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Le roman arthurien

N'ayant pas lu la mort du roi Arthur je ne peux rien en dire ; mais dans la Quête il y a encore beaucoup d'éléments merveilleux, le plus merveilleux étant l'apparition du saint Graal ; et son existence puisque ce vase où Joseph d'Arimatie aurait recueilli le sang du Christ n'a jamais existé dans les Écritures. Je pense que cette Quête représente sous des apparences religieuses le besoin de tout homme d'atteindre son idéal tout en gardant un esprit pré-adolescent (le désir de chasteté l'éternelle jeunesse vivre une aventure périlleuse se surpasser...)

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oui mais le merveilleux prend réellement une connotation religieuse à partir de ce moment-là . Et c'est véritablement dans ce roman (La Quête) qu'apparaissent les notions de péché et de repentance et où les épreuves ne sont plus simplement un moyen de se surpasser mais d'approcher de Dieu.

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Il faudrait précisez votre question merci

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Bonjour à tous,

Je suis depuis peu très excité à l'idée de partir à la découverte de la littérature arthurienne.
Mais je ne sais pas où commencer.
J'ai déjà lu tout Chrétien de Troyes et je reste un peu sur ma faim.

Ce que je recherche, c'est un ouvrage qui aborderait de façon romanesque l'alpha et l'oméga et de la littérature arthurienne. En gros, je voudrais toute l'histoire en un seul ouvrage, mais de façon romancée, romanesque. Pas une étude. Mais cela existe-t-il ?

Je me suis acheté le roman de Thomas Mallory qui semble correspondre à cela mais j'aimerais m'assurer, avant que d'y pénétrer, qu'il propose effectivement une sorte de résumé romancé de cette légende. Croyez-vous que ce roman convienne à ma recherche ?

Je sais bien que ma demande est difficile dans la mesure où c'est un sujet romanesque dont chaque auteur est libre de s'emparer et d'en faire ce qui lui plaît mais je me dis qu'il doit bien y avoir une sorte de référence pour ceux qui, comme moi, aimeraient connaître toute l'histoire, sans avoir à lire des dizaines d'ouvrages d'auteurs différents.

25 (Modifié par Yvain 17/03/2019 à 15:48)

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La légende arthurienne est rapportée dans Wace, le Roman de Brut. Il existait une traduction commentée pour le grand public d'E. Baumgartner - la patronne de mes études médiévales !! -, mais je crois qu'elle est indisponible.

Eh oui, Chrétien de Troyes déçoit les personnes qui croient y découvrir Merlin, la naissance merveilleuse de Lancelot, les exploits d'Arthur avec Excalibur ; ils en sont pour leurs frais, d'abord parce que la cour d'Arthur, roi déclinant (cf. le début du Chevalier au Lion !!!), n'est que le lieu où naît l'aventure, et où celle-ci se clôt parfois, ensuite parce que le but de l'auteur n'est pas de faire de l'histoire plus ou moins légendaire, comme Wace, mais d'utiliser ces données pour faire une conjointure personnelle, donc originale, fortement teintée de "subversion" des codes littéraires, justement (je reprends le mot anglais employé par T. Hunt). C'est en ce sens que c'est bien notre premier grand romancier. Sa conception du héros correspond d'ailleurs tout à fait à la célèbre définition de G. Lukacs "l'histoire de cette âme qui va dans le monde pour apprendre à se connaître, cherche des aventures pour s'éprouver en elles et, par cette preuve, donne sa mesure et découvre sa propre essence".(Georg Lukacs, "La Théorie du roman").

Je ne peux guère vous indiquer que des ouvrages ou des articles de spécialistes, mais les ouvrages sur la question ne manquent pas.

Saviez-vous qu'Arthur avait assiégé Paris ?

A Paris vint, si l'aseja, (= l'assiégea)
El borc entor de herberja ; (el borc = dans le bourg)
L'eve et la tere fist garder (l'eve = l'eau)
Que viande n'i pot entrer. (viande = nourriture, provisions)
La vile tinrent li François
Et Artus i sist plus d'un mois.

Wace, Li romans de Brut (= Brutus), vieille édition.

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Donc Wace correspond davantage à mes recherches que Mallory ?
Mais si Wace est introuvable, vers qui me tourner ?

Je ne peux guère vous indiquer que des ouvrages ou des articles de spécialistes, mais les ouvrages sur la question ne manquent pas.

D'accord. Mais je recherche justement essentiellement de la littérature "pure".

En quoi Mallory ne saurait-il pas être conforme à ce que je recherche ?


Merci beaucoup pour votre réponse

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C'est une "compilation" tardive, comme il y en a eu beaucoup à la fin du Moyen Age, mais c'est de la littérature. Du reste, Malory suit parfois Wace d'assez près. Un chapitre de son livre est justement consacré au siège de Paris.
Wace lui-même est censé "translater" Geoffroy de Montmouth, notre toute première source.
Un livre en cache toujours un autre.

Par curiosité, lisez L'enchanteur de Barjavel.

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Oui !

L'Enchanteur ! J'en ai entendu dire du bien. Pourtant, j'en ai un double a priori :
1) Que fait-il dans ce registre ? Réponse ==> Il fait ce qu'il veut.
2) Je n'aime pas beaucoup son écriture qui m'ennuie (Ravage, La fin des temps)

Mais si je me mets à parcourir un peu cette littérature, il est prévu que celui-ci en fasse partie.

Il y a aussi Jean Markale et Michel Rio dont on m'a parlé. Mais je ne sais pas du tout ce que ça vaut.

Mais il me semble que Monmouth a des prétentions d'historien non ?



Sinon, pour revenir à Chrétien de Troyes, je disais que j'étais resté sur ma fin pour les raisons que vous avez justement données : je n'y ai pas trouvé ce que j'y étais venu chercher. De là à dire que je n'y ai rien trouvé...

Je me suis beaucoup ennuyé à la lecture des deux premiers Cligès et Érec et Énide qui, dans mon souvenirs sont trop encombrés de scènes de batailles à n'en plus finir et de superlatifs à la pelle. C'est un style, une époque, ça ne me stimule pas assez. Probablement que je passe à côté.

Quant à Yvain ou le chevalier au Lion, il est magnifique. Beaucoup de poésie aussi bien dans la langue (je l'ai lu en français moderne, ce doit être encore plus chantant en ancien français) que dans tout ce qu'on y trouve (la forêt, la fontaine, l'errance d'Yvain, cette confrontation entre le serpent et le lion...). C'est un très beau roman, qui montre un savoir-faire, une fantaisie et une maturité que l'auteur n'avait à mon humble avis pas du tout montrés dans ses deux précédents romans.

Quant à Lancelot ou le chevalier à la charrette, je suppose que je l'ai lu puisque je l'ai annoté. Mais je n'en ai à l'heure qu'il est pas conservé le moindre souvenir. C'est très étonnant que ça m'arrive à ce point. Il faudra que je le relise. Je n'ai pas pu en être indifférent à ce point.

Quant à Perceval ou le conte du Graal, quelle chose étonnante... Tout empreint de mystère... Il m'a beaucoup plu même si j'ai été doublement déçu de sa fin : premièrement parce que le roman est inachevé (comment lui en vouloir, ce n'est donc pas en jugement de valeur envers l'auteur ou l'ouvrage) et parce que le focus y est mis sur Gauvain qui est un personnage qui m'intéressait moins à ce moment de l'ouvrage.


Bon, il ressort quand même que, quoique tardive, la "compilation" de Mallory semble correspondre à ma recherche. J'en ai lu le début que j'ai trouvé déjà trouvé très bon. J'aime beaucoup les couleurs très particulières procurées par des locutions un peu désuètes telles que "Il advint que", "Adonc"...

29 (Modifié par Yvain 17/03/2019 à 22:24)

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Oui, je comprends votre jugement. Érec et Énide marque une originalité en ce sens que la quête ne s'effectue pas "sous le regard de la dame", comme dans Lancelot, mais avec celle-ci. Le rôle de la femme est très valorisé : c'est elle qui fait prendre conscience au héros de sa "récréantise", elle qui l'avertit des dangers mortels qui le guettent. C'est un "couple" aussi important que celui d'Yvain et de son lion.
J'ai eu beaucoup de plaisir à étudier Le chevalier au lion, l'an dernier, mais je considère Le chevalier de la charrette comme le chef-d'œuvre de Chrétien et le modèle le plus accompli du genre. Pourquoi ne l'a-t-il pas fini lui-même ?? 
Oui, son dernier roman est un mystère, et c'est bien pour cela qu'on l'a continué...
Le début est vraiment plein d'humour, quelle critique de l'éducation "en vase clos" !
Le style formulaire peut être lassant, mais Chrétien s'en émancipe, justement.

Tenez, je vous traduis un passage de Wace sur la mort du roi Arthur (v. 13681 - 13606)

Artur, si l’histoire ne ment,
fut blessé à mort ;
il se fit porter en Avalon
pour soigner ses plaies.
Il s’y trouve encore, les Bretons l’attendent,
ils le disent et l’entendent ainsi.
Il reviendra de là-bas, car il est toujours en vie.
Maître Wace, qui a fait ce livre,
ne veut pas plus en dire sur sa fin
que ce qu’en a dit le prophète Merlin.
Merlin a dit d’Artur, à bon droit,
que sa mort serait incertaine.
Et le prophète a dit vrai :
depuis ce temps, on ignore
et on ignorera  toujours, je crois,
s’il est mort ou vivant.
Il se fit porter en Avalon,
six cent quarante-deux ans tout juste
après l’Incarnation ;
l’inconvénient est qu’il n’avait pas d’enfant.
C’est au fils de Cador, Constantin
de Cornouaille, un de ses cousins,
qu’il remit le royaume. Il avait dit à Constantin
qu’il régnerait jusqu’à ce qu’il revînt.
Constantin prit possession de la contrée, qu’il maintint sous sa garde.
Mais jamais Artur ne revint.

Geoffroy de Monmouth, historien... Autant qu'on peut l'être en 1130 !

Disons qu'il est infiniment précieux, mais malgré lui.

Je répondrai à votre message en MP.

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Bon, ça y est, je me suis lancé dans Malory (et non Mallory comme j'ai pu l'orthographier plusieurs fois dans ce fil) !

Le début est étonnant de rapidité. On pourrait croire, au vu des dimensions de l'ouvrage (1000 pages bien tassées), que l'auteur va prendre son temps pour tout raconter en détail — j'aime bien quand on me raconte tout en détail — mais il n'en fait rien ! Ses dix premiers chapitres — de deux pages chacun à peu près — ont des allures de résumé. Il commence son histoire avant même le début puisque Arthur n'est même pas encore conçu. Dix pages plus loin, le jeune garçon (dont on ne précise jamais l'âge) a déjà retiré l'épée. C'est trépidant mais on aimerait davantage de suspense.

Toutefois, cette vitesse a quelque chose d'agréable, c'est très dense, on ne s'ennuie pas une seconde, mais je doute qu'il puisse continuer à ce rythme très longtemps. Le style y est lui aussi agréable, d'une grande simplicité.

Je n'ai pour l'instant rien appris de l'histoire, je n'y ai trouvé que des invariants très classiques.

Mais je comprends pourquoi certains ont intitulé leur réécriture Roman de Merlin : c'est lui l'auteur de cette histoire en réalité.


Concernant Chrétien de Troyes, je me souviens maintenant de l'effet qu'avait produit sur moi Érec et Énide et notamment cette considération très appuyée pour la femme. On a rarement eu en littérature autant d'égards et de prévenance pour les personnages féminins. C'était assez étonnant et assez touchant.



Au sujet d'Arthur assiégeant Paris, je suppose que nous serons d'accord pour dire que c'est pur fantasme anglais ?