Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

Bonjour, je suis en seconde et je dois faire un commentaire composé sur ce texte :
(le paratexte le situe "quelques pages avant l'épilogue" et que "Frédéric Moreau est tombé amoureux, des le début du roman, d'une femme mariée plus âgée que lui, Mme Arnoux. des années plus tard ils évoquent cette relation restée platonique))

Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras, dans les rues.
Ils sortirent.
La lueur des boutiques éclairait, par intervalles, son profil pâle ; puis l’ombre l’enveloppait de nouveau ; et, au milieu des voitures, de la foule et du bruit, ils allaient sans se distraire d’eux-mêmes, sans rien entendre, comme ceux qui marchent ensemble dans la campagne, sur un lit de feuilles mortes.
Ils se racontèrent leurs anciens jours, les dîners du temps de l’Art industriel, les manies d’Arnoux, sa façon de tirer les pointes de son faux-col, d’écraser du cosmétique sur ses moustaches, d’autres choses plus intimes et plus profondes. Quel ravissement il avait eu la première fois, en l’entendant chanter Comme elle était belle, le jour de sa fête, à Saint-Cloud ! Il lui rappela le petit jardin d’Auteuil, des soirs au théâtre, une rencontre sur le boulevard, d’anciens domestiques, sa négresse.
Elle s’étonnait de sa mémoire. Cependant, elle lui dit :
— « Quelquefois, vos paroles me reviennent comme un écho lointain, comme le son d’une cloche apporté par le vent ; et il me semble que vous êtes là, quand je lis des passages d’amour dans les livres. »
— « Tout ce qu’on y blâme d’exagéré, vous me l’avez fait ressentir », dit Frédéric. « Je comprends Werther, que ne dégoûtent pas les tartines de Charlotte. »
— « Pauvre cher ami ! »
Elle soupira ; et, après un long silence :
— « N’importe, nous nous serons bien aimés. »
— « Sans nous appartenir, pourtant ! »
— « Cela vaut peut-être mieux », reprit-elle.
— « Non ! non ! Quel bonheur nous aurions eu ! »
— « Oh ! je le crois, avec un amour comme le vôtre ! »
Et il devait être bien fort pour durer après une séparation si longue !
Frédéric lui demanda comment elle l’avait découvert.
— « C’est un soir que vous m’avez baisé le poignet entre le gant et la manchette. Je me suis dit : » Mais il m’aime… il m’aime. « J’avais peur de m’en assurer, cependant. Votre réserve était si charmante, que j’en jouissais comme d’un hommage involontaire et continu. »
Il ne regretta rien. Ses souffrances d’autrefois étaient payées.
Quand ils rentrèrent, Mme Arnoux ôta son chapeau. La lampe, posée sur une console, éclaira ses cheveux blancs. Ce fut comme un heurt en pleine poitrine.

J'ai quelques idées mais plusieurs problèmes aussi :
  Quelle pourrait être , selon-vous , la problématique? ( c'est mon premier commentaire composé et je n'ai pas bien compris ce que la prof entendait par : problématique. est ce celle que le lecteur se pose: vont ils coucher ensemble? ou est ce que c'est : est ce un roman d'apprentissage?... ou est ce que je m'égare complètement?

  Par ailleurs , je n'ai trouvé qu'un seul (ou deux ) vrai axe de lecture: leur amour , et le discours passé de Frédéric par rapport à celui présent de Mme Arnoux... (je pourrai parler aussi de la nostalgie mais je n'ai as trouvé grand chose d'intéressant a dire)
   mais bon ... Je n'ai pas d'idée de plan et ce que j'ai trouvé est un peu court pour la copie double demandée :-(
  je ne sais pas non plus quoi faire du fait que ce soit un roman d'apprentissage ou du rythme du récit.... J'ai aussi l'impression que la phrase

Il ne regretta rien. Ses souffrances d'autrefois étaient payées.

est importante mais je ne sais pas ce que je doit dire dessus...
  Voila. Si vous avez d'autres idées elles seraient bien sur les bienvenues.

Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

La pérennité des sentiments de jeunesse et le choc du temps passé (ils sont comme des ados dans leur promenade et en rentrant chez elle Madame Arnoux retrouve ses cheveux blancs)
(la question “vont-ils coucher ensemble” est complètement HS !)

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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

Bonjour Natsm,

Une problématique possible : en quoi ce texte est-il réaliste au sens du XIXe siècle ? Il s'agit d'une désillusion, le texte révèle le pessimisme foncier de Flaubert, qui expurge ainsi ses tendances idéalistes romantiques comme dans Madame Bovary.

Tu peux aussi la formuler : en quoi ce texte est-il une réécriture ironique de certains clichés romantiques ?

Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

Merci beaucoup pour vos réponses... J'avais pensé intégrer le choc du temps passé dans leur amour mais ton idée est bien meilleure...
Et je pense que c'est exactement le genre de problématique qu'attend la prof (je l'aurai pas trouvée tout seul) 
Que pensez vous de ce plan?
1:pérennité des sentiments de jeunesse et le choc du temps passé
-exemples
-les cheveux blancs  (jeu sur la lumière entre le début et la fin du texte)
2:leur amour
-harmonie du couple
-nostalgie
-passé (fréderic) /présent(Mme Arnoux)
3:Ironie du narrateur, réalisme du dix-neuvième siècle
-clichés : hyperboles, explosion des sentiments
-romantisme...

Je ne sais par contre pas u tout quoi faire comme ouverture, j'ai d'abord pensé à LE rouge et le noir de Stendhal mais c'est ce que tout le monde va faire vu qu'on en à étudier plein d'extraits en cours....
J'ai pensé aussi au Précieuse ridicules de Moliere mais ce n'est pas la même sorte d'ironie ; celle de Moliere étant tout de même beaucoup plus marquées...

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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

Bonsoir Natsm,

Ton plan ne respecte pas le coup de théâtre final.
Ce texte met à mal la grande passion romantique.
L'amour ne résiste pas au temps, l'amour est illusion, et si tu as lu l'oeuvre entière, la dernière phrase du roman te confirmerait dans cette opinion.
Je pense aussi que tu n'as pas relevé toutes les références aux oeuvres et aux clichés romantiques comme Werther et au décapage que leur fait subir Flaubert.

Pour respecter la progression du texte, je choisirais plutôt
des retrouvailles apparemment romantiques
décapées par l'ironie de Flaubert
une conception réaliste et pessimiste de l'amour

Quant à l'ouverture, cet extrait se rattache parfaitement au titre l'Education sentimentale et au roman d'apprentissage.

Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

En même temps, j'ai vu en me renseignant sur le livre que cette histoire est semi-autobiographique, qu'elle s'inspire d'une histoire vécue par l'auteur... Et Frédéric dit "tout ce qu'on y blâme d'exagéré, vous me l'avez fait ressentir" puis "je comprend tout les Werthers que ne dégoûtent pas les tartines de Charlotte"...Je ne suis pas sur que ce soit seulement de l'ironie mais au contraire une sorte d'aveu, comme quoi il comprend le coté "gnangnan" du romantisme.. Non?

Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

Le Romantisme gnangnoule ? Quelle erreur !

Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

Léah a écrit :

Le Romantisme gnangnoule ? Quelle erreur !

alors avec quoi fait t'il de l'ironie?
le romantisme n'est pas gnangnan en lui même mais certains cotés le sont... (je pense notamment au précieuses...)Si tu préfère, je pense que le terme exagéré ou idéalisé conviendrait.
Mais justement , à mon avis ce que dit Flaubert dans ce texte c'est qu'il comprend "tout ce qu'on y blâme d'exagérer"...

Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

Mais les Précieuses n'ont jamais été des Romantiques Natsm ! faut revoir ton histoire littéraire 
Je crains que l'on ne confonde le Romantisme tel qu'il était au début du XIXème et le mot qui a pris de nos jours un sens bien affadi...

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Flaubert, L'Éducation sentimentale, III, 6 - Elle avoua qu’elle désirait faire un tour à son bras...

Hum. Ce qu'il convient d'étudier dans ce passage, c'est tout le travail de la mémoire. La relation de Frédéric et de Mme Arnoux n'est vécue par les deux 'amants' que par un travail de mémoire. Chaque fois qu'il vient la voir, ils parlent. Et lorsque des années plus tard il se décide à lui avouer qu'il l'aime, elle succombe sans succomber : il n'y a pas de concrétisation sexuelle. Néanmoins les sentiments sont là. Et alors ils passent de longues heures ensembles à discuter d'autrefois, des moments où il est venu la voir, il lui conte que tel jour elle était habillée ainsi, qu'il était ébloui de sa beauté à telle occasion, le chagrin qu'elle avait pu lui causer, etc etc... Ce n'est donc qu'un amour dans le passé du début à la fin. Dans cette scène, ils ont a nouveau été séparés pendant des années, et il est véritablement heureux de la revoir. Et là je rejoins totalement Jean-Luc : ce qui frappe ici c'est le coup de théâtre final : elle a vieilli ! Elle a des cheveux blancs et lui apparaît tout à coup comme sa mère ! L'idée d'inceste lui vient alors à l'esprit et, même s'il tente de faire bonne figure au cours de leur rendez-vous, il ne peut cacher sa déception. Ce sera d'ailleurs la dernière fois qu'ils se verront. L'amour effectivement ne résiste pas au temps.

En ce qui concerne ton probléme avec la problématique, je vais essayer de répondre aussi justement que possible : le commentaire composé vise à donner une interprétation du texte (la mienne c'est donc le travail de la mémoire qui guide leur relation). La problématique consiste à annoncer au correcteur quelle sera l'interprétation que l'on va donner du texte, sous forme de question histoire de montrer que l'on va justifier cette interprétation.
Celle de Jean-Luc est pas mal mais je ne la trouve pas très appropriée, parce qu'on pourrait la coller à n'importe quel extrait de l'oeuvre.
Dans mon optique, je m'attacherais plutôt à : comment Flaubert, dans ce premier épilogue (oui, car il y a deux épilogues dans le roman), met-il fin à une relation platonique fondée uniquement sur un travail de mémoire ?
(ce n'est qu'un exemple c'est vraiment à travailler).

Voilà, j'espère que ça t'aura aidé, si tu as d'autres questions n'hésite pas