Le trait d’union

Une contribution de Michel.

Je comprends qu’on mette des traits d’union dans les mots composés, par exemple pour ne pas confondre une belle fille et une belle-fille. Par contre, je ne comprends pas l’effort persévérant de complication de la langue qui a conduit à écrire au-dessus et au-dehors plutôt que au dessus et au dehors. Cependant, je vais examiner la situation actuelle.

L’inversion du sujet

Quand un pronom personnel sujet se trouve juste après le verbe (ou juste après le verbe et un t euphonique), à un temps simple, il s’y joint par un trait d’union ; de même, quand il se trouve après l’auxiliaire, à un temps composé. Le pronom démonstratif ce, quand il suit le verbe conjugué (le plus souvent, le verbe être), ou l’auxiliaire, lui est également joint par un trait d’union. Ainsi en est-il dans :

« Qui me marquera donc les péchés de mon enfance ? Pourrait-ce être quelque autre enfant en qui je pusse voir une image de ce qui s’est passé en moi dans cet âge dont il ne me peut rester aucun souvenir ? » (St Augustin, Confessions, livre 1, chapitre 7, traduction de Philippe Goibaud du Bois), « Qui peut-ce être ? » (Molière, L’Avare, acte IV, scène 7), « Mais si l’auteur est fatigué de son effort, que doit-ce être de son lecteur » (Jean-Joseph Cajot, à propos d’Émile), « Comment t’appelles-tu ? dit l’homme » (Hugo, Les Misérables), « Qu’aurait-ce été, s’il eût prévu que cette bienveillance pour la Compagnie serait héréditaire chez les Brignole ? » (L’abbé Michel Ulysse Maynard, Saint Vincent de Paul), « Qu’aurait-ce été si, au lieu de la photographie de celle qui était une jeune fille, Robert avait vu la photographie d’une vieille maîtresse ? » (Proust, Albertine disparue), « Voyons, voyons, dit-il enfin, est-ce que tu sais lire ? » (13, chapitre 5), « En a-t-il vu [des bartavelles] ? demanda mon père » (13, chapitre 21), « Que comptes-tu faire demain ? demanda l’oncle sur un ton d’affectueuse curiosité. − Eh bien, dis-je, l’ouverture. − L’ouverture ? Mais ce n’est pas demain ! s’exclama-t-il… Demain, c’est dimanche ! Est-ce que tu crois qu’il est permis de tuer les bêtes du bon Dieu le jour du Seigneur ? Et la messe alors, qu’en fais-tu ? C’est vrai, ajouta-t-il, que vous êtes une famille de mécréants ! […] − Mais alors, quand est-ce ? » (13, chapitre 25), « Le porteur d’une bonne nouvelle, fût-il un criminel, n’est jamais mal reçu » (13, chapitre 31), « Voilà une petite dame qui me paraît bien chargée. […] Voulez-vous me permettre ? » (14, chapitre 26)

L’impératif

Les pronoms personnels situés après un verbe conjugué à l’impératif affirmatif se joignent au verbe et entre eux par un trait d’union, comme dans « regarde-le chanter », « allons-nous-en », « prête-le-moi », « vends-lui-en », « tiens-le-toi pour dit », « donnez-nous-en la raison ». La seule exception est, à la deuxième personne du singulier, avec le pronom « en » et le pronom ou adverbe « y », puisque le « moi » et le « toi » se changent alors, respectivement, en « m’ » et « t’ » ; ainsi écrit-on « va-t’en », « rends-t’y », « envoyez-le-m’y, à Paris, ce paquet ».

On écrira « va y mettre bon ordre », car « y » est rattaché à « mettre » et non à « va », ou encore « viens me le dire ». De même, on écrira « Tiens-le-toi pour dit », « Donnez-nous-en la raison, de ce point de vue », « Allez vous faire pendre », car les phrases correspondantes à l’indicatif sont « Tu te le tiens pour dit », « Vous nous en donnez la raison » et « Vous allez vous faire pendre ».

Ainsi lit-on :

« Je n’ai goûté jusqu’ici nulle joie : / J’en goûterai désormais, attends-t’y » (La Fontaine, Contes, « Le Cuvier »), « Ah ! disait-il en gémissant, rends-la-moi, console-moi d’elle » (2, page 36), « Ô Dieu ! si c’est par quelque faute que j’ai commise que vous vous êtes retiré de moi, accordez-m’en le pardon » (3, page 67), « S’il y en a qui vous soient suspects, supposez quelque opération, et faites-leur-en la confidence, afin de voir leur contenance, et d’éprouver leur fidélité » (Le comte de Kewenhüller, Maximes de Guerre, traduction de 1771), « Efface ce séjour, ô Dieu ! de ma paupière, / Ou rends-le-moi semblable à celui d’autrefois, / Quand la maison vibrait comme un grand cœur de pierre / De tous ces cœurs joyeux qui battaient sous ses toits ! » (Lamartine, La Vigne et la Maison), « Une dernière fois il a levé le poing : “Tiens-le-toi pour dit” » (Martin du Gard, Le Lieutenant-colonel de Maumort), « Il déchargea son fusil et me le tendit : “Prends ça”, me dit-il » (13, chapitre 31), « Tu es encore bien petit : donne-le-moi [le couteau] » (14, chapitre 25), « Voyez vous-même ce carnet » (14, chapitre 30).

Le problème est plus complexe en présence de verbes causatifs. Pour de plus amples explications, on se reportera au chapitre concernant le positionnement des pronoms personnels.

Anciennement, les éditeurs oubliaient souvent les traits d’union, comme dans : « Si vous voulez, ô maris, que vos femmes vous soient fidèles, faites leur en voir la leçon par votre exemple » (St François de Sales, Introduction à la vie dévote, Avis pour les gens mariés, édition Sébastien Huré, 1652).

Signalons enfin que, dans quelques cas, les auteurs eux-mêmes n’ont pas respecté l’ordre normal des mots à l’impératif. Ainsi lit-on : « Si nous croyons en Jésus-Christ, sortons, sortons avec lui, portant sur nous-mêmes son opprobre […]. Si le monde nous le refuse, donnons-nous-le à nous-mêmes » (Bossuet, Sermon sur l’honneur du monde, 24 mars 1666), « Souci lugubre ! on court à travers les galets, / Le flot monte, on lui parle, on crie : “Oh ! rends-nous-les !” / Mais, hélas ! que veut-on que dise à la pensée / Toujours sombre, la mer toujours bouleversée ! » (Hugo, La Légende des siècles, « Les Pauvres Gens »).

Locutions adverbiales

Depuis longtemps, on met un trait d’union dans certaines locutions adverbiales ou prépositionnelles ayant au et par comme préfixes, telles que au-dessous, au-dessus, par-dessous, par-dessus. La tendance actuelle semble être d’en mettre aussi dans au-dedans, au-dehors, par-deçà, par-dedans, par-dehors, au-delà, par-delà, au-devant, par-devant, par-derrière, par-devers. Ainsi trouve-t-on :

« Nous jetâmes le reste des armes et de la poudre par-dessus bord dans deux brasses et demie d’eau, et nous vîmes l’acier luire, loin au-dessous de nous dans le soleil, sur le fond de sable clair » (Stevenson, L’Île au trésor, chapitre 16), « Le type au bonnet rouge était toujours à moitié au-dedans, et la tête d’un autre dépassait encore juste au-dessus du sommet de la clôture » (ibidem, chapitre 21), « J’avais complètement oublié le danger qui planait au-dessus de ma tête, et je restai là à tendre le cou par-dessus le bastingage de tribord » (ibidem, chapitre 26), « Et toutes ces chaumières étaient pareilles, basses, enterrées, sombres […]. Au dedans, noires, sauvages, avec des lits en forme d’armoire gardés par des images de saints ou des bonnes vierges en faïence » (Loti, Matelot, chapitre 21), « Quand ensuite, l’oiseau étant calmé, je veux sortir avec lui, je découvre que Jean, en repartant, avait fermé la porte de la volière par dehors » (Gide, Journal), « Rien n’est plus douloureux que cette opposition entre l’altération des êtres et la fixité du souvenir, quand nous comprenons que ce qui a gardé tant de fraîcheur dans notre mémoire n’en peut plus avoir dans la vie, que nous ne pouvons, au dehors, nous rapprocher de ce qui nous paraît si beau au-dedans de nous, de ce qui excite en nous un désir, pourtant si individuel, de le revoir » (Proust, Le Temps retrouvé), « Au-dehors, derrière les persiennes closes, le jardin flambe et siffle sous le soleil, comme un fagot de bois vert dans le feu. Au-dedans, l’air est lourd du parfum des lilas » (Bernanos, Sous le soleil de Satan), « L’édredon a glissé par-dessous » (Bernanos, Sous le soleil de Satan), « Tout se taisait sous les tuiles, encore chaudes de la journée, au travers desquelles pourtant commençait à passer la fraîcheur de la nuit » (Bosco, Le Mas Théotime), « Au-delà de la lutte contre ces trois fléaux, le programme de leurs études était très vaste » (13, chapitre 2), « La petite sœur était drôlement attifée, dans une robe que nous avions boutonnée par-devant » (13, chapitre 9), « L’oncle Jules portait un béret basque, des bottes lacées par-devant, et une veste » (13, chapitre 25), « Alors, je fis tournoyer la ceinture, et, par-derrière, de toutes mes forces, je le frappai » (16, chapitre 7), « Après cet échange, il retomba dans le silence, un silence qui intriguait le haj Soliman, et lefaisait s’interroger, par-devers lui, sur les raisons de la mélancolie et de la préoccupation qu’il percevait là » (Le Clézio, Pétra : le dit des pierres).

Il est des cas où au dedans ou au dehors, par exemple, ne peuvent être regardés comme des locutions adverbiales ou prépositionnelles ; elles ne peuvent alors comporter de trait d’union. Ainsi en est-il dans la citation : « D’ailleurs, par un reste hérité de la vie des cours qui s’appelle la politesse mondaine et qui n’est pas superficiel, mais où, par un retournement du dehors au dedans, c’est la superficie qui devient essentielle et profonde, le duc et la duchesse de Guermantes considéraient comme un devoir plus essentiel que ceux, assez souvent négligés, au moins par l’un d’eux, de la charité, de la chasteté, de la pitié et de la justice, celui, plus inflexible, de ne guère parler à la princesse de Parme qu’à la troisième personne » (Proust, Le Côté de Guermantes).

Depuis longtemps, on met un trait d’union dans certaines locutions adverbiales ou prépositionnelles ayant ci et comme préfixes, à savoir : ci-après, ci-contre, ci-dessous, ci-dessus, ci-devant, ci-inclus, ci-joint, ici-bas, là-bas, là-dessous, là-dessus, là-haut. Actuellement, on en met aussi dans là-dedans. Ainsi trouve-t-on :

« Il va falloir que nous trouvions la clé « là-dessus » (Stevenson, L’Île au trésor, chapitre 4), « Je veux me rendre dans la baie du Nord et échouer là-bas tranquillement » (ibidem, chapitre 25), « Et il y a quelque chose là-dessous, sans aucun doute » (ibidem, chapitre 28), « J’avais compris, dit l’oncle, qu’il y avait quelqu’un là-haut » (13, chapitre 31), « Il n’y a pas la place de les mettre là-dedans, décréta-t-il » (13, chapitre 31), « Là-dessus, je déchire ses rapports » (14, chapitre 34).

Renforcement par « ci » et « là »

Sur la page « Ci et là » du site « banque de dépannage linguistique », on trouve le passage suivant :

« Employé avec un démonstratif, n’est pas toujours précédé d’un trait d’union ; il l’est uniquement lorsque le nom est immédiatement précédé du démonstratif et immédiatement suivi de . Lorsqu’un mot vient se glisser entre le démonstratif et le nom ou entre le nom et , on omet le trait d’union. On l’omet aussi lorsque porte sur un nom composé dont les éléments ne sont pas liés par un trait d’union ».

Il me semble que cela doit être nuancé. Les citations suivantes sont, pour les premières en accord, et pour les secondes en désaccord, avec cette prise de position.

« La fenêtre […] donnait sur la gare, cette tranchée large trouant le quartier de l’Europe, tout un déroulement brusque de l’horizon, que semblait agrandir encore, cette après-midi-là, un ciel gris du milieu de février » (Zola, La Bête humaine, chapitre 1), « Il n’écrivit ni ne reçut jamais de lettres, et ne parla jamais à personne d’autre que les voisins, et à ceux-ci, la plupart du temps, seulement lorsqu’il était pris de rhum » (Stevenson, L’Île au trésor, chapitre 1), « Les sifflets qui, depuis, saluèrent si souvent leur passage, nos troupes les recueillirent pour la première fois, cet après-midi-là, en traversant, pour rentrer à leurs quartiers, la foule agitée qui encombrait les rues » (Geoffroy de Grandmaison, L’Espagne et Napoléon), « Le jeudi était jour de grande toilette, et ma mère prenait ces choses-là très au sérieux » (13, chapitre 10), « À la vérité, dit-il, il manque un second cadre tout pareil pour former un X avec celui-ci » (13, chapitre 11), « Venus pour acheter un balai, nous repartions avec un cornet à piston, ou une sagaie, celle-là même − au dire de notre ami − qui avait tué le prince Bonaparte » (13, chapitre 12).

« Peut-être qu’en vous mettant à ce point de vue-là sa façon de conter ne vous sera pas si désagréable » (L’abbé Prévost, Jugement sur Marianne), « Cette petite femme-là me fera promptement oublier l’avide Josépha » (Balzac, La Cousine Bette, chapitre 8), « C’est l’algèbre incarné que cette petite femme-là » (Gautier, Mademoiselle de Maupin, chapitre 2), « Ce petit homme-là remplacer M. Serrières, allons donc ! » (A. Daudet, Le Petit Chose, chapitre 5), « À ce point de vue-là, c’était extraordinaire, mais cela ne semblait pas d’un art, comme on dit, très “élevé”, dit Swann en souriant » (Proust, Du côté de chez Swann), « Faisons le grand tour. Je parie que vous ne connaissez pas ce petit chemin-là ? » (Martin du Gard, Les Thibault).

Émile Littré disait antérieurement qu’on ne met pas de trait d’union quand le mot auquel se rapporte en est séparé par quelque apposition : « Ce marchand de vin là est très bien assorti », « Ces preuves de bonté là sont rares ». Telle semble être la pratique actuelle. Cependant, le même Littré cite La Fontaine : « Ce monseigneur du lion-là / Fut parent de Caligula » (La Fontaine, « La Cour du lion »).

Cas divers

On met un trait d’union devant ci et dans par-ci par-là, de-ci de-là, et jusque-là. On ne met pas de trait d’union devant ci ou dans les cas non examinés. Ainsi trouve-t-on : « J’errai çà et là parmi les arbres. Il y avait de-ci de-là des plantes à fleurs inconnues de moi ; ici et là je vis des serpents » (Stevenson, L’Île au trésor, chapitre 14), « Jusque-là, nous ne verrons pas grand-chose » (13, chapitre 25).

Dans moi-même, toi-même, lui-même, elle-même, soi-même, nous-mêmes, vous-mêmes, eux-mêmes, elles-mêmes, on met un trait d’union, pour joindre même au pronom personnel qui le précède. On met aussi un trait d’union dans nous-même et dans vous-même quand nous et vous se réfèrent à une personne unique. Par contre, on écrira ici même, là même, celui même, celle même, ceux même(s), celles même(s), celui-là même, celle-là même, ceux-là même(s), celles-là même(s), celui-ci même, etc.

On met un trait d’union dans les pronoms indéfinis quelques-uns et quelques-unes, dans la locution conjonctive c’est-à-dire, ainsi que dans certaines locutions adverbiales comme entre-temps, peut-être, sur-le-champ, vis-à-vis. Ainsi lit-on :

« Il ressemblait à quelqu’un qui voit un fantôme ou le diable en personne ou quelque chose de pire, si cela peut être » (Stevenson, L’Île au trésor, chapitre 2), « Cependant, et même si les choses tournaient de telle sorte qu’il fût forcé de rester loyal vis-à-vis du docteur Livesey, quels dangers nous courions encore ! » (ibidem, chapitre 31), « La grande sœur fut tout à fait ravie, et décida qu’il fallait sur-le-champ installer ma mère chez elle » (13, chapitre 3), « Ce concierge exagérait peut-être un peu » (13, chapitre 6), « Il y en avait bien quelques-unes [de cigales] au bout des platanes scolaires » (13, chapitre 13).

Les adjectifs numéraux

Quand on écrit un nombre, on met un trait d’union entre les éléments de ce nombre strictement inférieurs à cent (s’ils ne sont pas déjà reliés par et), comme dans : « Baron, j’ai besoin de soixante-dix mille francs, et je vous les demande » (Balzac, La Cousine Bette), « Tu as découvert Benn Gun − le plus grand exploit que tu aies jamais fait ou feras, quand bien même tu vivrais jusqu’à quatre-vingt-dix ans » (Stevenson, L’Île au trésor, chapitre 30), « L’abbé Barthélemy […] fut élu à l’Académie française le 5 mars 1789, au vingt-cinquième fauteuil » (13, chapitre 3).

Dans la « nouvelle orthographe », celle d’après 1990, on doit mettre un trait d’union entre tous les éléments composant le nombre, et écrire « vingt-et-un-mille-trois-cent-deux ». Elle permet, en effet, de distinguer, par exemple l’adjectif numéral ordinal « mille-cent-vingt-septième » (1127e), de « mille-cent-vingt septièmes » (1120/7), de « mille-cent-vingt vingt-septièmes » (1120/27) et de « mille cent-vingt-septièmes » (1000/127). Dans l’ancienne orthographe, on aurait évité toute confusion en écrivant, par exemple, « la septième partie de mille cent vingt mètres » au lieu de « les mille-cent-vingt septièmes d’un mètre ». Néanmoins, les zélateurs de la réforme jugent préférable de mettre une flopée de traits d’union dans l’écriture en lettres des nombres.

Noms et adjectifs composés

Il peut être utile de savoir que les mots commençant par certains préfixes seront soudés, tandis que les mots commençant par d’autres préfixes présenteront un trait d’union. Ainsi, les mots commençant par les préfixes après, arrière, avant, sans, sous, vice présenteront un trait d’union, tandis que les mots commençant par le préfixe sur seront généralement soudés. Bien des préfixes sont issus du grec et du latin, et ils n’existent donc pas isolément en français ; les mots commençant par ces préfixes seront le plus souvent soudés. Pour plus de détails, je renvoie à la page « Trait d’union dans les mots composés d’un préfixe ou d’un élément grec ou latin ». On écrit donc « l’après-guerre, une arrière-salle, un avant-goût, un vice-président, etc. », mais « bioxyde, coauteur, hyperactif, hypoallergénique, monoïdéisme, multiethnique, pluriannuel, polyarthrite, postopératoire, préexistence, réactiver, surexciter, etc. ». On lit aussi : « Il était archi-mort − frappé en plein cœur » (Stevenson, L’Île au trésor, chapitre 18).

Rappelons que, dans le chapitre sur les adjectifs, j’ai déjà traité le cas où nu, demi, mi, semi se trouvent devant un nom ou un adjectif.

Quand non et quasi servent de préfixes à un substantif ou un infinitif, ils y sont usuellement joints par un trait d’union, comme dans « une non-conformité », « une fin de non-recevoir », « une quasi-certitude », « quasi-doubler sa consommation ». Quand ils se trouvent devant un adjectif, la règle serait plutôt de ne pas mettre de trait d’union ; cependant, il y a de nombreuses exceptions ; on lit ainsi « une fonction quasi-différentiable, les géométries non-euclidiennes, une morale non-conformiste ».

On met un trait d’union dans l’écriture des points cardinaux intermédiaires. On lit ainsi : « Mais les légers vents qui avaient commencé à souffler du sud-est et du sud s’étaient mis au sud-ouest après la tombée de la nuit » (Stevenson, L’Île au trésor, chapitre 23).

Le trait d’union est demandé entre les éléments d’un prénom double qui constitue l’appellation usuelle de la personne : Jean-Jacques Rousseau.

On met un trait d’union quand on regroupe ensemble plusieurs entités distinctes : « L’Ami Fritz est un roman d’Erckmann-Chatrian », « La région Provence-Alpes-Côte d’Azur est vaste ».

Le trait d’union se met entre saint et le nom suivant quand l’appellation ainsi formée désigne une localité, une fête, une rue, etc., mais non s’il s’agit du saint lui-même. Ainsi, lit-on : « Ici, les clients vous payent à la Saint-Michel » (J. Romains, Knock, acte I), « D’Aubagne nous passâmes à Saint-Loup, qui était un gros village dans la banlieue de Marseille » (13, page 40), « Derrière la maison, les pinèdes formaient des îlots sombres dans l’immense garigue, qui s’étendait, par monts et par vaux, jusqu’à la chaîne de Sainte-Victoire » (13, page 132), « J’incline à penser que le grand saint Hubert était avec vous ! » (13, page 273).

Les patronymes

Le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie nationale fixe des règles de typographie très précises. Il dit :

  1. Tous les noms et adjectifs faisant partie du spécifique d’une dénomination prennent un trait d’union et une majuscule initiale ;
  2. En ce qui concerne les noms de voies, bâtiments ou monuments publics portant le nom d’une personne, les noms, adjectifs et verbes qui individualisent les noms communs d’espèce prennent toujours une capitale initiale et sont liés par des traits d’union ;
  3. La localité où se trouve un lieu de culte ne fait pas partie du nom du lieu de culte.

En clair, on devrait écrire « la basilique Notre-Dame-du-Rosaire de Lourdes » et « l’église Notre-Dame-de-Lourdes de Romans » (à Romans-sur-Isère).

Ces règles permettent d’éviter toute ambiguïté, mais elles peuvent aussi, dans quelques cas, présenter des inconvénients. Si, dans un article sur “la basilique des Saints-Apôtres-Pierre-et-Paul-aux-Portes-de-la-Yaouza” (située à Moscou, non loin de la rivière Yaouza), le lecteur voyait écrit “la basilique des saints apôtres Pierre et Paul”, il pourrait imaginer qu’en fait l’édifice s’appelle “la basilique Sainte-Marie”, et que le journaliste a voulu marquer que Pierre et Paul y avaient résidé. Pour pallier cette ambiguïté, la mise en conformité avec le Lexique des règles typographiques a nécessité neuf traits d’union et six lettres capitales.

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Conseils de lecture

Grammaire Le français de A à Z
Grammaire, Le Robert et Nathan.
Pratique du français de A à Z, Hatier.

Voir aussi

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