L’accord du participe passé des verbes « persuader » et « assurer »

Une contribution de Michel.

Pour accorder les participes passés avec les verbes persuader et assurer, il faut tenir compte de leur signification.

On peut « persuader quelqu’un », dans le sens de « amener quelqu’un à être convaincu », comme dans la formulation « je les [ces femmes] ai persuadées de son innocence », où le COD de « persuader » est « les ». On peut « persuader quelque chose », dans le sens de « faire admettre quelque chose », comme dans la formulation « je leur ai persuadé son innocence », où le COD de « persuader » est « son innocence ». On peut donc écrire « je les ai persuadées que la situation du pays s’améliorera prochainement » ou « je leur [à ces femmes] ai persuadé que la situation du pays s’améliorera prochainement ». À la forme pronominale, on obtient « Elles s’étaient persuadées (respectivement, persuadé) que le mariage avait quelque chose de bon ».

On peut « assurer quelqu’un de quelque chose », dans le sens de « rendre sûr quelqu’un de quelque chose, lui communiquer la certitude de quelque chose » ; on obtiendra ainsi des formulations comme « il les a assurées de notre venue » ou « il les a assurées que vous n’étiez pas des traîtres ». On peut aussi « assurer quelque chose », dans le sens de « rendre cette chose sûre, faire qu’elle ne manque pas » ; donc « assurer quelque chose à quelqu’un », c’est « engager quelqu’un à croire quelque chose, certifier quelque chose à quelqu’un »; on obtiendra ainsi des formulations comme « il leur [à ces femmes] a assuré notre collaboration » ou « il leur a assuré que vous n’étiez pas des traîtres ». À la forme pronominale, cela donne « Elles se sont assurées que pareil incident ne recommencerait pas » ou « Elles se sont assuré que pareil incident ne recommencerait pas ».

Selon M. Grevisse, les formulations « Elles se sont persuadées (ou assurées) que » et « Elles se sont persuadé (ou assuré) que » sont équivalentes.

Plus généralement, on peut sans doute considérer que « persuader (ou assurer) quelqu’un de quelque chose » équivaut à « persuader (ou assurer) quelque chose à quelqu’un ». Ainsi la phrase We told him we were well enough prepared for such creatures as they were, if he would insure us from a kind of two-legged wolves, which we were told we were in most danger from, especially on the French side of the mountains. (Defoe, The Life and Adventures of Robinson Crusoe) se trouve-t-elle traduite par « Nous lui dîmes que nous ne craignions rien de ces animaux, pourvu qu’il pût nous mettre l’esprit en repos sur certains loups à deux jambes que nous étions en danger de rencontrer, à ce qu’on nous avait assuré(s), du côté des montagnes qui regardent la France. », avec « assurés » dans une édition de 1776 et « assuré » dans une édition de 1842. On remarquera que le We représente ici Robinson et ses compagnons.

Avec « s’assurer que », la proposition introduite par « que » peut-être un COI ou un COD de « assurer ». La deuxième possibilité semble moins fréquente.

Dans les citations suivantes, on a affaire à la tournure « persuader quelqu’un » :

  • Ils [le Roi Louis XVI et sa cour] oubliaient toujours que cette force irrésistible de l’opinion qui les avait déjà contraints à la mesure qu’ils voulaient annuler, ne les laisserait jamais rétrograder impunément, et c’est ainsi qu’après avoir successivement accordé, et refusé, les états généraux, ordonné, et défendu la délibération par Ordre et la délibération par têtes, la séparation des Ordres et leur réunion, ils se sont persuadés qu’il dépendait du Roi de dissoudre par la force cette même Assemblée dont ils n’avaient pas osé refuser la convocation. (4, page 67)
  • Quant à ceux [les soldats députés] des Gardes nationales, la vue du Roi dont on jouissait si rarement dans les provinces, la bonté avec laquelle il les accueillit, la solennité de son serment qui les persuadait qu’il était impossible que le Roi ne fût pas de bonne foi dans la Révolution, tout excita l’enthousiasme de ces députés […]. (4, page 136)
  • Quant à se persuader qu’il y avait en France un parti plus démagogue et plus désorganisateur que l’Assemblée constituante elle-même, je crois que c’était absolument hors de leur portée et il m’a paru qu’ils [les contre-révolutionnaires] ne s’en étaient même pas persuadés depuis, lorsque la Convention nationale se porta à tant d’excès. (4, page 189)

Dans les citations suivantes, on a affaire à la tournure « persuader quelque chose » :

  • Les gouvernements ne peuvent les nier [les revers des armées coalisées contre la France] ; mais quelques-uns se sont persuadé qu’ils sont menacés plus éminemment encore par la paix que par la guerre, et que c’est à l’époque où l’on reconnaîtra la république française que l’insurrection doit éclater dans l’intérieur de leurs pays. (Mme de Staël, Réflexions sur la paix adressées à M. Pitt et aux Français, première partie, chapitre 3)
  • Elle [Mme de Genlis] parvint à persuader à mon père et à ma mère d’y faire un voyage [à Spa]. (4, page 30)
  • Un très petit nombre de lettres fut suffisant pour persuader partout qu’à peu de distance de chaque endroit, il y avait une bande de brigands […]. (4, page 81)
  • Plus les ennemis de la Révolution s’efforçaient de persuader à la nation que le Roi allait reprendre son autorité absolue, plus il devenait facile à leurs adversaires d’exciter le peuple contre eux. (4, page 92)
  • Il [le père de Louis-Philippe] désirait que j’allasse la voir [la mère de Louis-Philippe] pour tâcher de lui persuader de se désister de sa demande. (4, page 143)
  • Je suis persuadé qu’un très grand nombre de ceux qui ont émigré, n’auraient pas quitté leurs régiments et leurs emplois, si on ne leur avait pas persuadé que quand tout cela serait culbuté, le Roi casserait et dégraderait ses Nobles ; tous ceux qui n’auraient pas émigré. (4, page 185)
  • Comment est née cette insurrection [des Cipayes] ? La cause première semble fort puérile : les soldats indigènes se sont persuadé que dans la composition des cartouches qui leur étaient destinées, il entrait des matières impures selon leur religion, et ils se sont soulevés. (Ch. De Mazade, Chronique de la quinzaine, Revue des deux mondes, 1862)
  • Elle s’est persuadé que la gloire de la femme est de s’élever au-dessus des sens. (Émile Faguet, En lisant Molière, 1914)

Dans les citations suivantes, on a affaire à la tournure « assurer quelqu’un » :

  • N’étant point pressés de s’en servir [des mots], ils [les enfants] commencent par bien observer quel sens vous leur donnez ; et, quand ils s’en sont assurés, ils les adoptent. (Rousseau, Émile)
  • Quand il [Louis XVI] assurait la France et l’Europe de sa bonne foi et de sa volonté de maintenir la Constitution, n’était-ce pas vous [les émigrés] qui assuriez au contraire qu’il n’en était rien et qu’il voulait la renverser ? (4, page 228)
  • Les émigrés parlaient toujours au nom du Roi dans leurs écrits, et ils ne laissaient échapper aucune occasion d’assurer la nation française et l’Europe, que les sentiments manifestés dans ces écrits étaient ceux que le Roi aurait professés hautement, s’il avait eu la liberté de s’exprimer sans contrainte. (4, page 287)
  • L’Angleterre, dégagée de toute représentation raisonnable, a reconnu les républiques espagnoles avant de s’être bien assurée que toute autre forme politique n’était pas incompatible avec l’indépendance et la liberté de ces nouveaux États. (Chateaubriand, lettre du 24 octobre 1825).
  • Le Premier Consul, après Boulogne, visita Calais, Dunkerque, Ostende et Anvers. Il tenait à voir ce dernier port, et à s’assurer par ses propres yeux de ce qu’il y avait de vrai dans les rapports très divers qu’on lui avait adressés. (Thiers, Histoire du Consulat, livre 17)
  • Mais nous pourrions toujours les jeter dans les fossés, observa Porthos, après toutefois nous être assurés qu’ils n’ont rien dans leurs poches. (Dumas, Les Trois Mousquetaires, chapitre 47)
  • Ah ! monsieur Porthos, s’écria la procureuse quand elle se fut assurée qu’aucune personne étrangère à la population habituelle de la localité ne pouvait les voir ni les entendre ; ah ! monsieur Porthos, vous êtes un grand vainqueur, à ce qu’il paraît ! (Dumas, Les Trois Mousquetaires, chapitre 29)
  • Nous nous sommes assurés d’avance, sinon que le mari de Valentine accepterait de vivre près de nous qui gênerions peut-être un jeune ménage, du moins que vous […] vivriez près d’eux. (Dumas, Le Comte de Monte-Cristo, chapitre 57)
  • Quand nous nous fûmes assurés que ces braves gens n’avaient logé ni vu personne, nous les rassurâmes sur le manteau perdu en leur disant que Marcasse l’avait roulé par mégarde dans les deux autres, et nous nous enfermâmes dans la chambre, afin de l’explorer à notre aise. (George Sand, Mauprat)
  • D’un coup d’œil, elle s’était assurée que rien ne manquait plus. (Zola, Le Rêve, chapitre 3)
  • Là, les sergents de ville, après s’être assurés que l’enfant était son fils, m’ont laissé entendre que je me mêlais de ce qui ne me regardait pas, qu’un père avait bien le droit de corriger son fils si l’enfant était indocile. (Maupassant, lettre à sa mère, 1885)

Dans les citations suivantes, on a affaire à la tournure « assurer quelque chose » :

  • Pour moi [Célimène], contre chacun je pris votre défense [celle d’Arsinoé], Et leur assurai fort que c’était médisance. (Molière, Le Misanthrope, acte III, scène 5)
  • Nous ne pensons pas que tous les états ont leurs dangers ; que les saints, dans quelque situation qu’ils aient été, à la cour ou dans les déserts, ne se sont assuré le salut que par des violences inouïes. (Massillon, Premier sermon pour la fête de la purification, 2 février 1701)
  • Ambroise Paré, Dulaurent, Graaf, Pineus, Dionis, Mauriceau, Palsyn, et plusieurs autres anatomistes aussi fameux et tout au moins aussi accrédités que les premiers que nous avons cités, soutiennent au contraire que la membrane de l’hymen n’est qu’une chimère, que cette partie n’est point naturelle aux filles, et ils s’étonnent de ce que les autres en ont parlé comme d’une chose réelle et constante ; ils leur opposent une multitude d’expériences par lesquelles ils se sont assuré que cette membrane n’existe pas ordinairement. (Buffon, Histoire naturelle, De l’homme)
  • Assurément, je ne refuse pas de vous dire que je vous aime, que je vous aimerai toujours ; jamais je ne l’ai dit de meilleur cœur ; et vous êtes fâché ! Vous m’aviez pourtant bien assuré, avant que je [Cécile Volanges] vous l’eusse dit, que cela suffisait pour vous rendre heureux. (Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses, lettre 82)
  • L’opinion à peu près générale alors, parmi les ennemis de la Révolution, était que pour me servir de l’expression favorite du temps, tout cela ne pouvait pas durer. […] Elle les portait à combiner leur conduite, plutôt pour se procurer des avantages quand tout cela serait culbuté, que pour assurer cette culbute. (4, page 184)
  • Après avoir accepté la Constitution que vous avez donnée au royaume, j’employerai tout ce que j’ai reçu par elle de force et de moyens, pour assurer aux lois le respect et l’obéissance qui leur sont dus. (4, page 271)
  • Ce jourd’hui dix-sept vendémiaire an huit de la République française une et indivisible, à dix heures du matin, nous, Rémi Martel et Louis Collombet, agents municipaux de ce canton de Fréjus, en cette qualité intendants de la santé publique aux rade de Fréjus et ports obliques d’Agay et de Théoules ; ayant été avertis que quatre bâtiments de l’État dont deux pinques et deux frégates, venant d’Égypte, dans l’une desquelles nous a-t-on assuré être le général Bonaparte et plusieurs généraux et savants qui l’accompagnaient à son retour d’Égypte, […] nous nous sommes transportés au rivage de la mer […]. (Document rapporté dans l’Histoire de la Révolution de Thiers, livre 44)
  • Ils repoussaient loin d’eux l’idée d’avoir participé à un projet d’assassinat ; mais ils avouaient être venus en France pour quelque chose qu’ils ne définissaient pas, pour une espèce de mouvement, à la tête duquel devait figurer un prince français. Ils n’avaient fait que le devancer, pour s’assurer de leurs propres yeux, s’il était utile et convenable qu’il arrivât. (Thiers, Histoire du Consulat, livre 18)
  • Sans doute les renseignements donnés à M. de Montrichard sur l’étendue de ce retranchement étaient défectueux : car les deux académiciens qui l’ont mesuré n’ont trouvé que 65 mètres de longueur sur 63 de largeur. Ils se sont assuré que l’on ne connaît aucune voie romaine dans le voisinage. (Mémoires et documents inédits pour servir à l’histoire de la Franche-Comté, 1838)
  • Les pensionnaires Borstal, ainsi qu’on les appelle, peuvent être libérés sur licence à n’importe quel moment, après six mois (ou trois mois dans le cas des femmes), si les commissaires de la prison se sont assuré qu’il y a des probabilités raisonnables pour que ces dévoyés s’abstiennent désormais de tout méfait et mènent une vie utile et industrieuse. (Congrès pénitentiaire international, rapport du neuvième Lord Polwarth, Président du Conseil-directeur des prisons de l’Écosse, 1925)

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Grammaire Le français de A à Z
Grammaire, Le Robert et Nathan.
Pratique du français de A à Z, Hatier.

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