La simplification des temps
Cette simplification des temps consiste à réduire le nombre des futurs ou des conditionnels, par un changement de l’instant présent de référence.
Pour comprendre le phénomène, considérons les citations suivantes, toutes tirées de l’article de Renaat Declerck « On so called tense simplification in English » :
- « Si nous procédons ainsi, la police pensera qu’il fut tué par accident » ;
- « La prochaine fois son excuse sera qu’il a été malade toute la semaine » ;
- « Même s’il découvre la vérité, il ne dira pas à la police qu’il connaît quelque chose » ;
- « Si vous ne lui dites pas vous-même, Bill ne croira pas que vous l’aiderez ».
Dans la première citation, l’instant présent de référence utilisé pour conjuguer le verbe « tuer » est celui où la police pense, ce qui justifie l’emploi du passé simple. S’il n’y avait pas eu de changement de perspective, la première phrase serait devenue « Si nous procédons ainsi, la police pensera qu’il aura été tué par accident ». Une analyse analogue vaut pour les trois autres citations.
On examinerait de même des phrases telles que : « Faciles à égarer, difficiles à éclairer, les gens n’iraient pas au fond des choses ; s’ils voyaient vénérer les reliques, ils penseraient que le Fils du Ciel [l’Empereur] était devenu bouddhiste » (Marcel Granet, La Religion des Chinois).
La simplification des temps semble plus répandue en anglais qu’en français. La phrase suivante, parmi un grand nombre d’autres, illustre cette impression :
If you did decide to walk to my house, you’d go up a gentle hill, on unpaved roads, asking directions of anyone you MET if you weren’t sure how to go, and although it would be an easy walk, you’d probably feel kind of dirty by the time you arrived because of all the sand you’D BEEN KICKING UP. So you might decide to go to my house by car, instead. Then you’d hire a taxi at the gare routière in town and tell the driver, “Take me to Zongo.” — “Which part?” he’d want to know. — “Al-Hamdu.” — “Where in Al-Hamdu? — “I’m going to Tchambakomé.” After the taxi dropped you off at the mosque, you’d just tell anybody you MET on the street where you wanted to go. (Fauziya Kassindja, Do they hear you when you cry? chapter 2)
= Si vraiment vous décidiez de venir à pied chez moi, vous monteriez une colline en pente douce, sur des routes non pavées, et demanderiez des indications à quiconque vous rencontreriez si vous n’étiez pas sûr de votre chemin, et bien que ce serait une marche facile, vous vous sentiriez probablement quelque peu sale au moment de votre arrivée à cause de toute la poussière que vous auriez soulevée avec vos pieds. Ainsi, vous pourriez plutôt décider de venir chez moi en voiture. Alors, vous retiendriez un taxi à la gare routière, en ville, et diriez au chauffeur, « Conduis-moi à Zongo. » — « Dans quelle partie, », vous demanderait-il. — « Al-Hamdu. » — « Où dans Al-Hamdu ? » — « Je vais à Tchambakomé. » Après que le taxi vous aurait déposé à la mosquée, vous demanderiez seulement à quiconque vous rencontreriez dans la rue de vous indiquer votre destination.
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Conseils de lecture
Voir aussi
- La valeur des temps
- Dans le forum : Langue française