Le pluriel des noms composés

Une contribution de Michel.

En ce qui concerne le pluriel des noms composés, on peut dégager quelques principes de base, auxquels on trouve quelques exceptions. Ces principes sont tirés du Cours supérieur d’orthographe d’Odette et Édouard Bled, ainsi que du livre L’Orthographe, c’est logique ! de J.-P. Colignon.

  • Dans un nom composé figurent des traits d’union (mais on écrit « un point de vue, une pomme de terre, un Visage pâle, etc. »)
  • Dans les noms composés, seuls le nom et l’adjectif peuvent se mettre au pluriel, si le sens le permet.
  • Quand le nom composé est formé de deux substantifs qui s’additionnent, les deux éléments prennent la marque du pluriel : une porte-fenêtre a la double fonction de porte et de fenêtre ; au pluriel, ce sera donc comme s’il y avait plusieurs portes et plusieurs fenêtres, d’où le double accord des éléments : des portes-fenêtres. De même pour des chiens-loups, des tiroirs-caisses, etc.
  • Quand le nom composé est formé de deux substantifs reliés par un trait d’union qui représente non un signe « plus » d’addition, mais une préposition, le pluriel dépendra de la logique : un timbre-poste n’est pas à la fois une vignette postale et une poste, c’est une vignette d’affranchissement émise par La Poste. La logique conduit donc à écrire des timbres-poste.
  • Lorsque le nom composé est formé de deux substantifs, unis par une préposition, en général, seul le premier terme prend la marque du pluriel, car l’autre doit être pris au sens absolu et désignant UN type d’animal, UNE espèce de plante, même si le nom composé a pris un sens figuré. Ainsi : un œil-de-bœuf, des œils-de-bœuf [l’œil-de-bœuf est une lucarne ronde rappelant l’œil DU bœuf], un œil-de-chat, des œils-de-chat[l’œil-de-chat est une pierre précieuse, en quartz], un pied-de-biche, des pieds-de-biche, etc.
  • Quand le nom composé est formé d’un substantif et d’un adjectif épithète, les deux mots se mettent au pluriel, comme s’ils étaient utilisés au sens propre, sans trait d’union : une belle-mère, des belles-mères, un procès-verbal, des procès-verbaux. Ne pas oublier les différences de signification entre les syntagmes nominaux (sans trait d’union) et les mots composés : une belle-mère, aux yeux des humoristes, est souvent… laide et méchante ; un procès-verbal est… écrit.
  • Quand le nom composé est formé d’une forme verbale (ou d’un adverbe) et d’un substantif, seul ce dernier se met au pluriel. Attention ! bien distinguer entre les formes conjuguées et les noms ! Dans le nom composé garde-fou, qui désigne une pièce de carrosserie, « garde » est une forme verbale, d’où des garde-fous. En revanche, garde-malade est formé de deux noms : il s’agit d’un gardien affecté à la surveillance d’un malade, d’où des gardes-malades.
  • Quand les noms composés avec trait(s) d’union sont le résultat de la substantivation (transformation en nom) d’une phrase, d’une expression, d’une locution, ils demeurent invariables : un m’as-tu-vu, des m’as-tu-vu, un qu’en-dira-t-on, des quand-dira-t-on.
  • Quand le premier mot d’un nom composé est terminé par un « -o », ce mot reste invariable, par exemple dans des micro-ondes. Si l’un des éléments du mot composé est une abréviation, cet élément reste invariable, par exemple dans des tragi-comédies.
  • Dans certaines expressions au féminin, l’usage veut que l’adjectif « grand » ne s’accorde ni au singulier ni au pluriel : une grand-mère, des grand-tantes (alors qu’on écrira des grands-pères). Toutefois, la tendance actuelle sera plutôt d’écrire des grands-mères ou des grands-tantes.
  • Enfin le bon sens conduit généralement à déterminer l’orthographe dans certains cas d’espèce : des abat-jour, des années-lumière, un (ou une) après-midi, des après-midi, un compte-gouttes, des face-à-face, des gratte-ciel, des pauses-café, des pisse-vinaigre, un porte-avions, des porte-parole, des pot-au-feu, des propres-à-rien [propres à rien], des pur-sang [= des chevaux qui ont le sang pur], des souffre-douleur, des soutiens-gorge, des terre-pleins [pleins de terre], des tête-à-tête, etc.

Exemples :

« Je vous donne en plus ce pare-étincelles » (chapitre 11), « Je m’élançai, en poussant un cri de joie, vers un lance-pierres qui s’offrait au prix de trois sous » (14, chapitre 4), « Sous les passe-montagnes à oreilles, nous avions l’air de chasseurs de phoques » (14, chapitre 21), « Dans la grand-ville, les seules marques de l’hiver étaient le ronflement du poêle, le cache-nez, la pèlerine » (14, chapitre 31), « Presque tous ces gracieux chefs-d’œuvre furent blessés ou mutilés » (15, chapitre 5), « Le transport au cimetière avait épuisé six croque-morts » (15, chapitre 6), « L’oncle m’offrit à son tour un sous-main revêtu de vrai cuir » (15, chapitre 30), « À dix heures, encore trois-quarts d’heure d’étude avant de descendre au réfectoire, dans les sous-sols de l’internat » (15, chapitre 30), « Tout en préparant les cahiers et les porte-plume, je regardais notre professeur de latin » (15, chapitre 31), « Ils avaient aussi des porte-plume d’onyx ou de jais » (15, chapitre 33), « C’étaient des taille-crayons de métal brillant » (15, chapitre 33), « Il y avait même des hors-d’œuvre » (16, chapitre 3).

Exemples de mots composés tirés des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol :

un drame-éclair (chapitre 6), des drames-éclair, un croche-pied (chapitre 10), des croche-pieds, un dîner-conférence (chapitre 13), des dîners-conférences, une plateforme ou une plate-forme (chapitre 13), des plateformes ou des plates-formes, un cul-blanc, des culs-blancs (chapitre 21), un cure-dent (chapitre 25), des cure-dents, un cerf-volant, des cerfs-volants (chapitre 30), un garde-manger (chapitre 32), des garde-manger, un gratte-cul, des gratte-culs (14, chapitre 9), un réveille-matin (14, chapitre 30), des réveille-matin, un maître-mot (14, chapitre 32), des maîtres-mots, un remue-ménage (15, chapitre 3), des remue-ménage, un garde-barrière, des gardes-barrières (15, chapitre 8), un sous-main (15, chapitre 30), des sous-mains, un croc-en-jambe, des crocs-en-jambe (15, chapitre 30), un coffre-fort (15, chapitre 30), des coffres-forts, un taille-crayon (15, chapitre 33), des taille-crayons, un contre-jour (16, chapitre 2), des contre-jour, un bric-à-brac (16, chapitre 4), des bric-à-brac, un face-à-main (16, chapitre 10), des face-à-main.

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Conseils de lecture

Grammaire Le français de A à Z
Grammaire, Le Robert et Nathan.
Pratique du français de A à Z, Hatier.

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