Petite histoire des dictionnaires

Le dictionnaire nous donne un reflet des civilisations. Il est le témoin de l’évolution des mentalités. La constitution d’un dictionnaire est liée à la volonté de faire une synthèse de toutes les expériences précédentes afin d’élaborer une théorie.

Préface au New Oxford Dictionary (James Murray)

Article Dictionnaire « Le dictionnaire est un livre qui traite des mots isolés d’une langue afin de montrer leur orthographe, leur prononciation, leur dérivation et leur histoire, ou au moins certains de ces faits. Pour la commodité du classement, les mots sont placés dans un ordre déterminé, alphabétique dans beaucoup de langues. Dans les grands dictionnaires, les informations fournies sont illustrées par des exemples littéraires. »

1re époque (déclin du classicisme)

1680-1694 : trois grands dictionnaires (Richelet, Furetière, Dictionnaire de l’Académie française).

2e époque (innovations techniques)

Fin du XVIIIe siècle. Deux ouvrages majeurs :
- réédition du dictionnaire de l’Académie ;
- apparition de l’encyclopédie.

3e époque (renouvellement du vocabulaire)

Première moitié du XIXe siècle.
- Boiste
- Lavaux
- Napoléon Landais

4e époque (réaction au romantisme littéraire)

Fin du XIXe siècle.
- Littré (1850)
- Larousse, Grand dictionnaire universel (1866-1876), Le Dictionnaire général, Le Petit Larousse, Le Nouveau Larousse illustré.

5e époque (consignation des termes propres aux nouvelles sciences)

- Le Petit Robert
- Le Grand Robert
- Dictionnaire historique de la langue française
- Trésor de la langue française

Antiquité

Il n’y a pas de dictionnaire car on ne dispose pas de documents pour établir des dictionnaires et on ne ressent pas le besoin de vulgariser le savoir à une époque où le nombre de lettrés est faible.

Le monde grec

On trouve des commentaires sur les mots rares, sur les mots techniques. Il s’agit de lexiques mais il n’y a pas de véritables dictionnaires. Parmi ces lexiques, citons celui réalisé par l’école d’Abdère sur l’œuvre d’Homère. On peut également citer Varron, De lingua latina.

Le Moyen-Âge

Parce que la vulgarisation scientifique n’existe pas et en raison de l’absence de moyens d’imprimerie, on ne trouve pas de dictionnaires tels qu’on les connaît aujourd’hui.
Il existe toutefois des ouvrages proches des dictionnaires : il s’agit des gloses françaises et des glossaires français qui sont des commentaires de passages obscurs d’autres ouvrages.

La Renaissance

Cette période favorise l’entreprise lexicographique française. Il y a cependant des limites à cette entreprise :

  • Le public cultivé manque ;
  • Il y a concurrence du français à l’écrit avec le latin ;
  • Il y a concurrence du français à l’oral avec les dialectes et patois.

Des dictionnaires bilingues font leur apparition :

  • Cotgrave : c’est un dictionnaire français-anglais. Il intègre nombre de mots récemment entrés dans la langue.
  • Le dictionnaire polyglotte de Calepino.

Au XVIe siècle, Robert Estienne (auteur du Thesaurus linguae latinae en 1532) refait l’ouvrage Dictionarium latinogallicum (1538). En 1539, Estienne fait un dictionnaire français-latin.
Nicot élabore en 1606 son Trésor de la langue française (Thresor de la langue françoyse) qui est en fait une amélioration du dictionnaire de Robert Estienne. Nicot donne la définition des mots en français, des explications sur le sens des mots (même récents), des explications sur l’orthographe, etc.
→ Voir le site Dictionnaires d’autrefois.

XVIIe siècle

En 1635, l’Académie française est créée par Richelieu. Parmi ses projets linguistiques, il y a la création d’un dictionnaire. Il voit le jour en 1694, c’est-à-dire bien après le deux grands dictionnaires du XVIIe siècle : Richelet (1680) et Furetière (1690).

Au XVIIe siècle, les ouvrages lexicographiques sont :

  • Des dictionnaires bilingues ;
  • Des dictionnaires spécialisés (exemple : Le Grand Dictionnaire des précieuses…) ;
  • Et des grands dictionnaires unilingues du français :
    • Richelet, dictionnaire en 1680. Richelet collabore avec Patin (Richelet donne les définitions et Patin les exemples). Ce dictionnaire intègre le vocabulaire populaire.
    • Furetière, dictionnaire en 1690. Furetière est académicien. Son dictionnaire est une œuvre posthume. Le dictionnaire de Furetière contient des mots spécialisés (termes techniques : sciences et arts).
    • Dictionnaire de l’Académie française (1694) : débuté en 1638, il classe les mots par familles. Ce dictionnaire ne prend pas en compte la totalité du vocabulaire et ne cite pas tous les sens d’un mot. C’est un dictionnaire normatif qui prescrit un bon usage (refus des mots archaïques et bas, des néologismes, des mots d’arts et métiers, de sciences sauf termes techniques nobles (chasse, escrime, etc.)).

XVIIIe siècle

Au XVIIIe siècle, il y a essor d’ouvrages lexicographiques spécialisés (exemples : Dictionnaire du commerce en 1723, Dictionnaire universel des mathématiques).
Le dictionnaire de Furetière est revu et corrigé par Basnage. Ce même dictionnaire sera revu et donnera naissance au dictionnaire de Trévoux.
Diderot, Encyclopédie : l’Encyclopédie enregistre le vocabulaire scientifique nouveau, rassemble les connaissances. Elle promeut la lexicographie comme science fondamentale (Lire l’article « encyclopédie »). Bien que l’Encyclopédie donne la définition des mots et en précise l’usage, elle n’est pas un dictionnaire.
En 1762, le Dictionnaire de l’Académie est réédité.

XIXe siècle

Parmi les ouvrages réussis du XIXe siècle, on trouve des dictionnaires savants (Littré, Dictionnaire général) et des dictionnaires non savants (Larousse).

  • Le dictionnaire d’Émile Littré : l’usage contemporain est l’objectif principal de ce dictionnaire.
  • Le Dictionnaire général (Hatzfeld, Darmesteter et Thomas) reprend des exemples du Littré. Les informations étymologiques sont excellentes.
  • Larousse : ses dictionnaires accueillent les mots qui ne figurent pas dans le Littré. Le but est la vulgarisation du savoir.
    • Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle : il s’agit d’un dictionnaire encyclopédique (17 volumes) à vocation pédagogique. La nomenclature est plus riche que dans le Littré. Les exemples sont empruntés aux contemporains (Hugo, Vigny, etc.).
    • Nouveau dictionnaire de la langue française (1856) : c’est un abrégé du précédent. Ce dictionnaire est réédité en 1878 avec des illustrations. C’est l’ancêtre du Larousse qu’on connaît.
    • Grande encyclopédie (31 volumes) : elle est achevée en 1895. Cette encyclopédie est « une œuvre de haute vulgarisation qui se propose de constater l’état actuel des sciences modernes ».
  • Frédéric Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française (1880).

XXe siècle

  • Larousse
    • Petit Larousse illustré, puis le Nouveau Petit Larousse, puis Petit Larousse. L’ouvrage est en deux parties : une partie lexicographique et une partie encyclopédique. Il existe de nombreuses variantes de ce dictionnaire qui est un dictionnaire d’usage (les exemples sont tirés de l’usage et non de la littérature). Les définitions sont généralement brèves. Le sens le plus répandu vient en premier (ordre impressionniste). L’inconvénient principal est la brièveté des définitions : le mot est généralement défini par son synonyme ou par des mots de la même famille.
    • Grand Larousse : cet ouvrage a une vocation encyclopédique et lexicographique.
    • Dictionnaire du français contemporain (J. Dubois, H. Meschonnic, G. Niobey, etc.). C’est un dictionnaire analogique qui regroupe les mots par familles. Ce dictionnaire contient également un guide grammatical.
  • Paul Robert
    • Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (ou Grand Robert de la langue française). Sa nomenclature est très vaste. L’ouvrage donne des informations étymologiques, orthographiques, phonétiques ; commente l’emploi des mots ; fournit des synonymes, des antonymes, etc. On y trouve également de nombreuses citations (auteurs francophones classiques et contemporains).
    • Le Petit Robert (I : langue française ; II : noms propres). Le Petit Robert est un abrégé du Grand Robert.

Conseils de lecture

Les dictionnaires français, outils d’une langue et d’une culture
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