Grammaire • L’infinitif

Introduction

Le terme d’« infinitif » vient de infinitivum verbum, ce qui signifie « qui n’a pas de contours précis ». Notons que l’infinitif sert d’entrée du verbe dans le dictionnaire.

« L’infinitif occupe une place à part dans le système verbal français. Le verbe à l’infinitif ne porte ni les marques de personne, ni les morphèmes de temps : l’infinitif est un mode non personnel et non temporel. On parle abusivement d’infinitif présent pour la forme simple et d’infinitif passé pour la forme composée alors que cette distinction renvoie à une opposition aspectuelle respectivement entre l’inaccompli et l’accompli.
L’infinitif est en français la forme citationnelle privilégiée du verbe, sans doute en accord avec la position traditionnellement adoptée selon laquelle le verbe à l’infinitif ne présenterait que l’idée du procès, sous sa forme la plus virtuelle.
Le verbe à l’infinitif a un comportement syntaxique qui diffère de celui du verbe conjugué. En effet, il participe à la fois du verbe et du nom (l’infinitif est parfois désigné comme la forme nominale du verbe). À la manière d’un verbe à un mode personnel, il peut être pivot d’une proposition ; comme le nom, il est susceptible d’exercer une fonction syntaxique. »1

Formes et temps de l’infinitif

  • L’infinitif présent comporte à l’écrit quatre désinences possédant un r commun : -er (chanter), -ir (venir), -oir (voir), -re (battre) ; l’oral distingue une désinence [e] (type chanter) et une désinence [R] : [finiR], [vwaR], [batR].
  • L’infinitif présent et l’infinitif passé s’opposent sur le plan de l’aspect : l’infinitif « présent » (vivre, voter) exprime l’inaccompli, l’infinitif « passé » (avoir vécu, avoir voté) marque l’accompli. Quant au passé surcomposé, il insiste sur l’idée d’accomplissement : Le plombier est parti sans avoir eu fini son travail.
  • L’infinitif présent envisage l’action en cours de réalisation. Celle-ci est située dans le temps suivant la relation existant entre l’infinitif et le verbe principal ou le contexte.
  • L’infinitif passé, qui exprime l’accompli, peut indiquer une relation temporelle d’antériorité à n’importe quelle époque.

L’infinitif est le centre verbal d’une phrase

Quand l’infinitif a un rôle verbal, il constitue le nœud verbal d’une phrase indépendante, principale ou subordonnée ; comme verbe, il est le mot-tête du groupe verbal. Il détermine la structure des compléments, notamment le placement des clitiques, et il peut prendre une forme active, passive ou pronominale ; c’est l’infinitif qui est en relation de sélection avec le sujet et les compléments.

L’infinitif est le centre d’une phrase indépendante : quatre types de phrase peuvent comporter un groupe verbal constitué autour d’un verbe à l’infinitif présent :

  • dans une phrase déclarative, l’infinitif de narration : Et Paul de rajouter…, Et tous d’applaudir à cette déclaration farfelue. On trouve souvent ce type d’emploi dans les journaux.
  • dans une phrase interrogative sans sujet exprimé, on peut employer l’infinitif délibératif : À quoi bon préparer ce concours ?
  • l’infinitif exclamatif sert à exprimer un sentiment vif : Partir ! Partir là-bas !
  • l’infinitif peut être employé à la place de l’impératif pour exprimer un ordre, un conseil. Le sujet est celui qui lit l’énoncé. Les livres de cuisine, par exemple, l’utilisent fréquemment  : Battre les œufs en neige, mélanger délicatement le chocolat fondu, …
  • → Dans ces quatre emplois, l’infinitif équivaut au mode personnel correspondant. Il présente l’idée verbale en soi et doit s’appuyer sur un contexte linguistique ou situationnel pour prendre sa valeur temporelle.

Le verbe d’une proposition subordonnée peut se mettre à l’infinitif. Trois grands types de subordonnées peuvent comporter un verbe à l’infinitif, dans des conditions bien précises :

  • la proposition subordonnée infinitive est privilégiée par la tradition grammaticale, sur le modèle du latin, où elle est d’un emploi plus étendu qu’en français. Du point de vue traditionnel, deux conditions doivent être remplies pour parler de subordonnée infinitive :
    • la proposition doit être complément d’un verbe appartenant à une série limitée : faire, laisser, des verbes de perception comme entendre, voir, sentir et des verbes causatifs de mouvement comme emmener, envoyer, conduire : J’entends les oiseaux chanter.
    • la proposition doit avoir un sujet propre, différent de celui du verbe principal, ce qui lui donne la structure d’une phrase complète dont cependant les deux termes (G.N. + G.V.) sont permutables : J’entends les oiseaux chanter / J’entends chanter les oiseaux.
  • l’interrogative indirecte : Je ne sais plus quoi inventer pour la persuader de m’aimer.
  • la subordonnée relative : Elle cherche une salle où fêter son anniversaire.

L’infinitif est le centre d’un groupe ayant une fonction nominale

L’infinitif constitue un groupe qui peut exercer toutes les fonctions du groupe nominal :

  • sujet : Travailler est une nécessité.
  • attribut du sujet : Souffler n’est pas jouer.
  • attribut de l’objet : J’appelle cela mentir.
  • apposition : Il n’a qu’un souhait, réussir.
  • terme complétif du sujet « il » : Il est honteux de mentir.
  • complément de détermination : du nom (la joie de vivre) et du pronom (de toutes les joies, celle de lire est la plus grande.)
  • complément de l’adjectif : un passage agréable à regarder
  • complément d’objet : direct (Il prétend se joindre à nous.), indirect (Il songe à prendre sa retraite.) et second (Il incite Paul à se reposer.)
  • complément circonstanciel :
    • de but : Il faut manger pour vivre.
    • de temps : Avant de partir, tu feras la vaisselle.
    • de cause : Il a été puni pour avoir copié sur sa voisine.
    • infinitif de but ou de « progrédience » : Paul part travailler. / Peux-tu envoyer les enfants se coucher ?
    • etc.

L’infinitif, précédé d’un déterminant, fonctionne comme un nom véritable

  • C’est le cas de l’infinitif substantivé (ou « nominalisé ») : par dérivation impropre (ou « décatégorisation »), l’infinitif peut devenir substantif. rire > le rire ; devoir > le devoir ; pouvoir > le pouvoir ; etc.
  • Signalons les cas de loisir (du latin licere, « être permis »), de plaisir (du latin placere, « plaire ») ou encore de manoir (du latin manere, « demeurer, habiter ») pour lesquels le lien avec le verbe s’est perdu.
  • La substantivation, très vivante en ancien français, ne se produit plus guère aujourd’hui que dans le discours philosophique.

N. B. : cette page synthétise le chapitre sur l’infinitif de la Grammaire méthodique du français de M. Riegel, J.-C. Pellat et R. Rioul (éditions PUF).

1 F. Calas et N. Rossi, Questions de grammaire pour les concours (section 3, chapitre 2), Ellipses.

Lectures suggérées

Grammaire méthodique du français  Questions de grammaire pour les concours (Capes et Agrégation de lettres)
M. Riegel, J.-C. Pellat et R. Rioul, Grammaire méthodique du français, P.U.F.
F. Calas et N. Rossi, Questions de grammaire pour les concours, Ellipses.

Voir aussi