TIRER
Étymologie
L'origine de ce mot est encore discutée. Les principales hypothèses débattues sont les suivantes :
- Ce verbe viendrait du verbe martirier (lui-même issu du latin tardif *martyrare, « tourmenter, martyriser »).
- Le nom tyran (« tyran, bourreau »), issu du latin tyrannus (« roi », puis « tyran, usurpateur ») aurait été pris pour le participe présent du verbe tirer, auquel on aurait d'abord supposé le sens de « martyriser », « torturer », puis de « tirer (les membres que l'on écartèle) ».
- Plus récemment, on a évoqué la possibilité d'une origine germanique par l'intermédiaire du terme de filature ancien étirer, de source néerlandaise.
Selon Wartburg, tirer serait une réduction de l'ancien français martirier « martyriser, torturer (en général) » (XIIe siècle), dérivé de martyre*. Le participe présent de martirier, martirant, aurait été interprété comme complément de l'ancien adverbe mar « malheureusement » (du latin mala hora « à la mauvaise heure ») et de tiranz, nom habituel du bourreau au Moyen Âge, lui-même issu du latin tyrannus (tyran*), une torture fréquente était en effet la dislocation des membres par étirement ou écartèlement. Tirer s'est substitué à traire* dans la plupart de ses emplois en moyen français.
Source : T.L.F.I.
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Ancienne langue
Ce verbe, très polysémique depuis son apparition, a peu à peu supplanté le verbe traire, qui était au départ plus courant en ancien français.
- Il a d'abord le sens de « faire sortir quelque chose de son contenant (souvent avec une idée d'effort) », par exemple dans l'expression tirer l'espee. Par glissement métaphorique, ce verbe a pu signifier à partir du XIIIe siècle « sortir (quelqu'un) d'une situation désagréable ». À partir du XVe siècle, ce sens se retrouve en construction pronominale dans des expressions telles que se tirer d'un mauvais pas, s'en tirer, etc. Dans ce sens, le verbe tirer a aussi pu s'employer à propos des liquides, et en particulier du vin (quand le vin est tiré, il faut le boire). En ce qui concerne le lait, le verbe tirer a été supplanté par le verbe traire, qui s'est spécialisé dans cet emploi.
- À partir du XIVe siècle, ce verbe peut signifier « obtenir », « amener à soi ». On retrouve ce sens au XVIe siècle dans l'expression tirer (du) profit de.
- Dès la Chanson de Roland
, on trouve ce verbe avec le sens de « faire aller dans une direction, amener à soi », en particulier dans des expressions telles que tirer les rênes, tirer une courroie.
- Tirer, tout au long du Moyen Âge, partage beaucoup d'acceptions avec le verbe traire, qu'il va supplanter dans ces emplois :
- « aller, s'acheminer vers » ;
- « ressembler à » ;
- « tracer (une ligne, un trait) » ;
- « lancer une arme de trait ».
Évolution jusqu'au français moderne
- Le verbe reste aujourd'hui d'emploi extrêmement fréquent dans le sens de « faire sortir » ou « amener à soi ». On le trouve en particulier dans le vocabulaire du jeu : tirer un numéro, tirer une carte, tirer les rois, etc.
- Le sens de « lancer une arme de trait » a pu s'employer pour les armes à feu, en construction transitive ou intransitive. Par analogie, le terme est aujourd'hui employé dans le vocabulaire sportif (football). Par glissement métaphorique, ce sens apparaît également dans l'expression tirer à boulets rouges sur quelqu'un : « s'attaquer vivement à quelqu'un ».
- On trouve également ce verbe dans un grand nombre d'expressions figées, qui témoignent de sens médiévaux aujourd'hui disparus :
- tirer le portrait de quelqu'un, sens issu de l'ancien français « tracer » ;
- tirer sur le bleu, « avoir une couleur qui ressemble au bleu ».
- Le nombre des dérivés de ce verbe témoigne de sa richesse lexicale et de la fréquence de son emploi : tir, tiroir, tirage, tirailler, tire-bouchon, tire-botte, etc.
N. Andrieux-Reix, Ancien français, fiches de vocabulaire, P.U.F., 2004.
M. Rouquier, Vocabulaire d'ancien français, Nathan Université.
L. Hélix, L'épreuve d'ancien français, fiches de sémantique, Du Temps, 2000.
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