Civilisation romaine

La religion romaine

Il existe de nombreux points communs entre la religion romaine et grecque, notamment en ce qui concerne les dieux. Seuls les noms des dieux changent, mais pas toujours, à l’exemple d’Apollon. Ces dieux sont appuyés par une mythologie, souvent empruntée aux Grecs.

La religion proprement romaine et son adaptation à la religion grecque

La religion romaine a surtout fait l’objet de recherches à la fin du XIXe siècle. En France, on peut citer le nom de G. Dumezil.
L’homme romain est profondément religieux ; le mot de religion est spécifiquement romain. Religio, religare : « relier » → la religion relie les dieux aux hommes, elle repose sur un contrat entre les dieux et les hommes. Il s’agissait d’un rapport presque mercantile : on fait des sacrifices aux dieux en échange de services. Les Romains voient des forces surnaturelles partout dans la nature : le sacré se manifeste partout. Il y a recherche anxieuse de l’avenir. Les Romains classaient les dieux en deux catégories :

  • les dieux « indigètes » : ce sont les dieux limités à certains phénomènes naturels. L’étymologie est sans doute indicare ; il s’agit de dieux qui « obéissent » à des indications précises. Ces dieux sont innombrables, ils n’ont pas d’histoire mais un nom et le phénomène qu’ils président. Il s’agit surtout de dieux qui règlent les problèmes agraires : récolte, sécheresse, floraison, etc. Dans cette croyance, on trouvait des dieux concernés par la vie quotidienne : l’accouchement, etc. D’une manière générale, le nom du dieu est lié à sa fonction. Il existe des dieux dont les fonctions sont plus larges : fécondité de la nature, etc. On trouvait une sous-catégorie :
    • les dieux incertains (incerti), ils n’ont pas de nom particulier mais un nom générique. Il s’agit de forces obscures qui régissent l’au-delà. Les « manes » sont les âmes des ancêtres qui peuplent l’au-delà : ce sont les larvae ou les lémures. D’autres dieux existent : les lares, qui sont les forces de l’au-delà qui protègent la maison. On trouvait à ce sujet une petite chapelle, le laraire, à l’entrée des maisons. Le laraire jouissait d’une force protectrice.
  • les dieux du « panthéon » : ce sont des dieux doués d’une puissance générale ; on les appelle les dieux certains ou du « panthéon ». Ils sont au nombre de douze et sont à peu près tous communs aux Grecs et aux Latins. Parmi eux, trois sont essentiels : Jupiter, Junon, sa femme et Minerve, sa fille. Ils représentent la « triade du capitole ». S’ajoutent les dieux des Enfers : Pluton (Hadès chez les Grecs). Les dieux du panthéon ont subi une forte influence grecque.

Les cultes politiques des Romains : les sacerdoces

Il existe une dévotion publique. Rome n’est pas un État laïque, c’est un État sous la protection des dieux ; on parle donc de religion politique. Les dieux sont en effet avant tout les dieux de la cité. Les prêtres sont reconnus par l’État, et en font partie intégrante. Ils sont en quelque sorte des magistrats et leur vie n’est pas très différente des citoyens ordinaires : ils peuvent se marier et avoir une carrière politique. Certaines prêtrises ont une durée limitée.

Les collèges sacerdotaux masculins : les plus importants sont les pontifes (pontifex) : ce sont des prêtres qui exercent une fonction générale ; leur nombre n’a cessé de croître. Leur fonction est de régler l’ensemble de la religion romaine : respect des pratiques religieuses, surveillance des innovations (en particulier l’invention de nouveaux cultes). Le souverain pontife, appelé "grand pontife", est élu à vie. Il nomme les autres prêtres. Les autres prêtres sont les flamines : ils sont spécialisés, consacrés à un dieu. Les flamines sont au nombre de quinze. Le plus important est évidemment le flamine de Jupiter ; celui-ci est toujours un patricien. À sa fonction s’attachent de nombreux interdits : le mariage ne peut être que religieux, il ne peut pas sortir de la ville plus de trois jours. Son mandat n’est pas à vie. Il ne peut pas travailler, même un travail qui produirait des richesses (dans le domaine de la banque, par exemple). Les empereurs ont créé d’autres flamines pour leur propre culte, culte qu’on appelle le "culte impérial". L’empereur n’était pas conçu comme un dieu vivant. Ce qui était divinisé était son génie (genius), son dieu protecteur. L’empereur n’était divinisé qu’après sa mort. La divinisation était décrétée par le sénat : la cérémonie portait le nom d’apothéose, c’est-à-dire le départ vers les dieux. Au fil du temps, Rome est elle-même considérée comme une déesse.

Le collège féminin : les Vestales

Ce collège est une originalité romaine. Leur nom vient de la déesse Vesta ("le foyer" → feu sacré de la cité). Dans leur temple, un foyer était entretenu en permanence. Les Vestales jouissaient d’une fonction prestigieuse : elles vivaient aux frais de l’État, en communauté, et portaient toujours des vêtements somptueux, etc. Les Vestales étaient choisies dès l’enfance par le grand pontife, et devenaient Vestales à l’adolescence. C’est la seule prêtrise qui exigeait la virginité. Après la prêtrise, elles pouvaient se marier. Des châtiments terribles avaient lieu en cas de rupture avec les exigences de la fonction (rupture de la virginité, extinction du foyer) : peine de mort (elles étaient emmurées vives, mais cela n’a pas toujours été respecté).

Les pratiques religieuses : sacrifices, funérailles

  • Les pratiques religieuses publiques : l’homme romain est très religieux. Les Romains ont connu le sacrifice humain, puis il a disparu, sauf en cas de danger considérable (les guerres puniques, par exemple). Restait le sacrifice animal qui était très ritualisé : les victimes étaient choisies rigoureusement (type d’animal, couleur, etc.), la viande de l’animal était cuite (les prêtres la mangeaient) et les dieux étaient censés se nourrir de la fumée la viande. On consultait les entrailles de l’animal (c’est le foie qui était surtout examiné) pour connaître l’avenir ou l’avis des dieux sur tel ou tel sujet. Les prêtres spécialisés s’appelaient les haruspices. Le sacrifice représentait un moment spectaculaire de la vie religieuse. Pour connaître l’avenir, on pouvait aussi consulter les oracles. Le vol des oiseaux pouvait être aussi examiné (les augures) par les auspices (auspicia).
  • Les pratiques religieuses privées : il existait des sacrifices domestiques. La prière privée était connue des Romains. Les funérailles sont un autre moment de la religion privée. La crémation du corps était très pratiquée : le corps était couché sur un bûcher. Avant la crémation, il existait une période de lamentations rituelles, avec des pleureuses. Les cendres étaient placées dans des urnes, urnes qui se trouvaient dans des tombeaux familiaux. Ces tombeaux étaient disposés le long des routes qui quittaient la ville. Les Romains, enfin, pratiquaient aussi l’inhumation du corps.

Les « sectes » des religions orientales

« Secte » provient du latin secta et n’a aucune nuance péjorative dans le sens de "groupe religieux". Rome n’a pas imposé la religion romaine au peuple soumis. Il ne s’agissait pas d’un culte unique. Tous devaient cependant pratiquer le culte de Rome et de l’Empire. Rome pratiquait le syncrétisme, c’est-à-dire le mélange des croyances. Les cultes exotiques, notamment orientaux, ont été introduits très tôt à Rome et ont été pratiqués très longtemps. Les religions orientales insistaient sur la perfection morale de l’individu. Le plus connu des cultes orientaux était la religion égyptienne, introduite grâce aux commerçants. La déesse Isis est très connue à Rome, ainsi que son époux Sérapis (les deux dieux de la ville d’Alexandrie). Le faste des cérémonies et l’idée d’un message spirituel (la résurrection) attiraient les Romains. Isis est une déesse mère, bienveillante, souvent représentée avec son fils Osiris. Les cultes perses, notamment le culte de Mithra, étaient pratiqués. Mithra était le médiateur entre les dieux et les hommes. Il s’agissait d’un culte qui reposait sur l’initiation et sur le sacrifice du taureau, et sur un message spirituel : le monde est régi par une lutte permanente entre le bien et le mal. Ce culte a eu un impact très important dans l’armée.

Conclusion

Ces quelques religions sont quelques-unes des dizaines pratiquées à Rome. À l’origine, le judaïsme et le christianisme n’étaient que deux religions parmi les autres.

 

Lectures suggérées

La civilisation romaine
P. Grimal, La civilisation romaine, Flammarion.

Voir aussi