Agrippa d'Aubigné est réputé être un poète écorché vif, très passionné. Dans notre extrait, il est question d'une illumination et le poète en est ravi. Nous sommes ici dans la préface (vers le milieu de celle-ci) des Tragiques : le poète pose sa voix avant de commencer. Il s'agit d'un récit de la vocation du poète. La préface se distingue sur le plan formel des sept Chants qui composent les Tragiques, lesquels sont constitués d'alexandrins. Agrippa d'Aubigné a écrit Les Tragiques entre 1577 et 1616, au cours d'une retraite à La Rochelle, d'où l'allusion au "désert", c'est-à-dire l'éloignement du poète par rapport à la cour. Le sens de "désert" est en l'espèce une étendue sauvage, la campagne au sens de "désert d’hommes". Il y a aussi une assimilation symbolique avec le désert de la Bible.
Forme : octosyllabes,
sizains, rimes plates (AA) et rimes croisées (BCBC),
alternance rimes masculines et rimes féminines dans
les rimes croisées.
La vocation prophétique du poète : en évoquant
sa retraite ("désert"), d'Aubigné cherche à asseoir
son ethos (image morale) de serviteur modèle
en utilisant de nombreuses figures dont les principales sont
l'antithèse, le paradoxe et l'hyperbole. Les
Tragiques ont une dimension rhétorique : il faut
convaincre que les protestants sont des victimes. On peut donc
dire qu'il s'agit de poésie militante.
1re
strophe : elle retrace l'illumination du poète, il y a
apparition de la vérité. On note le contraste entre
l'obscurité (la "tanière" a une connotation animale
; on a de prime abord l'impression que la lumière est
le propre de la tanière, mais ce n'est pas le cas) et
la lumière (beauté de la vérité,
qui est liée à Dieu). L'antithèse est présente
dans la Bible. Le jeu des temps est important : l'imparfait
de l'indicatif est le temps de la recherche, et le passé simple est le temps de l'illumination (en l'occurrence).
2e
strophe : elle est au discours direct (avec passage au présent
de l'indicatif). On relève l'alternance futur / passé /
présent, alternance qui est propre au prophète
: il est capable de prédire l'avenir, revenir dans le
passé et dire le présent. Le prophète vit
avec les hommes et avec Dieu.
3e
et 4e strophes : on y relève une rhétorique de la pointe paradoxe. On note aussi la paronomase ("conserver" / "servant")
avec une idée de vocation dans "servant". Le
jeu sur les rimes est important : la chaîne mélodique
souligne le caractère inéluctable des notions.
5e
et 6e strophes : il y a immersion dans une durée
longue. L'évocation des cailloux qu'on jette avec la fronde
est la métaphore des
pamphlets écrits contre les convertis au catholicisme.
Le "je" du poète se confond avec la vérité.
7e
strophe : passage du récit au discours. On note un paradoxe
: le désert est présenté comme une promesse
alors que, dans l'Évangile, le désert est une épreuve
; la terre promise vient ensuite.
Les
strophes 8 et 9 ont une dimension polémique. Il y a attaque
des rois du passé et du présent (Charles IX, Henri
III, Henri IV — de prime abord ami de d'Aubigné mais Henri
IV s'est converti au catholicisme — et Louis XIII).