Le pluriel des mots étrangers

Une contribution de Michel.

Quand on met au pluriel un nom se terminant par un « s », un « x » ou un « z », rappelons qu’on n’ajoute pas un « s » dans la terminaison. On écrira donc : des ambitus, des blues, des index, des télex, des ersatz, des kibboutz…
Parmi les noms dérivés directement du latin ou des langues étrangères, beaucoup sont francisés, et ils prennent un « s » au pluriel. Malheureusement, la liste des mots francisés évolue avec le temps. Théoriquement, les mots directement tirés du latin et non francisés devraient s’écrire en italique et ne pas former leur pluriel avec un « s ». Notre attention ne se portera que sur quelques noms.

La plupart des noms de prières catholiques ou de chants liturgiques ne sont pas francisés : Ave, confiteor, Credo, Gloria, Kyrie, Magnificat, Pater, requiem. Cependant, de nos jours, on écrira plutôt « des alléluias, des bénédicités, des mémentos, des misérérés » que « des Alleluia, des Benedicite, des memento, des Miserere ». Un Agnus Dei est une prière, mais un agnus Dei est un médaillon en blanche cire d’abeille représentant l’agneau couché (pluriel : des agnus Dei). Un credo est aussi un ensemble de principes (pluriel : des credo).

Les noms d’origine latine restent invariables quand ils sont composés de deux mots : des a priori, des curriculum vitæ, des ex-voto, des in-folio, des in-octavo, des post-scriptum, des vade-mecum…
De même, on écrit « des deleatur, des imprimatur, des incipit, des introït, des veto ».

« Un addendum » (pluriel : des addenda) est un document complémentaire antérieur à l’adoption d’un acte, tandis que « un addenda » (pluriel : des addenda) est un ensemble de notes additionnelles à la fin d’un ouvrage. « Un errata » (pluriel : des errata) est une liste des fautes dans l’impression d’un ouvrage ; un erratum (pluriel : des errata) est une faute répertoriée dans l’errata. « Un duplicatum » (pluriel : des duplicata) est une copie. Les pluriels de « un extremum, un impedimentum, un maximum, un minimum, un optimum et un quantum » sont, théoriquement, « des extrema, des impedimenta, des maxima, des minima, des optima et des quanta ».

En fait, on écrira souvent : des extremums, des maximums, des minimums, des optimums. Il arrive qu’on écrive « des incipits, des in-folios, des introïts, des in-octavos ». On remplace, usuellement « un duplicatum » par « un duplicata ». On trouve parfois « des addendas, des addendums, des désidératas, des duplicatas, des erratas, des erratums ».

Beaucoup de noms d’origine latine étant maintenant francisés, leurs pluriels prennent un « s » : des agendas, des compendiums, des extras, des forums, des labarums, des médias, des mémorandums, des muséums, des palliums, des plénums, des pensums, des référendums, des summums, des tollés, des ultimatums… On trouve encore « des extra » et, bien que cela semble affecté, « des compendia, des pallia ». Rappelons qu’un compendium peut être « une brève synthèse, un condensé », ou « un meuble de classe contenant des instruments de mesure », ou « un instrument de mesure astronomique comprenant une boussole et un cadran solaire ».

Usuellement, on écrit « des carbonari, des mafiosi, des paparazzi, des tifosi », comme en italien ; on trouve aussi « des carbonaris, des mafiosis, des paparazzis, des tifosis ». On écrira « des piétas » ; on trouve encore « des pietà ». Les pluriels normalement utilisés de « un brocoli, un concerto, un condottiere, un fiasco, un graffiti, un imbroglio, un incognito, un lazzi, un opéra, une pizza, une pizzeria, un scénario, un tempo, un trémolo » s’obtiennent en ajoutant un « s ». Les pluriels « des concerti, des condottieri, des confetti, des graffiti, des lazzi, des scénarii, des spaghetti, des tempi » paraissent maintenant pédants.
Pour les termes de musique d’origine italienne, on laisse invariables les indications des mouvements (c’est-à-dire des degrés de vitesse dans l’exécution musicale) et des nuances (c’est-à-dire des variantes d’intensité sonore) ; on parlera donc « des crescendo d’une partition », et, de même, « des diminuendo, des forte, des mezzo forte, des mezzo piano, des piano… ». Mais s’il s’agit des airs joués, on met le « s » : des adagios, des allegros, des andantes, des cantabiles, des scherzos…

Les mots d’origine anglaise n’ont pas toujours conservé leur pluriel d’origine : « des barmen, des garden-parties, des flashes, des hippies, des ladies, des whiskies », mais « des barmans, des matchs, des sandwichs »… On trouvera aussi « des matches, des barmen, des sandwiches »… L’adjectif « snob » est parfois invariable. Normalement, le mot « pandémonium », crée par John Milton, ne se met pas au pluriel.
Le pluriel de « un lied » peut être « des lieds », ou, comme en allemand, « des lieder ».

Relevons simplement quelques exemples :

« À Saint-Gilles on enterre le corps, avec force cierges allumés et force Kyrie eleison, que chantent les clercs » (Chanson de la croisade albigeoise, laisse 4, traduction d’Eugène Martin-Chabot), « Très peu de gens lisent ces sortes d’addenda, et personne ne trouve bon qu’ils remplissent bien des pages » (Pierre Bayle, Dictionnaire historique et critique, avertissement sur la seconde édition), « Je demeurai deux bons Miserere sans parler, ni elle aussi, vis-à-vis l’un de l’autre » (Saint-Simon, Mémoires, édition de la Pléiade, volume 3, page 597), « Il [l’évêque de Tréguier] recommanda à tous ceux qui savaient lire, de lire cette lettre tous les premiers vendredis de chaque mois ; et à ceux qui ne savaient pas lire, de dire cinq Pater et cinq Ave en l’honneur des cinq plaies de Jésus-Christ, afin d’obtenir les grâces promises à ceux qui la liront dévotement, et la conservation des biens de la terre » (Voltaire, Dictionnaire philosophique, article Superstition), « Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes » (Voltaire, Candide, chapitre 3), « Je ne cherchais pas à flatter l’opinion de ceux qui m’entendaient. Je leur dis ce dont j’étais pénétré, c’est qu’il n’était ni convenable ni juste de demander, dans de semblables circonstances, la révocation des veto ; qu’on ne manquerait pas de dire que le roi n’était pas libre » (Compte-rendu de Pétion sur la journée du 20 juin 1792, dans L’Histoire parlementaire de Buchez et Roux, tome 15), « Ces veto eurent leur effet tant que la Constitution resta en vigueur, et l’émeute du 20 juin 1792 ne leur porta aucune atteinte » (4, page 212), « Tous les signes extérieurs du culte furent entièrement abolis. On décida encore, dans un même arrêté, et toujours sur les réquisitoires de Chaumette, qu’on ne pourrait plus vendre dans les rues toutes espèces de jongleries, telles que des saints-suaires, des mouchoirs de Sainte-Véronique, des Ecce homo, des croix, des agnus Dei, des Vierges, des cors et bagues de saint Hubert… » (Thiers, Histoire de la Révolution française, livre 18), « Des hommes vêtus de surplis, de chasubles, de chapes, venaient en chantant des Alleluia et en dansant la carmagnole à la barre de la Convention ; ils y déposaient les ostensoirs, les crucifix, les saints ciboires, les statues d’or et d’argent ; ils prononçaient des discours burlesques, et souvent adressaient aux saints eux-mêmes les allocutions les plus singulières » (ibidem, livre 18), « Sa fidèle Nanon paraissait-elle au marché, soudain quelques lazzi, quelques plaintes sur son maître lui sifflaient aux oreilles » (Balzac, Eugénie Grandet) « On entendait au loin de magiques accords ; / Et, tout en haut, sortant de la frise à mi-corps, / Pour attirer la foule aux lazzis qu’il répète, / Le blanc Pulcinella sonnait de la trompette » (Hugo, Les Contemplations, livre 1, poème 22), « L’auteur de ce livre a vu, de ses yeux, à huit lieues de Bruxelles, […] à l’abbaye de Villers, […], et, au bord de la Thil, quatre cachots de pierre, moitié sous terre, moitié sous l’eau. C’étaient des in pace » (Hugo, Les Misérables, livre 7), « L’empereur debout de face regardant à gauche, tenant deux enseignes militaires, ou plutôt deux labarums » (Henry Cohen, Description historique des monnaies frappées sous l’Empire romain, tome 7, page 6), « Et les marges se noient / Dans les deleaturs » (Musset, « Le Songe du reviewer »), « Je considère notre valeur et notre force morales. D’abord, ce grand impedimentum de l’homme, l’amour et la femme, réduit à la plus simple expression. Rien de ce compagnonnage que nous voyons autour de nous, de ces acoquinements et de ces contrefaçons de ménage, qui embrassent la carrière de l’homme, occupent sa pensée, le dérangent d’une volonté une et constante » (E. et J. de Goncourt, Journal, mai 1859), « Jamais, on peut le dire, partie de prima donna ne fut taillée plus convenablement sur la mesure du talent de Mme Stoltz. Suivez cette musique, pas un air d’expression, pas un trait, pas une phrase liée, toujours des cantabiles, des romances, toujours des notes syllabiques où la virtuose s’étudie à ramener les cordes basses de sa voix avec une complaisance parfois bouffonne » (Revue des Deux Mondes, critique de La Reine de Chypre, un opéra de Fromental Halévy), « À côté des cabarets, l’église au perron semé de feuillages, tout ouverte en grande baie sombre, avec son odeur d’encens, avec ses cierges dans son obscurité, et ses ex-voto de marins partout accrochés à la sainte voûte » (Loti, Pêcheur d’Islande, partie 1, chapitre 4), « Des quartiers entiers flambaient ; on s’entretuait autour d’eux dans la ville fermée ; des rages y fermentaient comme en un pandémonium » (Loti, Les Derniers Jours de Pékin, chapitre 7), « Et lui montrant un carton : “Voyez d’ailleurs comme nous autres femmes nous sommes moins heureuses que le sexe fort ; pour aller aussi près que chez nos amis Verdurin nous sommes obligées d’emporter avec nous toute une gamme d’impedimenta” » (Proust, Sodome et Gomorrhe, partie 2), « Samuel Chapdelaine rentra dans la maison et le souper fut servi. Les signes de croix autour de la table ; les lèvres remuant en des Benedicite muets […] ; puis d’autres signes de croix ; le bruit des chaises et du banc approchés, les cuillers heurtant les assiettes. Il sembla à Maria qu’elle remarquait ces gestes et ces sons pour la première fois de sa vie » (Louis Hémon, Maria Chapdelaine, chapitre 2), « C’est quand même cruel de faire marcher ces enfants comme s’ils étaient déjà à la Légion étrangère. Et avec un barda terrible, et des mollets comme des spaghetti »(14, chapitre 24), « J’en ai fait une poignée de confetti, qui sont partis sur l’eau du canal » (14, chapitre 34), « Ces gens sont un peu snob » (15, chapitre 12), « On nous apporta devinez-quoi ? Des macaronis recouverts d’une espèce de dentelle de fromage fondu ! » (15, chapitre 32), « Je n’ai rien à faire qu’à rester là [au moulin]. Je me balade dans le local. Je fais la revue des impedimenta ; je répare et je bricole » (Giono, Les Grands Chemins), « De manière plus sporadique, certaines messes font intervenir des antiennes dont le mode de reconnaissance est similaire. L’identification des introïts et des alléluias est cependant différente » (Olivier Cullin, Le Graduel de Bellelay).

Retour au sommaire

Conseils de lecture

Grammaire Le français de A à Z
Grammaire, Le Robert et Nathan.
Pratique du français de A à Z, Hatier.

Voir aussi

Liens Internet