1 Deux vrais amis vivaient au Monomotapa :
L’un ne possédait rien qui n’appartînt à l’autre :
Les amis de ce pays-là
Valent bien dit-on ceux du nôtre.
5 Une nuit que chacun s’occupait au sommeil,
Et mettait à profit l’absence du Soleil,
Un de nos deux Amis sort du lit en alarme :
Il court chez son intime, éveille les valets :
Morphée avait touché le seuil de ce palais.
10 L’Ami couché s’étonne, il prend sa bourse, il s’arme ;
Vient trouver l’autre, et dit : Il vous arrive peu
De courir quand on dort ; vous me paraissiez homme
À mieux user du temps destiné pour le somme :
N’auriez-vous point perdu tout votre argent au jeu ?
15 En voici. S’il vous est venu quelque querelle,
J’ai mon épée, allons. Vous ennuyez-vous point
De coucher toujours seul ? Une esclave assez belle
Était à mes côtés : voulez-vous qu’on l’appelle ?
— Non, dit l’ami, ce n’est ni l’un ni l’autre point :
20 Je vous rends grâce de ce zèle.
Vous m’êtes en dormant un peu triste apparu ;
J’ai craint qu’il ne fût vrai, je suis vite accouru.
Ce maudit songe en est la cause.
Qui d’eux aimait le mieux, que t’en semble, Lecteur ?
25 Cette difficulté vaut bien qu’on la propose.
Qu’un ami véritable est une douce chose.
Il cherche vos besoins au fond de votre cœur ;
Il vous épargne la pudeur
De les lui découvrir vous-même.
30 Un songe, un rien, tout lui fait peur
Quand il s’agit de ce qu’il aime.
Deux amis vivent au Monomotapa. Une nuit, l’un d’eux se précipite dans la chambre de l’autre qui, inquiet, se réveille et lui propose aussitôt pour le satisfaire son épée, sa bourse et son esclave. Le premier des amis explique à l’autre qu’il a rêvé de lui et l’a vu un peu triste. La Fontaine prend alors à témoin le lecteur des vertus de l’amitié.
Cette fable est issue de second recueil des Fables, lequel recueil contient des sujets plus variés et des fables plus complexes et des critiques plus « élaborées ».
Cette fable est construite selon la manière « classique » chez La Fontaine avec des octosyllabes et des alexandrins.
Cette fable, au rythme vif, est une véritable scène de théâtre : notez l’évocation très rapide du décor, les protagonistes sont présentés très rapidement.
La Fontaine a choisi, dans cette fable, le thème de l’amitié car il pensait que ce sentiment manquait aux courtisans et aux nobles du XVIIe siècle.
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