C’est normal que + indicatif ou subjonctif ?
11 réponses
Bonsoir.
J'ai cherché sans trouver mon cas:
C'est normal que………indicatif ou subjonctif?
Pas de doute, pas de commande, pas de souhait, pas de sentiment, pas de concession…..mais….j'ai un doute :/
Verbes impersonnels: falloir ou "il est possible que…." prennent le subjonctif.
Il est probale/certain qu'il arrivera (indic).
Il me semble qu'on dira “il est normal que tu viennes ce soir” parce qu'il y a une alternative (tu pourrais ne pas venir)
Je te remercie Léah. J'avais le sentiment du subjonctif, mais ne savais pas le justifier.
Mon cas précis cet après-midi fut:
il est normal que tu n'en sais/saches rien.
S'il s'agit définitivement du subjonctif, ça fera (dialogue entre trois personnes)
– Je n'en sais rien.
– Tu ne sais rien? Normal!
– Il est normal que tu n'en saches rien.
C'est bon?
Bonsoir !
Je pense que le subjonctif est ici le seul mode grammatical.
Je n'ai rien trouvé de précis à ce propos ; nous devons donc essayer de faire entrer ce verbe impersonnel dans les catégories qui sont suivies du subjonctif.
Il me semble possible de rattacher "il est normal" :
- soit à la nécessité : normal fait référence à une norme, à une habitude, qui n'est pas loin de l'idée de nécessité (Il faut) ;
- soit au doute : dire que c'est normal, c'est déjà supposer que la complétive pourrait ne pas se réaliser (voyez la réponse de Léah) ;
- soit à l'éventuel et au possible, si nous acceptons l'idée de doute.
Si je devais choisir, ce serait la nécessité, mais nécessité lâche.
Bonsoir, Edy et merci encore. 🙂
Bonsoir.
J'aurais bien une idée…
Dire "Il est normal que" exprime forcément un jugement, une appréciation personnelle. Le fait de "venir" n'est pas certain, il est seulement envisagé, et l'appréciation du locuteur, son sentiment, priment sur la réalité effective de l'action. C'est un critère assez général pour expliquer bon nombre d'emplois du subjonctif.
"Nécessité lâche" ? L'expression peut convenir. Mais on peut remarquer qu'exprimer une nécessité ou une obligation, c'est aussi affaire d'appréciation personnelle. D'autres personnes pourraient ne pas considérer l'action envisagée comme nécessaire. La preuve:
Il est normal qu'il vienne.
Il est anormal qu'il vienne.
Il est dommage qu'il vienne.
Il est probable qu'il vienne.
Il est impensable qu'il vienne.
Il est souhaitable qu'il vienne.
Il est particulièrement bizarre qu'il vienne.
… expriment autant d'appréciations subjectives différentes sur le même acte, sur la même venue envisagée dans l'esprit.
Mais
Il est évident qu'il viendra
Il est probable qu'il viendra
…
et pourtant toujours autant de subjectivité !
Bonsoir, Anne 345… Il me semble vous avoir déjà rencontrée !
Merci de votre intervention. Votre réflexion permet d'affiner encore davantage mon analyse.
Dans ma réponse, sur les sept phrases que je cite, six ne fonctionnent qu'au subjonctif, ce qui n'est pas si mal, reconnaissez-le, pour corroborer ma thèse.
Vous avez mis effectivement le doigt sur une faille qui semble rédhibitoire : "Il est probable", uniquement subjectif selon vous.
Mais il y a deux manières de concevoir la probabilité:
1) une estimation au jugé, approximative, fondée sur une appréciation personnelle, non fondée de façon rigoureuse et objective.
"Il est probable qu'il ne sache pas me répondre."
2) une analyse objective, quasiment mesurable, de la probabilité d'apparition d'un événement, telle que peut le faire un scientifique ou un mathématicien.
"Il est probable que le Soleil s'éteindra un jour."
L'emploi de tel ou tel mode n'est évidemment pas le garant de la véracité et de l'objectivité des propos tenus. L'emploi de l'indicatif ne connote en contexte non scientifique qu'une prétention plus grande à l'objectivité.
En l'employant pour dire: "Il est probable qu'il viendra", il veut surtout exprimer une part beaucoup plus restreinte de doute (cf. l'analyse d'Edy) que s'il avait employé le subjonctif. Il entend l'énoncer avec tout le poids d'une vérité indiscutable.
Pour "Il est évident", on pourrait faire une analyse analogue, avec quelques nuances.
L'évidence scientifique objective correspond à une probabilité de 100% qu'on appellerait mieux "certitude statistique".
L' évidence subjective ne s'accommode guère du subjonctif.
A la différence de "probable", "évident" ne saurait par définition laisser la moindre place au doute. Même si c'est une fausse objectivité, elle ne peut laisser suggérer que "je le sens comme ça mais se discute". Jamais de subjonctif donc, sauf évidemment à la forme négative.
A bientôt peut-être, ici ou sur l'autre site !
Bonne soirée.
"Il est probable que + ind. ou cond. Synon. il est prévisible que. (…)
Il n'est pas probable que, il est peu probable que + subj.; est-il probable que + subj."
(TLFI)
Il est impensable/improbable/impossible qu'il vienne, il est malade/à New-York/mort
où est l'appréciation personnelle ?
Bonjour, Anne345. Vous allez bien?
Le TLF ne cite pas le subjonctif après "il est probable que", alors qu'il me semble tout à fait naturel et justifié dans le cas d'une probabilité approximative, "à l'estime" comme je l'ai analysé. Même sans négation ou interrogation, même sans la restriction d'un adverbe comme "peu". L'Usuel du Robert (que je n'avais pas encore consulté lors de mon analyse) est plus explicite que le TLF à ce sujet : " La locution impersonnelleIl est probable queest suivie de l'indicatif ou du subjonctif selon le degré de "probabilité" ". Relisez mon analyse: est-elle foncièrement différente ou simplement un peu plus analytique?
J'ai du mal à saisir pourquoi vous tenez absolument à ce que le subjonctif ne connote nullement l'appréciation personnelle dans les exemples cités. Parce que je fais ici mienne cette hypothèse que je juge très féconde en pratique ? Ce n'est pas moi qui ai inventé ce critère général pour expliquer l'apparition du subjonctif dans telle ou telle tournure : Le Bidois, Grevisse, Denis et Sancier, Riegel se rejoignent sur ce point.
C'est vrai que les exemples proposés par vous sont à première vue des "cas limites". Raison de plus pour les analyser finement, et je vous remercie encore de m'en donner l'occasion.
"Il est impensable (improbable, impossible) qu'il vienne, il est mort (à New-York, malade)"
L'action future de "venir" ne saurait être actualisée, du fait qu'on se contente d'émettre une estimation, un jugement, une opinion sur elle. D'où le subjonctif. Que les raisons exposées en sus par le locuteur pour justifier son estimation soient pertinentes ou non, vérifiables ou non, c'est une autre histoire, qui n'a rien à voir avec l'emploi du mode.
Comme Edy l'a maintes fois souligné, avec le subjonctif, le locuteur rejette l'événement évoqué "hors de son univers de croyance", ou du moins, dans le cas de "improbable", il émet un doute à son propos, ce qui postule bien dans tous les cas une appréciation personnelle de l'événement.
A bientôt peut-être… Ici ou sur l'autre site.
Bonne journée.
Bonjour, Anne.
Merci de m'adresser enfin la parole à la 2e personne.
Vous m'écrivez sur un autre fil:
"Oui, j'ai lu votre réponse. Mais je crois que vous resterez toujours ancré sur votre position : tout est subjectif, et même si ce n'est pas dit explicitement, c'est dans la pensée du locuteur. Alors, à quoi bon continuer…"
Vous semblez avoir de sérieux a priori au sujet de mes analyses.
Je n'ai jamais dit que tout était subjectif. J'ai simplement dit que le subjonctif connotait mieux la subjectivité du locuteur que l'indicatif dans les tournures que nous évoquions.
Le fait que dans certains cas j'estime l'indicatif plus justifié montre bien que je ne suis pas un militant forcené du "tout-subjectif" comme vous avez l'air de le prétendre. Il se trouve que par leur sens même, dans la conversation courante (à prétention non scientifique), les
expressions citées : il est possible, il est impossible, il est normal, il est anormal, etc. ne sont pas suivies dans la subordonnée du constat pur et simple du fait, mais introduisent le jugement personnel du locuteur (que celui-ci soit fondé ou non).
C'est du simple bon sens sémantique. Et comme je ne pense pas que vous soyez dépourvue dudit bon sens, je m'étonne que vous persistiez à le percevoir comme une simple lubie de ma part. Subjectivité, vous avez dit subjectivité ?
Bonne journée.