ENTENDRE
Étymologie
Ce verbe est issu du bas latin *intendere, qui avait au départ le sens concret de "étendre, tendre quelque chose vers" ; puis au figuré celui de "tendre, diriger son regard, son esprit vers" ; enfin, en latin chrétien, il a pris la signification de "faire attention à, écouter, comprendre".
Ancienne langue
- Domaine de l'audition : si le sujet a une attitude active, ce verbe signifie "tendre l'oreille", d'où "s'intéresser à, s'occuper de", "prêter attention, obéir à" ou encore "consentir à, acquiescer à". Si au contraire le sujet a une attitude passive, ce verbe prend le sens de "recevoir par l'ouïe". Dans ce cas, il est synonyme d'oïr.
- Domaine de l'intellection opération de l'intellect : le verbe peut signifier "comprendre".
- Domaine de la volition manifestation de la volonté : d'après son sens étymologique, ce verbe peut également avoir le sens d'« avoir l'intention de », qui indique une tension vers un but.
Évolution jusqu'au français moderne
- En français moderne, le sens le plus courant de ce verbe est celui de "percevoir par l'ouïe" (avec une attitude passive du sujet qui oppose ce verbe à écouter). Ce n'est qu'au XVIIe siècle qu'il a définitivement supplanté ouïr, jugé vieilli. Entendre au sens d'« écouter avec attention » s'est spécialisé dans le domaine juridique, par exemple dans les expressions entendre les témoins ou entendre une cause. Dans un contexte religieux, et surtout à l'époque classique, ce verbe a pu avoir pour acception "écouter d'une oreille favorable", d'où "exaucer (les prières de quelqu'un)".
- Le sens intellectuel du verbe ("comprendre") est rare dans la langue contemporaine, et se maintient surtout dans l'expression laisser entendre ("faire comprendre, insinuer").
- Le sens relevant du domaine de la volition n'apparaît plus que dans quelques tournures stéréotypées comme j'entends être obéi (= "je veux être obéi").
- En français moderne, les formes pronominales de ce verbe sont assez souvent employées au sens d'« être d'intelligence avec quelqu'un », « se comprendre, se mettre d'accord » ou « sympathiser, vivre en bonne intelligence ».
N. Andrieux-Reix, Ancien français, fiches de vocabulaire, P.U.F., 2004.
M. Rouquier, Vocabulaire d'ancien français, Nathan Université.
L. Hélix, L'épreuve d'ancien français, fiches de sémantique, Du Temps, 2000.
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