place de représentant du pronom "il" qui est masculin.
Mais ce n'est que mon opinion,
@
Bonsoir, Muriel !
Malheureusement, la grammaire française n'est pas toujours d'une rigueur mathématique. "Tel" en est l'illustration.
PLUS D'UN également : le verbe est suivi du singulier et, plus rarement, du pluriel. Le pluriel est évidemment le seul qui soit logique : plus d'un = au moins deux.
* Plus d'un homme en avait paru séduit. (Arland)
Vous avez lu l'extrait que j'ai donné de la Grammaire d'aujourd'hui :
* Tel utilisé comme comparatif pose un problème d'accord : doit-on écrire "il court tel ou telle une fusée" ?
Ce petit problème strictement graphique est généralement résolu au profit de l'accord avec le second terme (le féminin dans l'exemple choisi).
Mais l'usage contemporain fournit des exemples d'accord avec le premier terme (ce qui ferait apparaître le masculin dans l'exemple).
Le problème ne se pose pas quand tel, suivi de que, ne peut renvoyer qu'au syntagme nominal auquel il se rapporte et avec lequel il s'accorde : "il court tel qu'une fusée" (archaïque ou affecté).
CONCLUSION
* Il court telle une fusée.
* Il court tel qu'une fusée.
* … telle une victime.
Rien de nouveau depuis lors, sauf que je me suis offert le Dictionnaire des difficultés du français, de Colin, dans les Usuels du Robert. Voici ce que je lis en substance :
TEL NON SUIVI DE QUE s'accorde le plus souvent avec le nom qui suit.
* Ceux-là vinrent qui en avaient les moyens ou purent saisir une occasion, TEL Bichos-Rocoa, exportateur de cuirs bruts. (Hervé Bazin)
* Il fit glisser Arcturus dans l'oeilleton, TELLE une tremblante fleur de givre. (Jules Roy)
Cet accord semble s'imposer quand tel est en tête de phrase.
* TELLE une éponge […], son coeur se gonflait. (Estaunié)
MAIS tel peut aussi s'accorder avec le nom auquel il se rappporte.
* Le bonheur, TEL les anémones roses et blanches de mon enfance, est une fleur qu'il ne faut pas cueillir. (Mauriac)
* Le chat se déroula, TEL une couleuvre de velours. (Colette)
MOI : ceci confirme ce qui déjà été dit. Il vaut mieux faire l'accord avec le nom qui suit, mais vous avez matière à rétorquer. Colette et Mauriac ! Grevisse en cite d'autres encore : Duhamel, La Varende, Troyat, Bosco, Malraux, Montherlant, etc. Voilà du répondant, mais ce n'est quand même pas l'usage normal.
TEL SUIVI QUE s'accorde toujours avec le nom auquel il se rapporte.
* Compétence illusoire, mais TELLE qu'on lui avait même proposé du travail. (Queneau)
* C'est l'Amérique, TELLE qu'elle était connue alors […]. (Claudel)
* Une de ces fins fulgurantes, TELLES que les ont subies d'autres peuples […]. (Giraudoux)
COMME TEL. EN TANT QUE TEL. PRENDRE POUR TEL
Ces locutions font l'accord de tel.
* Du moins elles seront présentées comme TELLES à Jupiter. (Giraudoux)
* Une règle du jeu, qui n'était pas sérieuse, et qu'on s'amusait à prendre pour TELLE. (Camus)
Bonne soirée !
Edy
Bonsoir ou presque bonjour Edy,
Merci pour vos précisions. Elles heurtent ma logique… Je crois que mon esprit, parfois anarchique, continuera à pratiquer une orthographe spontanée qui lui semble "rationnelle"… C'est vrai que quelques pièges semblent des casse-têtes. Vous citez "plus d'un"… il y a aussi "aucun", sujet de discussions endiablées…
Merci encore ,
Muriel
La grammaire n'est pas une science exacte ! parce que la langue est un matériau vivant, interactif, et que Vox populi Vox dei. Les dicos ont simplement du mal à suivre et l'Académie qui prétend régenter a des années de retard sur la réalité.
Tiens j'en profite pour poser une question, après ZÉRO met-on le singulier ou le pluriel ? Pour ma part je mets toujours le pluriel, dans la mesure ou zéro signifiant aucun objet, on ne peut savoir si ces aucuns remplacent l'exception UN ou représentent l'absence, beaucoup plus fréquente, de plusieurs.
Bonjour Léah,
En ce qui me concerne, après ZERO, je mets toujours le singulier : quantité nulle de la "chose".
Après AUCUN, je mets au singulier aussi pour les mêmes raisons.
Apres "PAS DE" ou "PLUS DE", je mets singulier ou pluriel selon le contexte et le sens sous-entendu.
Ex1 : Il n'y a pas (ou PLUS DE) de MURS dans cette ruine (parce que, s'il y en avait, il y en aurait plusieurs).
Ex 2 : (plus délicat…) :Il n'y a pas de FAUTE(S) dans cette dictée.( elle aurait pu en contenir 17…comme UNE seule…). ( et je suis toujours tentée de l'écrire comme cela d'ailleurs : FAUTE(S).
Ex 3 : Il n'y a PAS DE (ou PLUS DE) TÊTE sur cette statue d'Apollon. (si elle en avait, elle n'en aurait qu'une).
Bonne journée.
Muriel
Oui mais tu pourrais écrire
Cette aigle n'a plus de têteS, pensant aux aigles bicéphales 😉
Pour zéro je vais demander aux profs de maths que je connais, qui sont aussi des pointilleux sur ortho et syntaxe (et si il y en a !)
Bonjour, Léah et Muriel.
Le Petit Robert ne dit pas que zéro est un nom invariable.
On peut donc écrire :
* Vous avez eu à l'interrogation trois zéros de suite.
* Un compte en banque avec six zéros. (Et, si possible, avec un nombre positif avant…)
* Vous êtes de vrais zéros, de vrais nuls.
Aucun doit être mis au pluriel lorsque le nom n'a pas de singulier ou a un sens différent au pluriel.
* Aucuns frais. Aucunes funérailles.
* Aucuns gages. (Salaire d'un domestique.)
La syntaxe l'emporte sur la logique.
Le surplus est bien raisonné.
Bonne journée !
Et là… : " Il n'y a PLUS AUCUNE (S?) fenêtre (S?) dans cet immeuble."
Je serai tentée par un pluriel puisqu'après j'en donnerai l'explication…:ELLES SONT toutes (là aussi… pas facile l'accord… (toute(s) : ça dépend…la quantité entière de fenêtres est brisée, ou alors chacune d'entre elle est brisée dans sa totalité… c'est très subtil le français…) brisées !
Bon, j'arrête… c'est hors sujet.
Je mettrais "Il n'y a plus aucune fenêtre dans cet immeuble" ; aucune est un adjectif ou un pronom indéfini qui ne s'accorde jamais au pluriel sauf pour d'aucuns qui signifie plusieurs, certains. A partir de là, fenêtre suit l'accord…