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Baudelaire, Femmes damnées

Bonsoir. Voilà j'expose mon problème.
Jeudi, avec une des mes camarades je dois interpréter l'un des poèmes de Charles Baudelaire. Delphine et Hyppolite. Mais voilà... au 19e quatrain à

Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: "Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!

"Brûlant comme un volcan, profond comme le vide!
Rien ne rassasiera ce monstre gémissant
Et ne rafraîchira la soif de l'Euménide
Qui, la torche à la main, le brûle jusqu'au sang.

"Que nos rideaux fermés nous séparent du monde,
Et que la lassitude amène le repos!
Je veux m'anéantir dans ta gorge profonde
Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!"

Je ne sais pas si c'est Delphine ou Hyppolite qui parle...

Voilà si vous pouviez m'aider, je vous serai reconnaissante.
Merci.

Baudelaire, Femmes damnées

Bonsoir Hurricaneoflove,

Je "remonte" le poème de quelques quatrains :

[…] Delphine secouant sa crinière tragique,
Et comme trépignant sur le trépied de fer,
L'oeil fatal, répondit d'une voix despotique:
- "Qui donc devant l'amour ose parler d'enfer?

"Maudit soit à jamais le rêveur inutile
Qui voulut le premier, dans sa stupidité,
S'éprenant d'un problème insoluble et stérile,
Aux choses de l'amour mêler l'honnêteté!

"Celui qui veut unir dans un accord mystique
L'ombre avec la chaleur, la nuit avec le jour,
Ne chauffera jamais son corps paralytique
À ce rouge soleil que l'on nomme l'amour!

"Va, si tu veux, chercher un fiancé stupide;
Cours offrir un coeur vierge à ses cruels baisers;
Et, pleine de remords et d'horreur, et livide,
Tu me rapporteras tes seins stigmatisés...

"On ne peut ici-bas contenter qu'un seul maître!"
Mais l'enfant, épanchant une immense douleur,
Cria soudain: [—] "Je sens s'élargir dans mon être
Un abîme béant; cet abîme est mon coeur!
[…]

J'ai ajouté en rouge le tiret qui est présent dans l'édition de la Pléiade (fiable) et qui, à cet endroit du texte, ne fait pas partie des tirets ajoutés à certaines épreuves et signalés en notes.

Le tiret signalant le changement d'interlocuteur, tu peux en déduire que c'est Hippolyte qui parle.

J'espère ne pas me tromper... Le ton et le sens des paroles semblent confirmer ce choix.

Muriel

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Baudelaire, Femmes damnées

Merci beaucoup, je vous fais confiance   

Sinon j'avais une autre question :

[…] Et trouver sur ton sein la fraîcheur des tombeaux!"

- Descendez, descendez, lamentables victimes,
Descendez le chemin de l'enfer éternel!
Plongez au plus profond du gouffre, où tous les crimes,
Flagellés par un vent qui ne vient pas du ciel,

Bouillonnent pêle-mêle avec un bruit d'orage.
Ombres folles, courez au but de vos désirs;
Jamais vous ne pourrez assouvir votre rage,
Et votre châtiment naîtra de vos plaisirs.

Jamais un rayon frais n'éclaira vos cavernes;
Par les fentes des murs des miasmes fiévreux
Filtrent en s'enflammant ainsi que des lanternes
Et pénètrent vos corps de leurs parfums affreux.

L'âpre stérilité de votre jouissance
Altère votre soif et roidit votre peau,
Et le vent furibond de la concupiscence
Fait claquer votre chair ainsi qu'un vieux drapeau.

Loin des peuples vivants, errantes, condamnées,
À travers les déserts courez comme les loups;
Faites votre destin, âmes désordonnées,
Et fuyez l'infini que vous portez en vous!

Ces quelques derniers vers ne me semblent pas prononcés par une seule personne... Serait-ce choquant si Delphine et Hippolyte prononçaient ensemble ceci ?

Baudelaire, Femmes damnées

Je me suis effectivement posé la question. Tu remarqueras l'absence de guillemets (alors qu'ils sont toujours présents ailleurs). Je me suis demandé si, éventuellement, c'étaient les paroles du poète ?
Je n'ai malheureusement pas de réponse à t'apporter...

Les deux interprétations ont autant de force.

Ce poème est... de toute beauté ! Les derniers quatrains sont magnifiques ! (tout comme certains autres).

Édit : Pour ton interprétation, je pense que tu ne prendrais aucun risque si tu tenais la main de ta camarade, en vous tenant bien droite toutes les deux, le cou tendu, la tête légèrement orientée vers les hauteurs, ne regardant pas le public mais lui faisant face, dans une attitude de statue(s). Ainsi, ce qui sortirait de vos bouches pourrait venir de vous, deux voix confondues (Hippolyte et Delphine)... ou d'ailleurs... (vos corps étant des vecteurs).

Muriel

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Baudelaire, Femmes damnées

Oui, c'est une très bonne idée. Je voulais d'ailleurs adopter cette attitude ! Vraiment, merci beaucoup vous m'avez été d'une grande aide !

Baudelaire, Femmes damnées

Les derniers quatrains peuvent en effet être compris comme la voix du poète : les dire ensemble est une bonne interprétation
Les premiers quatrains peuvent être dits de même ; et si vous trouviez une voix off (enregistrement, comparse...) pour dire Delphine secouant.../... voix despotique ce serait encore mieux
D'acc avec Muriel :  l'enfant, c'est Hippolyte : au début on dit d'elle Sa jeune candeur .../... sa naïveté.../...beauté frêle. Delphine est la femme expérimentée qui a initié Hippolyte ; et celle-ci est l'enfant ; la gorge profonde est celle de la femme expérimentée

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Baudelaire, Femmes damnées

Je dois préparer un diaporama illustré de ce poème et je butte sur certaines strophes notamment :
"Elle cherchait dans l'oeil de sa pâle victime
Le cantique muet que chante le plaisir,
Et cette gratitude infinie et sublime
Qui sort de la paupière ainsi qu'un long soupir.
Quelqu'un aurait-il une idée ?
MERCI INFINIMENT

Baudelaire, Femmes damnées

Bonjour,

Qu'entends-tu exactement par diaporama illustré? Ou plutôt, en quoi consiste celui-ci? Ca me paraît assez obscur, en fait

9 (Modifié par Jehan 11/05/2015 à 19:20)

Baudelaire, Femmes damnées

Bonsoir voilà j'ai un commentaire sur Femmes damnées de Baudelaire , je ne vois vraiment pas quel plan je peux établir, tout ce que je perçois du texte c'est que l'auteur semble décrire des femmes entièrement nues et qu'elles mettent fin à leur plaisir. J'ai cherché la définition de damnée qui veut dire " être condamné aux peines de l'enfer" mais ce texte ne m'inspire pas du tout...

Comme un bétail pensif sur le sable couchées,
Elles tournent leurs yeux vers l'horizon des mers,
Et leurs pieds se cherchent et leurs mains rapprochées
Ont de douces langueurs et des frissons amers.

Les unes, coeurs épris des longues confidences,
Dans le fond des bosquets où jasent les ruisseaux,
Vont épelant l'amour des craintives enfances
Et creusent le bois vert des jeunes arbrisseaux;

D'autres, comme des soeurs, marchent lentes et graves
A travers les rochers pleins d'apparitions,
Où saint Antoine a vu surgir comme des laves
Les seins nus et pourprés de ses tentations;

II en est, aux lueurs des résines croulantes,
Qui dans le creux muet des vieux antres païens
T'appellent au secours de leurs fièvres hurlantes,
O Bacchus, endormeur des remords anciens!

Et d'autres, dont la gorge aime les scapulaires,
Qui, recélant un fouet sous leurs longs vêtements,
Mêlent, dans le bois sombre et les nuits solitaires,
L'écume du plaisir aux larmes des tourments.

O vierges, ô démons, ô monstres, ô martyres,
De la réalité grands esprits contempteurs,
Chercheuses d'infini dévotes et satyres,
Tantôt pleines de cris, tantôt pleines de pleurs,

Vous que dans votre enfer mon âme a poursuivies,
Pauvres soeurs, je vous aime autant que je vous plains,
Pour vos mornes douleurs, vos soifs inassouvies,
Et les urnes d'amour dont vos grands coeurs sont pleins

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Baudelaire, Femmes damnées

le 7 juillet 1857 un rapport de la Direction Générale de la Sûreté publique attire l’attention du Ministre de l’Intérieur :



« Le livre de M. Charles Baudelaire intitulé Les Fleurs du Mal est un défi jeté aux lois qui protègent la religion et la morale. (...)
A côté de ces pièces et de quelques autres où l’immortalité de l’âme les plus chères croyances du christianisme sont mises à néant, il en est d’autres qui sont l’expression de la lubricité la plus révoltante :
Les Femmes Damnées sont un chant en l’honneur de l’amour honteux des femmes pour les femmes.(...)
En résumé le livre de M. Baudelaire est une de ces publications malsaines, profondément immorales qui sont appelées à un succès de scandale.
Proposition de le déférer au Parquet. »