Bonjour,
J'ai quelques questions à propos d'un texte de Georges Duby extrait de Saint Bernard, l'art cistercien, que voici :
Si qqun voudrait bien m'éclairer, merci 🙂
(Au passage, je suis désolée pour les éventuelles fautes ou incohérences dans le texte ; je ne l'ai pas trouvé sur Internet donc ai tout recopié).
J'ai quelques questions à propos d'un texte de Georges Duby extrait de Saint Bernard, l'art cistercien, que voici :
L'oeuvre d'art remplissant trois fonctions conjuguées. D'abord, elle dressait autour des cérémonies sacrées une parure nécessaire, un décor qui les transférât hors de l'espace et du temps ordinaires. Elles enveloppaient les rites du christianisme d'un environnement de splendeurs, manifestant la toute-puissance de Dieu par les signes mêmes du pouvoir des souverains terrestres, apr l'ostension d'un trésor, par l'ampleur et la majesté d'une demeure. D'un même coup, l'oeuvre d'art était sacrifice, consécration d'une partie des richesses que la peine des hommes avait crées. Elle était offrande. A double fin. De Glorification : par elle, par l'accumulation des matériaux rares dont on avait voulu la composer, par le long labeur qui s'était appliqué à cette matière pour la rendre plus pure, plus vraie, meilleure, et par la beauté qui apparaissait à tous comme la marque évidente de cet amendement, louange était chantée au Créateur, analogue à celle dont on l'imaginait éternellement environné au firmament par le coeur séraphique. Rendant grâce, l'oeuvre d'art prétendait par là même attirer d'autres grâces, de même que, dans la société de ce temps, tout don appelait un contre-don. Offrir, en effet, c'était capturer. S'assujettir le bénéficiaire, lui forcer, comme on dit, la main, l'astreindre, en vertu de réciprocités obligatoires, à rendre avec usure ce qu'il avait reçu. […]Il parle, dans son texte, de trois principales fonctions de l'art, dont deux que j'ai parfaitement cernées (la fonction sacrificielle et emblématique). En revanche, je ne vois pas du tout ce qu'il entend par fonction "propitiatoire" (ce qui a la vertu de rendre propice..). L'art pourrait avoir la vertu de rendre propice, certes, mais rendre propice quoi, et à quoi ? Je ne vois pas du tout où il fait allusion dans ce texte, même si je pensais à un sens plutôt religieux de cette fonction, lorsqu'il dit "manifestant la toute-puissance de Dieu par les signes mêmes du pouvoir des souverains terrestres". Mais je n'ai pas très bien compris ce passage.
Ils bâtissaient aussi pour communiquer un savoir, pour aider à percer les mystères de l'univers. Car si l'œuvre d'art était parure, offrande - et par là simultanément louange et captation de bienveillance - elle était enfin emblème. Sa troisième fonction consistait, survivant à la fête, à l'arracher à l'instantané, au fugitif, au périssable, à l'installer dans la permanence. En la re-présentant. Afin que, dans l'intervalle des cérémonies, en fût conservée la mémoire, ne fût aiguisée l'attente. Ce que les rites avaient un moment figuré par des gestes, ce que le récit mythique - en l'occurrence l'histoire du salut - avait énoncé par des mots, l'œuvre d'art en poursuivait l'enseignement ininterrompu par un entrelacement de signes visibles. Par des images. Elle nourrissait l'imaginaire. Reflet de l'en-deçà, préfigure de l'au-delà, elle aidait l'esprit à se dégager des brumes du présent, elle l'attirait vers des perfections inactuelles. Les ivresses fugaces de la fête ont valeur de médiation. L'œuvre d'art aussi qui les prolonge, qui les prépare. Elle propose à l'homme comme instrument docile d'un "excès", comme une issue toujours ouverte pour s'évader de ce qu'il y a de contraignant, d'amoindrissement dans le courant de la vie.
Par sa fonction initiatique, emblématique, l'œuvre d'art s'établit par conséquent en correspondance avec une vision du monde, et son histoire rejoint celle d'un système de valeurs. Mais par ses deux autres fonctions, sacrificielle et propitiatoire, l'œuvre d'art se montre dépendante des richesses d'une société, qui la produisent et qu'elle prétend renouveler. Son histoire rejoint aussi celle d'un système de production. La création artistique prend ainsi place à la rencontre de l'économique et du spirituel, et cet événement, l'édification du bâtiment cistercien, directement déterminé par l'évolution d'une morale, l'est également par le développement matériel qui entraîne alors la civilisation d'Occident.
Si qqun voudrait bien m'éclairer, merci 🙂
(Au passage, je suis désolée pour les éventuelles fautes ou incohérences dans le texte ; je ne l'ai pas trouvé sur Internet donc ai tout recopié).



